25.
À L’AUBE du 11 août, la 4e compagnie se rassemble au centre des ruines de Cao-Bang. Mattei a obtenu deux jeeps et quatre G. M. C. qui composent la totalité de ses éléments motorisés. Il est maintenant maître absolu de ses hommes (une centaine), de ses mouvements, des opérations qu’il jugera bon de monter, de l’attitude qu’il conviendra d’adopter avec les civils qui vivent sur sa zone. Il n’a plus qu’une consigne à suivre : se maintenir dans son camp de base, le fameux Ban-Cao.
Entre Cao-Bang et Ban-Cao, les hommes trouvent le même décor que la veille. La route est encore plus étroite. Par moments, ils se demandent si les G. M. C. vont pouvoir passer. Un indigène tonkinois accompagne le convoi. Il parle bien le français et semble connaître parfaitement la région. On a garanti sa fidélité au capitaine qui ne reste pas moins sur ses gardes. Après deux heures de route, le Tonkinois frappe le bras de Mattei pour attirer son attention.
« Après ce virage, c’est Ban-Cao », déclare-t-il, souriant.
Mattei est surpris. Rien ne laisse prévoir la présence d’une bourgade dans ce lieu. Les G. M. C. viennent de gravir une succession de côtes et doivent se trouver à cinq ou six cents mètres d’altitude. Après le virage, rien de nouveau n’apparaît, si ce n’est la route sablonneuse qui continue à serpenter à travers la forêt.
« Tu te fous de moi, questionne Mattei, où est ton patelin ?
– C’est là, c’est là », affirme le Tonkinois, désignant un sentier muletier qui s’enfonce en pente vertigineuse dans la jungle.
D’un geste du bras, Mattei a fait stopper derrière lui les quatre véhicules. Il fait signe à Klauss et Osling de le rejoindre :
« Le Chinois prétend que c’est-ce toboggan qui conduit à Ban-Cao. Vous pensez qu’on peut y faire descendre les camions ?
– On peut toujours les faire descendre, réplique Klauss, mais pour les remonter, ça sera une autre musique.
– Il sera toujours temps d’y penser. On va aller voir à pied ce que ça donne plus bas. »
Le Tonkinois interrompt le dialogue des légionnaires.
« Mon capitaine, en coupant à pied à travers la forêt, dans cinq minutes, on peut tout voir. Le village, tout.
– Osling, vous restez avec les hommes. Klauss et Clary, vous m’accompagnez », ordonne Mattei.
Plus agile et plus habitué au terrain, le Tonkinois les précède d’une dizaine de mètres. Au bout de quelques minutes de marche, il s’arrête, et fait signe aux légionnaires de le rejoindre.
« Venez voir, mon capitaine, c’est là, on voit tout. »
Effectivement, on voit tout. Les trois hommes contemplent, muets, l’excavation géante qu’ils surplombent. Au fond, ils distinguent un groupe de paillotes misérables et délabrées, serrées les unes contre les autres, et recouvertes de végétation.
Le Tonkinois qui ne comprend rien à la stupeur des légionnaires, ne cesse de répéter, en désignant le fond de l’énorme cavité :
« Ban-Cao, mon capitaine, c’est Ban-Cao, mon capitaine ! »
Le premier, Klauss, prend la parole :
« Nom de Dieu ! je ne pensais pas qu’ils nous en voulaient à ce point là ! Mais qu’est-ce qu’on leur a fait ?
– Ah, ça, il faut reconnaître qu’ils nous ont soignés ! Ce n’est même pas une cuvette, c’est un entonnoir », répond Mattei.
Toujours aussi spirituel, Clary croit bon d’ajouter :
« C’est pas difficile : les viets, il leur suffira de nous pisser dessus pour qu’on crève tous noyés. »
De l’endroit où ils se trouvent, les trois légionnaires distinguent la piste qu’ils devront emprunter pour descendre. Agréable surprise : elle semble praticable pour les véhicules, dans un sens comme dans l’autre.
