Épilogue
Me suis-je trompé ? N'ai-je pas forcé le trait ? Mon portrait n'est-il pas honteusement caricatural ? Chaque fois que je termine un livre politique, j'entends la voix de François Mitterrand susurrer à mon oreille l'un de ses refrains favoris : « Veinards de journalistes, vous pouvez écrire n'importe quoi en toute impunité. Plus vous vous fourvoyez, plus vous pouvez gagner de lecteurs. Nous autres politiques, quand on s'est trompé, la sanction tombe tout de suite, on perd les élections. »
Mitterrand avait raison. J'exerce l'une des rares professions où rien ne tue, ni le ridicule ni l'erreur de jugement. D'où un sentiment lancinant d'imposture. D'autant que notre métier consiste, pour l'essentiel, à expliquer aux autres des choses qu'on ne comprend pas soi-même. Il ne faut simplement pas hésiter à se contredire du tout au tout. Vérité un jour, erreur le lendemain. Il ne s'agit pas là de cynisme, mais d'humilité devant les faits. Ne pas confondre. Dans les médias, les psychorigides ne font jamais de vieux os.
Me revient en tête la question, exactement la même, que me posaient des hommes aussi différents que Jean Daniel, Claude Perdriel ou Robert Hersant quand je leur proposais de promouvoir un journaliste : « Change-t-il souvent d'avis ? » Pour ma part, c'est un critère que je remplis bien. Si j'ai une ligne, c'est celle du bouchon au fil de l'eau. Je ne me laisse jamais enclouer par des certitudes définitives. Je reste toujours un journaliste aux aguets, ballotté par les flots. Après trois ans et quelque de proscription présidentielle, je ne pouvais qu'accepter l'invitation à déjeuner de Nicolas Sarkozy que m'a transmise Jean-Michel Goudard, le plus intime de ses collaborateurs de l'Élysée.
Je sais pourquoi il veut me voir. Le biographe a toujours une main sur son sujet ; il est craint, plus ou moins. Il vaut mieux le ménager, à tout hasard. Entre deux fâcheries, c'était toujours Mitterrand qui faisait le premier pas et m'invitait à nous réconcilier, à l'Élysée ou ailleurs, avant de demander sur un ton dégagé, au milieu de la conversation : « Tiens, à propos, vous en êtes où, de vos travaux sur moi ? »
Le rendez-vous avec le président est fixé au 14 février 2011, jour de la Saint-Valentin. Bon présage. Je serai la midinette, il sera mon prince, la messe est dite. Ainsi me serai-je épris, mépris, puis repris. Mais avec Nicolas Sarkozy, il faut toujours s'attendre à tout et, dans mon cas par exemple, à un festival de remontrances et d'éructations. J'arrive donc cuirassé au déjeuner et bien décidé à ne pas me laisser marcher sur les pieds.
Quand le chef de l'État entre dans le salon du rez-de-chaussée, je suis frappé par sa métamorphose. Plus rien de juvénile. Au contraire, tout son être exprime désormais une sorte de gravité triste. Ses gestes sont plus lents, sa démarche plus lourde. Les traits de son visage se sont creusés. Ses cheveux grisonnent un peu. Quant à son teint, il est jaune clair avec des reflets gris ou verdâtres, comme celui d'un noyé qui aurait trempé quelques jours dans l'eau de la Seine. Pour les présidents, les années comptent triple ou quadruple. Le pouvoir vieillit à grande vitesse. Pour un peu, Nicolas Sarkozy semblerait translucide, comme François Mitterrand, rongé jusqu'à la moelle par son cancer, quand il m'avait reçu à déjeuner dans la même pièce, à la veille de quitter le pouvoir, en 1995.
