CHAPITRE 1
L’année des polémiques Vingt-deux discours de vœux en un mois ! Vingt-deux discours en presque vingt-deux lieux différents.
Alors que ses prédécesseurs bouclaient ce type de cérémonie officielle en une bonne semaine et sans sortir de l’Elysée, Nicolas Sarkozy innove et court à travers le pays pour s’adresser à des publics spécifiques. Aux policiers et aux gendarmes à Orléans, auxquels il promet un versement de cent millions d’euros pour financer entre autres l’acquisition de cinq mille véhicules ; au monde de la culture à Nîmes, cent millions de plus chaque année jusqu’à la fin de sa présidence, pour la rénovation du patrimoine. Il annonce aussi la gratuité des musées pour les moins de 25 ans et les professeurs. Aux « forces vives et économiques », selon l’appellation contrôlée, à Vesoul ; aux enseignants et aux lycéens à Saint-Lô205 : « Notre société traverse une crise de l’avenir. » Au corps diplomatique : « L’Europe doit s’exprimer d’une seule voix. Ou bien nous subirons la crise, ou bien nous rebondirons grâce à elle. Nous irons ensemble vers ce nouvel ordre mondial et personne ne pourra s’y opposer. » Sans oublier à Paris le monde judiciaire auquel il fait part de son intention de supprimer le juge d’instruction206 « qui cédera la place au juge de l’instruction ». Nuance !
Combien de fois ne l’avait-il dit : « Les Français ne m’en voudront jamais d’en faire trop. »
« Il veut donner sa feuille de route à chaque ministère », explique Claude Guéant.
Après un semestre occupé à sillonner l’Europe et le monde, le Président veut reprendre pied sur le terrain national. Son exigence de tout avoir en mains (ou du moins de le croire) est son moteur.
L’intention est louable mais le résultat contre-productif : trop de discours tue le discours. Les Français finissent par ne plus prêter attention à ses propos – une à deux minutes chaque soir – que les chaînes de télévision se croient tenues de leur rapporter aux 20 Heures. Pas le temps de saisir où le Président veut en venir. Sa communication devient anxiogène. Au lieu de rassurer, il inquiète, il agace, il sature. En ce début d’année, leur moral est au plus bas. La crise financière se double d’une crise économique sans précédent. S’ils ont apprécié son dynamisme de président de l’Europe, et même qu’il les prévienne le 31 décembre : « Les difficultés qui nous attendent sont grandes. Je suis plus décidé que jamais à y faire face », ils préféreraient qu’il leur dise comment. Et comprendraient qu’au lieu de galoper d’un bout à l’autre du pays en torturant son organisme, il prenne un peu de temps pour souffler. Et puis, être toujours en première ligne sans filtre protecteur est un comportement à haut risque : si un jour le Roi est nu, c’est bien parce qu’il se sera déshabillé tout seul.
« Nicolas Sarkozy ne capitalise jamais sur un événement positif », s’étonne un diplomate.
« Nicolas ne connaît pas la belle vie, le farniente, la liberté, celle que l’on pourrait avoir avant de mourir. Il travaille tout le temps, c’est un drogué du boulot, sa vie est une ascèse. Le bling-bling ? Je ne sais vraiment pas d’où ça vient », ajoute Carla.
Les difficultés économiques et sociales s’accumulent, il le confesse en privé : « Je n’ai pas tous les éléments. Combien de temps la crise va-t-elle durer, y aura-t-il un fort rebond ensuite ? Je ne le sais pas et d’ailleurs, personne ne le sait. »
Alors que les usines françaises sont arrêtées pour chômage technique, il reçoit la filière automobile à laquelle le gouvernement octroie un prêt de six milliards d’euros. Il veut inciter les constructeurs à s’engager plus en avant dans la filière électrique. Il fait son travail.
Et pourtant le doute s’insinue dans la majorité207.
Malgré son omniprésence médiatique, Nicolas Sarkozy se fait voler la vedette. La France entière regarde ailleurs. Elle s’énamoure de Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, longiligne et félin, à l’allure patricienne. Lorsque, dans son discours d’investiture de facture kennédyenne, il promet d’engager « le travail de restauration de l’Amérique, en respectant les règles de la morale et de la fraternité », et fait répéter à la foule « Yes we can ! », il fait chavirer les âmes américaines et rêver les Français. On lui prête toutes les vertus, il va faire des miracles. La presse, les chaînes de télévision et de radio n’en ont que pour lui et pour elle aussi, Michelle, sa femme, Junon majestueuse, amante et maternante. Si vite à l’aise dans le rôle de Première dame de l’Amérique. Il suffit de voir comment elle a déjà appris à leurs deux petites filles à tenir leur rôle de princesses démocratiques.
Ce couple solaire, uni, glamour, charme le peuple français.
A l’automne, Nicolas Sarkozy en avait fait la confidence à quelques journalistes : la concurrence médiatique avec le couple Obama sera rude. Il ajoutait : « Vous avez vu le monde, il est vaste, on peut être deux ou trois. »
Raison de plus, croit-il, pour aller se faire voir sur le terrain, ne pas baisser la garde. Le pouvoir est une bataille permanente.
