CHAPITRE QUATRE
« Bien, timonerie, poussez la puissance à quatre-vingts pour cent, fit calmement Honor.
— À vos ordres, commandant. Puissance poussée à quatre-vingts pour cent. » Les mains habiles de Constanza, patron d'embarcation, augmentèrent la puissance des bandes gravifiques du Victoire.
Honor observait les visuels de son fauteuil de commandement tandis que l'accélération de son vaisseau atteignait le maximum autorisé par la Flotte. À impulsion maximale, le Victoire s'éloignait de la famille de planètes et d'astéroïdes entourant Manticore A pour se diriger vers Manticore B, qui brillait droit devant sur les visuels.
Puissance quatre-vingts pour cent, madame, annonça le capitaine de corvette Oselli. Trois virgule neuf mille quatre cent quatorze km/s 2.
— Merci, Charlotte. » Le soprano d'Honor était courtois, sans plus, mais sa satisfaction ne faisait aucun doute. Ce chiffre correspondait pile aux estimations du constructeur. Elle enfonça un bouton sur le bras du fauteuil.
Salle des machines, capitaine Rayiez, répondit aussitôt une voix.
— Capitaine, ici le commandant. Comment ça se passe de votre côté ? »
Ivan Rayiez jeta un coup d'œil à la représentante du constructeur, près de lui, et la femme joignit le pouce et l'index en un antique geste d'approbation. « Ça se présente bien, commandant, fit l'ingénieur. Il y a une minuscule anomalie dans la télémétrie pour fusion trois, mais l'impulsion est en plein dans le vert.
— Quel genre d'anomalie ?
— Rien de grave, madame, juste une petite fluctuation du vase. Elle reste dans les limites tolérées et les systèmes de la salle des machines ne la détectent même pas. C'est pour ça que je la situerais au niveau de la télémétrie, mais je garde un œil là-dessus.
— Parfait, Ivan. Paré pour un essai à puissance maximale ?
— Paré, commandant. »
Honor coupa la communication et se tourna de nouveau vers Constanza.
— Timonerie, poussez la puissance au maximum militaire.
— À vos ordres, madame. Puissance au maximum militaire. »
On devinait un enthousiasme contenu dans la voix de Constanza et Honor dissimula un sourire. Les patrons d'embarcation n'avaient pas souvent l'occasion d'exploiter à plein le potentiel de leur vaisseau – les commandants non plus, d'ailleurs, car ConstNav pouvait se montrer particulièrement irritable en cas de « sollicitation excessive et inutile des systèmes propulsifs d'un vaisseau de Sa Majesté » – mais elle avait d'autres raisons de s'enthousiasmer aujourd'hui.
Constanza ajusta lentement les paramètres de puissance, les yeux fixés sur sa console, tandis qu'Honor observait ses propres affichages avec la même intensité. Elle finissait toujours par penser au compensateur d'inertie en pareille circonstance : s'il connaissait une défaillance, l'équipage du Victoire se transformerait instantanément en une substance proche de la purée d'anchois; or le navire d'Honor avait été choisi pour tester la dernière génération de compensateurs mis au point par ConstNav. Il s'agissait d'une adaptation des compensateurs de la flotte graysonienne; ce qui n'était pas fait pour inspirer confiance dans la mesure où la technologie de Grayson avait un bon siècle de retard sur celle de Manticore. Mais Honor avait vu le système en action : malgré une réalisation grossière et un fort encombrement, l'appareil se montrait indéniablement efficace. ConstNav prétendait non seulement avoir supprimé tous les bogues possibles mais aussi amélioré ses caractéristiques techniques. De plus, la Flotte n'avait subi aucun accident de compensateur depuis plus de trois siècles T
Du moins, aucun dont on ait eu connaissance. Évidemment, on perdait bien de temps en temps un bâtiment « pour raisons inconnues », et puisqu'une défaillance de compensateur à accélération maximale ne laisserait aucun survivant susceptible de la signaler...
Elle écarta cette idée comme les bandes gravitiques atteignaient leur pleine puissance, et Oselli se fit entendre.
« Puissance militaire maximale, commandant. » L'astrogatrice leva la tête, un large sourire aux lèvres. « Cinq cent quinze virgule cinq gravités, madame !
