CHAPITRE VINGT-DEUX
Honor était allongée sur le ventre et soupirait dans son oreiller tandis que des doigts agiles et puissants lui massaient les épaules et le creux du dos. Elle avait eu droit à son lot de massages et de frictions au fil des années, mais Paul était l'un des masseurs les plus doués qu'elle ait rencontrés... même si son contact n'était pas tout à fait professionnel.
Cette idée la fit glousser, puis elle se cambra dans un soupir alors que ces doigts de fée passaient sous son corps et lui caressaient les seins. Pas professionnel du tout, se dit-elle béatement, se livrant avec délices aux attouchements; elle sentit son souffle dans son cou juste avant que ses lèvres ne la frôlent.
« Tu te sens mieux ? » murmura-t-il en lui enfonçant doucement les pouces dans les reins tandis que ses doigts s'écartaient pour lui masser la taille.
« Hmmm, beaucoup mieux, souffla-t-elle avant de s'étrangler de rire. Paul Tankersley, tu es vraiment un personnage détestable.
— Détestable ? » répéta-t-il sur un ton blessé. Elle hocha la tête.
« Détestable. Regarde comme tu me détournes de mon devoir.
— Ah, oui, murmura-t-il en laissant ses mains glisser vers ses hanches, se penchant pour lui embrasser le dos. Douce distraction, qui renoue l'écheveau effiloché de l'affection.
— Je ne crois pas que ta citation soit exacte, dit-elle en se retournant et en tendant les bras vers lui. Mais, d'un autre côté, on s'en fiche, hein ? »
« Eh bien. » Paul versa le vin et tendit un verre à Honor puis reprit place à ses côtés. Elle pencha le buste pour lui permettre de glisser son bras autour d'elle puis se radossa. Il était peut-être plus petit, mais Honor devait surtout ses centimètres supplémentaires à ses jambes, et dans un pareil moment il faisait exactement la bonne taille.
« Eh bien quoi ? demanda-t-elle.
— Tu veux qu'on parle d'un certain capitaine qui te pose problème ? »
Elle tourna la tête et ses yeux s'assombrirent, mais le sourire compréhensif de Paul adoucit le retour soudain de son angoisse. Elle allait ouvrir la bouche mais s'arrêta tandis que Nimitz sautait sur le lit.
« J'ai l'impression que quelqu'un d'autre veut y mettre son grain de sel », fit simplement Paul. II n'avait pas fait sortir Nimitz de sa chambre à coucher depuis la première nuit, et Honor se demandait souvent s'il l'avait fait pour lui-même ou pour elle cette fois-là. Enfin, quelles qu'aient été ses raisons, il avait mieux accepté le chat sylvestre en tant que personne que la plupart des gens n'y parvenaient jamais. Et il avait fait vite. Il hocha simplement la tête à l'adresse du nouveau venu, puis sourit tandis que Nimitz avançait délicatement sur le drap qui couvrait le corps d'Honor, pour enfin s'étaler sur leurs genoux à tous les deux.
« Hédoniste ! » lança Paul en riant; le chat émit un blic approbateur et ravi. Puis son sourire s'effaça et il se tourna vers Honor. « Comme je disais avant qu'un troisième larron n'intervienne, tu es prête à en parler ?
— Il n'y a rien à dire. » Honor se mit à regarder ses doigts et à triturer l'extrémité du drap. « Il est là. Je suis là. Il faudra bien que je le supporte. » Elle haussa les épaules. « S'il le faut, j'y arriverai.
— Tout simplement !
Elle le regarda avec un pâle sourire.
« Peut-être pas, mais... » Elle haussa de nouveau les épaules et il fronça les sourcils.
— Honor, il te fait encore peur ? » demanda-t-il très doucement.
Elle rougit mais ne détourna pas le regard, et le ronronnement réconfortant de Nimitz fit vibrer ses genoux.
« Je commença-t-elle, puis elle soupira. « Oui, j'imagine qu'il m'effraie encore, admit-elle en continuant de tordre le drap. Pas à cause de ce qu'il pourrait essayer de faire cette fois-ci, plutôt à cause des souvenirs qu'il réveille, je crois. Il m'a donné des cauchemars pendant des années, et chaque fois que je pense à lui ils reviennent. Et puis (elle baissa enfin les yeux) ça me fait peur de savoir que je suis capable de haïr à ce point.