« C’est bon, déclare Mattei, rejoignons les hommes et descendons admirer le point de vue que l’on découvre d’en bas. »
Les camions dévalent la pente abrupte avec une facilité relative, et se disposent en demi-cercle autour de la bourgade. Une cinquantaine de civils accueillants se rassemblent autour des légionnaires. Un vieillard s’approche de Mattei.
« Soyez le bienvenu, capitaine. Croyez que mes concitoyens et moi-même ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour faciliter nos" relations, et rendre votre séjour parmi nous aussi doux que vous le souhaiteriez. »
Le vieux paraît posséder une sérieuse culture française. En outre, il semble sincère dans ses déclarations. D’entrée, il plaît à Mattei qui répond par quelques banalités courtoises. Mais le capitaine se soucie assez peu des rapports mondains qu’il aura à entretenir avec les autochtones. Il est uniquement préoccupé par la disposition des lieux. Un léger optimisme lui vient. D’en haut, par une illusion d’optique la vision était fausse : finalement, ce n’est pas un entonnoir, ce n’est qu’une cuvette. À partir du hameau, on pourrait tracer un cercle de douze à quinze cents mètres de rayon, sur une surface relativement plane, avant d’atteindre les premiers contreforts montagneux. Cette superficie comprend les terrains de culture des habitants, le reste est couvert d’herbes hautes.
Mattei lance à Klauss :
« Installez les hommes pour le mieux, je vais me promener. Clary et Ickewitz, vous m’accompagnez. »
Il est dix heures du matin quand les trois hommes quittent la compagnie. Ils ne la regagnent qu’à six heures passées. Pendant huit heures, Mattei a marché sans prendre une minute de répit. Il n’a pas prononcé un seul mot, il a étudié le terrain, imaginé des multitudes de possibilités, échafaudé puis rejeté des dizaines de plans, il a ignoré totalement la présence de ses gardes du corps vers lesquels il ne s’est pas retourné une seule fois.
De retour au camp, le capitaine s’affale, épuisé, sur le pare-chocs d’un G. M. C. tandis que Clary et Ickewitz, trempés de sueur, se débarrassent de leurs armes et se laissent tomber par terre au côté de leur chef.
« On peut pas dire que vous soyez causant aujourd’hui, mon capitaine, déclare Clary.
– Quand j’aurai besoin d’un jeune homme de compagnie, je te ferai signe. Pour l’instant contente-toi de veiller sur ma sécurité et de fermer ta grande gueule. »
Devant l’attitude désolée du Corse, Mattei reprend, plus conciliant :
« Allez chercher les jerricans d’alcool, on va boire un coup. »
Le visage des deux hommes s’illumine. Comme par enchantement, Fernandez surgit de derrière le camion, et les trois légionnaires se précipitent vers un G. M. C. éloigné. Quelques secondes après, ils apparaissent porteurs de cinq jerricans qu’ils disposent bien alignés devant le capitaine. Fernandez déclare, solennel, fixant l’officier dans les yeux :
« La parole des légionnaires, c’est sacré, mon capitaine ! C’est vous qui répartirez l’alcool quand vous le jugerez bon. »
Mattei, amusé, dévisage l’un après l’autre les trois compères. Il ne répond pas, il se contente de sourire.
« Alors, mon capitaine, on le boit, ce coup ? déclare Clary, jovial.
– J’attends, dit calmement Mattei.
– Vous attendez quoi, mon capitaine ? interroge Fernandez, feignant l’étonnement.
– Tu le sais parfaitement. J’attends le sixième bidon. »
Avec un parfait ensemble, les hommes protestent avec virulence.
« Mon capitaine, tonne Fernandez, sur la tombe de ma mère qui repose au cimetière de Calatayud, je vous jure qu’il n’y a jamais eu que cinq jerricans. »
À son tour, Ickewitz se dresse, majestueux.
