CHAPITRE QUINZE
Honor eut un petit sourire embrumé dans le noir en écoutant la respiration lente et régulière dans son dos. Elle caressa d'une main le poignet et l'avant-bras passés autour de son torse. Ce fut une caresse timide, presque incrédule, et son propre étonnement l'amusa, élargissant son sourire.
Un bruit discret lui parvint dans l'obscurité et elle tourna les yeux vers sa source. Le sas de la chambre, fermé lorsqu'elle s'était endormie, était maintenant entrouvert et laissait passer un mince rayon de lumière. Pas grand-chose : il éclairait à peine ; mais cela lui suffisait. Deux yeux verts brillaient en la regardant sur la table de chevet, et elle les devina sincèrement approbateurs.
Elle toucha de nouveau le poignet qui pesait sur elle, et son sourire trembla des échos mêlés de sa joie du moment et des chagrins passés, tandis que de vieux souvenirs lui revenaient brutalement. Et pour la première fois depuis des années, elle fit volontairement face à tout ce qu'elle avait si longtemps choisi d'oublier.
Avoir pour mère Allison Harrington n'était pas chose facile pour une fille qui se savait laide. Honor aimait sa mère et sa mère l'aimait; malgré une carrière aussi absorbante que celle d'un officier de la Flotte, Allison ne s'était jamais montrée trop occupée » pour accorder à sa fille chaleur, amour et soutien. Mais elle était aussi menue et très belle. Honor savait depuis le début qu'elle n'égalerait jamais sa beauté, qu'elle serait toujours une plante qui a trop poussé, et elle haïssait en secret cette part d'elle-même qui n'arrivait pas à pardonner à sa mère d'amplifier par contraste sa gaucherie et ses traits communs.
Et puis il y avait eu Pavel Young,
Son sourire disparut et elle découvrit les dents par réflexe. Pavel Young, qui avait fait de son mieux pour détruire la faible illusion de séduction qu'elle avait nourrie et avait transformé ses rêves d'amour en un horrible cauchemar. Mais, au moins, elle savait qu'il était son ennemi, qu'il l'attaquait parce qu'il la détestait, elle qui avait froissé son ego, et non parce qu'elle l'avait mérité. Elle s'était sentie salie, souillée, mais il ne l'avait pas complètement abattue. Non, une ami » s'en était chargé.
Le chagrin et l'immense honte qu'elle avait ressentis un après-midi, longtemps auparavant, lui revinrent. C'était une scène humiliante, le secret le mieux caché d'une adolescence souvent malheureuse à l'extrême, car elle n'avait compris que trop tard pourquoi Nimitz détestait tant Cal Panokulous. Pas avant d'entrer dans sa chambre sans frapper, tout sourire, lui qu'elle pensait amoureux... et d'entendre celui qui avait effacé la trace odieuse de Young rire de sa maladresse avec un camarade de classe qui les connaissait tous les deux.
Elle ferma les yeux pour repousser le flot de détresse si longtemps enfoui. Même après toutes ces années, elle n'avait jamais voulu reconnaître la profondeur de sa blessure. Ce n'était pas une simple trahison mais un coup terrible porté à une adolescente déjà humiliée par un violeur en puissance. Soc jeune fille dont la mère était belle et qui se savait laide. Qui attendait si désespérément qu'on lui prouve le contraire qu'elle avait ignoré les avertissements de Nimitz, pour découvrir tout le mal qu'un être humain pouvait infliger à un autre.
Plus jamais. Elle s'était juré que cela n'arriverait plus jamais, le la même façon qu'elle ne lui dirait jamais qu'elle l'avait entendu. Elle avait seulement fui car, si elle l'avait affronté, il aurait menti et nié, ou ri et admis ses propos. Et dans les deux cas elle l'aurait tué de ses mains. Pourtant elle lui avait presque été reconnaissante. Il lui avait montré ce qui pouvait se produire, montré qu'aucun homme ne ressentirait jamais plus qu'un intérêt vulgaire et passager pour elle, si laide et maladroite, et elle avait donc oblitéré toute idée de relation amoureuse.
