CHAPITRE PREMIER

Kellin comprit où était le problème.

Elle n’a pas conscience de ce que nous avons fait ici quand nous avons bu à la coupe.

Ginevra recula, érigeant un mur de runes entre eux.

Celles de Kellin les détruisirent.

— J'ai bu à la coupe, dit-il. Je n'ai pas oublié ce que j'ai appris.

— Qu'ai-je fait ? murmura Ginevra.

— La paix, je crois... Il reste une seule chose...

Elle devina ce qu'il allait faire.

— Non ! Pas ça !

Il alla près du piédestal de basalte et prit la lourde chaîne d'or.

Il la ramènerait à son père afin de lui prouver qu'il était digne de lui.

Il se tourna vers Ginevra.

Dieux ! Elle est magnifique...

— Maintenant, partons, dit-il.

— Non ! Pas moi !

Ginevra était la fierté incarnée. La lumière provenant du Portail illuminait son visage et sa chevelure devenue argentée. La pauvre n'avait pas compris ce que le dieu lui avait volé en plus de ce qu'elle lui avait offert.

Savoir ce qu’elle est ne change rien. Rien. Je la désire autant qu'avant. J'ai toujours besoin d'elle.

Regardant l'Ihlinie qu'on lui avait appris à considérer comme une ennemie, Kellin fut conscient qu'une étrange dichotomie existait en lui.

Pour les Ihlinis, servir le Seker est aussi honorable que servir leurs dieux pour les Cheysulis.

Il comprit enfin pourquoi au nom de la prophétie, Aidan avait renoncé à son fils.

Il regarda Ginevra. Il l’avait aimée quand il se croyait Ihlini. Ses sentiments n'avaient pas changé.

Ginevra était toujours Ginevra..

Mon jehan a renoncé à l’enfance de son fils, mais il l'a retrouvé à l'âge adulte. Ne puis-je renoncer à mes préjugés pour avoir une femme, et servir ainsi le plus grand de tous les buts.

— Pars ! Je t'ai donné la liberté !

La main de Kellin se referma sur le poignet de Ginevra.

De l'autre main, il tenait fermement la chaîne.

— Je veux...

— L'enfant ! Tu veux l'enfant !

Pourquoi ne pas le lui laisser croire ? Ce serait plus facile...

Mais il n'était plus homme à choisir la facilité.

— J'ai perdu tant de choses... Trop de gens.

Dis-le. Afin qu'elle sache. Et que tu saches.

— S'il est hérétique de ma part d'avouer que je suis amoureux de la fille de Lochiel, brûle-moi !

Ginevra ne répondit pas.

— J'avais juré que le Lion ne coucherait jamais avec la sorcière. (Il lui prit le visage entre les mains.) Mais il l'a fait, et il a apprécié...

— Comment peux-tu dire ça, sachant que nous sommes...

— C'est justement parce que je le sais que je peux le dire.

Tout à coup, il eut peur de ne pas trouver les mots. De ne pas pouvoir la convaincre.

— Ginevra...

Une langue de feu de dieu jaillit du Portail. Une gerbe d'étincelles fila vers eux. De la fumée en sortit, accompagnée par un gémissement étrange.

— Il sait... Le dieu sait...

Le sol trembla sous leurs pieds.

Au-dessus d'eux, une arche se fracassa.

— Il n'y a plus assez de temps pour polémiquer..., dit Kellin, tirant Ginevra en direction de la colonnade qui menait hors de la caverne du Portail.

D'autres arches s'effondrèrent. Le feu de dieu clapota sur le bord de la mare, puis se répandit sur le sol.

— Je t'avais dit de partir tout de suite, pour ne pas attirer son attention ! Tu as attendu trop longtemps.

— Alors, nous devrions nous hâter !

Une voix résonna dans la caverne.

— Ginevra n'ira nulle part. C'est ma fille. Elle est sous la protection du Seker.

Ils se retournèrent.

Dans la main de Lochiel dansaient des runes écarlates.

— Elle a commis une erreur, mais je n'aurai aucun mal à la rectifier. D'abord, il y a l'enfant. Nous ne pouvons pas le laisser vivre. Ginevra le sait. Il suffit de le lire sur son visage.

Kellin ne le regarda pas.

Ginevra était ihlinie. Il ignorait si elle l'aimait assez pour accepter de porter un enfant dont l'existence bouleverserait son univers.