Avec Jacques Chirac, l’atmosphère était plus paisible. On ne l’entendait que deux fois par an : pendant huit jours, lors des vœux, puis le 14 Juillet le jour de la fête nationale. Le reste du temps, il faisait don de son silence à la France. A ses ministres trop entreprenants, il ordonnait : « Je ne veux pas voir les gens dans la rue, alors tu te calmes. » Justement, en ce début d’année, l’ancien Président se hisse au rang numéro un des hommes politiques préférés des Français. Il est, comme par hasard, l’exacte antithèse de Nicolas Sarkozy. Qui en est ulcéré bien sûr.
Devant les députés UMP qu’il réunit à l’Elysée le 8 janvier, il ne peut s’empêcher de se démarquer : « Je préfère être omniprésident que roi fainéant. Car, on en a connu ! » Les élus comprennent qui est visé. Les chiraquiens s’agacent de cette pique inutile.
« Je lui disais : mais à quoi ça te sert d’attaquer tout le temps Chirac, il n’est plus rien, il ne te gêne pas, chaque fois il me répondait : “C’est vrai, tu as raison”, mais c’était plus fort que lui », témoigne Alain Juppé.
« Toujours son besoin de convaincre qu’il en fait plus que les autres et qu’il est meilleur que ses prédécesseurs », renchérit Michèle Alliot-Marie.
Nicolas Sarkozy ne dételle pas.
Les partenaires sociaux, comme on appelle officiellement les syndicats (et le patronat, ne pas l’oublier), ont eu droit, eux aussi, à des vœux particuliers alors que jusque-là, on les mêlait aux forces dites « vives ». Cette attention nouvelle les a peut-être flattés, mais pas dissuadés de manifester ensemble à l’initiative de la CGT, le 29 janvier, contre le plan de relance qu’ils jugent « insuffisant ».
« Comparé à ce que fait l’Allemagne, ça n’est pas sérieux. Ce plan fait de la France le mouton noir de l’Europe », cingle Martine Aubry208. Qui ajoute : « Il faut faire comme Obama. »
Huit jours avant la manifestation, la première secrétaire avait présenté le plan du PS, qui reprenait d’anciennes formules. C’est un plan de relance par la consommation : augmentation de 3 % du SMIC, hausse de la prime pour l’emploi et du taux d’indemnisation du chômage partiel, création d’un chèque-crise de 500 euros pour les bénéficiaires de minima sociaux. Coût selon l’UMP : 50 milliards d’euros. François Hollande met en garde la direction du PS contre les risques d’une dérive inconsidérée des déficits publics, la tentation de soutenir toutes les revendications et, partant, de renouer avec les vieilles habitudes. « Celles du grand écart entre le discours d’opposition et la pratique du pouvoir. »
« La relance par la consommation ? Une erreur. Cela a été fait deux fois, d’abord par Mitterrand en 1981, ensuite par Chirac et dans les deux cas, ça n’a servi à rien, on a versé de l’eau sur le sable », commente Nicolas Sarkozy.
Ce 29 janvier, le Parlement adopte la loi de finances rectificative pour 2009, qui accorde au gouvernement 26 milliards d’euros. Le plan a été préparé par Bercy. Il est destiné à des projets d’investissement. Ce sont des dépenses ciblées, immédiates, temporaires qui n’entraînent pas de dépenses à long terme209. Car l’état de nos finances ne permet pas d’aller plus loin.
« Sous-dimensionné, déséquilibré, plan a minima », déplore Lionel Jospin.
La manifestation – grand rituel franco-français – est un succès : deux millions et demi de participants, selon les organisateurs, un million selon la police. Refrain habituel. La manif est une liturgie de la contestation, une catharsis libératrice. Les utopistes viennent y ranimer leurs ardeurs, les vindicatifs y purger leurs humeurs, le service public défendre le statu quo. On vient sur le boulevard crier sa colère contre la vie chère, le chômage, les banquiers pervers, les bonus exorbitants des traders, les salaires indécents des dirigeants du CAC 40. Et bien sûr donner de la voix contre Sarkozy, omniprésent, donc omni-responsable.
Selon un sondage publié le lendemain par La Tribune, 46 % des manifestants voulaient exprimer leur inquiétude causée par la crise. 47 % leur mécontentement à l’égard du Président.
Pour la première fois, le taux de grévistes dans la fonction publique est en baisse mais il y a en revanche plus de salariés du privé. Le mouvement a été peu suivi dans les transports, le service minimum dans les écoles pour les élèves de professeurs grévistes commence à fonctionner. Après avoir renâclé, beaucoup de villes socialistes – Nantes, Dijon, Grenoble – l’ont organisé. Comme toujours, la gauche accompagne le mouvement. La veille, le Parti socialiste avait déposé une motion de censure au Parlement.
La manifestation s’est déroulée sans violence, les services d’ordre de la CGT y veillent. « Avant chaque manif, je téléphonais aux syndicats pour organiser la répartition des tâches avec la police sur tout le parcours. Eux comme nous, n’avions aucun intérêt à ce qu’elle dégénère », révèle Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur.
« Les syndicats ont deux fonctions : négocier et protester. Quand ils protestent de manière normale, nous les respectons », dit Raymond Soubie qui ajoute : « Encore faudrait-il savoir, dans une crise mondiale, pourquoi et contre qui l’on manifeste. »
Alerté par les cris et les slogans, l’Elysée publie un communiqué le soir même : le Président recevra les syndicats à la mi-février.
