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Samedi, 14 heures

Jean Gutineau nous reçut chez lui, dans un appartement du dix-septième, un ancien atelier de couture dont il avait gardé les présentoirs en guise de bibliothèque. Le résumé de la situation ne nous prit que quelques minutes.

– À réception des échantillons de la plante, vous lancez les analyses de l’eau chez les Luzignan. Cumulus et tuyauterie. Vous avez une idée du délai ? demanda le magistrat.

– Si Saléni arrive à joindre le professeur Pétrier aujourd’hui, on peut recevoir la plante dans deux ou trois jours.

– Bien. Je demande au greffier de vous rédiger un supplétif.

– Notre premier suspect habite Londres, rappelai-je.

– Envoyez-moi les éléments, je prépare la commission rogatoire internationale. Soyez prêts à partir. Ne négligez pas la piste des serres. On cherche la Mandrava et le lotus ! insista Gutineau.

– Jane Velin et Marc Honfleur s’en occupent, répondit Berckman. On va fouiller l’ensemble de l’Île-de-France et demander aux Anglais d’en faire autant chez eux.

– Parfait. Revenez de Londres avec un coupable et un quintal de preuves, dit le juge en nous raccompagnant.

– Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Berckman, une fois dehors.

– Avec ce qui nous attend, on prend des forces.

Il éclata de rire :

– Elle est vraiment canon, alors ?

– Ta gueule, Berckman.

– Ah ! Respect. C’est du sérieux.

– Et toi, tu en es où ?

– Elle fait la gueule… On se voit plus.

– Pourquoi ?

– Devine…

– Le jeu ?

– Yes !

– Tu parles comme elle, dis-je.

– Je l’ai dans la peau.

– Apparemment pas assez.

– Une soirée sur trois, il me semble que c’est déjà pas si mal…

– Va la voir. Allez, à lundi ! lançai-je en lui tapant dans le dos.

 

Je rejoignis Alisha à 15 h 00. En sa compagnie, je me sentais vivant, presque amoureux. La présence de son fils ne me gênait pas, au contraire, il me fascinait. J’avais le sentiment de m’observer à la loupe.

– Nathan a invité des copains, me confia Alisha.

– Tu verras, il y a Élodie, elle est belle, il lui manque deux dents, dit Nathan.

– C’est ton amoureuse ? demandai-je.

– Oui, elle est plus grande que moi, mais c’est pas grave. Les copains, ils l’appellent le Géant Vert, mais sa couleur préférée, c’est le bleu.

– Au fait, et tes devoirs ? s’enquit sa mère.

– Rien du tout !

Elle fronça les sourcils. Nathan la regarda très sérieusement et ajouta :

– C’est une expression qui veut dire « que y en a » pas beaucoup. J’ai « juste presque un peu » de lecture et un calcul. Dans ma classe, il y en a que trois qui savent faire les additions sans mettre une barre entre les chiffres. Élodie et moi, parce que je suis à côté d’elle.

– Qui est la troisième ? demanda Alisha.

– La maîtresse. Tu sais Yoann, ce matin, à l’école, c’était super.

– Qu’est-ce que tu as fait ?

– On a trouvé un bourdon mort. On lui a fait un petit lit, avec des feuilles, on l’a enterré et puis on a dit des prières avec Allan et Michaël.

– Quel genre de prière ?

– Je sais plus, mais c’est pas grave.

– Tu aimes beaucoup les animaux, on dirait, dis-je avec envie en songeant à l’enfant que j’avais été.