Les arches continuèrent à se détacher du plafond et à s'écraser sur le sol, qui trembla de nouveau.

Le feu de dieu se déversa hors du Portail comme de la lave.

Kellin avait appris à le maîtriser pour dessiner quelques runes, mais il n'était pas capable d'endiguer le raz de marée provoqué par Lochiel, dont le pouvoir était phénoménal.

Kellin recula, tenant toujours Ginevra.

— Elle sait ce qui doit être fait, dit Lochiel.

— Je sers le Seker, approuva sa fille.

— Oui. Et tu n'ignores pas qu'il réclame parfois des sacrifices.

— Attendez ! balbutia Kellin.

Ginevra cria et tomba à genoux, folle de douleur.

— Pour le tuer... Vous avez résolu de me tuer... haleta-t-elle.

— Ce sera ta punition. Tu as commis une erreur.

Kellin la releva et la poussa dans la direction opposée au Portail.

— Vite ! Sors de la caverne !

— Tout est si noir en moi, gémit-elle.

Les mains en avant, elle griffa l'air.

Des flammèches de feu de dieu crépitèrent au bout de ses doigts.

— Mon propre père...

— Je peux faire d'autres enfants, lui rappela Lochiel calmement.

Kellin invoqua une rune et la propulsa vers la mare. Celle de Lochiel la fit éclater en mille morceaux.

Il se tourna vers sa fille.

— Peu m'importe de tuer cent Ginevra si c'est pour détruire le Premier-Né.

— Non... Vous ne., me prendrez pas... Je ne permettrai pas...

— Quel autre choix as-tu ? Accepte ton sacrifice, afin que je n'aie pas honte de toi.

— Honte? Vous?

Ginevra se tordit de douleur.

Elle saisit la main de Kellin.

— Je n'ai pas besoin de choisir. Vous l'avez fait à ma place...

Le feu de dieu rugissait dans le Portail.

Ginevra serra plus fort la main de Kellin.

— Vous êtes Lochiel l'Ihlini, serviteur du Seker. Mais lui et moi... nous sommes davantage. Dans mon corps grandit le Premier-Né. Croyez-vous que nous vous laisserons le tuer ?

Lochiel éclata de rire.

— Il n'est pas encore né, Ginevra. Et je ferai en sorte qu'il ne naisse jamais !

— Non, gémit la jeune femme, se mordant les lèvres.

Ayant renoncé à l'immortalité, elle avait désormais du sang rouge.

— Il a bu à la coupe, et moi aussi. L'enfant également. Ensemble, nous sommes plus puissants que vous. Le dieu semble affamé, comme vos félins. Il est temps de le nourrir.

Kellin sentit les doigts de Ginevra s'enfoncer dans sa main. Il comprit ce qu'elle voulait faire.

— Aide-moi, implora-t-elle. Sans toi, je ne peux pas...

— La magie de la terre, murmura Kellin. Le Portail est comme la Matrice. Il est perverti, mais il existe un pouvoir supérieur...

— Ensemble ! cria Ginevra.

Les parois de la caverne tremblèrent.

Les arches s'écroulèrent, se fracassant sur le sol. Le feu de dieu jaillit, d'un blanc éblouissant. Sous la lueur du Portail, Lochiel était l'incarnation vivante du dieu.

— Il a faim, dit Ginevra.

— Au nom du Seker, au nom d'Asar-Suti...

— Oui, en son nom ! cria Ginevra. Vous êtes sa créature. Que le dieu vous emporte !

— Je détruirai la forteresse avant de te laisser emmener cet enfant loin de moi !

Ginevra éclata de rire.

— Vous vouliez le tuer. Vous avez changé d'avis ?

— Le Seker voudrait avoir de nouveau un corps humain pour arpenter la terre et y semer la terreur !

— S'il a besoin d'un corps, donnez-lui le vôtre !

— Ginevra !

— C'est le moment, Kellin !

Leurs pouvoirs combinés firent fondre les yeux de Lochiel, laissant seulement des orbites calcinées. Ils détruisirent les runes qu'il avait tissées.

Ses vêtements prirent feu.

La chair de son visage s'écailla, révélant les os.

Ses lèvres disparurent, remplacées par un rictus de tête de mort. Lochiel avança en titubant et agita désespérément ses moignons de bras.

Il bascula dans le Portail.

Le feu de dieu perdit un instant son intensité. Puis une colonne de flammes jaillit du gouffre, léchant les ruines des arches de cristal.