Elle toucha de nouveau cette main chaude et douce, la serrant contre ses côtes, absorbant sa chaleur comme en un geste païen pour se protéger du démon, et elle ferma les yeux avec une conviction renouvelée. Elle savait bien que la plupart des hommes étaient corrects. On ne pouvait être adopté par un chat sylvestre et l'ignorer, mais elle avait quand même bâti ses remparts. Elle leur avait caché une part d'elle-même, mais aussi la raison de son attitude, même aux meilleurs d'entre eux. Il le fallait. Les amis, oui. Elle mourrait pour ses amis ou avec eux. Mais un amant, jamais. Jamais. Elle s'était prémunie contre ce risque, si complètement qu'elle en était heureuse et n'avait jamais pris conscience de ce qu'elle avait fait. Tout cela parce qu'elle ne pouvait laisser personne — et surtout pas elle-même — deviner à quel point la gamine honteuse qui se cachait toujours derrière l'officier de marine déterminé avait été blessée. Deviner qu'au moins une chose dans l'univers lui faisait si mal et si peur qu'elle n'osait pas l'affronter.
Elle avait donc suivi sa voie, calme et dégagée, vaguement amusée par les romances compliquées qui naissaient autour d'elle, mais totalement indifférente. Sa mère s'en inquiétait, elle le savait, mais c'était la dernière personne avec qui elle souhaitait en parler. De plus, Allison Harrington ignorait ce qui était arrivé à sa fille sur l'île de Saganami. Privée de cet élément et dotée d'un bagage culturel très différent de celui des Sphinxiens, elle ne pouvait deviner ce qu'Honor refusait de s'avouer, et cette situation arrangeait bien l'officier. Elle en était satisfaite, bizarrement, car elle avait Nimitz et s'était résignée : elle n'aurait jamais besoin ni envie de personne d'autre.
Jusqu'à ce jour.
La lente respiration de Paul Tankersley ne changea pas, mais sa main réagit dans son sommeil. Elle glissa sur les côtes d'Honor et se creusa sur sa poitrine comme un gentil petit animal chaleureux. Sans passion, mais avec tendresse. Elle sentait la chaleur de son corps contre son dos, son souffle régulier sur sa nuque, et elle referma les doigts sur sa main tandis que ses sens lui rappelaient la chaleur et la douceur incroyables de sa peau, la finesse soyeuse de ses cheveux.
Elle voulait venir, ce soir, pourtant elle était aussi terrifiée. Cela semblait idiot maintenant, mais le héros de guerre décoré, le capitaine bardé de médailles attestant de son courage avait eu peur et s'était torturée pour savoir si elle devait amener Nimitz. Sa présence lui était nécessaire. Elle faisait certes confiance à Paul, elle le désirait, toutefois elle avait besoin de la capacité du chat sylvestre à la protéger, moins contre Paul que contre sa propre peur d'être encore trahie. Elle avait honte de son manque d'assurance mais ne pouvait pas s'en défaire. Les chats sylvestres se moquent éperdument de la sexualité des humains, mais très peu de gens le comprenaient, elle le savait, et elle craignait que Paul ne le prenne pour un voyeur.
Mais Paul ne s'était pas opposé à la présence de Nimitz, pas plus qu'il n'avait commenté son maquillage, bien que son regard se soit illuminé au vu des efforts de Michelle. Elle avait ressenti ses émotions grâce au chat pendant le repas, et cette fois-ci elle s'y était accrochée plutôt que de refuser le lien empathique. Elle avait goûté la délicieuse intensité du désir de Paul, comme un picotement ou le petit coup de fouet que procure un vieux whisky, mais il y avait tant derrière ce désir. Tant de sentiments dont elle s'était persuadée qu'aucun homme ne pourrait jamais les éprouver pour elle.
Son cœur s'était calmé — ou peut-être s'était-il simplement mis à battre pour une autre raison — et, pour la première fois d'aussi loin qu'elle se souvienne, elle s'était réjouie de laisser quelqu'un d'autre prendre l'initiative. Quelqu'un qui comprenait les mystères qui l'avaient toujours perturbée et effrayée. Et à la fin du repas, elle avait même souri lorsque Paul avait informé le chat que les portes de la chambre étaient censées leur assurer une certaine intimité.
C'est à ce moment-là, se disait-elle dans le confort de l'obscurité, qu'elle avait acquis la certitude, sans doute possible, de ne pas s'être trompée sur le compte de Paul Tankersley, car Nimitz s'était simplement dressé sur ses pattes arrière en remuant la queue pour atteindre le bouton commandant l'ouverture de la porte. L'air insouciant, il avait franchi le sas pour gagner le bureau, la laissant seule avec Paul, preuve la plus claire qu'il lui faisait confiance.