En dépit des multiples discours présidentiels, et parfois à cause d’eux, la fronde sociale gagne tous les secteurs. La cherté de la vie embrase les Antilles. Les produits de consommation courante, les yaourts, les tomates, le cacao coûtent 40 % plus cher que sur le continent en raison de l’insularité et du coût du transport. La crise, autant sociale qu’identitaire, va durer quarante-quatre jours. Fin janvier, les syndicats de la magistrature appellent à la mobilisation contre le projet de suppression du juge d’instruction210.
Mais en terme de fracas médiatique, on va connaître pire. Le 27 janvier des enseignants chercheurs réunis en coordination appellent à une grève illimitée. Ils sont cinquante mille, répartis dans quatre-vingt-trois universités. La loi d’autonomie offre aux présidents d’université (élus) la gouvernance directe sur les personnels. Les enseignants chercheurs protestent contre le projet de décret de leur ministre Valérie Pécresse, qui voudrait instaurer de la souplesse dans un système figé depuis vingt-cinq ans. Ils sont assujettis à quatre heures de cours par semaine (ce qui n’empêche pas les heures supplémentaires). Leur travail se répartit entre recherche et enseignement. Ils sont payés pour faire les deux. Le décret Pécresse, salué par quatre présidents d’université, établit une modulation dans l’organisation du travail pour mieux répondre aux besoins de l’Université : un enseignant qui fait de la recherche pourrait momentanément donner moins d’heures de cours, ce qui bien sûr déplaît aux autres qui devraient, en revanche, en faire davantage. « Non à l’enseignement punition », ragent-ils. Pour ramener le calme, la ministre accepte de réécrire le décret : rien ne se fera de manière autoritaire. Mais voilà qui les dérange plus encore : leur travail sera soumis à évaluation tous les quatre ans. Jusqu’ici n’était évalué que l’enseignant chercheur qui demandait une promotion. Seulement pour être promu il fallait avoir publié. Faute de l’avoir fait, beaucoup n’étaient jamais évalués. Avec le décret, ils le seront désormais sur l’ensemble de leurs activités, la recherche et l’enseignement. Une révolution. Les enseignants chercheurs crient à leur perte d’indépendance (laquelle est un principe à valeur constitutionnelle).
Cette grève corporatiste est d’abord le signe de la résistance au changement. Elle est très politique avec un SNESUP à la pointe du combat, qui dénonce la suppression de neuf cents postes d’enseignants chercheurs. Ce que réfute la ministre : « Il y a eu cent cinquante redéploiements », précise-t-elle. En plaidant que « jamais un gouvernement n’a autant fait pour l’Université et les carrières des enseignants ».
Seulement voilà : cinq jours plus tôt, Nicolas Sarkozy recevait à l’Elysée les présidents d’université, les directeurs des grandes écoles et des organismes de recherche : « La France des Sachants », comme on dit. Et ce jour-là, très en verve, il n’y était pas allé par quatre chemins : « A budget comparable, un chercheur français publie de 30 à 50 % moins qu’un britannique. Nous ne sommes pas aujourd’hui dans le peloton de tête des pays industrialisés pour la recherche et la rénovation (…) Depuis des décennies, le conservatisme l’a emporté. Il faut que cela cesse. L’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation, sont notre priorité absolue.
« Nos universités bénéficient depuis le budget 2008 d’augmentation de leur moyens, comme elles n’en ont jamais connu. On ne gagnera pas la bataille de l’intelligence avec des universités médiocres (…) Il s’agit aussi de permettre aux meilleurs talents d’être enfin reconnus et récompensés. La condition qu’on y met, c’est d’évaluer ces activités (…). Franchement, la recherche sans évaluation, cela pose un problème. Ecoutez, c’est consternant, mais ce sera la première fois qu’une telle évaluation sera conduite (…). Certes, nos meilleurs chercheurs obtiennent des récompenses prestigieuses : un prix Nobel et un prix Turing211 l’année dernière, deux prix Nobel cette année. Nous avons des domaines d’excellence, reconnus et enviés dans le monde entier : mathématiques, physique, sciences de l’ingénieur. Mais ces admirables chercheurs et ces points forts – j’ose le dire – ne sont-ils pas l’arbre qui cache la forêt ? Ne servent-ils pas d’alibis aux conservateurs de tout poil que l’on trouve à droite en nombre certain et à gauche en nombre innombrable ? Je dis innombrable à gauche car ils sont plus nombreux (…) Il faudra m’expliquer pourquoi la France est largement derrière dans la production scientifique dans le monde. Nous restons largement derrière l’Allemagne et la Grande-Bretagne, pour ce qui est des publications scientifiques… Or, chez nous, il y a plus de chercheurs statutaires (15 % de plus qu’en Grande-Bretagne), la dépense de recherche est la plus élevée (…) Je ne veux pas être désagréable, mais si l’on ne veut pas voir cela (…). Je vous remercie d’être venus. Il y a de la lumière, c’est chauffé, on peut continuer. La réalité n’est pas désagréable parce que je le dis, c’est désagréable parce qu’elle est la réalité. C’est quand même cela qu’il faut voir. » Etc.
