Cela arriva sous terre, la nuit, dans le silence,
dans cette immense salle insonorisée où ça clignotait et cliquetait
doucement. L'ordinateur qui se trouvait là était le plus rapide et
le plus puissant existant alors au monde, et seul devait en
principe le surpasser le NASF, que la NASA projetait de construire
à Palo Alto, Californie; il avait coûté des millions de dollars à
Killian; son temps d'accès était de douze nanosecondes et demie —
12,5 milliardièmes de seconde —; la capacité de sa mémoire
centrale, renforcée par trois douzaines d'unités de stockage Cray
DD 19, approchait 300 milliards de bits; il pouvait réaliser
environ deux cent quarante millions d'opérations différentes par
seconde.
On l'avait baptisé Fozzy.
Il était tellement ultra-perfectionné qu'il
pouvait parler avec une vraie voix humaine, en imitant par exemple
Cary Grant dans « Philadephia story », Judy Garland dans « A star
is born » ou Dustin Hoffman dans « Macadam cow-boy ».
Et, mieux que cela, si on lui posait une question
stupide, il était capable de réponses encore plus stupides.
Plus ultra-perfectionné que cela, c'est
difficile.
Et naturellement, quand cela arriva, il parlait
avec Jimbo Farrar.