— C'est bien ce que je pensais. » L'étreinte de Paul se resserra, poussant la tête d'Honor sur son épaule, et sa voix résonna dans l'oreille de sa compagne. « D'un autre côté, tu devrais peut-être te demander comment lui se sent en ce moment.
— Mais je m'en fiche ! » répondit-elle sur un ton amer. Il éclata de rire.
« Et pourtant tu ne devrais pas ! Honor, Pavel Young est sans doute l'officier le plus malheureux de toute la Flotte en ce moment – à cause de toi. »
Elle se redressa, laissant le drap glisser sur Nimitz, puis se tourna vers lui, l'air ahuri.
« Crois-moi, Honor. Imagine. Sa carrière est gelée depuis Basilic alors que la tienne a décollé comme une fusée. Pendant que tu étais au cœur de l'action, il escortait des transporteurs vers des trous paumés ou mettait à jour des cartes stellaires.
« Pire, tous les officiers de la Flotte savent ce qu'il a essayé de te faire et comment tu as retourné la situation. Et maintenant où se retrouve-t-il ? Attaché à un groupe d'intervention dont tu es capitaine de pavillon ! » Il secoua la tête d'un air sarcastique. « Je ne vois pas ce qu'il pourrait trouver plus humiliant.
— Oui, mais...
— Il n'y a pas de mais. » Il posa ses doigts sur la bouche d'Honor. « Et puis ce n'est pas tout. Tu ne vois pas que c'est un lâche ?
— Un lâche ?
— Oui. Honor, j'ai été son second pendant près de deux années T On finit par se connaître après tout ce temps, et Pavel Young est un minable. Il profite de tous les avantages de son grade mais il n'aurait jamais risqué sa carrière comme tu l'as fait à Basilic. Et s'il s'était trouvé à Yeltsin, il aurait établi un nouveau record d'hypervitesse pour se tirer. Bref, ma douce, il a le courage intellectuel et physique d'une mouche, et tu lui as flanqué une raclée mémorable à seulement dix-neuf ans T. Crois-moi, son pire cauchemar c'est de se retrouver face à toi pour une réédition !
Honor se rendit compte qu'elle avait la bouche grande ouverte et la ferma brusquement; Paul se remit à rire en voyant sa tête. Elle le regarda dans les yeux pour essayer de deviner quelle part de ses propos était sincère et quelle autre destinée uniquement à la réconforter. Elle se détendit lentement en comprenant que tout était vrai. Paul avait peut-être tort, mais il ne disait pas cela juste pour lui faire plaisir.
Elle se lova de nouveau contre lui, tout en imaginant Pavel Young sous un angle qu'elle n'avait jamais envisagé; Paul la laissa réfléchir. Elle étudia le souvenir horrible de cette nuit-là, sous la douche, depuis une perspective différente, et cette fois elle reconnut la peur, la terreur même, derrière la haine de Young pendant qu'elle le mettait à terre. Et elle se rappela d'autres détails également. Pavel Young évitant les sports de contact, reculant aux rares occasions où l'un de ses égaux relevait ses mesquineries...
Elle n'avait jamais imaginé que Pavel Young pût avoir peur d'elle. Pour sa part, elle ne l'avait plus craint après cette fameuse nuit. Pas sur le plan physique, en tout cas. Mais s'il était...
« Tu as peut-être raison, fit-elle sur un ton hésitant.
— Évidemment. J'al toujours raison ! » dit-il avec une suffisance calculée avant qu'Honor ne lui coupe le souffle en lui plantant un doigt dans les côtes. « Je devrais peut-être avoir peur de toi, tu es une violente ! » souffla-t-il en se frottant le flanc. Il sourit alors qu'elle éclatait de rire. « Voilà qui est mieux. Dis-toi simplement qu'à chaque fois qu'il devra te regarder ou prendre ses ordres du vaisseau amiral il se souviendra de ce que tu lui as fait – et de ce qui s'est passé quand il a essayé de te poignarder dans le dos. On dit que la meilleure vengeance c'est la réussite, alors profite.