Pourtant elle s'était d'abord montrée raide et tendue. Ses vieux démons, profondément ancrés, la rendaient trop consciente de son ignorance. Elle avait quarante-cinq ans T et ne savait pas comment s'y prendre. Ne savait même pas par quoi commencer ! Il lui avait fallu cent fois plus de courage pour l'avouer à Paul que pour conduire l'Intrépide au cœur des bordées du Saladin à Yeltsin, mais elle savait que si elle ne se lançait pas ce soir, elle ne le ferait jamais.
Même en l'absence de Nimitz, elle avait deviné la surprise de Tankersley à ses gestes inexpérimentés, mais il n'avait pas montré le vain mépris adolescent d'un Cal Panokulous, ni celui d'un Pavel Young ou son désir de punir. Juste de l'étonnement, de la douceur et des éclats de rire, sans hâte, et ensuite...
Elle sourit à nouveau, les yeux brillants de larmes, et souleva sa main dans le noir. Pas très haut, juste assez pour y déposer un léger baiser avant de la reposer sur son sein et de fermer les yeux.
Le carillon aigu déchira le silence et Honor s'efforça de rouler hors du lit en tendant la main vers son terminal de chevet —réflexe naturel de commandant. Mais quelque chose clochait. Elle était emmêlée dans les bras et les jambes de quelqu'un d'autre et elle se débattit un instant avant d'ouvrir brusquement les yeux : son esprit s'éclaircit tout à coup et elle comprit qu'il ne s'agissait pas de son terminal.
Elle cligna des yeux puis se mit à rire doucement. Seigneur ! Imaginez la réaction de celui qui appelait Paul si elle avait répondu... surtout qu'ils s'étaient passés de pyjama cette nuit !
Le carillon retentit à nouveau et Paul marmonna quelques mots irrités dans son sommeil. Il grogna et tenta de se blottir contre le dos d'Honor. Le terminal sonna une troisième fois.
Une chose était sûre, en tout cas, il dormait beaucoup plus profondément qu'elle. C'était sans doute bon à savoir, mais ça ne sortirait pas son vaisseau du bassin de radoub.
Elle le secoua gentiment tandis que le carillon se muait en une sonnerie continue plus aiguë. Il grogna encore, plus fort, puis se redressa soudainement sur un coude.
« Qu'est-ce qui... » commença-t-il, avant de s'interrompre en remarquant la sonnerie. « Oh, bon sang ! grommela-t-il. j'avais bien dit au standard de... »
Il secoua la tête et les pointes de ses longs cheveux balayèrent l'épaule d'Honor comme une chatouille soyeuse, puis il s'ébroua pour se réveiller.
« Désolé. » Il déposa un baiser sur son omoplate et elle eut envie de ronronner comme Nimitz. Puis il s'assit en toute hâte. Ils n'auraient pas transmis cet appel s'ils ne l'avaient pas jugé important. Et ils auraient intérêt à ne pas s'être trompés ! Quand je pense à tout le temps et aux efforts que j'ai consacrés à rendre cette soirée parfaite... »
Sa voix grave mourut sur une note suggestive et Honor sourit.
« Tu ferais bien de répondre avant qu'ils se mettent à découper le sas au laser », fit-elle. Il éclata de rire et tendit la main, acceptant l'appel en mode vocal uniquement, sans enclencher la vidéo.
« Tankersley.
— Capitaine, ici le capitaine de frégate Henke », annonça une douce voix de contralto. Honor se redressa plus vite encore que ne l'avait fait Paul en remarquant le formalisme du ton et des mots de Michelle, et en entendant l'amiral Sarnow donner des ordres secs et brefs à son personnel en fond sonore.
« Oui, capitaine ? » Paul semblait aussi surpris qu'Honor, mais il avait saisi la tonalité formaliste. « Que puis-je pour vous ?
— J'essaye de retrouver le capitaine Harrington, monsieur. Il me semble qu'elle devait dîner avec vous ce soir. Serait-elle par hasard encore là ? » s'enquit Michelle de la même voix professionnelle et impersonnelle – bénie soit-elle !
Honor sortit prestement du lit et se mit à rassembler ses vêtements éparpillés sur la moquette de la cabine. Elle s'empourpra, embarrassée et ravie, lorsque Paul alluma la lumière et la contempla d'un œil flatteur.