Cela s’appelle caresser son auditoire à rebrousse-poil. Il y a, bien sûr, dans cet étonnant discours, quelques constats irréfutables. Mais aussi, comme chaque fois qu’il s’affranchit de son discours écrit, l’expression d’un mépris sarcastique, dont il aurait été bien avisé de faire l’économie : « Je vous remercie d’être venus. Il y a de la lumière, c’est chauffé. » Nicolas Sarkozy ne résiste jamais à dire le fond de sa pensée. Cette franchise abrupte qui le délivre de ses tensions et lui procure une visible satisfaction, relève du plaisir masochiste : il a le génie de tendre les fouets pour se faire flageller.
« Les aspérités du Président font partie d’un tout qui va de pair avec son volontarisme », explique-t-on du côté de l’Elysée.
Il ne changera donc pas. A ses risques et périls.
L’auditoire est estourbi par le coup de boule présidentiel. Ses amis sont consternés. Valérie Pécresse, la ministre chargée de la réforme, doit le concéder : « Si l’on veut entraîner un corps dans la réforme, il vaut mieux lui dire qu’on l’aime. Il manquait l’hommage sincère à des types géniaux et désintéressés. »
Benoist Apparu est navré : « Alors qu’il est le Président qui aura le plus fait pour l’Université et la recherche, il va payer cash d’avoir humilié. Il va faire ressurgir l’idée bien ancrée à gauche que la droite est contre la culture et l’intelligence. »
« La gauche croit qu’elle incarne génétiquement l’intelligence et la vertu », relève Eric Besson, qui connaît bien le sujet.
En effet. Le discours, téléchargé deux cent mille fois sur YouTube, déclenche sur-le-champ un buzz sur la toile, comme on dit. Le monde de l’éducation étant très susceptible, les intervenants se comptent par dizaines de milliers. Un pur massacre. Cent vingt-huit chercheurs de très haut niveau dénoncent dans une lettre ouverte au chef de l’Etat : « Le manque de considération dont vous avez fait preuve. » Dix jours plus tard, cinquante-cinq universités sur quatre-vingt-trois sont en grève, l’UNEF se joint au mouvement par solidarité avec les chercheurs. Et c’est parti. La grève va durer cinq mois. Les étudiants défilent par centaines à Rennes, à Nantes, à Poitiers. La gauche soutient le mouvement et défile avec eux.
La fronde contre le Président suscite des réactions surprenantes. Presque risibles parfois. Elles ont au moins le mérite de révéler à quel point les nerfs sont à vif et les esprits déboussolés. Les plus instruits en arrivent à confondre réalité et fantasme.
Ainsi, Axel Kahn, moraliste respecté et chercheur justement renommé, président de l’université Paris 5 Descartes, cosigne dans Le Monde du 4 février (daté du 5) une tribune favorable à la loi Pécresse sur l’autonomie des universités et même à la modification du statut des enseignants chercheurs. Coïncidence : le lendemain, Nicolas Sarkozy intervient à la télévision. Et il fait référence à ce soutien public que lui a apporté cet homme de qualité, « qui n’est pas l’un de mes proches ». Craignant sans doute d’être taxé de « jaune » par ses collègues, la citation présidentielle fait sortir l’intéressé de ses gonds. On l’entend, le lendemain, faire une étrange déclaration sur LCI : « Il va bientôt y avoir un remaniement. C’est l’annonce qu’Axel Kahn va être appelé au ministère. Et moi je ne suis pas un vulgaire Eric Besson, une étreinte du Président est une étreinte qui tue. » Entendre cet homme réputé pour la modération et l’équilibre de son jugement, parler de lui à la troisième personne (à la manière d’Alain Delon) et se poser en victime potentielle d’une offre ministérielle que Nicolas Sarkozy ne lui a pas faite et qu’il n’a d’ailleurs jamais songé à lui proposer, ne manque pas d’étonner212.
« Il n’a jamais été dans le casting », Franck Louvrier le confirme.
Or voilà que trois jours plus tard, Axel Kahn toujours, en rajoute dans Le Journal du Dimanche, il menace de quitter son poste « si la loi sur l’autonomie des universités votée en 2007 était remise en cause ». Ce qui n’est pas non plus à l’ordre du jour, c’est même tout le contraire. Franchement, il faut le suivre.
Le président de la Sorbonne Paris 4, Georges Molinié, s’en prend, lui, à la réforme de la formation des enseignants en la taxant de « régression intellectuelle et d’agression sociale213 ». Les effigies de Xavier Darcos214 et de Valérie Pécresse sont brûlées dans la cour de la Sorbonne. « C’est le plus grand casse de l’enseignement de la République depuis Vichy », déclare Molinié à France-Soir. Réflexe classique à gauche où mêler la droite à Vichy est l’injure suprême, en oubliant – petit détail – que la gauche a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Décidément, on n’apprend pas la modération à l’université. Mais il est vrai que le discours du président de la République n’y incitait pas.
Des facs en grève, des étudiants en révolte, l’histoire de la Ve République en est émaillée. Celle-ci, cependant, est originale. A plus d’un titre. D’abord par sa durée : quinze semaines. Pour la première fois, les grèves sont déclenchées par des professeurs qui ne supportent pas que l’on touche à leurs statuts. Mais curieusement, aucune personnalité emblématique ne se dégage de ce mouvement de courroux. Alors que dans les grèves universitaires précédentes, des leaders étudiants tenaient toujours le haut du pavé avant d’aller occuper des postes de responsabilité… au Parti socialiste.