J'ai le sentiment que son regard m'évite. Mais il sait désormais contrôler, voire dissimuler sa haine : contrairement aux fois précédentes, le président ne dégage pas de mauvaises ondes. Il a la voix douce et chantante, comme quand il fait la cour. Lorsque je reviens sur notre passé pour assumer tous les crimes ou vilenies qu'il me reproche et défendre le principe de l'indépendance de la presse, son bien le précieux, il me répond qu'il n'intervient jamais. Quelques anges passent, que Goudard chasse avec humour. Jusqu'à ce que la conversation, après avoir trébuché plusieurs fois, s'engage sur les rapports entre les médias et les pouvoirs. « La presse est beaucoup trop agressive et ça ne lui réussit pas, dit-il. Les gens ont besoin d'explications, pas d'engueulades. Tu as vu mon émission de jeudi dernier ? »
Je hoche la tête. Elle s'appelait Paroles de Français, mais Questions pour un champion eût sans doute été un titre plus approprié. Une émission sur mesure. Du cousu main qui lui a permis de faire des étincelles.
« Elle a fait 9 millions de téléspectateurs, poursuit-il, et à la fin, sur le coup de onze heures du soir, ils étaient encore 7 millions à regarder, alors qu'il n'y avait pas d'effet d'annonce, juste du dialogue et de la pédagogie. »
Toujours cette manie de citer les audiences télévisées, les siennes et celles des autres. À croire qu'il passe sa vie avec les services de Médiamétrie, qui les mesure. Je suis sûr qu'il pourrait me donner le score du film de la veille au soir sur la Une, mais je ne lui demande pas.
« Tu sais, embraye-t-il, je suis resté très proche des Français. Contrairement à Mitterrand ou à Chirac, je ne reste pas enfermé à l'Élysée, protégé par les miens. Je vais au feu, en province, deux fois par semaine. Je les sens donc bien, les Français, et ma conviction est qu'ils n'aiment pas les médias qui déchirent, abaissent et cassent. Ils veulent de la sérénité, du fond, du positif. Du grand. Tu te souviens de Bernard Pivot, à la grande époque d'Apostrophes, quand il recevait Julien Green, Albert Cohen, Georges Simenon ou Claude Lévi-Strauss ? Il disait : “Ce soir, mesdames, messieurs, je vais vous faire découvrir un génie.” Aujourd'hui, ses successeurs diraient : “Ce soir, mesdames, messieurs, il va y avoir du spectacle, ça va castagner.” C'est vrai que c'étaient des génies, ces gens-là. À commencer par Lévi-Strauss qui a débuté Tristes tropiques, comme si c'était un récit d'aventures avant d'en faire autre chose, ce chef-d'œuvre qui dit nos difficultés à comprendre les autres. »
Il me semble qu'il fait alors une citation de Lévi-Strauss sur l'identité, mais à voix si basse qu'elle m'échappe. Je rêvassais. Pour ne pas être en reste et faire le malin, moi aussi, je cherche dans ma mémoire ma phrase préférée de Tristes tropiques, celle que mon père aimait répéter. Deux ou trois verres de Crozes Hermitage 1998 ont rendu plus tortueux encore mon esprit d'escalier qui tourne, tourne, sans jamais arriver aux bons neurones. Je ne la retrouverai que le soir, en rentrant à la maison : « Le monde a commencé sans l'homme et s'achèvera sans lui. » Il faudrait la faire inscrire aux frontons des écoles.
Le président a donc ouvert le score : 1/0. Pour reprendre l'avantage, je décide de l'emmener sur la littérature, en posant une question ouverte de lèche-bottes médiatique :
« Il paraît que tu lis beaucoup, ces temps-ci ?