« Eh bien, ouï, répondit-il innocemment à sa cousine. En fait, je crois qu'elle s'apprête à partir à l'instant. » Honor, en petite culotte, un pied dans sa jambe de pantalon, s'arrêta pour le gratifier d'un geste grossier. Le visage de Paul se rida de plaisir. « Souhaitez-vous lui parler ?
— Oui, merci.
Incroyable comme Michelle pouvait sembler sévère sans modifier son intonation de façon perceptible, pensa Honor. Elle finit d'enfiler son pantalon et prit place devant le terminal, écartant Paul d'un coup de hanche. Elle ne put retenir un sourire tandis qu'il s'étirait, effrontément et voluptueusement nu, les yeux moqueurs.
« Oui, Michelle ? » Sa voix demeurait rieuse malgré elle, mais elle-retrouva son sérieux en entendant la réponse de son second.
« Commandant, l'amiral Sarnow m'a chargée de vous demander de regagner immédiatement le bord, avec ses compliments.
— Bien sûr. » Les yeux d'Honor s'étrécirent. « Un problème ?
— Nous venons de recevoir un message du vaisseau amiral, madame. Tous les officiers généraux et capitaines de pavillon doivent immédiatement se présenter à bord. »
Quand Honor émergea précipitamment du tube reliant la base au sabord d'entrée du Victoire, Henke l'y attendait. MacGuiness se tenait à ses côtés, une housse sur le bras; le second et lui semblaient préoccupés. Le matelot en faction à l'extrémité du tube allait se mettre au garde-à-vous, mais Honor lui fit signe de rester au repos avant de se diriger à grands pas vers l'ascenseur, ses deux anges gardiens sur les talons.
« L'amiral Sarnow tient sa pinasse prête dans le hangar d'appontement de proue », annonça Henke quand ils entrèrent tous les trois dans l'ascenseur. Les portes se fermèrent et Honor tapa leur destination. Puis elle ouvrit de grands yeux ébahis lorsque son second tendit la main pour bloquer la cabine entre deux ponts.
« Je croyais que l'amiral nous attendait, Michelle !
— Oui, mais avant que tu montes à bord du Gryphon... » Henke plongea la main dans la petite poche accrochée à sa ceinture sous sa veste et en ressortit une lingette. Le visage d'Honor prit une teinte pivoine lorsqu'elle entreprit d'en ôter les vestiges d'ombre à paupières et de rouge à lèvres. Le capitaine de frégate ne se permit pas un sourire mais ses yeux brillaient, et Honor jeta un regard en coin à MacGuiness.
L'intendant restait de marbre. Enfin, pas tout à fait. Il avait l'air d'un homme à la fois terriblement content et inquiet de ce qui pourrait se produire s'il l'admettait. Honor croisa son regard et le soutint pendant quelques furieuses secondes, le temps pour Henke de lui nettoyer le visage; puis il s'éclaircit la gorge et détourna prestement les yeux pour s'occuper de la housse.
Celle-ci s'ouvrit sur le plus bel uniforme de parade d'Honor, qui haussa un sourcil impérieux à cette vue.
Le capitaine Henke pensait que vous pourriez avoir besoin de vous changer, madame. Et, bien sûr, je me doutais (MacGuiness insista un peu trop sur le verbe) que vous voudriez être à votre avantage ce soir.
— Je n'ai pas besoin de deux mères poules ! Et je vous serais reconnaissante de...
— Tiens-toi tranquille ! » Une main lui saisit le menton sans ménagement, poussant sa tête de côté, et la lingette étouffa sa voix en passant une dernière fois sur ses lèvres. Henke pencha la tête pour contempler son travail et prit un air satisfait. Voilà ! Uniforme, Mac ?
— Bien sûr, madame. »
Honor renonça et poussa Nimitz au creux du bras de MacGuiness, puis elle ôta sa tenue de service tout en se débarrassant de ses bottes. Pour la première fois, elle prit conscience de son corps en présence de l'intendant, mais il ne semblait pas concevoir qu'elle puisse ressentir la moindre gêne. Elle sourit intérieurement, ironique : pendant toutes ces années elle avait fréquenté les gymnases et les vestiaires, s'était entraînée avec des hommes, les avait affrontés au combat, et ce soir elle se rendait soudain compte qu'elle n'était pas l'un d'eux !
