LE CHANT DU CYGNE

épouvantent. » À quoi le sous-préfet de Lunéville répond en écho :

« C'est de la frénésie. On menace les prêtres et les nobles. En 1793 , les esprits n'étaient pas aussi montés qu'aujourd'hui. »

Le surgissement de ce courant jacobin s'explique aussi par la persistance d'un parti monarchiste, resté fidèle à Louis XVIII. Il s'exprime notamment par des gestes ou des cris contre l'ordre établi, ou par des actes de désobéissance. Ces manifestations se déroulent notamment dans le Nord-Ouest, l'Ouest et le Sud, régions où la participation au plébiscite est la plus faible. Ici on arrache les affiches officielles pour les remplacer par les proclamations de Louis XVIII, là on arbore le drapeau blanc ou l'on s'en prend aux soldats de Napoléon. À Marseille, Bordeaux, Toulouse, le parti royaliste est de plus en plus difficile à contenir. Dans l'ensemble de l'Ouest et du Sud, les résistances à la conscription et au versement de l'impôt sont nombreuses. Un peu partout les maires font preuve d'inertie, quand ils ne favorisent pas ces mouvements de révolte.

Nommés par le pouvoir impérial en 1812, souvent choisis au sein de l'ancienne noblesse, ces maires ont été pour la plupart conservé par la monarchie après s'être ralliés sans difficulté à Louis XVIII. Leur foi royaliste est souvent restée intacte, même s'ils acceptent de continuer l'administration de leur commune après le 20 mars.

Informé de cette situation, Napoléon décide, le 30 avril 1815, de réformer le mode de désignation des maires et adjoints des communes de moins de cinq mille habitants, de loin les plus nombreuses. Les magistrats y sont désormais élus par un large collège électoral. En fait, cette mesure apparemment démocratique profite aux maires en place qui, forts de leur expérience et de leur popularité, parviennent à se faire réélire. Deux tiers des maires sont ainsi conservés en mai, mais ils tiennent désormais leur légitimité de leurs concitoyens et affirment leur autonomie à l'égard du pouvoir central. La France vit alors un bref instant de liberté communale, avant la révocation de ce mode d'élection au début de la seconde Restauration. Le clergé enfin n'apporte pas un soutien franc et massif à l'Empereur. Dans l'ensemble, il ne s'est pas opposé à Napoléon, à l'image de la grande majorité des évêques, mais il demeure sur la réserve et ne fait pas de zèle pour encourager la conscription, notamment. Toutefois, ces exemples de résistance silencieuse conduisent rarement à l'insurrection.

Seule finalement la Vendée se soulève. Depuis le début avril, l'Ouest était resté en ébullition, mais Napoléon avait cependant décidé de rappeler le gros des troupes qui s'y trouvait. Ce départ, ajouté à l'imminence de la guerre étrangère, pousse les royalistes de l'Ouest à tenter un nouveau soulèvement. Le 15 mai 1815, avec l'aide des Anglais, une rébellion éclate dans ce sanctuaire du royalisme. Suzannet, d'Autichamp et Sapinaud prennent les armes. Ils sont rejoints par Louis de la Rochejaquelein qui débarque, ce même jour, avec des fusils et des munitions. La Vendée et une partie de la 431

 

L'ÉCHEC DU SURSAUT DYNASTIQUE (1810-1815)

Bretagne sont touchées par cette insurrection qui oblige Napoléon à envoyer sur place une armée dont le commandement est confié au général Lamarque. La guerre de 1815 ne ressemble pas aux précédents conflits ; elle provoque néanmoins la mort de Louis de la Rochejaquelein, remplacé par son frère Auguste comme général en chef. Elle constitue surtout une menace sur les arrières de Napoléon. La victoire revient aux troupes du général Lamarque, mais elle intervient après Waterloo et lorsque le traité de Cholet est signé, le 26 juin 1815, Napoléon a déjà abdiqué pour la seconde fois.

Pendant que la révolte se propageait dans l'Ouest, Napoléon a poursuivi la mise en place des institutions. Le 1er juin, il réunit 1'« Assemblée du Champ de Mai », promise le 13 mars 1815, depuis Lyon. La réunion attendue des milliers d'électeurs membres des collèges électoraux, qui aurait symbolisé le rassemblement de la nation autour de son chef, est remplacée par une cérémonie parfaitement maîtrisée, au cours de laquelle sont proclamés les résultats du plébiscite. Elle réunit tous les grands notables de l'Empire : les ministres, !es députés récemment élus, les membres . des grands corps de l'Etat, un nombre important d'officiers, ainsi que quelques évêques restés fidèles à Napoléon au point d'accepter ce geste d'allégeance, à l'image de Mgr de Barral, archevêque de Tours, qui sera contraint de démissionner lors de la Seconde Restauration. La cérémonie associe donc l'armée, le clergé, les hauts fonctionnaires et les représentants du peuple, en une union qui reste toutefois imparfaite. Ce rassemblement en grande pompe marque les vrais débuts de la nouvelle Constitution. Le lendemain, en effet, Napoléon désigne les cent dix-sept membres de la Chambre des pairs.

Quarante, dont les princes de la famille impériale, avaient appartenu au Sénat de l'Empire. Parmi eux, dix, dont Sieyès et Lebrun, avaient voté la déchéance de Napoléon en avril 1814. Enfin, vingthuit sortaient de la Chambre des pairs installée par Louis XVIII. Ils sont ainsi des éléments de continuité d'un régime à l'autre. Le 3 juin, les députés élus en mai se réunissent pour élire leur président. Refusant de reconnaître Lucien Bonaparte que voulait leur imposer Napoléon, ils choisissent d'élire Lanjuinais comme président. Ce libéral, originaire de Bretagne, avait longtemps fait figure d'opposant à l'Empire au sein du Corps législatif. Son élection à la tête de la Chambre des représentants est donc un avertissement adressé à l'Empereur afin qu'il entende la voix des députés. La session parlementaire s'ouvre le 7 juin. Elle est l'une des plus brèves de l'histoire parlementaire française. À la mi-juin, les troupes françaises sont déjà sur le pied de guerre pour leur ultime campagne.

Napoléon dispose alors d'une armée de cinq cent mille hommes, formée notamment grâce à la levée des conscrits de 1815 ou des classes antérieures qui avaient échappé au service. Une partie notable de ces troupes est cependant conservée à l'arrière, notamment dans l'Ouest et autour de Paris, pour assurer la sécurité du 432

Histoire du Consulat et de l'Empire
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