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Le mardi matin, la capitaine Josiane Veyssières rencontre Robert Puymireau, qu'elle trouve vieilli depuis la perquisition. Il a perdu pas mal de cheveux et les résistants ont blanchi. Elle lui annonce l'opération envisagée et piège une liasse de billets de 100 euros en y introduisant un émetteur ultra-miniaturisé géolocalisable par GPS.
Sans autre explication, Bertrand Ducos informe Carla Mazotti qu'il recevra Mme Décombes lors de son retrait. Il insère la liasse truquée parmi les billets mis en réserve.
Le lieutenant Gaétan Berthier (alias M. Daubarel) prend rendez-vous chez Moran SA en vue d'acquérir un duplex T6 du programme en cours de réservation Les Vallons de Burdigala. Magali Miller le recevra à 14 h 30.
Dès midi, une demi-douzaine de flics s'attachent incognito aux déplacements de Béatrice Décombes.
Le QG de Bensoussan, garé sur le quai à moins de cent mètres du parvis des Chartrons, est un Renault Master banalisé dont les écrans disent que, pour l'instant, la liasse piégée est toujours à la banque Geoffroy-Dornan.
Elle la quitte à 14 h 36 à bord de l'attaché-case de Béatrice Décombes, que Sophie Cazenave, qui ignore les manœuvres engagées, voit partir après un bref passage dans le box du chef de caisse. Ils n'ont pas bougé, mon coup de fil compte pour rien. J'aurai le mérite d'avoir essayé.
La cliente prend la direction de la place des Quinconces. Ceux qui se relaient pour ne pas la perdre de vue la voient traverser vers la droite, en direction de la Cité mondiale et des bureaux de Moran SA.
Le renseignement est communiqué au QG.
Bensoussan avise Berthier, par un signal convenu du vibreur de son portable. Trois sonneries, puis une. Elle arrive.
Le lieutenant se lance dans une longue dissertation sur les goûts de sa femme en matière d'immobilier. Magali Miller s'affirme ravie que sa bonne étoile l'ait conduit vers le projet le plus apte à satisfaire toutes ses exigences.
– Les Vallons de Burdigala seront le domaine de l'excellence dont rêve madame votre épouse.
Berthier entend deux rires venus du couloir – un masculin, proche, un féminin plutôt niais, éloigné –, ils agacent sans conteste son interlocutrice, dont un discret pli des lèvres marque le dépit. Le beau Jean-Denis entrouvre la porte sans frapper et glisse une tête rayonnante.
– Bonjour, monsieur, excusez-moi.
– 'onjour.
– Rien de particulier, Magali ?
– Rien.
– J'attends Béa Décombes. Quand elle sera là, je ne veux personne dans mon bureau.
Tu vas être servi ! Berthier sourit. Magali affiche un visage de glace.
– Je ferai comme d'habitude. Salopard !
Moran referme.
– Rien qu'avec le prix de sa veste, je peux offrir une semaine de neige à ma famille. Enfoiré ! C'était M. Moran ?
– Soi-même. Vous ne le connaissiez pas ?
– Uniquement de réputation.
– Laquelle ?… J'espère que vous n'avez rencontré que ses amis.
Il répond à son joli sourire par une moue mitigée.
– On peut dire ça.
– Je le sens pas, ce type. Après vous avoir décrit toutes les merveilles que vous réservent Les Vallons de Burdigala, il me faut en venir à la partie la moins agréable…
– Le prix ?
– Vous lisez dans mes pensées.
Alors que la négociatrice minore l'incidence du prix dans un choix de vie, les roucoulements d'Angélique Barbie passent dans le couloir, une voix de femme lui donne la réplique. Décombes et son oseille viennent d'arriver. Et en plus, il va chercher à la sauter, l'ordure ! Un accueil enjoué de Moran honore la visiteuse avant qu'une porte ne se referme sur eux. La brebis est chez le loup.
– J'ai l'impression que vous ne m'avez pas écoutée.
– Hein !… Euh… Si, si… 849 000 euros, c'est ça ?
– Frais de notaire inclus !
– Bien sûr, mais tout de même, euh… Attendez, je vais demander à ma femme.
Il sort son portable et appelle le QG.