— J'ai toujours lu énormément, mais je ne m'en suis jamais vanté. J'ai des goûts très éclectiques, tu sais. Tiens, par exemple, j'ai bien aimé Hammerstein ou l'intransigeance de Hans Magnus Enzensberger, ou HHhH de Laurent Binet, encore que j'aie des réserves sur ses digressions amoureuses, et j'ai adoré Même le silence a une fin d'Ingrid Betancourt : ce n'est pas un témoignage, c'est juste de la littérature, avec la jungle comme personnage principal. Magnifique. Je lis aussi beaucoup de classiques. L'autre jour, une jeune femme m'a dit : “Moi, je ne lis jamais les classiques.” Je la plains. Elle ne sait pas ce qu'elle perd, la pauvre. Je viens de me replonger dans Corneille et Racine. Tu en sors subjugué. Il a dû en baver, Corneille, la vieille gloire à son couchant, quand il a vu arriver Racine, le talent fait homme. En ce moment, je suis obsessionnel, je lis tout, tout, tout. C'est ainsi que j'ai lu ou relu trente et un des trente-cinq livres de la bibliothèque du Figaro, présentée par Jean d'Ormesson. Maintenant, figure-toi que je vais me mettre à Jules Verne en commençant par Michel Strogoff. »
Là, il y a un silence que je comble par une nouvelle question de Rantanplan télévisuel :
« Tu as bien des livres préférés que tu mets au-dessus de tout ?
— Rien d'original. Hugo, Dumas, Stendhal, comme tout le monde. Il y a aussi Maupassant qui n'a toujours pas pris une ride. Mon fils Louis est, comme tous les enfants de son âge, obsédé par Star Wars. Je lui ai donné à lire les contes de Maupassant. Eh bien, miracle, il a tout de suite été conquis. J'ai un faible pour La Petite Roque, Le Père Amable ou La Maison Tellier avec cette image époustouflante dont tu te souviens sûrement : quand les prostituées sont dans l'église, il plane subitement sur la tête des fidèles “le souffle prodigieux d'un être invisible et tout-puissant”, tandis que les enfants grelottent d'une “fièvre divine”. Quelle formule, hein, cette “fièvre divine” ! Je me damnerais pour ça ! Il y a encore Steinbeck que j'ai découvert il y a une dizaine d'années seulement avec Des souris et des hommes et puis, après, avec Tortilla Flat ou Les Raisins de la colère. »
Le président ne m'aura pas comme ça. Steinbeck, je connais par cœur. C'est même un de mes écrivains préférés, que je relis régulièrement. Il ne sait pas à qui il a affaire.
« J'ai toujours été fasciné, dis-je, sur le ton de l'expert littéraire, par la tortue qui, dans les premières pages des Raisins, a tellement de mal à traverser la route avant d'être récupérée par le personnage principal, Jed.
— Non, Joad. »
Le score s'élève maintenant à 2/0 pour le président. Il récupère un troisième point en évoquant, dans la foulée, les scénarios de John Steinbeck et notamment celui de Viva Zapata ! d'Elia Kazan avec Marlon Brando et Anthony Quinn. Là, je dois avouer mon incompétence, il me laisse sur place.
« Ah, continue-t-il, il y a évidemment Camus dont L'Étranger me touche tant. Déjà, dès les premières lignes, on est pris aux tripes : “Aujourd'hui, maman est morte. Ou bien hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : ‘Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.'” Tout est dit. Il est tellement décalé, indifférent et emmuré, le pauvre Meursault. À propos de Camus, sais-tu que j'ai été à Tipasa ? Pour voir. Pendant mon voyage officiel en Algérie, j'ai fait un détour là-bas. Aux journalistes qui me demandaient pourquoi j'y allais, j'ai répondu : “Si vous n'avez pas compris, c'est votre problème.” Quel beau texte, Noces à Tipasa ! Camus y parle comme personne de l'orgueil de vivre, du devoir de bonheur et du métier d'homme. »
Je connais bien Noces à Tipasa, ode panthéiste et gionesque qui célèbre le ciel, la terre et la mer, « vivante et savoureuse », mais je me sens incapable de rebondir. Le score s'établit donc maintenant à 4/0 et le verre de rouge que je bois cul sec ne suffit pas à réveiller mon cerveau. Mieux vaut lâcher l'affaire, je décide de ne plus compter les points. Le président est déjà reparti ailleurs :
« Oh, il y a forcément Proust qu'on ne lit bien qu'une fois qu'on a un peu vécu, ou bien Borges : même si je ne comprends pas tout, je pressens qu'il dit des choses importantes. J'apprécierai plus tard. Il y a un temps pour tout. Dans un autre genre, il y a encore Georges Simenon, personnage détestable mais superbe entomologiste de l'espèce humaine. Quand je lis un grand livre, je me fiche pas mal de l'auteur. L'œuvre littéraire est une personne aboutie qui vit sa propre vie. D'une certaine manière, c'est le lecteur qui écrit le livre et en devient copropriétaire.