« Mon capitaine, je n’ai pas connu ma mère, mais je peux vous donner ma parole de soldat…
– Arrêtez, arrêtez ! interrompt Mattei. Je sais : Clary va me jurer sur le tombeau de l’Empereur. Épargnez-moi ça. Mais puisque nous en sommes aux serments, moi je vais vous en faire un : si dans trente secondes le sixième bidon n’est pas là, je répands par terre le contenu des cinq autres, et j’y fous le feu !
– Va chercher le bidon, Ickewitz », jette Fernandez, désespéré.
Lorsque Ickewitz réapparaît, porteur du sixième jerrican, de sa main libre il tient un litre vide et un tuyau de caoutchouc. Il explique, souriant :
« On va siphonner et remplir la bouteille ; comme ça on risquera pas d’en foutre en l’air. »
Cette fois, Mattei éclate de rire :
« Tu t’imagines vraiment que tu vas siffler un litre de gnôle sous mes yeux, en faisant semblant d’aspirer ! Tu me prends pour un sérieux con !
– Je risquais rien d’essayer, mon capitaine. »
Les hommes tendent leurs quarts que le capitaine remplit généreusement avant de refermer le pesant récipient. Mattei avale l’alcool d’un trait et rejoint les sous-officiers qui surveillent la bonne marche de l’installation. Lui-même apprécie la disposition des tentes, des postes de guet, la vitesse avec laquelle les hommes ont travaillé tout en conciliant au maximum le confort et la sécurité.
« Klauss, prévenez Osling, Lantz et Favrier ! Après le casse-croûte on fait le point ensemble. Je vous exposerai mes projets.
– Vous pensez vraiment qu’on va rester ici, mon capitaine ? C’est indéfendable.
– Je suis sûr que nous allons rester ici. Des mois. Peut-être des années. Il faudra bien que ça devienne défendable. »
La nuit commence à tomber lorsque les quatre sous-officiers rejoignent leur chef. Le crépuscule permet encore une excellente visibilité et le panorama se distingue parfaitement. Mattei brandit son inséparable canne, la dirigeant vers le plus haut sommet.
« Vous voyez ce piton ? déclare-t-il. Il n’est porté sur aucune carte, le chef du village ne lui connaît aucun nom, nous le baptiserons du nom du premier légionnaire qui tombera à Ban-Cao. Jusque-là nous l’appellerons « le but ». Car c’est à son sommet que je veux mon poste, un poste en dur, en pierres, en ciment, en béton. Une citadelle miniature avec un parc pour les véhicules, une soute pour les munitions, des logements spacieux pour les hommes, une infirmerie modèle pour Osling, et un foyer agréable pour nous. »
Les quatre sergents se dévisagent, ahuris. Ou le capitaine est devenu fou, ou il se moque d’eux. L’endroit qu’il a désigné pour la construction de son poste chimérique doit se trouver entre huit et neuf cents mètres d’altitude. La montagne est recouverte d’un enchevêtrement touffu d’arbres, de lianes, d’arbustes et d’herbes épaisses. Un alpiniste chevronné qui parviendrait au sommet accomplirait un véritable exploit, et le capitaine, calmement, vient d’annoncer qu’il a l’intention de le faire atteindre par des camions de vingt tonnes.
« J’avoue que je ne comprends pas, dit Klauss.
– Moi, je crois comprendre votre idée, tranche Osling. Vous avez l’intention de construire une route. Je ne désapprouve pas. Au contraire, c’est stratégiquement génial, mais hélas ! je considère que c’est irréalisable avec l’effectif et les moyens dont nous disposons.
– Une route, mais c’est impossible ! » surenchérit Favrier, immédiatement approuvé par Lantz.
D’un geste familier, Mattei prend appui sur sa canne de ses deux mains. Puis il jette sur les quatre sous-officiers un méprisant regard circulaire avant de leur déclarer :
« Je vais vous dire une chose, des milliers d’années avant Jésus-Christ, un gus dont le nom m’échappe a décidé de faire construire une pyramide dans la banlieue du Caire. Vous connaissez la suite. Eh bien, à mon avis, si ce gus avait été secondé par des collaborateurs défaitistes dans votre genre, il ne serait même pas parvenu à se faire bâtir un bungalow de trois pièces.
