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L'enracinement de la monarchie
Le mariage de Napoléon avec Marie-Louise, la fille de l'empereur d'Autriche, ouvre une nouvelle période dans l'histoire de l'Empire.
Il a pour objectif d'enraciner la monarchie bonapartiste en lui offrant un héritier.
1. LE DUEL FOUCHÉ-NAPOLÉON
Après la campagne de 1809 et la signature du traité de Vienne, Napoléon est de retour en France à la fin du mois d'octobre. Il passe quelques jours à Fontainebleau, puis rentre à Paris le 15 novembre 1809. Son absence a duré près de six mois. Pendant ces longues semaines, le pays est resté calme dans l'ensemble. La police a signalé la persistance de quelques troubles sporadiques dans l'Ouest, où Saint-Hubert, l'un des chefs des chouans, reste insaisissable, mais ses hommes n'ont guère les moyens d'inquiéter le pouvoir. La situation est plus délicate dans les départements belges et rhénans où la population émet quelques critiques à l'égard du gouvernement et se plaint de sa politique religieuse. Un député au Corps législatif écrit ainsi à Fouché, en juin 1809 : « L'esprit public est très mauvais dans le département de Rhin-et-Moselle. Depuis deux mois, on y répand les bruits des plus absurdes. Les anciens nobles du pays, même ceux que les bienfaits de l'Empereur y ont attirés, sont les auteurs des fausses nouvelles, par lesquelles on cherche à inquiéter les habitants 1. » Ces nouvelles se nourrissent des déboires de la Grande Armée, mise en échec à Essling, à la fin mai. La victoire de Wagram le 6 juillet vient cependant rappeler aux indécis l'éclat de la puissance française.
Pourtant, toute menace n'est pas écartée. Tandis que Napoléon poursuit le combat à la tête de la Grande Armée sur les terres de 307


L'ÉCHEC DU SURSAUT DYNASTIQUE (1810-1815)
l'empire d'Autriche, la France est directement menacée par un débarquement anglais dans l'île de Walcheren, au large d'Anvers en Belgique. Ce front est alors dégarni. Or la Belgique peut se révéler un maillon faible du dispositif français dans la mesure où la crise religieuse commence à y être fortement ressentie par la population. L'arrestation du pape à Rome en juin 1809 a rencontré un écho défavorable dans cette région de tradition ultramontaine.
L'attaque de Walch�ren provoque au sein de l'État une crise qui en révèle la fragilité. A cette date, Fouché assure l'intérim du ministère de l'Intérieur, après la démission de Cretet, malade, qui meurt le 28 novembre. Fouché a connaissance des projets anglais dès le 8 juillet et prévient les ministres de la Guerre et de la Marine, Clarke et Decrès, qui refusent de l'entendre. Le 29 juillet, les Anglais débarquent quarantecinq mille hommes dans l'île de Walcheren. La nouvelle est connue à Paris le soir même. Fouché prend alors les affaires en main. Il convoque un Conseil des ministres pour lui signifier sa décision de faire appel à la Garde nationale de quinze départements du nord de la France et propose en outre de placer le maréchal Bernadotte à la tête de ces troupes.
Les ministres présents sont circonspects et n'approuvent pas son initiative. Fouché agit donc seul, contre l'avis de Cambacérès et de Clarke. Il adresse le 2 août une circulaire aux préfets du Nord pour les enjoindre de mobiliser la Garde nationale de leur département et le 12, il fait nommer Bernadotte à leur tête. Profitant de l'audace anglaise, Fouché tente de prendre le pas sur les dépositaires traditionnels de l'autorité, en particulier Cambacérès. Son initiative montre aussi le pouvoir dont est désormais revêtu le ministre de l'Intérieur qui dispose, avec les préfets, d'une arme redoutable.
Fouché n'aurait pas poursuivi son entreprise sans l'accord de Napoléon, immédiatement tenu au courant de l'opération par Cambacérès et Clarke. Or, ces derniers s'entendent dire par l'Empereur qu'ils ont eu tort de négliger la menace anglaise. « M. Fouché s'est mis en mesure de faire ce que vous ne faisiez pas vous-même », réplique ainsi Napoléon à son ministre de la Guerre, ajoutant : « Ne laissez pas les Anglais vous prendre dans votre lit. » La crainte d'une invasion anglaise est donc la plus forte chez l'Empereur, d'autant mieux qu'il est encore retenu en Autriche. Quant à Cambacérès, il est également tancé par Napoléon : « Je suis fâché que, dans le Conseil, vous n'ayez pas pris sur vous d'appeler les gardes nationales ; c'est se méfier à tort d'elles. » En quelques mots, tout est dit. Pour Napoléon, Cambacérès est le seul habilité à le représenter lors de ses absences ; il regrette donc implicitement le rôle joué par Fouché. Mais il reconnaît le bien-fondé de son intervention et l'appel à la Garde nationale dont se méfiaient les autres ministres, à cause de ses origines révolutionnaires. Elle peut en effet se transformer en milice nationale et jouer un rôle politique dans le pays. Du reste, Fouché ne l'avait pas mobilisée sans arrière-pensée.