— Tout lecteur est donc un écrivain !
— Oui. Tu connais Les Mots de Sartre avec sa construction en deux parties. La première intitulée “Lire”. La seconde, “Écrire”. Il a tout résumé : les deux choses sont indissolublement liées. C'est pourquoi j'ai tant de mal à comprendre les polémiques comme celle qui revient à intervalle régulier à propos de Céline… »
Arrêtons-nous instant. Je suis sûr que vous ne croyez pas ce que vous êtes en train de lire. Rassurez-vous : moi non plus, je ne crois pas, sur le moment, un mot de ce que j'entends. J'ai pourtant bien entendu mais je ne suis pas né de la dernière pluie. Pourquoi aurait-il pris tant de soin, pendant si longtemps, à passer pour un crétin vulgaire, d'une inculture crasse ? Ce n'est pas l'homme que je croyais connaître. Celui qui a tenu des propos détestables sur La Princesse de Clèves. Celui qui a emmené son ami le comique Jean-Marie Bigard, incarnation de l'humour à tête de bœuf, rendre visite avec lui au pape Benoît XVI. Des provocations de potache, dira-t-on. Soit. Mais il y a quelque chose qui cloche. Un truc, un loup, une ficelle. Depuis le temps, je suis un vieux singe. On ne m'aura pas avec des grimaces.
Il est néanmoins à son affaire. Sur Céline, il est, comme prévu, imbattable et intarissable :
« C'est une œuvre que chacun peut s'approprier comme il l'entend. Mais si l'on veut comprendre le personnage, il faut lire son premier livre, Semmelweis. C'est sa thèse de médecine sur un Hongrois de premier plan qui, au XIX e siècle, a fait une énorme découverte en observant qu'à l'Hospice général de Vienne où il travaille, la mortalité infantile est beaucoup plus élevée quand ce sont les étudiants en médecine, au lieu des sages-femmes, qui réalisent l'accouchement. La raison ? Ils viennent de disséquer des cadavres à la faculté et, ensuite, ont négligé de se laver les mains qui, dit-il, sont infectantes. L'antisepsie est née, mais on ne veut pas l'entendre, notre génie est désespéré, puis révoqué, enfin chassé d'Autriche. Revenu au pays, il insulte ses collègues obstétriciens, voit des ennemis partout, accumule les crises de démence avant de mourir, à quarante-sept ans, dans un asile d'aliénés. On retrouve la même dimension tragique dans le destin de Céline, une obsession des microbes qui se transformera, hélas, en délire contre les Juifs. Mais bon, tout ça n'enlève rien à la beauté de Voyage au bout de la nuit où il y a tant de phrases incroyables dont celle-ci : “L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches.” Elle dit si bien le sublime et le ridicule de l'amour. »
Suivent, en rafales, plusieurs citations du Voyage dont il semble connaître les cinq cents pages par cœur. En vieux journaleux, professionnel de l'incrédulité, je n'en reviens pas. Certes, j'avais lu dans les gazettes que Carla lui faisait rattraper son retard en matière de cinéma où il excelle à présent, mais jamais je n'aurais imaginé qu'il aurait pu se livrer à un tel numéro de haute voltige littéraire, sautant de « Papa » Hemingway à Barbey d'Aurevilly en passant par un roman qui vient de sortir : L'Homme de Lyon de François-Guillaume Lorrain. Il assure. Y compris quand la conversation roule sur des auteurs de mon choix, comme Prosper Mérimée, ou que je laisse une phrase en suspens, pour qu'il la termine. Il se sent même assez sûr pour reconnaître ses insuffisances. Quand j'évoque Tolstoï et Dostoïevski, il me coupe :
« La littérature russe, je ne connais pratiquement pas. »
Depuis un quart de siècle que je le fréquente, Nicolas Sarkozy ne m'a jamais laissé entrevoir cet aspect-là de son univers personnel. S'il avait juste potassé quelques fiches dans les jours qui précèdent, je l'aurais démasqué. Si sa science est récente, ce que je subodore, il a déjà beaucoup lu. Mais bon, contrairement à la légende que j'ai contribué à entretenir, il est tout sauf inculte : quitte à passer définitivement pour un gogo ou un couillon, je dois à la vérité de le reconnaître.