— J'essayerai », répondit-elle sérieusement; puis elle soupira. « Mais le savoir malheureux ne me rend pas sa présence plus supportable.
— L'inverse ne serait pas très sain », fit-il, tout aussi sérieux. Puis il envoya Nimitz rouler au bas du lit d'un mouvement de hanches. Le chat sylvestre se tortilla agilement dans les airs pour retomber sur ses six pattes dans un bruit sourd. Paul regarda Honor, l'œil rieur. « Entre-temps, si tu cherches une activité susceptible de te réconforter, je suis ton homme », ronronna-t-il.
« Je crois que nous sommes tous là; nous pouvons commencer. » Sur l'écran, Mark Sarnow fit un signe de tête à ses capitaines et officiers généraux assemblés. Le terminal situé dans les quartiers de Paul était trop petit pour consacrer à tous les visages une image normale mais assez grand pour permettre à Honor de reconnaître tout le monde. L'écran de l'amiral, bien sûr, était assez large pour lui montrer tous les détails, et elle se félicitait de ne pas avoir froissé son uniforme cette nuit.
« Premier élément à l'ordre du jour, évidemment, la critique de l'exercice d'hier, continua Sarnow. Un exercice qui, si je puis me permettre, a l'air de s'être mieux déroulé pour certains que pour d'autres. » Son ton chaleureux empêchait toute interprétation blessante, et le commodore Banton eut un sourire ironique.
« Vous voulez dire, monsieur, que certains se sont fait battre à plate couture », répondit-elle. Son regard se porta sur le médaillon où figurait Honor et elle secoua la tête. « C'était une ruse de première classe, dame Honor. Vous m'avez bien eue.
— J'ai eu de la chance, madame.
— De la chance ? » Banton grommela puis haussa les épaules. « Oui, un peu, j'imagine, mais certains semblent aider la chance. En tout cas, j'entends bien vous donner une leçon la prochaine fois, mais ne vous sous-estimez pas. »
Deux ou trois murmures d'approbation se firent entendre et Honor s'empourpra.
« Je partage l'analyse du commodore Banton, intervint fermement Sarnow, ce qui m'amène au point suivant. Nous comptons déjà utiliser les capsules parasites afin d'étoffer nos salves de missiles. Et si nous nous servions aussi des drones GE comme l'a fait dame Honor ?
— Vous voulez arriver à portée de missile sur une trajectoire d'interception balistique pendant qu'ils regardent de l'autre côté ? fit le commodore Prentis en plissant le front, pensif. Ça serait plutôt risqué contre un mur de bataille, vous ne croyez pas ? S'ils détectaient notre contrôle de tir avant que nous ne fassions feu...
— Une seconde, Jack, intervint Banton. L'amiral a peut-être une idée. Même s'ils nous détectent, à portée optimale nous disposerions de deux ou trois minutes pour remettre nos impulseurs en marche. Si nous les tenons prêts, il leur faut quatre-vingt-dix secondes pour atteindre la puissance maximale. Même chose pour les barrières latérales. Et nous pourrions toujours lancer notre bordée.
— C'est vrai, fit le capitaine Rubenstein, mais... »
Le débat était lancé et Honor s'adossa, se contentant d'écouter les autres. Pour sa part, l'idée lui plaisait, au moins en tant qu'option envisageable. Trop de choses dépendaient de la situation tactique réelle pour établir à l'avance des plans détaillés, mais elle approuvait la façon dont Sarnow impliquait ses officiers dans ses réflexions stratégiques. Si les commandants sous ses ordres savaient qu'il réfléchissait â l'avance, ils étaient plus susceptibles de réagir rapidement que d'attendre des ordres précis.
La discussion se poursuivit sur des détails des manœuvres, puis Ernestine Corell et le capitaine Turner conclurent en présentant les modifications du contrôle de tir réalisées pour les capsules parasites. Tout semblait aller pour le mieux, décida Honor. Il régnait encore une certaine nervosité car le groupe d'intervention demeurait extrêmement conscient de sa vulnérabilité et de son isolement, mais tout le monde prenait exemple sur les commandants des croiseurs de combat et s'efforçait d'améliorer la situation.
