Guérir sans médicaments

À chaque symptôme correspond un médicament, serait-on tenté de penser à la fin de nos études médicales, et les quelques exemples que donne ce livre montrent bien les limites de ce genre de raisonnement. Les Français consomment trop de médicaments. Rapporté au nombre d’habitants, le chiffre d’affaires du médicament, dans notre pays, est le plus élevé du monde ! D’après les chiffres publiés par le LEEM (le syndicat national des entreprises du médicament), en 2007, chaque Français a dépensé 355 euros en médicaments par an, contre 267 en Allemagne, 207 en Grande-Bretagne, 205 en Italie et 199 en Espagne1. Il suffit pourtant de combiner un sens clinique correct et une observation rigoureuse des situations pour éviter le plus souvent une surconsommation chimique.

Une bonne santé repose essentiellement sur un psychisme équilibré associé à une activité physique régulière et à une bonne alimentation. Tout le monde sait ça et presque personne ne semble vouloir l’appliquer ! Dans ces conditions, il y a fort à parier que les maladies ont encore un bel avenir, et ce quelles que soient les conditions extérieures.

Il est de coutume de dire que le stress induit des pathologies spécifiques. Il est vrai que l’on a pu mesurer une baisse significative du taux sanguin des lymphocytes T4, ces petites cellules circulantes qui détruisent les bactéries, les virus et autres cellules cancéreuses squattant en permanence notre corps, après un deuil, une perte d’emploi, un divorce ou un déménagement. Mais le stress en lui-même n’est pas aussi dangereux qu’on le pense, il peut même au contraire être un atout considérable pour booster notre organisme. En témoigne cette récente expérience menée sur une population de souris répartie en trois groupes. Pardon pour la cruauté de la démonstration. On a greffé sur le dos des bestioles des cellules cancéreuses et on les a ensuite enfermées dans des cages dont le plancher est soumis à des décharges électriques aussi douloureuses qu’aléatoires. La première population de souris est chanceuse car, pour elles, point d’électricité sous leurs petites pattes. La deuxième l’est beaucoup moins, elles doivent subir les décharges sans pouvoir y échapper. Le troisième groupe peut arrêter le courant du plancher au moyen d’un minuscule levier. Les petits animaux comprennent vite, merci Pavlov, le lien de cause à effet et parviennent en peu de temps à évoluer sans douleur. Les résultats sont surprenants : les souris stressées par les stimulations électriques qui peuvent interrompre le courant en abaissant le levier développent moins de cancers que celles qui ne sont soumises à aucune décharge électrique ! Autrement dit, dominer une situation de stress par une action bien précise leur a permis d’être en meilleure forme que leurs copines non stressées. On peut facilement en déduire qu’une vie trépidante et très active peut avoir des effets bénéfiques sur la santé, à condition bien sûr de savoir dominer son stress. Cette notion est assez nouvelle et mérite d’être exploitée via les médecines douces, dites alternatives, qui apprennent à gérer le stress sans pour autant recourir à des médicaments psychotropes.

Certains aliments sont plus efficaces que des pharmacopées onéreuses. Par exemple, une étude publiée par l’American Association for Cancer Research le 6 avril 2009 a montré qu’une consommation régulière de brocolis diminue l’infection à Helicobacter pylori, la bactérie principalement responsable du cancer de l’estomac. Ingérer 70 grammes de brocolis frais par jour serait aussi efficace qu’une prise massive d’antibiotiques pour éliminer la bactérie maudite. La nouvelle aura bien du mal à passer, compte tenu des intérêts financiers en jeu…

Quelquefois encore, des phénomènes inexpliqués surviennent et, sans aucune thérapeutique adjuvante, l’état de santé du malade s’améliore, la guérison arrive, aussi surprenante qu’inattendue. Dans ce genre de situations, bien malin qui peut donner la clé du mystère ! Les miracles, par exemple, sont étiquetés guérisons inexplicables par expertise médicale puis authentifiés par les autorités religieuses en fonction de critères qui nous échappent. Ces guérisons sont-elles des conséquences de la Volonté divine ou de l’effet placebo ? La question reste posée, mais il existe de nombreux cas où l’effet placebo ne peut être avancé, en particulier lorsqu’il s’agit de comateux. En effet, il est logique de penser que celui qui est plongé dans les limbes de l’inconscience ne peut avoir une quelconque influence psychologique sur son état de santé.

Ayant pris connaissance de mes recherches sur les états comateux, une équipe de journalistes de TF1 est venue à Toulouse pour m’interviewer sur un cas médicalement incompréhensible, survenu outre-Atlantique au début de l’année 2009. Les faits se sont déroulés à l’hôpital de Bethesda North de Cincinnati (Ohio, États-Unis). Contre toute attente, Lori Smith, une femme de 38 ans, est revenue à la vie après une période de treize jours de coma profond. En mettant au monde son quatrième enfant, la jeune maman a déclenché un processus de coagulation intravasculaire disséminé. Cette pathologie, parfois constatée après des accouchements difficiles et hémorragiques, aboutit à la suite d’un emballement du processus de coagulation sanguine à l’obstruction de certains organes comme le foie, les reins ou, plus exceptionnellement, le cerveau. L’atteinte cérébrale est rare (environ 1 cas sur 10 000 accouchements) mais gravissime. Je sais par expérience que les comas du postpartum survenant dans ces conditions sont de véritables drames d’autant plus qu’ils correspondent à un moment de fête où la famille se prépare à accueillir un nouveau-né dans la joie. Les cas de ce genre que j’ai tenté de réanimer n’ont jamais survécu et il était logique de penser que cette Américaine n’avait aucune chance de revenir à la vie.