Bensoussan prend la communication. Comme prévu, il ne dit pas un mot. Berthier soliloque.
– D'habitude, elle est là… Quelle heure il est ? Oh ! oui, elle est là mais elle répond pas… J'espère qu'elle ne s'amuse pas au même jeu que votre patron !
Il rit trop fort. Le masque de Magali Miller devient suspicieux. C'est quoi, ce mec ? Il n'a jamais eu l'intention d'acheter !
Depuis qu'il a entendu « Quelle heure il est ? », le code déclenchant la descente de police, Bensoussan a levé le camp et donné le feu vert à la deuxième phase de l'opération. Il court vers l'entrée de la Cité.
Deux minutes plus tard, Angélique le découvre brandissant une carte de police devant la caméra de son visiophone. Tremblante, elle ouvre. Se dispensant de demander quelque autorisation, la capitaine Veyssières la pousse devant elle, et une douzaine de butors mâles et femelles se rue à sa suite vers le bureau censuré. Le commissaire suit nonchalamment.
Au passage, les envahisseurs visitent les pièces de la zone parcourue, en y mettant sous surveillance le personnel administratif ou technique effarouché.
Le remue-ménage a coupé le sifflet à Magali Miller, qui argumentait sans conviction sur les facilités offertes pour le paiement des 849 000 euros, frais de notaire inclus. Elle ressent un vide à l'estomac quand elle voit son prospect se lever, une carte de police à la main.
– Je crois que ce sont des amis. Vous permettez ? Je vais chercher de la monnaie.
Ça fait des années que ça devait arriver. Elle ironise.
– Vous n'aurez pas grand effort à faire pour en trouver.
– Venez avec moi. Passez devant.
La pressant un peu, le lieutenant rejoint l'escouade qui, enfreignant la consigne, a investi le bureau prohibé. L'arrivée de la somptueuse quadra bimbo court vêtue sème un palpable émoi chez les membres masculins.
Carré au fond de son magnifique fauteuil de cuir anglais rouge sang préféré, le beau JDM a ouvert sur ses genoux l'attaché-case du racket. Sitôt sa porte forcée, il le clôt, fermant du même coup sa boîte à sourires. Oh ! pas longtemps, juste les trois ou quatre secondes qui lui permettent de tenter de botter en touche.
– Ah ! vous tombez bien, mesdames et messieurs ! La personne ici présente tentait de me corrompre !
– Quoi ?!
Assise en vis-à-vis, Béatrice Décombes est époustouflée.
– Tu manques pas d'air, mon salaud !
Il insiste pour lui remettre l'objet qu'elle repousse.
Magali Miller pince les lèvres pour ne pas pouffer.
Question air, Bensoussan a celui des mauvais jours.
– Vous fatiguez pas ! Nous savons à quoi nous en tenir à votre sujet. Je saisis cette mallette pour preuve de votre flagrant délit d'extorsion de fonds.
Le promoteur trouve le culot de rire.
– Vous délirez ! Je nie formellement !
– Vous en avez le droit.
Signe de tête à Yvette Chevillon : elle émet un appel à des renforts.
Moran persifle.
– Je crains que vous commettiez une confusion que vous ne tarderez pas à regretter, monsieur euh…
– Commissaire principal Bensoussan, directeur de la financière.
– Ah ! très heureux, j'ai beaucoup entendu parler de vous.
Il tend mollement une main manucurée que le policier ignore.
– Dites-vous que vous n'avez pas fini d'en entendre parler. Emmenez Mme Décombes. Rédigez le PV d'audition, et faites-lui connaître ses droits de victime.
Le beau Jean-Denis éclate de rire.
– Mais victime de quoi ?! Enfin, madame, ne risquez pas de sérieux ennuis par votre mensonge !
L'apostrophée lui fait face, la peur sur le visage. Il va me faire tuer !
Bensoussan s'interpose.
– Vous êtes en train de la menacer, monsieur !
– Non. La diffamation est punie par la loi, il me semble.
– La loi ! J'ai menti, monsieur le commissaire… Faut que Moran sache que je respecte la loi du silence.
Les traits de Bensoussan se plombent.
Béatrice s'empresse de parfaire son renoncement.