« ... Tout est donc réglé, déclara le contre-amiral. Le capitaine Corell vous fera parvenir les nouvelles formations de visée d'ici le déjeuner. Isabella, j'aimerais revoir la dernière version des codes de tir des capsules avec vous et le capitaine Turner. Vous pouvez m'appeler à, disons, treize zéro zéro ?
— Bien sûr, monsieur.
— Dans ce cas, messieurs dames, je vous souhaite une bonne matinée. Allez prendre votre petit-déjeuner. » Des sourires lui répondirent alors que tous s'apprêtaient à éteindre leur terminal, mais Honor s'arrêta, le doigt sur le bouton, car Sarnow la regardait.
« Attendez juste un instant, dame Honor demanda-t-il.
Elle s'adossa, l'œil curieux, pendant que les autres visages disparaissaient. Lorsqu'ils furent seuls, elle haussa un sourcil.
« Vous vouliez me dire quelque chose, monsieur ?
— Oui, Honor. » Il se cala dans son fauteuil, passa un doigt sur sa moustache et soupira. « Il y a eu un changement dans la chaîne de commandement du commodore Van Slyke, je me suis dit que vous aviez le droit de le savoir.
— Un changement, monsieur ? » Elle parvint à garder une intonation naturelle.
« Oui. Le capitaine Young a plus d'ancienneté que tous ses autres commandants, ce qui fait de lui le second de Van Slyke. — Je comprends, fit calmement Honor.
— Je m'en doutais. » Sarnow plissa un instant le front puis haussa les épaules. « Je n'en suis pas ravi, mais il n'y a aucun moyen de l'éviter. Je crains cependant que nous ne devions aider Van Slyke à le mettre au parfum, et je voulais que vous l'appreniez par ma bouche.
— Merci, monsieur. J'apprécie.
— Bah. » Sarnow haussa de nouveau les épaules, puis il se redressa. « Bon, voilà pour les mauvaises nouvelles. Voulez-vous vous joindre à moi pour le déjeuner ? Amenez le capitaine Henke, ce sera un repas de travail.
— Bien sûr, monsieur. Nous y serons.
— Parfait. » Sarnow la salua d'un signe de tête et coupa la communication. Elle se laissa aller contre le dossier de son siège et prit Nimitz dans ses bras.
« Tu as le temps de petit-déjeuner avant de partir ? » s'enquit Paul depuis la minuscule salle à manger, et elle se secoua.
« Toujours, répondit-elle, et j'espère que tu as du céleri pour un certain bandit poilu. »
Pavel Young traversa le boyau qui reliait son cotre au hangar d'appontement du HMS Croisé. Le Croisé était plus vieux et plus petit que le Sorcier, mais même Young ne trouva rien à redire à la haie d'honneur impeccable ni à la galerie étincelante. Il eut un hochement de tête approbateur : un vaisseau propre est un vaisseau efficace.
« Bienvenue à bord, Lord Young. Capitaine de frégate Lovat, commandant en second. Le commodore m'a demandé de vous escorter jusqu'à sa salle de briefing.
— Après vous, capitaine. » Young remarqua la chevelure noisette finement tressée du capitaine, une femme élancée aux formes séduisantes, et il la gratifia d'un sourire affable. L'avoir pour second ne lui aurait pas déplu, et il laissa son regard traîner discrètement sur ses hanches et son pantalon bien rempli en la suivant jusqu'à l'ascenseur.
Lovat le mena sans un mot jusqu'à la salle de briefing d'état-major et appuya sur le bouton d'admission à sa place.
« Nous sommes là, monsieur. » Sa voix était agréable mais froide, et Young lui décocha un sourire plus affable encore lorsque le sas s'ouvrit.
« Merci, capitaine. J'espère que nous nous reverrons. » Il l'effleura en entrant dans la salle de briefing, puis s'arrêta en apercevant au lieu du commodore un autre capitaine de frégate, portant l'aiguillette d'officier d'état-major.
« Bonjour, Lord Young, fit celui-ci. Arthur Houseman, chef d'état-major du commodore Van Slyke. Je crains que le commodore n'ait été retardé à la dernière minute alors que vous étiez déjà en transit. Il m'a demandé de vous assurer qu'il serait là dès que possible; je vous tiendrai compagnie jusqu'à son arrivée.
