Les chirurgiens du ciel

L’agriculteur gersois qui avait voulu me montrer ses pieds sans que j’en fasse la demande prouve bien que les médecins sont parfois lourdement sollicités pour entreprendre des examens dont ils se seraient bien passés, et l’anecdote suivante rentre tout à fait dans ce contexte.

En mai 2007, mon ami italien Marino Parodi m’invita à Bellaria pour faire une conférence sur les expériences de mort imminente. Comme à l’accoutumée, à la fin de mon intervention, quelques personnes vinrent à ma rencontre pour poser des questions personnelles ou demander des précisions sur mon exposé. Parmi elles, je remarquai très vite une belle jeune femme qui dirigeait vers moi un regard électrique ressemblant à un faisceau laser pointé vers une cible ultraprécise. L’effrontée se frayait un chemin en jouant des coudes au milieu de la foule et les minuscules mouvements d’épaule qu’elle faisait aussi en se rapprochant évoquaient un petit écureuil nerveux. En plus elle était rousse, mais vraiment rousse ; exactement le même roux que celui de la bestiole « glandophile » qui a la queue en panache. La sauvageonne portait un étrange chapeau Davy Crockett et sa longue robe recouverte de plumes multicolores la rendait définitivement bizarre.

Elle fondit sur moi en trombe et agrippa aussitôt la manche de ma veste. À en juger par l’expression contractée de son visage, elle me disait des choses aussi primordiales que si sa vie fût en danger. Et moi qui ne parle pas un mot d’italien, je ne comprenais rien à son pathétique discours. Heureusement que mon interprète Mariella était encore à mes côtés.

– Elle dit qu’elle a beaucoup apprécié votre conférence et qu’elle a quelque chose de très important à vous dire.

– D’accord. Remerciez-la et dites-lui que je veux bien l’écouter si ce n’est pas trop long, parce qu’il y a d’autres personnes qui veulent me parler.

La rouquine paraissait soucieuse et s’agitait maintenant dans tous les sens en me montrant son ventre. De temps à autre elle joignait les mains comme si elle priait. En fait, je comprenais bien dans sa gestuelle qu’elle me suppliait de faire quelque chose, mais j’ignorais totalement quoi ! Mariella vint encore à mon secours.

« Elle dit qu’elle a été enlevée la nuit dernière par des extraterrestres et qu’elle a été opérée par les chirurgiens du ciel… Elle dit aussi que… attendez, je ne comprends pas bien, là… (Rires.)… Ah oui ! Elle dit que l’opération s’est mal passée et qu’elle aimerait vous montrer ses cicatrices dans l’intimité pour avoir votre action… non, pas votre action, votre avis, oui c’est ça, votre avis. Elle veut… quoi ?… Ah ! humm, oui, hummm… Elle veut que vous alliez chez elle, maintenant, tout de suite, pour que vous puissiez l’examiner, voilà, voilà, hummmmm… »

Quelques heures plus tard, au moment du dîner, je racontai cette étrange rencontre à Marino Parodi, qui avait l’air de bien connaître la jeune femme en question :

« Ma voui, bien sour, yo connais très bien cette folle dégoûtant’. Elle souffre de phallopénie. Elle veut coucher avec tous les conférenciers, Mama mia ! »

Autrement dit, mon premier diagnostic était le bon ; il s’agissait bien d’un petit animal « glandophile » !