– M. Moran dit vrai. Je voulais le persuader de me confier l'exécution des menuiseries métalliques des Vallons de Burdigala. Je vous ai laissé supposer le contraire parce que je craignais les poursuites judiciaires.
Moran est radieux.
– Je suis humain. Je ne porterai pas plainte contre vous, madame.
Bensoussan se consume de rage refoulée.
– Elle crève de trouille. Mettez-la à l'abri. Je la verrai plus tard.
– Vous allez essayer de la convaincre de couvrir votre bavure ?
– Je vous promets que dans quarante-huit heures au plus tard, vous coucherez à Gradignan.
Josiane Veyssières entraîne aimablement Béatrice Décombes hors du bureau où, presque incrustée au mur, Angélique apeurée pleure.
Contrarié par la détermination de l'ennemi, Moran claque des doigts.
– Magali ! Soyez aimable. Appelez maître Cervier. Dites-lui que je le réclame d'urgence.
Elle veut sortir. Gaétan Berthier s'y oppose.
– Non. Vous restez là. Appelez-le d'ici.
Dos tourné à son patron, Magali se colle au lieutenant. Lui seul peut l'entendre murmurer.
– Je suis de votre côté, monsieur. Éloignez Moran. Je peux vous faire gagner beaucoup de temps dans vos recherches.
Un policier a posé des scellés sur l'attaché-case au trésor qu'il place dans un carton. Deux autres prennent des reliures précieuses sur les rayons de la bibliothèque et les secouent sans ménagement pour en extraire ce qui se cacherait éventuellement entre les pages.
Le beau JDM se délabre un peu, son sourire perd de sa morgue.
– Que, que… que font-ces gens ? Ces livres ont de la valeur !
Bensoussan le gratifie d'un regard à – 273,16 °C.
– Vous niez avoir exercé une extorsion de fonds sur la personne de Mme Décombes…
– Absolument ! Elle le reconnaît elle-même.
– Dans ce cas, je dois perquisitionner afin de conforter notre première pièce à conviction.
Là, Moran s'affole.
– Magali ! Qu'est-ce que tu fous ?! Va appeler Cervier !
– Je suis en train ! Il m'est interdit de quitter la pièce. Je te le passe dès que je l'ai !
Tandis que les policiers fouillent, Gaétan Berthier parle à l'oreille de Bensoussan et lui confie la suggestion de Magali Miller.
Le commissaire coule un regard vers elle, qui s'échine sur son portable pour joindre la star du barreau.
– Elle vous paraît digne de confiance ?
– Avant votre arrivée, j'ai constaté deux ou trois attitudes. Je crois qu'elle déteste son boss.
– Han… C'est bon pour nous, ça.
La femme à tout faire tient sa revanche de tant d'années d'avanies. Elle savoure le cri qu'elle lance haut et fort.
– Maître Cervier est à Megève !
– À Megève ?! Qu'est-ce qu'il fout à Megève ?!
Une sergent en uniforme s'installe au clavier du PC directorial pour copier le disque dur.
– Quel est votre mot de passe Windows ?
– Allez vous faire foutre !
Magali s'est rapprochée. Elle tend le téléphone à Moran. Furieux, il prend la communication.
– Qu'est-ce que vous foutez à Megève ? C'est ici que j'ai besoin de vous ! Ne me dites pas que vous y allez maintenant parce que c'est meilleur marché hors vacances scolaires !… Qui ?!… Mais c'est un veau votre associé, vous vous en plaignez assez !… Les flics sont en train de piller mes bureaux !… Mais j'en sais rien, moi, ce qu'ils me veulent ! Une tordue est venue m'offrir un pont d'or si je la faisais travailler sur mon prochain chantier. Ils s'imaginent je ne sais quoi, vous les connaissez, ce n'est pas la sagacité qui les étouffe, les pauvres gens ! Mais arrêtez !!! Laissez ça !!! Ils sont en train d'enlever l'unité centrale de mon PC !
Les renforts arrivent.
Bensoussan fait signe à un brigadier et à Josiane Veyssières.
– Le suspect est trop bruyant, il perturbe la réflexion indispensable à notre tâche. Embarquez-le. Faites-lui connaître ses droits, capitaine.
