Un pays spirituellement sous-développé
Quand André Malraux a écrit : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas », il aurait dû ajouter : « … mais la France restera encore, et pour longtemps, le pays le moins spirituel de la planète » ! Cet aphorisme peut se vérifier partout en dehors de nos frontières ; de la plus petite tribu africaine aux États-Unis d’Amérique en passant par l’ensemble des territoires européens, il faut bien se rendre à l’évidence : il n’existe aucun peuple aussi spirituellement sous-développé que le nôtre !
Je n’appartiens à aucun mouvement sectaire, philosophique ou religieux. J’ai reçu une éducation catholique pouvant être qualifiée de « modérée » ; catéchisme traditionnel, baptême, communion solennelle, un mariage à l’église, une messe de temps en temps pour les grandes occasions, rien de plus. Je ne me considère pas comme un pratiquant acharné, un crapaud de bénitier (ben oui, on dit bien « grenouille de bénitier ») et je suis en désaccord avec bon nombre de prises de position du Vatican sur certains problèmes sociétaux, car je les juge inadaptées au monde dans lequel nous vivons ; en particulier les déclarations de Benoît XVI sur l’utilisation du préservatif qui, selon lui, « aggrave le problème du sida », alors que tout le monde sait aujourd’hui que ce mode de contraception est la seule façon d’agir (en dehors d’une très utopique abstinence sexuelle) pour limiter la diffusion de ce fléau mondial. Il est pourtant vrai que certaines utilisations atypiques du préservatif peuvent majorer la contamination virale ; par exemple, en Afrique, il n’est pas exceptionnel de se servir plusieurs fois de la même capote, de la céder à un proche ou de la vendre après un nettoyage sommaire à l’eau. Dans ces cas précis, Benoît XVI a raison ; le préservatif aggrave bien le problème. Mais encore aurait-il fallu bien préciser les choses, car une mauvaise interprétation des paroles papales peut conduire à avoir des relations sexuelles non protégées, ce qui, de toute évidence, entraînerait une surmortalité catastrophique. En fait je suis comme bon nombre de mes contemporains ; étant non pratiquant, je me sens plus à l’aise dans la spiritualité que dans la religiosité ; je crois en Dieu et aux forces surnaturelles. Il m’arrive même d’en parler très librement, sans tabou et sans honte. Sollicité pour faire des conférences en Belgique, en Suisse, en Italie, au Canada, au Mexique et même en Russie, je me suis rendu compte qu’il était beaucoup plus facile d’évoquer la puissance divine à l’étranger que face à mes compatriotes. Chez nous, celui qui prononce le mot « Dieu » devant une assemblée passe très rapidement pour un allumé, un gourou ou un dangereux sectaire. La confidence est scandaleuse, hautement suspecte, voire totalement anormale. Surtout si on est un scientifique reconnu. Mon confrère le Dr Melvin Morse, qui exerce le même métier que moi aux États-Unis, ne connaît pas ce problème. Nous avons déjà eu l’occasion d’en discuter au cours d’un congrès médical où nous étions invités à exposer les résultats de nos recherches sur les expériences de mort imminente. D’ailleurs, le titre de son best-seller ne laisse place à aucune ambiguïté sur la question et sa fameuse Divine Connexion1, connue dans le monde entier, a déjà été lue par des centaines de milliers de personnes. Idem pour mon ami le Dr Mario Beauregard, chercheur en neurosciences au Canada, qui a récemment publié The Spiritual Brain2 (Du cerveau à Dieu dans sa version française), ou encore pour le Dr Maurice Rawlings, cardiologue américain, qui évoque la puissance divine dans presque toutes ses publications. Et la liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut !
Si nos plus proches voisins européens (avec une mention « très bien » pour l’Italie et l’Allemagne) ne souhaitent pas voir griller les médecins qui s’intéressent à la spiritualité sur l’autel de la pensée unique matérialiste, l’expérience m’a montré que la simple évocation, sur notre territoire, d’une vie après la mort est une entreprise périlleuse et risquée. Les propos tenus à cet égard par certains confrères français sont déconcertants de bêtise : « Moi aussi, je suis comme toi, je crois en Dieu. Mais, quand on est médecin, il ne faut surtout pas en parler, on n’a pas le droit… » « Un conseil : si tu veux continuer à exercer, tu as tout intérêt à ne pas dire qu’il existe une vie après la mort… » « La médecine et la spiritualité, cela n’a rien à voir. Il ne faut pas tout mélanger… » « Tu vas tout droit au casse-pipe en parlant de guérison spirituelle… » « L’après-vie, c’est une connerie, ça n’existe pas ! Comment j’le sais ? Parce que j’le sais, c’est comme ça, c’est tout ! »
Mes propos très engagés sur l’existence scientifiquement prouvée d’une conscience résiduelle à l’arrêt du fonctionnement cérébral3 m’ont valu pas mal d’attaques et d’inimitiés. À la suite de cette prise de position, je suis soudain devenu un personnage douteux et peu fréquentable. Quelques extrémistes matérialistes sont allés jusqu’à m’envoyer des lettres de menaces de mort à mon domicile ! J’étais bien loin de me douter que mes recherches déclencheraient autant de haine et de violence.
Après toutes ces manœuvres d’intimidation, on a aussi tenté, en vain, de me faire perdre mon travail, qui est, on l’aura bien compris, le principal support de ma crédibilité. En juin 2009, le président d’une association de lutte contre les sectes, l’UNADFI4, a déposé une plainte auprès du conseil de l’ordre des médecins en prétendant que je prônais « haut et fort dans [mes] écrits et [mes] apparitions publiques des théories charlatanesques ». Le procureur de la République, saisi par le même courrier, attendait la réaction ordinale pour agir en conséquence. Fort heureusement, j’ai eu la chance de bénéficier du soutien de mes pairs puisqu’ils ont très rapidement répondu qu’ils connaissaient mes actions, que j’étais très surveillé dans mes déclarations et mes écrits (ce dont je n’ai jamais douté), et qu’il n’y avait pour l’instant aucune raison de m’infliger la moindre sanction. Sachant que les condamnations du conseil de l’ordre vont du simple avertissement à la radiation à vie, en passant par des durées plus ou moins longues d’exercice, il est clair que j’attendais ce verdict avec une certaine fébrilité… Fort de cette réponse favorable, certains de mes amis m’ont conseillé d’attaquer l’UNADFI en diffamation, mais j’ai préféré ne pas me lancer dans ce genre de polémique ; j’ai besoin de toute mon énergie pour faire des choses plus constructives. Je continue ma route, et le temps se chargera du reste. J’ai remarqué que la méchanceté et la haine revenaient toujours comme un boomerang vers les envoyeurs.
Dans le registre des intolérances nationales sur les domaines qui touchent à l’esprit, une autre anecdote significative mérite d’être mentionnée. Enthousiasmée par la lecture de mon livre Les Preuves scientifiques d’une vie après la vie, une journaliste du Figaro est venue m’interviewer pour un sujet qui devait remplir, selon elle, une page entière du quotidien dans une rubrique intitulée « Portrait ». À sa très grande surprise, son article (sans doute jugé trop sulfureux en raison de propos « avant-gardistes » qui ne faisaient que reprendre les dernières publications scientifiques sur la conscience) ne verra jamais le jour. De son propre aveu, après de nombreuses années passées au service de ce journal, c’était la première fois que sa rédaction lui refusait un papier ! Échaudé à de nombreuses reprises par des censures de dernière minute (j’ai même connu durant le Journal de 20 heures de France 2 une très mystérieuse « panne de son » m’empêchant de présenter les résultats d’un colloque médical sur les NDE5), j’avais exprimé à cette charmante dame mes doutes sur son projet de publication en la reconduisant à l’aéroport de Toulouse. Sûre de son expérience, elle m’avait répondu : « Ne vous inquiétez pas, docteur, depuis que j’exerce ce métier, je ne me suis jamais déplacée pour rien ; vous pouvez considérer que votre article est bouclé ! » En fait, la boucle doit être celle du lien qui scelle la boîte contenant son papier, à moins que sa journée de travail ne soit déjà passée dans la broyeuse (ce qui à mon avis semble plus probable).