– Il s’appelait Chéops, votre gus, précise Osling, amusé. Mais vous semblez oublier une chose, mon capitaine, c’est qu’il disposait d’une sacrée putain de main-d’œuvre, et que nous ne sommes qu’une centaine.
– Erreur, Osling, erreur ! En tout cas pour ce qui concerne la construction de la route. Une trentaine seulement par roulement. Il est indispensable qu’un tiers de notre effectif patrouille en permanence dans la région selon un dispositif que j’établirai ultérieurement.
– Et le troisième tiers ? s’enquiert timidement Favrier.
– Le troisième tiers sera occupé à la construction et à l’aménagement de la piste d’atterrissage dont j’ai prévu l’emplacement. À peu de chose près, elle partira de l’endroit où nous nous trouvons en ce moment.
– Ah ! Parce qu’on va aussi avoir un aéroport, énonce Klauss sur le ton d’un homme que plus rien ne peut étonner.
– Évidemment, et croyez-moi, il ne sera pas inutile.
– Mon capitaine, interrompt Osling, encore une fois je vous dis bravo pour la stratégie, mais par quel moyen comptez-vous défricher, et entamer ces rochers ? Vous savez aussi bien que moi que ces montagnes ne sont pas friables. C’est à du granit que nous allons devoir nous attaquer.
– Mettons les choses au point entre nous, Osling, et cela une fois pour toutes. Même si je n’avais pas la moindre idée, les moindres possibilités, j’entreprendrais ce travail, dussé-je contraindre les hommes à gratter le roc avec des limes à ongles. Et ce, parce que je considère que ce plan constitue notre seule chance de survie. Cela dit, nous n’en sommes pas là. Hier, à Cao-Bang, j’ai appris que les paras de l’opération « Léa » avaient récupéré des tonnes de dynamite que le Viet-minh s’est vu obligé d’abandonner dans sa fuite. Et tenez-vous bien, cette dynamite est un sujet d’emmerdements, de paperasses et de tracasseries pour l’état-major qui ne sait pas quoi en foutre ! Demain, à l’aube, je pars avec les quatre G. M. C. pour débarrasser ces messieurs d’un souci. »
Les quatre sergents retrouvent leur enthousiasme. Klauss siffle d’admiration.
« Ça change tout au problème, mon capitaine. Sans compter Gardini qui était officier de Génie dans l’armée italienne, il y a le caporal Shmier, le Hollandais, qui a été chef de chantier sur un barrage au Chili ou au Pérou. C’est un spécialiste des explosifs.
– Je sais tout cela, Klauss, j’y ai pensé, merci quand même de me le rappeler. »
Les réticences dont avaient fait preuve les sous-officiers ne sont rien à côté de celles de l’état-major, lorsque le capitaine expose son plan en vue de se faire octroyer l’énorme quantité d’explosifs qu’il juge indispensable.
Mattei doit perdre à Cao-Bang quarante-huit heures en palabres, en discussions, en démarches. Du reste, très rapidement, il se rend compte que son projet – jugé utopiste – n’intéresse personne. Sa seule chance d’obtenir la dynamite est d’importuner les autorités jusqu’à ce qu’elles se lassent de le voir et lui donnent satisfaction pour se débarrasser de lui.
Alors, de colonel en lieutenant-colonel, de lieutenant-colonel en chef de bataillon, Mattei entreprend une ronde continue des bureaux, créant une telle confusion qu’il fait perdre la tête à bon nombre de responsables de l’Intendance. Prétendant avoir l’accord de l’un sous réserve de l’approbation de l’autre, déplorant l’absence (évidemment fausse) d’un supérieur pour obtenir la signature de son subordonné, Mattei ne se lasse jamais. La ténacité, l’aplomb, et l’hypocrisie dont il fit preuve pour arriver à ses fins sont considérés par les officiers de Légion qui suivirent en spectateurs ses efforts, comme un modèle du genre de diplomatie à employer face à la carence militaire.