Poussé vers la sortie, Moran est de moins en moins le beau Jean-Denis. Il gesticule en tendant le portable.
– Mon avocat veut vous parler, commissaire !
Quand il passe à sa hauteur, Bensoussan saisit le module.
– Désolé, maître, le Code de procédure ne m'astreint en aucun cas à vous entendre. Bonnes vacances.
Il coupe la ligne, met sur messagerie et tend l'appareil à l'un des OPJ chargés de la saisie.
– Hé ! Rendez-moi mon portable ! C'est un instrument de travail !
– C'est bien pour ça qu'il m'intéresse.
– Je connais mes droits ! J'ai le droit d'assister à la perquisition !
– Votre état nerveux ne vous le permet pas.
– Quoi ?!
– Désignez-moi une personne vous représentant.
– Je refuse !
– Dans ce cas, je requiers cette dame et cette demoiselle. Emmenez-le. Berthier, relevez les identités des deux témoins.
Le commissaire a désigné une Magali aux anges, et une Angélique terrifiée que le sort tombe sur elle.
Tandis qu'on l'expulse, Moran éructe.
– Vous me le paierez ! Vous n'avez pas fini de vous faire taper sur les doigts ! J'ai le bras long ! Avec les costumes que vont vous tailler vos patrons, vous aurez de quoi vous fringuer jusqu'à la fin de vos jours !
– Passez-lui les menottes ! Il est trop agité, il risque d'être dangereux pour lui-même !
Son ordre clamé avec mauvaise humeur, Bensoussan ferme la porte et se tourne vers la voluptueuse Magali, icône de la vengeance.
– Bien… Il paraît que vous avez des confidences à nous faire.
Elle a un superbe sourire.
– Vos hommes perdent leur temps. Ils ne trouveront rien dans la bibliothèque. Moran dit souvent que son ordinateur, il l'a dans sa tête. Il est habile à ne pas laisser de traces de ses activités illicites.
– Vous les connaissez ?
– Vous savez certainement ce que la rumeur lui prête…
– Faut-il la croire ?
– La rumeur est en dessous de la réalité.
– Fichtre ! Vous êtes prête à témoigner en ce sens ?
– Cela ne servirait pas à grand-chose, car je ne pourrais vous fournir aucune preuve de ce que je vous déclarerais. Jean-Denis Moran efface ce qui peut l'accuser, que ce soit du matériel ou de l'humain. Pour lui, les deux se confondent.
– Vous trempez dans ces affaires illicites ?
– Non. Pas au sens où vous l'entendez. Je ne décide de rien. Je suis un objet de consommation qu'il a choisi d'avoir près de lui. Comme les meubles ou ustensiles que vous voyez ici.
– Dans ce cas, quelle aide pouvez-vous m'apporter ?
– Vous avez certainement lu ou entendu parler d'un article paru dans Le Canard enchaîné faisant une allusion transparente à Moran…
– Nous connaissons.
– Il a eu l'effet d'un tremblement de terre. Je n'ai jamais vu Moran aussi nerveux. Le mercredi après-midi, il a passé deux heures sur son ordinateur, tellement troublé qu'il s'est trompé en croyant l'éteindre quand il est parti à un rendez-vous pour le restant de la journée. Je ne connaissais pas son mot de passe, j'attendais cette gaffe depuis des années. J'ai cliqué « Démarrer », « Documents », et je me suis aperçue qu'il avait travaillé sur les fichiers de différents sous-traitants et que notamment il avait jeté à la corbeille la comptabilité de leurs salariés. Dans sa hâte, il a oublié de la vider avant de s'en aller. J'ai tout restauré, j'en ai fait une copie, j'y ai joint plusieurs autres fichiers passionnants et j'ai remis à la corbeille ce qui y était.
– Vous l'avez, cette copie ?
Elle a un sourire séraphique.
– Est-ce que je vous en parlerais si je ne l'avais pas ?
– Vous l'avez là ?
– Non… Si vous m'aviez prévenue de votre arrivée, j'aurais…
– Qu'est-ce qu'elle contient ?
– Elle permet de découvrir tout un système de fraude… Vous savez que les patrons se plaignent que la masse salariale est une plaie pour l'entreprise, qu'elle dévore leurs bénéfices… Eh bien, Moran a tiré parti de ce lamento universel. Aucune de ses sociétés ne fait de bénéfice imposable, parce que toutes paient de nombreux et bons salaires.