« Quand je lis un livre, dit-il, je passe mes passages préférés au Stabylo Boss. C'est peut-être pour ça que je les retiens mieux. »
Son hypermnésie ne peut pas tout expliquer. Son caractère compulsif non plus. Je me sens bête et déboussolé. N'est-il pas en train de se servir de moi, ce bourriquet qu'il déteste, pour faire passer un message ? Lui qui aime tant la ramener, pourquoi n'a-t-il jamais auparavant étalé à ce point sa culture devant moi ? S'agit-il d'un complexe ou de la même volonté de dissimulation qu'un Chirac qui pensait que « la culture, ça ne faisait pas peuple » ? Quelque chose m'a échappé. Je me demande si je ne devrais pas réécrire plusieurs pages de mon livre.
Telle est la grande misère du biographe. Il écrit sur de la matière vivante, en devenir permanent. Quand elle est morte, il n'est pas plus avancé : la peau et les os n'ont jamais rien à raconter.
Un jour que je lui apportais la dernière de mes innombrables biographies de Mitterrand, mon vieil ami Julien Green avait souri avant de laisser tomber : « Ce qui me fait vraiment peur dans la mort, c'est l'idée d'être livré aux biographes. » Je le comprends. Nous les biographes sommes des vers qui mangent tout, mort ou vif. Les parasites de la postérité.
Une fois notre dévoration accomplie et nos matières conchiées à la figure du monde, il nous arrive d'être rongés à notre tour, mais par des doutes. De temps en temps, à force de fouiller dans ses tripes, on tombe sur la vérité d'un homme. Souvent aussi, on passe à côté. Ce qui explique le malaise indéfinissable qui m'envahit à la publication de chacune de mes biographies politiques : je crains de m'être laissé embobiner ou aveugler par mes passions, c'est selon.
Le président regarde sa montre. Je vérifie l'heure : 15 h 15. Le déjeuner touche à sa fin. Après que je lui eus demandé quand il trouve le temps de lire, il répond, comme les vrais lecteurs :
« Tout le temps, n'importe quand, mais surtout en voyage. Quand je pars avec Carla, j'ai toujours un sac plein de livres et de DVD.
— Et que cherches-tu dans la lecture ?
— Quand j'ai lu un bon livre, je me sens mieux et différent. Lire m'apaise, évacue mon stress et m'apporte la sérénité. »
Si Nicolas Sarkozy ne semble pas particulièrement serein, à cet instant, le personnage qui l'habite fait président. Il est peut-être trop tard pour lui, mais « N. le maudit » n'a plus vraiment l'air d'un accident de l'Histoire.
« Les circonstances sont bien peu de chose, le caractère est tout – écrivait Benjamin Constant à la fin d'Adolphe – : c'est en vain qu'on brise avec les objets et les êtres extérieurs, on ne saurait briser avec soi-même. On change de situation, mais on transporte dans chacune le tourment dont on espérait se délivrer, et comme on ne se corrige pas en se déplaçant, l'on se trouve seulement avoir ajouté des remords aux regrets et des fautes aux souffrances. »
Benjamin Constant a raison. Il n'empêche que toujours l'âge vient. Parfois, il faut cinquante ans pour faire un homme. Parfois, soixante. Nicolas Sarkozy n'est plus tout à fait le même. Il a peut-être enfin commencé à se trouver.
Il est fait ; il est fini.

F l a m m a r i o n