SOUVENIR PIEUX
Une amulette d’or à porter en pendentif. Un Horus à tête de faucon. Minuscule : deux centimètres de haut. Le seul de ses bijoux que Séléné, après le Grand Malheur, pourra garder de son enfance. On négligera de le lui ôter : il ne vaut rien.
Les recluses le lui avaient offert il y a longtemps, un soir de printemps, pour l’anniversaire du fils d’Isis, « la fête de l’enfance ». Plus tard, loin d’Alexandrie, elle continuera à le porter autour du cou, sans y songer et au risque de choquer ; puis en y songeant, et pour choquer : « Quelle horreur ! s’écriaient les Romaines. Adorer un dieu à tête d’oiseau ! C’est ridicule, et bien égyptien ! » Aucune ne semblait comprendre que l’animal n’était pas le dieu, mais le symbole du dieu : ce faucon représentait l’enfant Horus au moment où son regard perçant -« l’œil d’Horus » – lui permet d’apercevoir et de détruire le serpent, allié de Seth-le-Mauvais.
Un jour, de toute façon, Séléné n’eut plus à expliquer : elle avait perdu l’amulette – la bélière trop mince s’était usée, le pendentif, décroché. Désormais, elle était nue.