– Un bienfaiteur de l'humanité, si je comprends bien.
– Un saint ! Le processus est simple. Il concerne tout le second œuvre. Le gros œuvre est la chasse gardée de Moran BTP, dont les comptes sont irréprochables : l'arbre qui cache la forêt. Pour ce qui est des autres corps d'état, Moran SA passe commande de travaux à SARL de paille 1 dont il détient au minimum 95 % des parts. Sa femme et quelques membres de sa famille n'y figurent que pour la forme… Il y a aussi des personnes dont je ne sais rien. Il se peut qu'elles soient fictives. Ce n'est qu'une impression personnelle… SARL de paille 1 facture à un prix très élevé. De cette façon, Moran SA sort un compte d'exploitation à la limite du déficit… SARL de paille 1 sous-traite les travaux à SARL de paille 2, pour un prix normal, mais comme SARL de paille 1 a une grosse masse salariale – graphisme, conception, communication, force de vente, maintenance –, une année sur deux, elle est à peine bénéficiaire de quelques euros ou légèrement déficitaire, afin de ne pas éveiller la suspicion…
– Et SARL de paille 2, qui appartient à Moran comme la première, trouve un brave bougre d'entrepreneur exécutant le chantier à prix tiré.
– Très tiré… Pire, l'entrepreneur en question se fait rançonner pour obtenir ce privilège.
– Hormis le cas de Béatrice Décombes, vous avez d'autres preuves de ce procédé ?
– Aucune. Mais j'ai des oreilles et j'ai entendu les jérémiades de tant de malheureux que je pourrais en écrire douze volumes bien tassés… Je termine avec le trucage de Moran… Bien sûr, SARL de paille 2 a, elle aussi, une grosse masse salariale qui rend un vrai profit impossible… Nous avons donc là : une société anonyme, Moran SA, supervisée par commissaire aux comptes, parfaitement clean ; et une flopée de SARL de paille, traitant de chaque métier du second œuvre, tout aussi en règle. Mais juste apparemment, ce qui tombe bien puisqu'elles n'ont pas l'obligation légale d'être supervisées. Moran y veille en maintenant leur bilan toujours inférieur à la barre des 1 550 000 euros, leur CA en dessous des 3 100 000 et leurs salariés, rémunérés royalement, très inférieurs aux 50 fatidiques.
– Évidemment, les emplois des sociétés boîtes aux lettres n'existent que sur le papier.
– Je dirais sur les pixels.
– Vous êtes jeune.
– Merci.
– Quant à ces fameux salaires, ils vont droit dans sa poche. C'est ça ?
– Chaque fin de mois, il vire le total des supposées rémunérations et des charges sociales censées correspondre sur un compte à la BGD d'où elles sont supposées être dispatchées entre les créanciers intéressés.
– Un compte à son nom ?
– Non. À celui d'un sigle obscur que je n'ai pas retenu. Mais l'argent ne fait que transiter. Il est dirigé deux-trois jours après, pour ne pas être débiteur en date de valeur, vers d'autres comptes à Jersey et à Vaduz. Moran a au moins une procuration puisqu'il effectue lui-même ses opérations par Internet. Sur son disque dur, de multiples cookies vous le prouveront. Il est excellent dans les… échanges mondains… mais pas en informatique.
– Qu'est-ce que vous savez de ces… échanges mondains ?
Magali pointe la langue sous la joue.
– Je croyais que vous apparteniez à la financière… exclusivement.
Bensoussan a son premier sourire.
– Je me suis toujours intéressé aux relations humaines… Je ne doute pas que M. Moran soit un philanthrope.
– Je pourrai en parler pendant des heures à vos collègues des mœurs.
– Si vous devez citer des noms connus… méfiez-vous, le terrain est glissant.
Elle rit.
– Foutrement !… Mais comment en parler autrement ?
– Elle finira mal, cette fille. À vous de voir… Vous êtes disposée à nous remettre l'enregistrement de l'aspect « exclusivement financier » que vous avez effectué ?
– Vous m'accompagnez chez moi, il est à vous.