Conclusion

L’anesthésie-réanimation est un formidable métier qui ne peut se faire qu’avec passion. Son exercice nécessite abnégation et sacrifices multiples pour l’une des causes les plus nobles de cette planète : soulager les douleurs, tenter de redonner la vie dans des situations parfois désespérées, mais aussi accompagner nos patients jusqu’au seuil de la mort. Est-ce moi qui ai choisi cette vocation ou l’inverse ? Cette question m’est souvent posée mais je n’ai pas encore trouvé la réponse. La médecine est pour moi une compagne très proche qui m’aura suivi toute une vie, je remarque ses défauts et l’égratigne volontiers pour tenter de la remettre sur le droit chemin, car, bien trop souvent, jouant de sa notoriété, elle a tendance à s’égarer dans des objectifs pas toujours très nobles. Elle aurait tout à gagner à se rapprocher d’autres thérapeutiques ancestrales plus holistiques qui prennent en compte le patient dans sa globalité et qui considèrent la mort comme une étape normale de la vie, et non comme un échec. Il y a beaucoup de travail à faire et beaucoup d’informations à donner sur l’approche de la mort (encore grandement taboue), les soins palliatifs ou encore les effets bénéfiques de la spiritualité, qui ne sont toujours pas enseignés en France alors qu’il existe aux États-Unis des chaires de médecine spirituelle dans presque toutes les universités de médecine.

La médecine devrait également se détacher des contingences matérielles où s’engouffrent les technocrates à grand renfort de paperasses, se libérer de l’emprise des lobbies des laboratoires pharmaceutiques uniquement axés sur le profit. Être plus humain et moins comptable, voilà le véritable défi en matière de santé. En voulant renforcer le pouvoir administratif des établissements de santé, nos politiques actuels privilégient au contraire la gestion au détriment des soins et de la sécurité des malades. À ce propos, pourquoi faudrait-il que les comptes de la Sécurité sociale soient équilibrés ? De toute évidence, l’augmentation de l’espérance de vie et l’amélioration des technologies médicales rendent cet objectif totalement irréalisable ! Alors, dans ces conditions, pourquoi ne pas accepter une fois pour toutes un déficit financier quasi obligatoire, comme c’est déjà le cas pour l’armée ou l’éducation nationale ? La santé n’est-elle pas ce qui existe de plus précieux pour n’importe quel habitant de cette planète ? Quel premier vœu formule-t-on au seuil d’une nouvelle année si ce n’est une « bonne santé » ?

Par le biais des histoires racontées dans ce livre, on aura mieux entrevu ce que sont les « coulisses » de la médecine occidentale (et en particulier celles de ma spécialité), ses travers, ses lacunes et ses faiblesses, mais on aura également compris que pour être un bon thérapeute il faut surtout et avant tout connaître et aimer les gens.