ARMEMENT SPATIAL
À l'aube du XXe siècle de la Diaspora, l'arme anti-vaisseau longue portée en espace normal est le missile à impulsion, capable d'atteindre une accélération maximale de quatre-vingt-cinq mille gravités et doté de CME défensives, d'assistants de pénétration des barrières latérales et d'ogives laser.
Dans la mesure où la vitesse maximale des missiles demeure très inférieure à celle de la lumière, ils peuvent être détectés et pris pour cibles par les défenses antimissiles dans la phase d'approche. La distance à laquelle ils sont tirés impose également qu'ils soient capables de se diriger eux-mêmes vers leur objectif car la vitesse limitée des transmissions rendrait rapidement leur contrôle depuis le vaisseau arthritique et inexact. Mais, puisque leurs systèmes de traque embarqués ne peuvent rivaliser avec ceux d'un bâtiment de guerre, ils sont particulièrement vulnérables aux contre-mesures électroniques ; la flotte équipée des meilleures CME dispose donc d'un avantage appréciable au combat.
Le délai de détection laissé par les missiles permet également au capitaine visé d'employer des manœuvres d'évitement contre eux. Dans le pire des cas, il peut faire rouler son navire pour recevoir les projectiles contre ses impénétrables bandes gravitiques. Mais dans les engagements à plus grande distance, le temps de vol des missiles et la capacité d'accélération des navires lui offrent la possibilité de s'éloigner nettement de la position que le contrôle de tir de l'adversaire a prédéterminée au moment du lancer, imposant ainsi une contrainte plus forte sur les impulseurs et les capteurs des missiles en approche.
Étant donné tous ces éléments, un missile n'est efficace que si ses impulseurs demeurent actifs et capables de manœuvres d'attaque terminales jusqu'à l'instant de la détonation.
L'enveloppe efficace d'un missile (soit l'ensemble des points qu'il peut atteindre sous impulseurs actifs) peut être étendue si on diminue son accélération, retardant ainsi le moment où ses impulseurs (petits mais puissants) s'éteignent. Son accélération maximale se monte à quatre-vingt-cinq mille gravités et sert à très courte distance afin d'obtenir le temps de vol minimal. Sous pareille accélération, le missile dispose d'une endurance de soixante secondes, le limitant à une enveloppe efficace d'environ un million cinq cent mille kilomètres (en admettant que la cible et le tireur se trouvent à l'arrêt l'un par rapport à l'autre au moment du tir) et à une vitesse terminale d'environ cinquante mille km/s. En fixant l'accélération à quarante-deux mille cinq cents gravités, on peut tripler la durée de fonctionnement des impulseurs et obtenir une distance d'engagement effectif de six millions sept cent cinquante-cinq mille kilomètres et une vitesse terminale d'environ soixante-quinze mille km/s. Des accélérations plus faibles demeurent possibles, mais la portée maximale et la vélocité chutent à partir de ce seuil, et la plupart des flottes ont adopté des réglages minimum aux alentours de quarante-deux mille cinq cents g. Ce n'est toutefois pas le cas de la FRM, selon laquelle en certaines occasions la distance d'engagement et la vélocité comptent moins que le temps de vol efficace afin de suivre les manœuvres de l'ennemi. Toutes ces enveloppes d'attaque, bien sûr, peuvent être radicalement étendues ou réduites par les vélocités et accélérations relatives des navires engagés.
Les chances de détruire un missile augmentent selon une progression géométrique dans les cinquante ou soixante mille derniers kilomètres de sa course, lorsqu'il se stabilise sur son vecteur d'attaque final, et on ne voit donc quasiment jamais de frappes directes contre des défenses actives modernes. En conséquence, l'ogive nucléaire classique d'une mégatonne tombe déjà en désuétude à l'époque d'Honor Harrington, pour être remplacée par la tête laser. Sur le bus terminal d'une tête laser sont montés des systèmes de visée sophistiqués et de puissants réacteurs d'attitude qui lui permettent de s'aligner avec sa cible de façon à lui décocher le plus grand nombre de rayons laser ; ils doivent également produire un effet « porc-épic » en envoyant des rayons dans toutes les directions. Chaque laser inflige moins de dégâts que ne le ferait une frappe directe, mais les chances de toucher l'ennemi — et de le toucher plusieurs fois — grâce à un seul missile en sont fortement augmentées. Non seulement la distance de neutralisation plus faible d'une tête laser diminue les risques de destruction par les défenses actives avant détonation, mais l'effet porc-épic permet également de couvrir un volume plus important.