Ginevra frissonna, sa chevelure argentée lui tombait sur le dos, couverte de flammèches de feu de dieu.

Le grondement du Portail étouffa le bruit de ses sanglots.

— Viens, dit Kellin. Si le Seker décidait qu'un seul sacrifice ne lui suffit pas...

— Quelle sorte d'homme engendre un enfant comme moi, capable d'assassiner son propre père ? sanglota la jeune femme.

La terre trembla, fracturant les colonnes qui soutenaient le plafond.

Celui-ci s'écroula, entraînant avec lui les dernières arches.

Kellin aida Ginevra à se relever d'une main ; de l'autre il glissa les deux morceaux de la chaîne dans sa ceinture.

Le bord du Portail se craquela. Des fissures coururent jusqu'à eux. Une partie du plafond tomba dans la mare de feu de dieu.

Dans les profondeurs du gouffre, quelque chose hurla.

Au-dessus d'eux, à l'intérieur de la forteresse, ils entendirent des grondements de fureur.

— Ils ont compris, dit Ginevra. Tous les liens sont brisés, Lochiel est mort et ils vont donc mourir aussi. Valgaard est sur le point de s'écrouler. Je dois trouver ma mère.

Une épée de feu de dieu à la main, Melusine les attendait dans le couloir conduisant hors de la caverne d'Asar-Suti.

— Qu'as-tu fait ? cria-t-elle.

Ginevra éclata d'un rire hystérique.

— Lochiel est mort.

— Les murs s'écroulent. Valgaard est tombé...

Melusine leva l'épée vers Kellin.

— Non!

Ginevra frappa, transperçant la poitrine de sa mère d'une rune étincelante. L'épée de lumière disparut.

— Il faut quitter Valgaard, tout de suite ! pressa-t-elle.

— Sans Lochiel ? As-tu perdu l'esprit ? ricana Mélusine.

— Mère...

Le sol se fissura sous leurs pieds.

Un trou béant apparut.

Kellin recula, reprit son équilibre et tira Ginevra en sécurité.

Melusine poussa un cri d'horreur et tomba dans la crevasse.

— Mère !

— Shansu, murmura Kellin.

Ginevra se cacha le visage dans une main pour qu'il ne la voie pas pleurer.

Ils s'arrêtèrent seulement quand ils eurent traversé le défilé avec les chevaux pris dans l'écurie de Valgaard et qu'ils furent à l'abri dans le canyon.

Là où le sol ne s'ouvrait pas sous leurs pas pour les engloutir.

Là où attendait Sima.

Kellin pensait que leur lien serait obscurci par la présence de Ginevra, mais il n'en était rien.

Je te remercie, lir, d'avoir libéré ceux de ma race.

Le prince pensa aux cages souterraines, dont il avait fracturé les portes avec ses pouvoirs.

Ils méritaient mieux que mourir avec Lochiel.

Comprends-tu pourquoi nous pouvons toujours nous parler ?

Non. Je croyais que c'était impossible en présence d'un Ihlini.

Une partie du dieu réside en toi, comme en elle. Dans votre magie, et aussi dans la tolérance dont vous avez fait preuve. Vous êtes tous deux les enfants des dieux. Le temps du schisme est terminé. Occupe-toi d'elle d'abord, nous aurons le temps plus tard...

Kellin descendit de cheval et tendit la main à Ginevra.

— Viens, dit-il.

Il lut de l'angoisse dans ses yeux et craignit qu'elle la consume.

— Meijhana...

Ginevra sursauta en entendant le langage de l'ennemi, si près de la forteresse en ruine.

Elle refusa la main tendue et descendit de l'autre côté de sa monture. Puis elle alla s'asseoir sur une souche, regardant aveuglément les ténèbres de ses yeux gris d'acier.

Kellin se retint de la rejoindre. Il s'occupa des deux montures. Ginevra ne dit rien.

De la fumée s'infiltra dans le canyon, amenant l'odeur de la chair calcinée et des bâtiments enflammés.

L'odeur d'un monde détruit.

— Il n'y a plus rien, dit Ginevra.

Elle dessina une rune dans l'air. Bel'sha'a, d'après les mouvements de ses doigts.

Rien ne se passa.

— Le Portail est fermé, dit-elle. Le feu de dieu n'existe plus.

Sa main retomba inerte dans son giron.

— Tous ceux que je connaissais sont morts. Mon univers a été détruit.

— Ginevra...