Elle enleva son pantalon en s'interdisant de tourner le dos à MacGuiness et saisit l'autre, tout propre, dont un galon doré dissimulait les coutures apparentes.
— Oh, merde ! » Henke soupira tandis qu'elle le boutonnait. Tu as du maquillage plein ton col, Honor. Ne bouge plus ! »
Honor s'immobilisa et Henke se mit à triturer activement le col cheminée de son chemisier blanc. « Voilà ! fit à nouveau le second. Tâche de ne pas y toucher pour ne rien déranger.
— Bien, chef », murmura humblement Honor. Henke esquissa un sourire et prit la veste des mains de MacGuiness, puis aida son supérieur à l'enfiler.
— Remets l'ascenseur en marche », poursuivit Honor en mettant ses bottes; et la cabine repartit. Elle accepta un peigne des mains de MacGuiness et le passa sans ménagement dans ses cheveux tout en regardant d'un œil rieur l'intendant fourrer dans la housse les vêtements qu'elle venait de quitter.
Une note discrète annonça leur arrivée imminente et elle plongea le peigne dans sa poche puis tira sur sa veste. Nimitz bondit sur son épaule et lui ronronna dans l'oreille pendant qu'elle ajustait son béret. Il lui resta juste assez de temps pour jeter un rapide coup d'œil approbateur à son reflet sur la paroi polie de la cabine, puis les mots HANGAR D'APPONTEMENT UN clignotèrent sur l'affichage de situation.
Merci à tous les deux », fit Honor du coin de la bouche avant de passer la porte qui s'ouvrait.
Ah ! Vous voici, dame Honor ! » La tension qui assombrissait le visage hâlé de Sarnow trahissait sa surprise il ne s'attendait pas à cette soudaine convocation sur le vaisseau amiral. Honor se demanda un instant si son accueil n'était pas sarcastique, mais il sourit et sa phrase suivante élimina cette hypothèse. « Je suis étonné que vous ayez réussi à revenir à bord si vite en étant prévenue si tard. »
Il désigna de la tête le sas béant de sa pinasse et le capitaine Çorell s'y engagea. Honor suivit le chef d'état-major et Sarnow en fit autant. Ils s'installèrent pendant que l'ingénieur de vol fermait le sas et effectuait une inspection visuelle rapide mais complète de l'étanchéité, avant de parler dans le micro intégré à son casque de com.
« Sas étanche », signala-t-elle au pont de commandement. Honor installa Nimitz sur ses genoux lorsque le témoin annonçant le départ s'illumina sur la cloison avant de la cabine. Les verrous mécaniques se rétractèrent, une poussée des réacteurs les éleva au-dessus du butoir d'arrimage, puis une poussée plus puissante – imperceptible à bord de la pinasse grâce au générateur de gravité – les éjecta hors du hangar à toute vitesse.
Les réacteurs auxiliaires emmenèrent la pinasse hors du périmètre d'impulsion du vaisseau, le pilote alluma sa propulsion principale, et Sarnow poussa un léger soupir de soulagement tandis que le petit bâtiment passait instantanément à une accélération supérieure à deux cents gravités.
Honor lui jeta un regard et il lui sourit en tapotant son chrono. « Je déteste arriver le dernier à une réunion, dit-il, mais, à moins que le pilote de l'amiral Konstanzakis n'ait trouvé le moyen de faire passer sa pinasse dans l'hyperespace, nous devrions être à bord au moins cinq minutes avant elle. Bon travail, capitaine. Je n'aurais jamais cru que vous rentreriez à temps.
— J'ai essayé de ne pas traîner en route, monsieur », répondit-elle avec un petit sourire. Il se mit à rire doucement.
« J'avais remarqué. » Il lança un regard à son chef d'état-major mais le capitaine Corell consultait activement le bloc mémo posé sur ses genoux, alors il se pencha vers son capitaine de pavillon et baissa la voix.
« Et, si je puis me permettre, lady Harrington, poursuivit-il d'une voix magnifiquement grave, je ne vous ai jamais vue si resplendissante. »
Honor haussa les sourcils à ce compliment parfaitement inattendu – et sans précédent – et Sarnow sourit à en faire trembler sa moustache.
« Je constate que le dîner vous a plu », fit-il encore plus bas... en clignant de l’œil.