Comme je l’ai écrit précédemment, il existe outre-Atlantique un enseignement de médecine spirituelle dans de nombreuses facultés de médecine. Dans notre beau pays, qui se veut le territoire de la liberté d’expression, nous avons encore un long chemin à parcourir avant d’en arriver à ce stade d’évolution. Pour preuve : le colloque intitulé « Médecine et spiritualité », regroupant des intervenants de renommée internationale ; des médecins venus tout spécialement des États-Unis, de Suisse, du Brésil, de Belgique (votre serviteur pour la France) pour faire le point sur les recherches scientifiques concernant la guérison spirituelle. Ce congrès, qui devait avoir lieu à l’université Paul-Sabatier de Toulouse en octobre 2009, a essuyé un refus quelques semaines avant son déroulement. Les organisateurs, qui, ayant obtenu un premier accord verbal, avaient déjà investi dans un programme de « com » conséquent, ont dû réorganiser l’événement sur un autre site toulousain au tout dernier moment. Là encore, l’argumentation du président d’université laisse dubitatif : « Une université d’institut laïque ne doit pas montrer la spiritualité à ses élèves. Au vu des thématiques et du programme de cette rencontre, il ne m’est pas possible de vous accueillir au sein de l’université dans la mesure où le caractère du congrès n’est pas avéré. » Pas avérée, la spiritualité ? Ah bon… Ce président doit ignorer qu’en 2007 l’OMS6 a officiellement reconnu l’importance de la spiritualité dans l’exercice de la médecine.
Eh oui, chez nous il est plus facile de parler de pornographie que de spiritualité !
Alors pourquoi ? Oui, pourquoi cette intolérance, ce blocage permanent, cette haine viscérale, cette fuite obligatoire, ce refus borné, ce rejet systématique de la chose spirituelle ?
Entrez dans mon bureau, madame France, mettez-vous à l’aise, allongez-vous sur mon divan. De quoi souffrez-vous au juste ? Des crises d’asthme, dites-vous… Des crises déclenchées par quoi ?… Des propos religieux ou des signes ostentatoires de religiosité… Ah bon, c’est bizarre, ça… Depuis quand ?… Depuis toujours, vous êtes vraiment sûre ? Racontez-moi votre jeunesse… Ah oui, je vois… des génocides, des guerres, des tortures, des massacres, et tout cela pour des croyances et des dogmes religieux, dites-vous… Vous avez beaucoup souffert… Oui, évidemment, je comprends mieux… Le traitement va être long et fastidieux. Et, en plus, je vous préviens : le résultat n’est pas garanti. Bon, je vous propose de commencer tout de suite. Vous allez être désensibilisée progressivement par un procédé de mithridatisation. C’est la seule façon de soigner votre psychose phobique délirante. Je vais énoncer des mots sensibles lentement et assez fort, et vous, vous devrez essayer de garder votre calme en respirant lentement et profondément. D’accord ? Vous êtes prête ?… Bon, alors, allons-y, je commence : DIEU… Doucement, respirez douououououcement, là, voilà, comme ça, c’est bien… Ensuite, je continue : ÉGLISE, PRÊTRE… Très bien… Plus difficile maintenant : PAPE, VATICAN, MOSQUÉE… Ah ! c’est plus difficile, là, hein ? Je vous avais prévenue. En plus il y a trois mots… Allez, courage, encore un petit effort : SYNAGOGUE, TEMPLE, RABBIN, PASTEUR… Douououcement… j’inspire, j’expire, j’inspire, j’expiiiiire, là, voilà, c’est bien… MÉDIUM, NDE, ISLAM, FEMME VOILÉE, VIE APRÈS LA MORT… Oups, ne bougez surtout pas là, je vais chercher un spray de Ventoline !!!
Merci, docteur Freud !
1- . M. Morse, La Divine Connexion, Éd. Le Jardin des Livres, 2002.
2- . M. Beauregard, D. O’Leary, The Spiritual Brain. A Neuroscientist’s Case for the Existence of the Soul, Harper Collins éd., New York, 2007. Trad. française : Du cerveau à Dieu. Plaidoyer d’un neuroscientifique pour l’existence de l’âme, Guy Trédaniel éd., Paris, 2008 (trad. J. Morrison).
3- . Ces propos reposent sur des observations personnelles et des travaux scientifiques qui ont été publiés dans de prestigieuses revues à comité de lecture comme The Lancet ou Nature.
4- . Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes.
5- . Colloque de Martigues du 17 juin 2006. Voir M. Beauregard, J.-J. Charbonier, S. Dethiollaz, J.-P. Jourdan, E.-S Mercier., R. Moody, S. Parnia, P. Van Eersel, P. Van Lommel, « Actes du colloque de Martigues du 17 juin 2006. Ires Rencontres internationales sur l’expérience de mort imminente », S17 Production éd., 2007.
6- . OMS : Organisation mondiale de la santé.