Les défenses actives antimissiles consistent en projectiles antimissiles, lasers et (dans le cas des flottes techniquement moins avancées) autocanons. Les antimissiles ressemblent à de petits projectiles anti-vaisseaux, à l'endurance plus limitée, dépourvus de charge mais capables d'accélérations encore plus fortes. Leur arme, c'est leurs bandes gravifiques : si elles rencontrent celles d'un missile attaquant, ils se vaporisent tous les deux dans la fusion de leurs bandes; si l'assaillant est déjà balistique, l'effet de cisaille gravifique des bandes de l'antimissile suffit largement à le détruire. Du fait de leur forte capacité d'accélération, toutefois, la portée efficace des antimissiles dépasse rarement le million de kilomètres.
Si les antimissiles manquent leur proie, les lasers commandés par ordinateur héritent de leur mission. Contrairement aux missiles, les rayons X exigent des frappes directes mais, le temps qu'ils entrent en action, leur cible stabilise théoriquement son vecteur pour l'approche finale, ce qui leur fournit des solutions de tir grandement simplifiées.
Dans certaines flottes, les lasers sont soutenus par des autocanons — la ligne de défense de la dernière chance. Le raisonnement est simple : il faut envoyer tellement de projectiles qu'ils formeront un mur de métal sur le chemin des missiles. En effet, vu leur vitesse d'approche, il suffit que ceux-ci touchent un obstacle pour exploser, mais le développement des têtes laser a rendu les autocanons inutiles. Lorsqu'un missile peut attaquer depuis une distance de vingt ou trente mille kilomètres, aucun projectile balistique lancé au dernier moment ne peut l'atteindre à temps.
Gardez à l'esprit que tout cela ne vaut que lors des engagements où les navires se propulsent par impulsion. Tous les combats en espace normal, évidemment, en font partie, tout comme ceux qui se déroulent en hyperespace mais hors des limites d'une onde gravitationnelle. À l'intérieur d'une vague, cependant, le mouvement ne naît que des voiles Warshawski et les missiles sont donc inutilisables. Seules les armes à énergie s'y révèlent efficaces et, dans ces conditions, on obtient en général des combats rapprochés et très brutaux.
Le laser et le graser sont les armes à énergie par excellence. Les grasers offrent une portée plus grande et causent plus de dégâts, mais ils occupent un volume beaucoup plus important que les lasers. La plupart des navires disposent donc de batteries mixtes et composent avec l'efficacité moindre du laser afin de pouvoir installer un plus grand nombre d'armes (ce qui leur permet de tirer sur un nombre plus élevé de cibles) tout en conservant les capacités de destruction du graser. Jusqu'au croiseur léger, les bâtiments manquent en général tellement de place pour installer leurs armes qu'ils se contentent d'un armement à énergie composé uniquement de lasers.
Bien qu'on l'utilise rarement à l'époque, on connaît déjà la torpille à énergie, qui n'est en fait qu'une poche de plasma confinée dans un vase électromagnétique. Les torpilles à énergie se déplacent à une vitesse proche de celle de la lumière, ce qui les rend très difficiles à contrer pour une défense active, mais elles n'ont pas de tête chercheuse. Il s'agit donc d'armes purement balistiques; dès lors, le choix initial du contrôle de tir est crucial, beaucoup plus que dans le cas des missiles. De plus, l'endurance du vase dépasse à peine une seconde, limitant la portée absolue des torpilles à environ trois cent mille kilomètres. Leur usage est encore limité par leur inefficacité absolue contre une barrière latérale intacte, leur imposant de pénétrer par l'avant ou l'arrière des bandes gravifiques. Malgré cela, les bâtiments de ligne de certaines flottes (dont la FRM) emmènent des batteries de torpilles au cas où l'ennemi les laisserait croiser son T ou dans l'éventualité d'une défaillance de ses barrières latérales suite à des avaries au combat.
La lance gravifique, une invention récente à l'époque, offre la possibilité de détruire une barrière latérale en la frappant d'un rayon disruptif composé d'énergie gravitique concentrée. Malheureusement, cette arme dispose d'une portée maximale efficace à peine supérieure à cent mille kilomètres, elle est très lente, volumineuse et capricieuse, de sorte que bien peu de commandants se montrent prêts à sacrifier l'espace qu'ils peuvent consacrer à des armes ayant fait leurs preuves pour installer un équipement qui marchera peut-être... s'ils survivent assez longtemps pour parvenir à portée de l'ennemi.