— Magnifique ! » Cette fois Honor ne put cacher son plaisir car ils avaient fait deux et demi pour cent mieux que les estimations du constructeur et de ConstNav. Certes, cela représentait toujours trois pour cent de moins que ce dont son vaisseau précédent était capable, mais le HMS Intrépide ne jaugeait que trois cent mille tonnes.
Elle appuya de nouveau sur un bouton.
— Salle des machines, capitaine Rayiez.
— Ivan, c'est encore le commandant. Tout reste au vert chez vous ?
— Oui, madame. Je ne voudrais pas maintenir cette puissance trop longtemps (la satisfaction de l'ingénieur le disputait à sa prudence professionnelle), mais ce vaisseau est vraiment bien conçu. » La représentante du constructeur sourit à ce compliment, et il lui sourit en retour.
« Nous allons bientôt redescendre », promit Honor. Elle s'enfonça dans son fauteuil en relâchant le bouton. « Timonerie, maintenez-nous à puissance maximale encore trente minutes.
— À vos ordres, commandant », répondit vivement Constanza, et Honor ressentit le plaisir de son équipage devant la performance du vaisseau.
Elle le partageait, mais son esprit se concentrait déjà sur la phase suivante. Une fois l'essai à pleine puissance terminé viendrait le moment de tester l'armement du Victoire. C'était l'une des raisons qui avaient poussé au choix de leur trajectoire actuelle, car la ceinture bêta servait traditionnellement de champ de tir à la Flotte. Elle compterait bientôt quelques astéroïdes de moins, pensa-t-elle gaiement en levant la main pour gratter le menton de Nimitz qui ronronnait sur le dossier de son fauteuil.
James MacGuiness versa du cacao dans la tasse d'Honor, qu'elle porta à son nez pour en respirer l'arôme riche. L'intendant la regardait avec une pointe d'inquiétude, mais il en bannit toute trace de son visage lorsqu'elle se redressa.
« Détecterais-je une nouveauté, Mac ?
— Pour tout dire, oui, madame. Goûtez. »
Elle prit une gorgée prudente et haussa les sourcils, surprise. Après une deuxième gorgée, plus longue, elle reposa la tasse avec un soupir.
« C'est délicieux ! Qu'est-ce que vous avez changé ?
— J'ai ajouté de la poudre d'amandes, madame. Le bosco m'a dit que les Gryphoniens en raffolaient.
— Eh bien, je ne vais pas les contredire. Et rappelez-moi d'en parler à papa la prochaine fois que je le verrai, d'accord?
— Bien sûr, madame. » MacGuiness essaya vainement de dissimuler son plaisir devant sa réaction, puis il se raidit lorsque le carillon d'admission retentit. Honor enfonça un bouton. « Oui ?
— Le commandant en second, madame, annonça la sentinelle.
— Merci, caporal. » Honor pressa un autre bouton pour ouvrir le sas que le capitaine Henke franchit.
« Vous avez demandé à me voir, commandant ?
— Oui, Michelle. Assieds-toi. » Henke s'exécuta, mais ses manières d'officier en service s'adoucirent à cet accueil informel. Honor leva les yeux vers MacGuiness. « Notre second compte parmi ces barbares qui boivent du café, Mac. Pourriez-vous lui en servir une tasse ?
— Bien sûr, madame. » MacGuiness disparut et Henke secoua la tête à l'adresse d'Honor.
« Tu continues à engloutir les calories, je vois. Pas étonnant que tu passes autant de temps à faire de l'exercice !
— N'importe quoi, fit Honor, parfaitement à l'aise. Certains d'entre nous ont des métabolismes actifs qui leur permettent de profiter des meilleures choses qu'offre la vie sans en craindre les conséquences.
— Tu parles... » ironisa Henke.
MacGuiness réapparut avec une tasse de café sur une soucoupe au bord doré. Le capitaine de frégate haussa les sourcils. En effet, la tasse portait les armoiries du Victoire (la déesse de la victoire dont la main levée lançait des éclairs), sous lesquelles figurait l'immatriculation CC-zéro-neuf. Ce qui signifiait que cette tasse avait plus de deux siècles manticoriens, soit presque cinq cents années T. Elle faisait partie du service réservé au commandant dans le deuxième vaisseau du nom et, en tant que telle, rie servait que dans les grandes occasions.
