La relation médecin-malade
Si quelques très rares confrères n’hésitent pas un seul instant à user de leur statut de médecin pour abuser sexuellement de leurs patients, la situation inverse est également possible ; certaines personnes peuvent en effet se faire passer pour des malades dans le seul but d’attirer ou de séduire leur médecin.
Un ami gynécologue a ainsi multiplié touchers vaginaux et rectaux et autres palpations de seins d’une « fidèle patiente » sans se rendre compte que celle-ci ne souffrait que d’une seule maladie : elle était amoureuse de lui ! En désespoir de cause, elle lui envoya une lettre qu’il me fit l’amitié de me confier.
Cher Michel,
Permettez-moi de vous appeler enfin par votre prénom parce que, quand vous aurez lu cette lettre, je ne pourrai plus jamais vous appeler docteur Y comme avant.
Cela fait des mois que vous me suivez pour toutes mes douleurs. Je dois vous avouer que, quand vous fouillez mon corps, je suis en émoi. Vos mains caressent mon corps et provoquent le frisson quand vous me touchez à l’intérieur. Je n’ai jamais connu la jouissance avec mon mari et avec les petites aventures d’avant mon mariage non plus. Je n’y peux rien du tout et je suis amoureuse de vous mais je suis trop timide pour vous le dire alors je fais cette lettre qui est comme une bouteille jetée à la mer. Je ne peux plus dormir parce que je pense à vous et à nous deux. Je vous aime d’un amour très fort et j’espère que cela est peut-être pareil pour vous. J’attends mon prochain rendez-vous de mercredi, il me tarde beaucoup de vous revoir, sinon vous pouvez m’appeler chez moi le matin de 8 heures à midi, sinon à mercredi. Je vous embrasse avec tout mon amour.
En toute logique, mon confrère mit fin à ces rendez-vous intempestifs dès réception de ce courrier mais la malheureuse, qui n’accepta que très difficilement d’être rejetée, le harcela encore au téléphone pendant une très longue période.
La relation médecin-malade est ambiguë et difficile. La profession de soignant est la seule qui autorise en toute légalité à toucher les corps dans leurs plus profondes intimités. Lors des examens cliniques, le praticien doit savoir rester distant tout en étant aimable et courtois. Il a le devoir de conserver une distance suffisante pour que le phénomène bien connu de transfert ne joue pas ; à défaut, une attraction affective et même sexuelle risque de s’instaurer entre le patient et son thérapeute. Le transfert pouvant jouer bien évidemment dans les deux sens : du malade vers le médecin, comme nous venons de le voir dans l’exemple précédent, ou inversement.
L’examen clinique peut aussi être ressenti comme une véritable agression sexuelle. Ainsi, un de mes confrères proctologue a été victime d’une plainte pour viol après avoir fait un toucher rectal à une jeune fille de 18 ans qui souffrait de douleurs abdominales diffuses. Bien sûr la patiente fut rapidement déboutée car il s’agissait d’un examen normal compte tenu de la symptomatologie à explorer. Néanmoins, ce genre d’attitude permet de comprendre la froideur ou le manque de « chaleur humaine » que manifestent la plupart des médecins vis-à-vis de leurs malades.
A contrario, une distance médecin-malade excessive est préjudiciable à l’information médicale. « Je ne sais pas ce que j’ai, je ne vois personne dans cet hôpital. » « Les examens que l’on doit me faire ? Moi j’en sais rien, ici ils ont tous l’air pressé et je n’ose pas les déranger ! » Qui n’a jamais entendu ce genre de réflexions de la part de personnes hospitalisées ? Ces remarques habituelles sont pourtant tout à fait anormales. Le patient qui est, a priori et jusqu’à preuve du contraire, le principal intéressé par l’évolution de sa maladie devrait pouvoir disposer de toutes les informations nécessaires concernant la pathologie dont il souffre, et en particulier sa gravité, son traitement et son pronostic à long et à court terme.
L’histoire rapportée par un ami chirurgien qui travaille dans un CHU est édifiante.
– Bonjour ! C’est la réception ? J’aimerais parler avec quelqu’un à propos d’un patient qui se trouve chez vous. J’aurais souhaité connaître son état de santé, savoir s’il va mieux ou si son problème s’est aggravé.
– Quel est le nom du patient ?
– Il s’appelle Yves Bardies et il est à la chambre 217.
– Un instant, je vous prie, je vous passe l’infirmière.
Après une longue attente :
– Bonjour, Béatrice, l’infirmière de service. Que puis-je faire pour vous ?
– J’aimerais connaître l’état du patient Yves Bardies de la chambre 217.
– Un instant, je vais essayer de trouver le médecin de garde, il va vous dire ça tout de suite.
Après une plus longue attente :
– Ici le Dr Flink, je suis le médecin de garde. Je vous écoute.
– Bonjour, docteur, je voudrais avoir des nouvelles de M. Yves Bardies qui se trouve chez vous depuis un mois à la chambre 217.
– Un instant, s’il vous plaît, je vais consulter son dossier.
Après encore une longue attente :
– Hummmm, le voici : il a bien mangé aujourd’hui, sa tension artérielle et son pouls sont stables, il réagit bien aux nouveaux médicaments prescrits, et normalement on va lui enlever le monitoring cardiaque demain. Si tout continue comme ça, encore quarante-huit heures et on pourra lui signer sa sortie ce week-end.
– Aaahhh ! Formidable, c’est merveilleux ! Je suis fou de joie !
– Par votre façon de parler je suppose que vous êtes très proche de ce patient. Vous êtes de sa famille ?
– Non, monsieur ! Je suis Yves Bardies lui-même et je vous appelle du 217 ! Tout le monde entre et sort de ma chambre et personne ne me dit rien. Je voulais juste savoir comment je me porte !