Les mots d’ordre des jeunes qui manifestent ou qui bloquent l’entrée des facs n’ont d’ailleurs rien à voir avec la réforme. Ils sont inspirés par l’ultra-gauche : « non à l’ultra-capitalisme », « non à la privatisation » (aucun projet gouvernemental ne va dans ce sens). Ou encore « L’Université n’est pas une entreprise ». Ceux qui les profèrent et bloquent l’entrée des facs sont peu nombreux. Partout ou presque c’est toujours une petite centaine qui empêche la majorité des autres – des milliers. La passivité de ces derniers étonne. On peut comprendre qu’ils rechignent à se confronter avec des éléments souvent violents. A moins qu’à l’instar de leurs parents, ils se montrent compréhensifs envers les grévistes, tout en déplorant et condamnant les conséquences de la grève. Un comportement très français : « Tous les matins, les radios annonçaient le nombre des universités bloquées. Mais la police n’a eu à intervenir que quatre fois », se réjouit Michèle Alliot-Marie.
Quand même, les esprits bougent un peu. Ainsi, peut-on lire dans un « Manifeste pour refonder l’Université », publié par Le Monde215, signé par nombre d’universitaires parmi lesquels bien des professeurs en sociologie (matière qui offre peu de débouchés) que « l’Université ne peut se désintéresser de l’avenir des étudiants qu’elle forme ». Et l’on y trouve même le mot jusque-là honni de « sélection ». Non pour l’approuver, certes, mais pour en évoquer la possibilité. Ces mêmes universitaires dénoncent une réforme qui veut faire d’eux des « employés de l’Université ». En clair, ils n’ont pas fait dix ans d’études pour qu’un patron vienne les commander. Ils tiennent à leur statut de fonctionnaires.
Bien entendu, les enseignants en grève et les étudiants participent aussi aux manifestations et protestations des grandes centrales syndicales.
A la suite de l’impressionnant défilé du 29 janvier, l’Elysée, on l’a vu, avait annoncé pour le 18 février une réunion avec les partenaires sociaux. Raymond Soubie, le conseiller social du Président, a téléphoné à leurs leaders pour leur confirmer que leurs revendications seront examinées.
L’Elysée est animé d’un souci complémentaire : rassurer les Français qui entendent parler chaque jour de la crise. En déplacement – un de plus – dans le Val-d’Oise, Nicolas Sarkozy prévient : « Je répondrai aux inquiétudes. »
Pour s’assurer d’une plus large audience, il a fait ajouter M6 aux chaînes de télévision TF1 et France 2 sur lesquelles il parle le 5 février au soir. Pari réussi : quinze millions de téléspectateurs à l’audimat. En bon routier de la politique, il sait que l’attaque est la meilleure défense. Sûr de répondre à l’indignation, il a choisi ses cibles : les banquiers avares de prêts et qui ne font pas leur métier et les patrons qui s’octroient de trop substantiels revenus. A un moment où « nous devons affronter une crise comme on n’en a pas connu depuis un siècle. C’est la première fois qu’elle frappe tous les pays sans exception ».
Et puisqu’on lui rappelle à tout bout de champ sa promesse d’être « le Président du pouvoir d’achat », il montre qu’il ne l’a pas oublié : « Il y a des gens qui sont pris dans les mailles du filet, qui n’en peuvent plus, je veux leur apporter des réponses. »
Le prêt aux banques a rapporté 1,4 milliard d’euros216 à l’Etat, il servira, dit-il, à financer les mesures sociales. Lesquelles ? Voilà annoncé l’ordre du jour de la rencontre avec les partenaires sociaux. Puisque les plans sociaux se multiplient, on parlera de l’emploi217, de l’indemnisation du chômage partiel, de la fin des CDD, de la couverture chômage pour les jeunes. Le pouvoir d’achat ne sera pas oublié, avec la suppression – ponctuelle – d’une tranche de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes et l’augmentation des allocations familiales dans certains cas difficiles. Le Président souhaite également que l’on recherche un meilleur partage du profit des entreprises entre les actionnaires et les salariés. « Le compte n’y est pas pour eux », dit-il. Il suggère une règle des trois tiers (une idée que lui a vendue Serge Dassault) : un tiers des profits pour les salariés, un tiers pour les actionnaires, un tiers pour l’investissement. Et il indique au passage qu’il honorera une promesse de son prédécesseur : la baisse de la TVA dans la restauration (que la Commission européenne autorisera le mois suivant après avoir marqué bien des réticences). Enfin, pour lutter contre les délocalisations, il annonce pour 2010 la suppression de l’impôt qui pénalise les entreprises : la taxe professionnelle. « Je souhaite que l’on garde des usines en France. » Et une fois de plus il tacle les 35 heures. « Le partage du travail a été une erreur historique. »
« J’ai supprimé les 35 heures », se plaît-il à dire souvent devant ses visiteurs218.
L’émission terminée, il confie aux ministres présents avoir eu Barack Obama au téléphone, qui a achevé de le convaincre : la crise est loin d’avoir atteint son point culminant, il faut donc lâcher du lest.
