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LA NAISSANCE D'UNE MONARCHIE (1804-1809)
Revenu à Vienne au moment du conflit, il est choisi par l'empereur d'Autriche comme ministre des Affaires étrangères, en remplacement de Stadion ; il est chargé à ce titre d'engager les négociations avec son homologue français. Les Autrichiens cherchant à gagner du temps, Napoléon exige de traiter directement avec le prince de Liechtenstein, écartant de ce fait Metternich qui pourra ensuite se targuer de ne pas porter la responsabilité des accords passés. Un événement extérieur allait hâter la conclusion de la paix. Le 12 octobre 1809, alors qu'il procède à la revue des troupes au château de Schônbrunn, Napoléon est victime d'une tentative d'assassinat fomentée par un Allemand nommé Staps. Ce geste esquissé, car l'homme n'a pas eu le temps de tirer le couteau qu'il portait sur lui, inquiète l'Empereur en ce qu'il révèle une opposition sourde à son pouvoir. Le jeune homme interrogé par Napoléon continue à marteler son intention de tuer le tyran. Il est exécuté le 16 octobre. Deux jours avant, le traité de paix entre la France et l'Autriche a été signé à Schônbrunn. L'Autriche est contrainte de payer une forte contribution financière, s'élevant à quatrevingt-cinq millions de francs ; elle doit céder des territoires en Pologne et au sud de son Empire, l'Istrie et une partie de la Croatie. Ces mesures sont lourdes pour l'Autriche qui plie dans l'espoir de jours meilleurs. Pour l'heure, l'alliance entre la France et l'Autriche est rétablie ; elle allait conduire au second mariage de Napoléon.
À l'automne de 1809, généraux et diplomates sont parvenus à imposer la loi française à l'Europe. Certes, le conflit perdure avec l'Angleterre et l'Espagne résiste aux armées de Napoléon, mais partout ailleurs la paix règne sur le continent ; elle devait durer jusqu'en 1812, permettant à l'Europe napoléonienne de se consolider. Mais les alliances nouées par la France avec ses principaux voisins restent précaires. La Prusse comme l'Autriche n'attendent qu'une occasion favorable pour défendre à nouveau leurs intérêts. La Prusse surtout, humiliée en 1807, s'est engagée dans une politique de régénération, conduite par Scharnhorst et Stein. En Autriche, Metternich incarne cette volonté de renouveau. La Russie elle-même s'inquiète de la volonté hégémonique de la France et ne tait pas ses craintes de voir ériger un vaste royaume de Pologne.
Enfin, l'Angleterre, toujours en guerre contre la France, n'attend qu'un signe de ces puissances pour engager le dialogue avec elle. La paix est donc fragile ; c'est une paix armée, qui repose sur la présence de troupes nombreuses dans les pays conquis. Napoléon tente aussi de la consolider par des institutions nouvelles capables d'arrimer ces contrées à la France.