— Je vois. » Young traversa le compartiment et prit place sur un des sièges en réprimant une moue irritée. Il détestait qu'on lui colle un subalterne dans les pattes, mais ce n'était sans doute pas la faute de Houseman, se disait-il. « Asseyez-vous, capitaine, je vous en prie », fit-il en désignant une autre chaise. L'homme s'exécuta.
Young s'adossa et observa l'officier d'état-major, les paupières mi-closes. Houseman. L'un des Waldheim-Houseman de Nouvelle-Bavière, sans doute – il leur ressemblait. Young eut un sursaut de mépris. Les Houseman étaient connus pour leurs convictions sociales extrêmes : ils geignaient sans cesse sur le sort des « petites gens » et sur la « responsabilité sociale ». Ce qui ne les empêchait pas de profiter de tous les avantages qu'offraient leur naissance noble et leur fortune. Ils en tiraient simplement une confortable suffisance lorsqu'ils toisaient ceux qui agissaient de même sans s'encombrer de pieuses platitudes pour prouver leur valeur morale.
« J'imagine qu'on ne vous a pas beaucoup laissé respirer avant de vous envoyer ici, monsieur, commença poliment Houseman.
— Non, en effet. » Young haussa les épaules. « Mais quand l'Amirauté envoie des ordres prioritaires, on ne se plaint pas. On se contente d'obéir.
— J'ai cru remarquer. Mais au moins votre arrivée tardive vous aura épargné ce que nous autres avons dû subir hier, monsieur.
— Hier ? » Young pencha la tête de côté, et Houseman sourit sans joie.
« Nous faisions partie des éléments de protection du commodore Banton », expliqua-t-il. Young le regardait toujours sans comprendre, et le sourire du capitaine se fit un peu plus amer. « Le Croisé a été détruit ainsi que les croiseurs de combat lorsque notre chère capitaine de pavillon nous a fait sa petite surprise, monsieur. »
Young restait immobile, l'esprit alerté par le ton acide de Houseman. Le capitaine de frégate se rendait-il compte de tout ce qu'il venait de révéler ? Et pourquoi haïssait-il Harrington ?
Et puis tout se mit en place. Houseman!
« Oui. » Il se laissa aller contre son dossier et croisa les jambes. « J'ai raté l'exercice. Évidemment, je connais le capitaine Harrington depuis longtemps. Depuis l'Académie, en fait.
— Ah oui ? » L'absence de surprise dans la voix de Houseman indiquait que ses précédentes révélations étaient intentionnelles. Ses paroles suivantes le confirmèrent. « Je ne la connais moi-même que depuis quelques mois. Évidemment, j'ai entendu parler d'elle. Les gens parlent, vous savez, monsieur.
— Oui, je sais. » Young découvrit les dents en un simili-sourire. « J'ai cru comprendre qu'elle s'était taillé une réputation ces dernières années. » Il haussa les épaules. « Elle a toujours été... déterminée, dirais-je. Pour ma part, je la trouve un peu colérique, mais je suppose que ce n'est pas un inconvénient au combat. Pas tant qu'on garde la tête froide, bien sûr.
— Je vous l'accorde, monsieur. D'un autre côté, je ne suis pas sûr que "colérique" corresponde tout à fait à ma définition du capitaine de pavillon. C'est un peu trop... trop aimable, si vous voyez ce que je veux dire.
— Peut-être, en effet. » Young découvrit de nouveau les dents. Il n'était pas censé encourager un officier à critiquer l'un de ses supérieurs, mais Houseman n'était pas n'importe quel officier. C'était le chef d'état-major d'un commodore avec lequel Harrington aurait des relations régulières, et il faudrait un Van Slyke surhumain pour ne pas être influencé par l'opinion que son chef d'état-major avait d'elle.
« En fait, vous avez raison, capitaine, dit-il„ s'engageant dans une conversation longue et fructueuse. Je me souviens qu'à Saganami elle avait tendance à rudoyer les autres. En restant toujours dans les limites du règlement, bien sûr, mais je me disais... »