Et il moque quelques-uns des économistes qui viennent lui dispenser leurs conseils : « Un des meilleurs qui m’assurait il y a quelques mois que la crise ne durerait que quelques semaines est à présent le plus pessimiste du lot. »
Quinze millions de Français étaient devant leur poste, mais, las ! Il ne les a pas convaincus. Après son intervention, selon le baromètre mensuel BVA/Les Echos, 60 % des Français jugent mauvaise sa politique économique. « Sa parole est usée, les Français ne le croient plus », explique Gaël Sliman, le directeur adjoint de BVA.
Si elle est « usée » c’est peut-être aussi, on y revient toujours, parce qu’il parle trop. « Avec Nicolas le manège tourne trop vite, il y a trop d’annonces, les gens sont perdus », constatent bien des élus de sa majorité. La France s’installe dans une récession sévère. Le PIB a reculé de 1,2 point au quatrième trimestre 2008. Le 12 février, Les Echos l’annoncent à la Une. Une page toute noire pour frapper le lecteur.
Il parle trop ? Mais lui en est persuadé : dans un pays réputé pour son immobilisme, il faut en dire beaucoup pour faire un peu bouger les choses. « Si j’avais écouté tous les conseils depuis que je fais de la politique, je ne serais sûrement pas à l’Elysée », rétorque-t-il, lorsque des élus lui suggèrent d’en dire moins. Il ne changera donc rien.
Dommage ! Au début du mois de février, le Président, de retour d’un voyage express à Bagdad, en passant par le Koweit et le Sultanat d’Oman où il est allé vendre des avions et du matériel militaire, prononce à l’Elysée un discours sur la famille. Une dépêche de l’AFP tombe vers 18 heures : « Nicolas Sarkozy veut créer un statut du beau-parent. » Une demande des familles recomposées. Situation qu’il connaît personnellement. Mais vous imaginez de Gaulle ou Mitterrand s’occuper des beaux-parents ? Surréaliste ! Il devrait laisser à Nadine Morano, la secrétaire d’Etat chargée de la Famille, le soin d’en faire l’annonce, ce dont elle est tout à fait capable. Le quinquennat regorge d’exemples de ce type.
Le gouvernement a besoin d’un peu d’oxygène. « Le Président ne doit pas toujours être en campagne », assure Henri Guaino. Mais qui ose le lui dire à l’Elysée ?
Autre embrouille dont se régalent les médias : le conflit, « très français » selon la presse étrangère, qu’il a déclenché à propos de La Princesse de Clèves, le roman de Madame de La Fayette, publié en 1678. Il l’avait cité durant sa campagne, lors d’un meeting à Lyon. Non pour en réclamer sa lecture, mais au contraire pour estimer qu’il n’était pas indispensable de l’exiger : « L’autre jour, disait-il, je m’amusais à regarder le programme du concours des attachés d’administration. Un sadique ou un imbécile – choisissez – avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pense de La Princesse de Clèves. Imaginez le spectacle. » Et le Président de suggérer que les concours de recrutement exigent moins de savoir académique et davantage de connaissances pratiques. Ce qui relevait d’un certain bon sens.
Lequel, on le sait, n’est pas toujours partagé. L’œuvre il est vrai, est un grand classique219 à l’écriture admirable, il faut le souligner ici pour ne pas encourir les foudres de tous les trissotins, qui vont faire de la connaissance de l’ouvrage et de l’admiration qu’il convient de lui porter, le test imparable qui permet de séparer les Français cultivés des malheureux incultes dont Nicolas Sarkozy est bien sûr, selon eux, le fier porte-drapeau. Sa façon de s’exprimer souvent imprudemment relâchée est aussi l’objet de tous leurs sarcasmes : « Mitterrand, lui, faisait honneur à la syntaxe française. »
Le Président, qui a le goût de la provocation, et un véritable don pour susciter la polémique, va les y aider en revenant à la charge : le 4 avril, dans un discours sur la modernisation des politiques publiques et la réforme de l’Etat, il défend qu’il est possible d’assurer sa promotion professionnelle sans réciter par cœur La Princesse de Clèves. Trois mois plus tard, en juillet, il récidive. Lors d’une rencontre organisée par la Ligue de l’enseignement220. Au temps d’Internet et des blogs, une telle obstination dans la citation d’un ouvrage finit par être remarquée. Les enseignants chercheurs, toujours en guerre contre l’Elysée, accusent le Président de vouloir « bâillonner l’intelligence et la liberté de pensée ». Pas moins ! Au Salon du Livre de Paris, en mars, les badges métalliques bleu ciel où s’inscrit cette fière devise : « Je lis La Princesse de Clèves », sont plus recherchés que les petits-fours offerts par les éditeurs lors de la soirée d’ouverture – et, malheureusement, que les livres. « Nous entrons en résistance contre une forme de pensée unique », proclament sans rire des universitaires.
Partout en France, des lectures publiques de l’œuvre sont organisées, sur des campus, dans des théâtres ou des lieux symboliques comme le Panthéon. Ainsi voit-on le comédien Louis Garrel, le compagnon de Valeria Bruni Tedeschi, sœur de Carla Bruni-Sarkozy, participer à une lecture marathon de l’ouvrage en présence de plusieurs centaines de personnes – venues livre à la main. Des dizaines de voix et d’accents se succèdent devant le micro pour donner une leçon à Nicolas Sarkozy. Il ne faudra pas moins de six heures quinze aux récitants pour aller au bout du texte !