« À quoi dois-je cet honneur ? » demanda-t-elle. Honor gloussa, espiègle.
« À deux événements, en fait. D'une part, je me souviens que c'est ton anniversaire. » Henke grimaça et Honor gloussa de nouveau, « Allons, allons. Tu ne vieillis pas, tu te bonifies.
— Peut-être. Mais, telle que je te connais, tu as répandu la nouvelle dans le carré des officiers - probablement par l'intermédiaire de ton fidèle chevalier servant ici présent -, je me trompe ? » fit Henke en désignant MacGuiness. Honor prit un air innocent et son amie grommela. « Je le savais. Et ça veut dire qu'ils s'apprêtent à m'agresser avec cette chanson stupide ! Bon sang, Honor, tu sais bien que j'ai l'oreille musicale ! Tu as déjà entendu Ivan Rayiez essayer de chanter ? » Elle frémit et Honor dissimula un rire sous une toux hâtive.
« Je suis sûre que tu survivras. D'un autre côté, ce n'est pas le seul événement que nous fêtons. Nous avons reçu nos ordres, Michelle.
— Ah? » Henke se redressa dans son fauteuil et posa sa tasse, l'insouciance cédant la place à un intérêt soudain.
« Eh oui. Étant en tous points prêt pour son premier déploiement, le HMS Victoire est affecté à la station de Hancock pour y prendre à son bord le contre-amiral des rouges Mark Sarnow et faire office de vaisseau amiral de l'escadre de croiseurs de combat numéro cinq.
— La station de Hancock en tant que vaisseau amiral d'une escadre ? D'une escadre nouvellement formée, qui plus est ? Bien, bien, bien, murmura Henke, les yeux brillants. Pas mal. Et, d'après ce que j'ai entendu dire, Sarnow devrait mettre de l'animation.
— S'il est fidèle à sa réputation, en effet. je ne l'ai jamais rencontré, mais j'ai entendu des commentaires positifs sur son compte. Et je connais au moins un membre de son équipe.
— Ah bon ? Lequel ?
— Son officier de com était avec moi à Basilic. Le capitaine de corvette Webster.
— Webster, répéta Henke, pensive. Le cousin de Sir James peut-être, ou son petit-neveu ?
— Son neveu. Il est jeune mais il ne doit pas son grade à sa famille. Je pense que tu l'apprécieras.
— S'il fait son travail aussi bien que son oncle, c'est probable », acquiesça Henke. Puis elle sourit : « En parlant de famille, un membre de la mienne se trouve également à Hancock.
— Vraiment ?
— Oui. Mon cousin - un cousin au quatrième degré en fait - est commandant en second de l'arsenal. » Henke pencha un instant la tête, regardant Honor avec un air mystérieux. « D'ailleurs, tu l'as déjà rencontré.
— Ah bon ? » Honor était surprise. Elle avait rencontré plusieurs membres de la famille de Henke - pour la plupart des personnages exaltés qui étaient passés lui rendre visite sur l'île de Saganami - mais elle doutait qu'aucun d'eux serve comme second d'une base orbitale.
« Oui, oui. Tu l'as rencontré à Basilic. Capitaine de vaisseau Paul Tankersley. »
Honor lutta pour ne pas pincer les lèvres de dégoût. Non qu'elle eût quoi que ce soit contre Tankersley lui-même, se dit-elle une fois la surprise passée. Pour être honnête, elle se souvenait à peine de lui. Elle essaya de se rappeler à quoi il ressemblait, mais son front se plissa tant l'image était vague. Il devait être petit, mais carré et robuste. C'était tout ce qui lui revenait - ça, et la gêne évidente qu'il avait ressentie à l'époque.
— Paul m'en a parlé, fit Henke au bout d'un moment, interrompant le cours des pensées d'Honor. Un petit peu, en tout cas. Je crois qu'il en aurait dit plus s'il n'avait pas pensé que cela semblerait déloyal envers son ancien commandant. C'est marrant, il tient à rester loyal, même quand le commandant en question est Pavel Young. »
Cette fois, Honor ne put empêcher son visage de révéler une haine froide, et sa main se serra autour de sa tasse de cacao au souvenir de Young.