— Lochiel avait raison. Notre race a été éliminée de la surface de la terre.

— Non, dit Kellin. Cette partie de ta race. Mais il reste des Ihlinis dans le monde.

— Les bons Ihlinis ? Ceux qui ont renié le Seker... Mais les Ihlinis comme moi ?

— Tu l'as dit toi-même : le Portail est fermé.

— Oui.

— J'aimerais croire que les Ihlinis survivants se détourneront de la magie noire pour créer un monde neuf.

— Les Ihlinis comme moi ?

— Tu n'es pas semblable à ton père...

— Non. Sinon je t'aurais tué devant le Portail.

— Ou tu aurais laissé le félin que j'étais s'échapper pour que les chasseurs le tuent.

Cela ébranla la jeune femme. Kellin lui dit ce qu'il pensait être la vérité.

— Je ne crois pas que la tâche de Cynric soit d'éliminer les Ihlinis.

— Pourtant, nous avons tué mon père et ma mère !

Ma pauvre meijhana...

— Nous avons fait ce que nous devions. Ne te reproche pas d'avoir choisi de vivre, et de préserver la vie de ton enfant !

Elle posa une main sur son ventre.

— Comme l'a dit la prophétie... La fin des Ihlinis. Avant même qu'il soit né, puisque nous avons puisé dans son pouvoir...

Kellin posa une main sur celle de la femme.

— Il est aussi ihlini.

— Comment peux-tu m'aimer ? Je suis l'incarnation de tout ce que tu détestes.

— Quand j'étais cheysuli, avant mon amnésie, je haïssais les Ihlinis. Je n'avais pas le choix. Quand j'ai oublié qui j'étais, j'ai été libre de comprendre que la vie est plus complexe que je le croyais. Les dieux, quand ils choisissent d'humilier un homme, utilisent comme arme l'ironie.

— Tes dieux !

— Le tien, aussi. Tu savais ce qui se passerait.

Ginevra se raidit.

— Tu le savais quand tu es venue me chercher pour me rendre ma forme humaine. Maintenant, tu te sens coupable de ce qui est arrivé. Parce que la fille de Lochiel a sauvé la vie de l'homme qui allait détruire sa race.

— J'ai honte de moi, dit Ginevra, baissant les yeux.

— Pourquoi ?

— La vérité me fait honte. J'ai trahi mon peuple. Et si c'était à refaire, je recommencerais !

A ce moment, Kellin éprouva le besoin de lui offrir en échange de sa douloureuse confession une réalité qui avait hanté son âme toute sa vie.

— J'ai toujours vécu dans la peur. J'avais perdu tant de gens que j'aimais... Ce qui m'effrayait le plus était l'amour d'une femme. J'ai couché avec nombre d'entre elles, sans jamais m'attacher. Alors, je suis resté vide, malgré le besoin que je sentais en moi. Mon âme était pleine d'amertume. Quand je suis tombé dans la rivière, cela m'a donné l'occasion de devenir ce que j'aurais dû être depuis toujours : un homme capable de sentiments. L'homme que Ginevra a modelé. Si tu veux me détruire, il te suffit de me retirer ton amour.

Elle détourna le regard.

L'odeur de la fumée se fit de plus en plus forte.

— Je n'ai plus rien, dit-elle. Ma demeure s'est effondrée.

— Homana-Mujhar est toujours debout.

Elle sursauta.

— Je suis la fille de Lochiel.

Il posa les lèvres contre son front.

Cynric ou pas, comment pourrais-je renoncer à elle ?

— J'ai besoin de toi, murmura-t-il. Tu es mon équilibre.

Ce n'était pas assez, il le savait.

Mais il n'avait rien de plus à lui offrir.

Quand la main de Ginevra toucha son épaule, Kellin ouvrit les yeux. Il avait été incapable de trouver le sommeil. Il savait qu'elle n'avait pas dormi non plus.

Le canyon était envahi de fumée. La lune brillait au-dessus d'eux, colorée en noir et violet par Valgaard en flammes.

Kellin s'assit sur les talons. Elle fit de même. Leurs mains se touchèrent.

Ginevra le regarda. Son visage était dissimulé dans l'ombre de son abondante chevelure.

— Si je représente ton équilibre, tu es ma pierre de vie.

Kellin attendit, silencieux.

Elle prit sa main et la guida vers sa poitrine.

— Aide-moi à être vivante de nouveau, dit-elle.

La tapisserie aux lions
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