Les éditeurs du roman, surpris de l’aubaine, se frottent les mains. Ils ont écoulé tout leur stock. L’incident n’est pas clos pour autant. Elisabeth Badinter, Régis Debray, François Bayrou, Ségolène Royal y vont à leur tour de leurs couplets. Dans Le Monde daté du 17 mars, Gérard Courtois écrit : « Ce livre est le symbole de tous ceux pour qui la culture n’est ni un luxe improductif ni une frivolité méprisable, mais un ressort, un besoin, un plaisir aussi vital que le travail pour donner du sens à la vie de chacun. »
A l’Elysée, on tente de calmer les esprits : le Président a seulement voulu souligner le fossé entre les programmes de concours et la réalité quotidienne des gens. « Ceux qui le critiquent manquent-ils à ce point d’humour pour prendre cette histoire au premier degré ? », interroge un de ses conseillers.
Humour ou pas, Nicolas Sarkozy ne prend pas l’affaire à la légère. « Ils me regardent comme si j’avais appris à lire, à écrire et à compter il y a quatre ans », s’indigne-t-il. De toutes les polémiques, celle-ci l’aura sans doute atteint plus que d’autres. Lui, inculte ? On ne l’y reprendra plus. Insatiable dans ses curiosités, il va combler tous ses retards. On ne le voit plus qu’avec un livre à la main. Dans les voyages, il ne parle plus que littérature avec ses ministres, où il fait étal de ses connaissances, en effet impressionnantes. « Nous avons eu cours de littérature moderne », disent-ils. Ou bien : « Nous avons eu cours de littérature classique. »
Au Conseil des ministres, il pose ostensiblement sur la table celui qu’il est en train de lire. Et il n’arrive jamais plus à un Conseil européen sans un ouvrage à la main. Devant des intellectuels ou les journalistes qu’il reçoit à déjeuner – et qui moquent en sortant cette démonstration puérile du gai savoir présidentiel – il y a toujours au moins une demi-heure consacrée à ses dernières lectures. Maupassant, Zola, Stendhal, Barbey d’Aurevilly, Maurice Leblanc, Zweig, Henry James, Steinbeck, Dostoïevski, Emmanuel Carrère, pour ne citer qu’eux. Mais aussi les grands classiques, Molière, Racine, Corneille, etc. Ou encore, des auteurs inconnus de ses commensaux. Mais sur La Princesse de Clèves, il n’en démord pas : « Je l’ai lu quatre fois, c’est d’un ennui profond. » Mais quand trouve-t-il donc le temps de lire ? Il répond : « Je ne regarde jamais la télé le soir, avec Carla nous lisons ou bien nous regardons un film. » Un autre domaine où sa culture est renversante.
Raymond Soublie raconte : « Je venais de relire A la recherche du temps perdu, quand lors d’un voyage, nous avons évoqué A l’ombre des jeunes filles en fleurs, le Président était incollable. J’étais bluffé », s’extasie le conseiller social.
« Je confirme que Nicolas Sarkozy aime et connaît la littérature française comme aucun autre politique dans ce pays221 », affirme de son côté l’écrivain Yann Moix.

205. Pour n’avoir pas pu empêcher une manifestation dont les clameurs avaient couvert la voix du Président en visite dans une école, le préfet de la Manche est limogé. Après quoi, par crainte de subir le même traitement que leur collègue, les préfets interdiront toute circulation dans les villes visitées par le Président, au grand désagrément des habitants. Y faisant allusion lors d’une réunion à Paris le 1er février, Martine Aubry accuse : « Nicolas Sarkozy défigure la République, il se croit propriétaire de la France. »
206. Sans attendre les conclusions du rapport de la commission Léger, prévu pour le mois de février. Ses membres regretteront que le Président « veuille comme toujours que les choses soient faites avant qu’elles ne soient commencées ».
207. Nicolas Sarkozy invente le remaniement permanent en procédant par ajustements successifs. Le 12 janvier, lors de son déplacement à Saint-Lô, il souhaite que Martin Hirsch, dont les prérogatives sont élargies à la jeunesse, mette en place un véritable droit à l’autonomie des jeunes – « encore des dépenses ! » s’inquiète l’UMP. Bernard Laporte, secrétaire d’Etat aux Sports, voit ainsi ses fonctions réduites. Trois jours plus tard, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, est nommée secrétaire d’Etat à la Prospective et à l’Economie numérique. Un coup de théâtre de dernière minute, décidé « dans la nuit » selon François Fillon. Son manque de cohésion avec son ministre Jean-Louis Borloo a fini par convaincre l’Elysée de la rétrograder. Elle remplace Eric Besson qui, lui, est promu : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire. Brice Hortefeux, qui occupait ce poste, se voit confier le ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Ville. Une promotion à double tranchant dans un climat social électrique. Le 21 janvier, Chantal Jouanno est nommée secrétaire d’Etat à l’Ecologie. L’UMP change de cap, Patrick Devedjian, nommé ministre de la Relance en décembre, cède son fauteuil de secrétaire général à Xavier Bertrand. A lui la charge de redynamiser le parti avec obligation de résultat aux élections européennes en juin et aux régionales en 2010.