Lorsqu’enfin il fait charger sur les G. M. C. les caisses d’explosifs pourvues des autorisations lui permettant d’en disposer à la guise, Mattei déclare à Osling qui l’accompagne :
« J’ai l’impression que je viens de mener le combat le plus dur depuis le début de cette guerre. »
Six mois seront nécessaires à la 4e compagnie pour réaliser le plan fou de son capitaine. Se relayant sans trêve, des équipes travaillent jour et nuit ; d’assourdissantes explosions déchirent la montagne vierge que les légionnaires violent mètre par mètre. Le feu déblaie le terrain. La dynamite brise les obstacles. Et à l’arrière, les hommes assemblent un puzzle géant avec les éclats qu’ils nivellent et polissent pour leur donner la forme cubique d’un pavé. La route ne contourne pas la montagne. Pour des raisons de sécurité, elle serpente sur un seul flanc. Celui qui reste en vue de Ban-Cao.
Simultanément, un second groupe de légionnaires trace la piste d’atterrissage longue de douze cents mètres. Le travail, moins pénible, est plus minutieux. Les hommes qui en sont chargés ont été choisis en conséquence.
Chaque semaine, Mattei se rend à Cao-Bang où l’arrivée des camions vides de la 4e compagnie précédés par la jeep du capitaine est redoutée de tous. Le P. C. n’ignore pas que les véhicules-reprendront, quelques heures plus tard, le chemin de Ban-Cao bourrés des matériaux les plus divers. L’état-major du secteur de Cao-Bang est maintenant presque exclusivement composé par des officiers de la Légion étrangère, et si le capitaine perd, de ce fait, le parti qu’il sait tirer de la pagaille et de l’incapacité des chefs dont il cherche à obtenir une faveur, il y gagne en revanche la compréhension et l’indulgence de ses supérieurs légionnaires, qui le connaissent, l’estiment et l’approuvent. La route fabuleuse n’en est qu’aux deux tiers de son harassante construction que Mattei est déjà parvenu à stocker tous les éléments nécessaires à l’édification de son nid d’aigle.
Au début de février 1948, le projet utopique est définitivement achevé. Partout dans le Haut-Tonkin, les légionnaires ont bâti, reconstruit, fortifié. Une trentaine des fameux postes kilométriques jalonnent les R. C. 3 et 4. Cao-Bang est devenu une forteresse ; trois bataillons du 3e Étranger en ont fait le verrou du dispositif Légion avec des moyens mille fois supérieurs à ceux de Mattei.
Pour l’instant, l’ennemi ne s’est pratiquement pas manifesté ; seuls, des convois légers sont tombés dans de timides embuscades ; aucun poste n’a subi d’assaut réel, mais, à intervalles réguliers, ils sont « tâtés » la nuit par des tirs rebelles. Il est évident que les viets organisent leur regroupement pour les combats qu’ils préparent.
À Ban-Cao, la 4e compagnie est prête à faire face. Tous les appareils légers peuvent emprunter la piste d’atterrissage en cas de nécessité. Le nid d’aigle est imprenable. De ses postes de guet, un mouvement ennemi serait décelé à des kilomètres à la ronde. Les véhicules lourds peuvent atteindre le sommet du piton sans la moindre difficulté. Si Mattei le désirait, il pourrait attendre, du haut de son perchoir de béton, la fin de la guerre sans courir le moindre risque. C’est l’époque à laquelle le capitaine décide d’étendre son contrôle dans un rayon de vingt kilomètres autour de son poste. C’est l’époque où les viets ont décidé, de leur côté, que pas un mètre carré de la jungle ne doit leur échapper, et qu’il leur faut devenir les maîtres absolus du maquis.
Le grand affrontement de la guerre d’Indochine va commencer.