« Tu sais, poursuivit Henke sur un ton volontairement anodin, tu ne m'as jamais dit ce qui s'était vraiment passé cette nuit-là.
— Pardon ? » Honor secoua la tête et cligna des yeux. « J'ai dit que tu ne m'avais jamais raconté ce qui s'était vraiment passé cette nuit-là.
— Quelle nuit?
— Oh, ne sois pas bête, Honor ! Tu sais très bien quelle nuit. » Henke soupira comme Honor la regardait, le visage inexpressif. « La nuit où tu as flanqué une mémorable dérouillée à l'aspirant Lord Pavel Young. Tu te souviens bien de cette nuit ?
— Il est tombé dans les escaliers, répondit presque automatiquement Honor, sur quoi Henke émit un grognement sceptique.
— Évidemment. C'est pour ça que je t'ai retrouvée cachée sous tes couvertures et que Nimitz avait l'air prêt à défigurer le premier venu! » Honor grimaça en se rappelant une occasion où c'était précisément ce qu'il avait fait, mais Henke ne sembla rien remarquer. « Écoute, Honor, je connais la version officielle. Je sais également que c'est un tissu de mensonges et, au cas où personne ne te l'aurait jamais dit, des tas de rumeurs circulent à ce propos – surtout depuis Basilic.
— Des rumeurs ? » Honor posa sa tasse et elle ressentit comme une surprise distante en voyant ses doigts trembler. « Quelles rumeurs ? Je n'en ai pas entendu parler !
— Bien sûr que non : qui va en souffler mot si tu es dans les parages ? Mais, vu la façon dont il a essayé de te poignarder dans le dos à Basilic, beaucoup de gens y ajoutent foi. »
Henke se cala dans son fauteuil tandis qu'Honor se tortillait, mal à l'aise, sous le poids de son regard insistant. Elle avait fait de son mieux pour ne jamais révéler ce qui s'était passé en espérant -- de façon plus naïve que réaliste, pensait-elle aujourd'hui – que tout le monde oublierait cette histoire avec le temps.
« Bon, fit Henke après un moment, laisse-moi te dire ce qui est arrivé d'après moi. Je pense que ce salaud a essayé de te violer et que tu lui as donné une bonne correction. J'ai tort ?
— Je... » Honor s'arrêta et prit une gorgée de cacao, puis elle soupira. « Pas vraiment, répondit-elle enfin.
— Mais alors, bon sang, pourquoi ne l'as-tu pas dit à l'époque ? Dieu sait que j'ai essayé de te soutirer la vérité, et le capitaine Harticy aussi !
— Tu as raison. » Honor parlait tout bas, d'une voix inhabituelle, à peine audible, et elle restait les yeux plantés dans sa tasse. « Je ne m'en suis pas rendu compte à l'époque, mais il devait savoir. Ou bien il avait deviné. Mais j'étais... » Elle s'arrêta et prit une profonde inspiration. « Je me sentais si sale, Michelle. Comme s'il m'avait souillée rien qu'en me touchant. j'avais honte. Et puis c'était le fils d'un comte et je n'étais même pas jolie. Qui m'aurait crue ?
— Moi, fit sereinement Henke. Et Hartley. Et tous ceux qui vous connaissaient tous les deux et vos deux versions de l'histoire.
— Ah oui ? » Honor affichait un sourire ironique. « Tu aurais cru que le fils du comte de Nord-Aven avait essayé de violer un grand cheval comme moi, avec ma figure taillée à la hache ?
Henke grimaça intérieurement à l'amertume de son amie, mais elle se retint de répondre trop vite. Très peu de gens savaient combien Honor se trouvait laide à l'Académie. Et, pour tout dire, elle n'était alors pas très jolie, mais ses traits anguleux avaient fini par céder la place à une forme nette de beauté. Elle n'était pas « jolie » et ne le serait jamais, pensa Henke, mais elle n'avait aucune idée de l'envie que suscitaient chez d'autres femmes sa structure osseuse unique et ses yeux exotiques, sombres et bridés. Elle avait un visage vivant, mobile et expressif malgré la légère raideur de sa joue gauche, et elle ne le savait même pas. Pourtant la douleur qu'on lisait dans ses yeux ne provenait pas de sa supposée laideur : elle ne se lamentait pas sur la femme qu'elle était mais sur la jeune fille d'autrefois et la façon dont elle l'avait trahie en refusant qu'on lui rende justice.
