Au revoir, docteur !
Puisque nous venons d’aborder le domaine scatologique, autant y rester.
Mon ami, le Dr Duplex est un médecin endoscopiste. Son métier consiste à faire des examens d’investigation du côlon avec un appareil à fibres optiques appelé endoscope. L’endoscope étant défini par certains confrères méprisant cette branche de la médecine comme un tube souple avec un trou du cul à chaque extrémité !
En fait, chaque spécialité subit son lot de moqueries. Par exemple les chirurgiens disent volontiers que les anesthésistes dorment plus que leurs malades ou qu’ils ont toujours les mains humides parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire qu’à se les mettre sous les aisselles. Le gynécologue travaille là où les autres s’amusent, le biologiste « pique-pique » et hémogramme, tandis que le radiologue alimente sa machine à sous en faisant prendre des clichés qui ne servent qu’à payer les traites de son plan de défiscalisation. On n’est pas toujours très tendre dans mon milieu ! Certaines mauvaises langues disent que les anesthésistes sont paranos, que les chirurgiens sont mégalos, que les psychiatres sont plus fous que leurs malades et que les patients des cardiologues ont des cœurs parfaits dans les secondes qui précèdent leur mort ! Au fait, connaissez-vous la différence entre Jésus-Christ et un chirurgien ? Jésus ne se prend pas pour Dieu, lui !
Cette guéguerre de spécialistes me rappelle une histoire de chasse assez spéciale. Un oiseau s’envole derrière un buisson. « Oiseau ! Oiseau ! » dit le généraliste. « C’est un petit oiseau avec un long bec et des plumes ambrées, il semble avoir une minuscule huppe sur la tête mais, à cette distance et sous cette incidence, on ne peut pas bien savoir ! » dit le radiologue. « C’est une bécasse ! » dit l’interne. « Il faut la tuer ! » dit le cancérologue. « Je pense qu’on peut l’avoir », dit le cardiologue. Le chirurgien épaule son fusil, tire et manque sa cible. « Zut, encore raté ! C’est à cause de l’anesthésiste, il a parlé pendant que je me concentrais ! » dit-il en jetant son arme à la tête de l’instrumentiste.
Donc, ce jour-là, en rendant visite au Dr Duplex pour lui présenter le dossier d’un patient que je jugeais trop fragile pour pouvoir supporter une anesthésie générale, je fus d’emblée surpris par une odeur pestilentielle qui infectait son bureau. Des traces de doigts et d’excréments constellaient les murs, la table d’examen, le téléphone, l’annuaire. C’était épouvantable ; il y en avait partout !
– Mais qu’est-ce qui s’est passé ici ? lui demandai-je, surpris.
– Oh ! ne m’en parle pas, marmonna-t-il en se lavant les mains.
– Tu as été victime d’une opération commando de tagueurs ou quoi ?
– Ouais, c’est tout comme, mais j’aurais préféré que ce soit de la peinture ! Le type que je viens de recevoir avait pris un lavement et n’a pas eu le temps d’aller aux toilettes ; il a tout évacué ici. Il a voulu se retenir mais, tu parles, c’était impossible. Il s’est mis un doigt dans le derrière pour essayer de limiter la fuite mais il n’y est pas arrivé, bien sûr. Ensuite, il s’est appuyé sur les murs, sur ma table, puis il a voulu téléphoner à un ami pour qu’il vienne le chercher, mais, comme il ne se rappelait plus du numéro, il a cherché sur l’annuaire. Pff, regarde-moi ça, il en a mis partout !
– Même sur tes mains ?
– Mais oui, ensuite il m’a serré la main pour me dire au revoir !