Avant-propos

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Philippe Bouvard qui est à l’origine de cet ouvrage.

Le statut d’invité d’honneur qu’il m’attribua pour participer à son émission « Les Grosses Têtes » diffusée sur RTL à l’occasion de la présentation de mon dernier livre, Les Preuves scientifiques d’une Vie après la vie, me soumit à l’exercice traditionnel « des trois coups », à savoir : pousser un coup de gueule, donner un coup de fil et raconter un coup de honte.

Pour le « coup de gueule », ce fut chose facile. J’avais très envie de défendre les médiums, ou plutôt certains médiums honnêtes qui ont, de mon point de vue, un rôle social indéniable à jouer dans la thérapeutique du deuil. En effet, on peut croire ou ne pas croire aux facultés de ces personnes qui entrent en contact avec les morts, mais, en tant que médecin, on ne peut nier le soulagement éprouvé par les familles des défunts lorsqu’elles reçoivent par leur intermédiaire un signe de reconnaissance de l’être aimé, passé de l’autre côté du voile. Or, en France, les médias et l’opinion publique ont la fâcheuse tendance d’assimiler la médiumnité à une vaste escroquerie. Bien sûr, il y a beaucoup de charlatans et d’exploitation lucrative de la naïveté humaine par cette confrérie. Bien sûr. Mais il y a aussi en son sein des gens formidables et désintéressés qui permettent à des parents de retrouver un équilibre mental ou d’abandonner leurs idées suicidaires après la perte d’un enfant sans avoir nécessairement besoin d’ingérer de grosses quantités de médicaments ou d’être hospitalisés dans des services psychiatriques. Un fait est certain, dans notre beau pays, nous avons deux records : celui de la bêtise pour aborder les thèmes du paranormal et celui de la consommation de psychotropes. Par moments, on peut se demander si ces deux performances ne sont pas liées !

En ce qui concerne « le coup de fil » à adresser à un « people » de mon choix, je devais me heurter à deux refus polis en préparant l’émission. Mireille Darc, qui était venue m’interviewer à Toulouse pour finaliser un documentaire sur la mort, serait dans un train à l’heure de l’enregistrement. Quant à Dominique Bromberger, qui avait déjà participé avec moi à différentes émissions de radio ou de télévision sur les états comateux, celui-ci explosa sans vergogne lorsque je lui fis cette proposition : « Mais vous n’êtes pas fou d’aller chez Bouvard ? Vous allez vous faire laminer, là-bas ! Hors de question que je participe à ce massacre ! Croyez-moi, n’y allez surtout pas : ils vont tout tourner à la dérision ! » La réaction de ce célèbre chroniqueur de France Inter, ancien présentateur télé du Journal de 20 heures, était bien compréhensible compte tenu du mauvais moment qu’il avait passé dans une émission de Fogiel en racontant son expérience de coma vécue à la suite d’un accident de scooter. Fog et Guy Carlier s’en étaient donné à cœur joie pour ridiculiser son témoignage qui était pourtant émouvant de sincérité. En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu à me plaindre de telles moqueries ; que ce soit sur les plateaux de Delarue, de Dechavanne ou même de Cauet, les animateurs et le public ont toujours écouté ce que j’avais à dire avec beaucoup d’attention et de respect. Sans nul doute, mon statut de médecin anesthésiste réanimateur doit considérablement renforcer la crédibilité de mes propos, en particulier lorsque je m’exprime sur l’existence, selon moi scientifiquement prouvée, d’une vie après la mort !

J’avais appris par une amie que Nicoletta avait vécu une expérience de mort imminente dans son enfance à la suite d’une tentative de suicide. Mais, à l’inverse des deux célébrités précédentes, je ne l’avais encore jamais rencontrée. Elle me reçut très gentiment au téléphone et accepta de livrer l’exclusivité de son témoignage aux « Grosses Têtes ». Qu’elle en soit ici remerciée, car je sais par expérience qu’il n’est pas facile de donner en pâture ce genre de confidences au grand public !

Le « coup de honte » fut pour moi la partie la plus facile à traiter, car les anecdotes déshonorantes, scandaleuses et même parfois paradoxalement comiques, dans certaines situations de détresse, abondent lorsqu’on a vécu plus de vingt-cinq ans dans les blocs opératoires, les services d’urgence ou les unités de réanimation. En fait, je m’aperçus très vite que je n’avais que l’embarras du choix ! Sans le savoir, Philippe Bouvard venait d’ouvrir la vanne rouillée d’une vieille écluse contenant un flot d’histoires croustillantes se déversant en cascade du plus profond de ma mémoire. Pour ne pas perdre une nouvelle fois tous ces souvenirs, une semaine après l’émission, je me mis rapidement à rédiger un texte qui est devenu au fil du temps suffisamment conséquent pour en faire ce livre.

Le lecteur sera tour à tour surpris, étonné, voire même bluffé, amusé, mais jamais choqué. Du moins je l’espère car l’une des finalités de ce travail, en dehors du côté divertissant de la chose, est de faire connaître les coulisses d’un monde qui reste encore trop obscur pour la majorité des gens. À mon sens, ce mystère doit être brisé car il est la source de peurs non fondées. En fait, seul l’inconnu effraie. Le pilote de ligne invite les voyageurs paniqués par des secousses trop violentes à visiter son cockpit en expliquant comment sont gérés les incidents ou les dysfonctionnements dans le seul but de calmer leurs angoisses. Puisse ce livre avoir une action analogue pour les phobiques des blocs opératoires !

Les opérés potentiels que nous sommes tous doivent savoir que le milieu chirurgical est peuplé d’hommes et de femmes passionnés qui font de leur mieux et qui donnent toute leur énergie pour soulager leurs contemporains, mais aussi que ces soignants sont avant tout des humains avec leurs faiblesses certes, mais aussi parfois, et même souvent, avec leur grandeur d’âme.

Il n’est toutefois nullement question de faire ici, par simple esprit corporatiste, l’apologie de la médecine telle qu’elle est pratiquée en Occident. Bien au contraire. L’autre but de ce livre est de dénoncer certains abus, comme par exemple les dérives honteuses de diverses pratiques trop axées sur le profit ou encore les comportements excessifs de certains mandarins qui se prennent pour des dieux vivants, tout en soulignant l’incroyable mépris de bon nombre de mes confrères vis-à-vis d’approches thérapeutiques qui ne sont pas enseignées sur les bancs de la faculté.

 

Pour des raisons évidentes de confidentialité, certains lieux, certaines situations et quelques noms ont été volontairement modifiés. Les dialogues ont été reconstitués de mémoire, mais je me suis efforcé de rester le plus fidèle possible aux différents événements. Mais, mis à part ces réserves et aussi surprenant que cela puisse paraître, toutes les histoires relatées ici sont bien réelles.