« Oui, répondit-elle doucement. Je t'aurais crue. À vrai dire, je me doutais bien de ce qui s'était réellement produit. C'est pour ça que je suis allée voir Hartley.
— Tu es allée voir Hartley ? » Honor ouvrit de grands yeux et Henke haussa les épaules, gênée.
« Je m'inquiétais pour toi et j'étais à peu près sûre que tu n'allais pas révéler la vérité. Alors, oui, je lui ai dit ce que je croyais. »
Honor la regarda fixement en se remémorant la terrible scène qui avait eu lieu dans le bureau du capitaine, la façon dont il l'avait presque suppliée de lui dire ce qui s'était vraiment passé, et elle regretta – une fois de plus – de ne pas l'avoir fait.
« Merci, dit-elle calmement. Tu as raison. J'aurais dû parler. Ils auraient pu le renvoyer si je l'avais dénoncé... mais je n'y ai pas pensé à l'époque, et maintenant c'est trop tard. De toute façon, ajouta-t-elle en redressant les épaules et en prenant une nouvelle inspiration, il a finalement eu ce qu'il méritait.
— Oui et non. Sa réputation est en miettes et il le sait, mais il est toujours dans la Flotte. Et toujours en service actif.
— Famille influente. » Honor eut un léger sourire et Henke hocha la tête.
« Oui. Je suppose que ceux d'entre nous qui en ont une ne peuvent pas vraiment s'empêcher de l'utiliser, bon gré, mal gré. Tu comprends, tout le monde sait qui nous sommes et il y a toujours quelqu'un pour vouloir qu'on lui soit redevable, même si on ne lui a rien demandé. Mais Pavel Young... (Elle secoua la tête d'un air dégoûté.) Les gens comme lui me rendent malade. Même si tu n'étais pas mon amie, j'aurais adoré voir Young se faire virer. Et avec un peu de chance, il aurait même pu écoper d'une peine de prison, mais... (Henke grimaça) je te pardonne. C'est difficile, tu comprends, mais je crois tout simplement que j'ai un grand cœur.
— Merci mille fois », répondit Honor, soulagée que la conversation prenne un tour plus léger. Henke se mit à sourire.
« De rien. Mais il faut que tu le saches, Paul n'a jamais apprécié Young et il l'aime encore moins maintenant. D'après ce que j'ai compris, c'est réciproque : Paul aurait aidé de grosses huiles à saboter le radoub pour que le Sorcier ne revienne pas à temps à Basilic et que tu puisses le révéler comme le stupide ballon de baudruche qu'il est.
— Quoi ? Je n'ai jamais su que cette manœuvre était délibérée!
— Paul n'a jamais dit qu'elle l'était, mais il a fait quelque chose qui a beaucoup plu à l'amiral Warner. Il a été transféré du Sorcier sur Héphaïstos avant même ton retour de Basilic, et depuis il joue les radoubeurs. Il est capitaine de vaisseau maintenant, et d'après papa il va probablement bientôt passer sur la Liste. Mais ne lui dis surtout pas que je t'en ai parlé ! insista Henke, les sourcils soudain froncés, menaçante. Il serait fou de rage s'il croyait que quelqu'un tire les ficelles pour lui.
— C'est le cas ?
— Pas à ma connaissance. Ou, en tout cas, pas plus que pour quiconque leur semble efficace. Alors ne lui en souffle pas un mot.
— Motus et bouche cousue. De toute façon, je ne pense pas avoir beaucoup d'occasions d'échanger des confidences avec lui.
— Non ? » Henke pencha de nouveau la tête avant de sourire. « Bon, rappelle-toi simplement de rester muette si l'occasion se présente, fit-elle. Maintenant, pour revenir à ces ordres... »