208. Angela Merkel vient de présenter son plan de relance : 50 milliards d’euros sur deux ans. Mais elle bénéficie de rentrées confortables : l’Allemagne est la première exportatrice mondiale. Obama a fait adopter le sien : 787 milliards de dollars, que les Républicains ont refusé de voter.
209. Le 2 février François Fillon annonce à Lyon les mille premiers projets du plan de relance par investissement : construction de cent mille logements sociaux et aussi vingt mille rénovations, des travaux sur les ponts, les routes et même cinquante-trois cathédrales. De quoi créer de l’activité très vite. Il promet des effets bénéfiques sur l’emploi.
210. Depuis longtemps, des juristes de droite comme de gauche contestent les pouvoirs trop discrétionnaires du juge d’instruction. L’affaire d’Outreau avait agi comme un révélateur. Une telle réforme méritait une vaste concertation. Le Président en avait confié l’étude à la commission Léger. Mais en annonçant lui-même son choix qui a paru à certains motivé par son expérience malheureuse de justiciable dans l’affaire Clearstream, le Président a sans doute tué la réforme dans l’œuf. Les professions judiciaires vont la combattre frontalement, y compris ceux qui étaient disposés à l’accepter. Le juge d’instruction à la française est contraire aux principes européens, selon lesquels la même personne ne peut pas instruire et juger.
211. Equivalent du prix Nobel pour les informaticiens.
212. Il s’en est expliqué dans L’Express : « Je me sentais pris en otage. Dès le lendemain des pétitions ont circulé dans mon université. Des amis de quinze ans ont pensé que je cherchais à me placer en vue d’un éventuel remaniement ministériel. Je me suis demandé si je ne devais pas démissionner. La richesse fondamentale d’un homme, c’est sa réputation… Aujourd’hui, pour un président d’université, être le garant de la position du chef de l’Etat équivaut à se griller totalement. J’ai passé un vendredi 6 vraiment pénible, tout le monde s’était détourné de moi. »
213. Jusque-là, pour devenir instituteur, un étudiant après bac +3 devait, s’il réussissait le concours, faire une année de stage rémunérée dans un UIFM pour apprendre le métier. Les étudiants regrettant souvent leur enseignement trop théorique dispensé dans un langage abscons. Avec la réforme, ils seront formés à l’Université et mastérisés après bac + 5, mais ils ne seront plus payés (ce que déplorait Molinié). Des bourses étant prévues pour les plus modestes. Les instituteurs entrant directement dans le métier en étant mieux payés et encadrés pendant plusieurs mois par un professeur référent.
214. Initiateur de la réforme de la formation des maîtres. « C’est avec cette réforme qu’il a supprimé onze mille emplois dans l’Education nationale », note Raymond Soubie.
215. Le 14 mai 2009. Les vingt-neuf signataires sont des noms prestigieux, issus de tous les horizons politiques et de toutes les disciplines, allant du philosophe Marcel Gauchet au juriste Guy Carcassonne, en passant par le mathématicien Jean-Pierre Demailly, le professeur de sociologie François Dubet ou le philosophe Bruno Karsenti.
216. Il rapportera en tout 2,7 milliards d’euros.
217. Le 5 janvier, l’Agence nationale pour l’emploi et les ASSEDIC ont fusionné pour devenir le Pôle emploi. L’objectif visé par le gouvernement consiste à individualiser la recherche d’emploi de chaque chômeur.
218. Antienne qu’il reprendra tout au long de l’année 2010. La loi Bertrand du 20 août 2008 a fait sauter en effet tous les effets contraignants en termes d’horaires, des 35 heures, mais non de coût, puisque le calcul des heures supplémentaires commence dès la 36e heure. Ses détracteurs diront qu’il a au contraire ancré la durée légale des 35 heures dans le marbre. Mais le Code du travail a été simplifié. Le nombre d’articles traitant de la durée du travail est passé de 76 à 34 et les entreprises qui avaient déjà passé des conventions avec leurs salariés sur les 35 heures y sont restées. Et la France continue d’être l’un des pays où les salariés travaillent le moins.
219. Madame de La Fayette décrit les tourments d’une belle princesse qui tombe amoureuse, avoue son trouble à son mari, mais choisit de se retirer de la Cour pour ne pas fauter. Le mari, persuadé d’être trompé, meurt de chagrin. Mais la princesse lui restera fidèle, même après sa mort. C’est un grand roman de l’amour impossible et aussi de la vertu non récompensée. Un livre d’une grande acuité psychologique.
220. Deux inspecteurs généraux de l’administration, Corinne Desforges et Jean-Guy de Chalvron, auxquels Eric Woerth et André Santini avaient confié un rapport sur le contenu des conditions d’accès à la fonction publique de l’Etat, relèveront que : « Le concours dans sa forme actuelle n’est peut-être plus le meilleur système de sélection. Il convient de le moderniser. L’objectif, disent-ils, est de recruter des profils utiles et de favoriser la diversité. Platon était-il un philosophe grec ou un général américain ? » Considérant que ces connaissances n’ont qu’une utilité limitée dans leur vie professionnelle, ces questions – bien réelles – seront retirées du concours des gardiens de la paix. Comme le souligne le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, André Santini : « Il n’est pas digne de jouer la carrière d’un homme ou d’une femme sur une question du “Jeu des Mille Francs”. »
221. In Le Point du 7 avril 2011.