Quinze minutes après son accouchement, Lori Smith se plaignit de violents maux de tête. Elle se mit à convulser avant de sombrer dans un coma profond et de faire deux arrêts cardiaques, récupérés au bout de quarante-neuf minutes de réanimation. Constatant une activité cérébrale catastrophique à l’issue de treize jours de coma, les médecins de Cincinnati envisagèrent d’interrompre la réanimation et de débrancher le respirateur, comme la loi les y autorise dans l’Ohio après en avoir informé la famille. Au désespoir, Michael, le mari de Lori, se rendit donc une dernière fois auprès de son épouse, accompagné de ses trois enfants âgés de 6, 8 et 12 ans, pour lui faire leurs adieux. Mais lorsque vint le tour de Megan, la fille cadette de Lori, celle-ci prononça une phrase qui bouleversa le cours des événements : « Maman, si tu nous aimes et que tu nous entends, bouge tes yeux ! » Et là, immense surprise : la mère de Megan obéit à sa fille et ouvrit les yeux !!! L’opération fut répétée plusieurs fois en présence des réanimateurs, qui eurent bien du mal à accepter l’inconcevable. Pas de doute possible, leur patiente, qu’ils s’apprêtaient à débrancher avant de descendre à la morgue, était bien revenue à la vie. Les progrès de l’état clinique de la comateuse furent fulgurants, si bien que la rescapée fut totalement réveillée et capable de parler au bout de trois jours ! Après une relativement brève rééducation à la marche et aux gestes simples de la vie dans une unité spécialisée, cinquante-six jours après son accident, survenu le 1er janvier 2009, Lori Smith rentra chez elle pour retrouver ses quatre enfants et son mari. Aux journalistes (nombreux) qui l’interrogent sur cet incompréhensible retour à la vie, elle répond invariablement : « Il ne s’agit pas de moi, mais de la volonté de Dieu. Je ne suis ici que grâce à l’aide de ma famille et aux prières que j’ai reçues. » Quand à Michael, il ne cesse de répéter : « Dieu a fait un miracle pour que ma femme soit de nouveau avec nous ! » En fait, beaucoup de monde ignorait que, durant le coma de Lori Smith, des membres de sa famille et des amis avaient organisé un groupe de prière constitué de soixante-dix personnes pour que cette jeune maman puisse continuer à élever ses enfants ! La miraculée a encore déclaré à la presse que son expérience de coma était encore floue, que des souvenirs étranges lui revenaient progressivement à l’esprit mais qu’elle ne souhaitait pas en dire plus pour l’instant. Il y a de bonnes raisons de penser que cette femme a dû connaître une expérience tellement indicible et bouleversante qu’il doit effectivement lui être extrêmement difficile d’en parler. Il faut savoir que ceux qui ont vécu des expériences de mort clinique doivent « digérer » un bon moment leur aventure avant d’être en mesure de témoigner et qu’ils ont souvent besoin de plusieurs années de recul pour pouvoir parler de cet épisode exceptionnel de leur vie. Pour être tout à fait complet sur cette merveilleuse histoire, il faut aussi préciser que Delilha, la petite dernière de la famille Smith, se porte à merveille et peut désormais profiter pleinement de sa maman.

J’ai précisé aux journalistes de TF1 que ce cas illustrait parfaitement mes convictions, que je développe largement dans mes conférences : il faut parler aux comateux, les toucher, les stimuler, leur faire écouter de la musique, leur accrocher des photos au mur, même s’ils ont les yeux fermés. Il faut les aimer, leur donner de l’amour et prier pour eux. Il ne faut jamais les traiter de « légumes », comme le font encore un certain nombre de mes confrères ignorants. L’heureuse issue du coma de Lorie Smith tendrait aussi à démontrer le rôle favorable que peuvent jouer les groupes de prière pour la guérison des malades. Cet effet positif a déjà été mis en exergue par des travaux de recherches menés à l’université de Princeton et par deux thèses médicales soutenues à la faculté de Strasbourg. Ces résultats significatifs sont régulièrement contestés par les laboratoires pharmaceutiques via quelques professeurs de médecine triés sur le volet. Il est sûr que la guérison spirituelle n’arrange pas leur chiffre d’affaires !

Comment la prière et l’empathie parviennent-elles à agir favorablement sur l’évolution de la maladie ? À vrai dire, on n’en sait rien du tout, c’est comme l’aspirine, on ne sait pas comment ça marche, mais ça marche, et c’est bien là l’essentiel, non ?

1- . S. Boukris, Ces médicaments qui nous rendent malade. Sauver des vies, faire des économies. Le cherche midi éd., 2009, p. 269-270.