– Mes préférés, c’est les serpents, mais j’aime aussi les insectes. Viens, je vais te montrer…

Nathan courut vers la salle d’attente du magnétiseur. Dans un angle, à l’extérieur, les piquants d’un buisson d’euphorbe accueillaient une toile de bonne taille en forme d’ouragan lilliputien. Trois pattes noires et deux mandibules dépassaient du gouffre miniature. Des gouttes de rosée prisonnières des fils de soie s’offraient aux rayons de soleil, en minuscules miroirs. Je tressaillis. Une vision très précise du passé me sautait à la gorge. Il y avait trente-deux ans exactement que je n’avais pas vu une araignée d’aussi près. Je me souvins de mon père qui disait que les araignées velues annonçaient les ennuis. Il n’y avait que le soir, lorsqu’on les voyait moins, qu’elles annonçaient l’espoir.

– Tu as vu cette araignée immonde comme elle est belle ! C’est Viviane.

– Tu lui as donné un nom ?

– Ben oui, pour quand je lui parle.

Je me penchai pour mieux l’apercevoir. Une épeire diadème. Ma respiration s’accéléra, j’avais du mal à déglutir. Une infinie tristesse m’envahit. J’avais dix ans, je venais de découvrir le mot de mon père… que par ma faute, je n’avais plus.

– Attention, faut pas qu’elle te voie, sinon elle va rentrer. C’est une arachnide. On dit que c’est un insecte mais en vrai, c’est pas vrai parce qu’elle a huit pattes alors que les insectes, ils n’en ont que six. Je la regarde tout le temps. Des fois, je sais qu’elle a rien eu depuis longtemps, alors j’attrape une mouche et je lui donne.

– Elle la mange ?

– Oui, mais il faut qu’elle soit encore vivante et que je la lance fort dans la toile, sinon elle bouge pas assez et elle croit pas que c’est une proie. Elle pense que c’est une feuille d’arbre ou un truc pas bon à grignoter.

– Elle doit être contente de t’avoir comme copain.

– Tu rigoles ! Elle sait même pas que j’existe. Y a quelqu’un qui l’appelle Viviane, mais elle sait pas qui. C’est pas important pour elle. Je la regarde par en dessous, pour pas lui faire peur. Tu sais une araignée, c’est énormément petit. Si elle me voit tout en entier, elle va penser que je vais la « massacrifier », elle aura super la frousse… Et je la verrai plus, alors…

– Tu sais quel âge elle a ?

– Non. Elle était là avant que je la connaisse, alors on sait pas son âge. C’est comme mon papa. Maman, elle dit qu’il est mort à trente-quatre ans, mais en fait, il est pas vraiment mort. Moi, mon père, il a quarante ans, parce que trente-quatre et six, ça fait quarante. J’ai demandé à Élodie pour le calcul, alors je sais que c’est vrai.

– Et toi, tu penses que ton papa est vivant ? chuchotai-je.

– Mon père, il est pas mort parce que je le sens profond dans mon cœur. Et tu vois, mon père, je l’ai jamais vu et, pourtant, je l’aime plus fort que tout l’univers… Quand je pense à lui, des fois, je pleure, alors je vais à l’arbre, là-bas.

– Pour quoi faire ?

– Mon papi, il m’a expliqué que les hommes, on est les seuls à rien donner à la nature. La gazelle, elle prend l’herbe pour se nourrir, mais elle se donne au lion, des fois. Le lion, il tue des proies, mais comme il a plus faim, il laisse des choses pour les charognards, les vautours, les hyènes et les mouches bleues. Il mange les animaux faibles, comme ça, la maladie, elle attaque moins les vivants. Nous, on donne rien de rien. On prend tout pour être plus forts.

– Vu comme ça, c’est pas terrible d’être un humain.

– Moi, j’y pense tout le temps. J’aurais voulu être un animal. Quand la tristesse elle remplit mon corps, je colle ma tête sur le tronc de l’arbre, comme ça mes larmes, elles glissent sur lui. Je lui donne l’eau de moi et il est content. Et moi, je suis moins lourd, c’est normal. C’est comme pour les Indiens, on échange des trucs de la vie. Pourquoi tu es triste ?

– Je ne suis pas triste, répondis-je sans réfléchir.

– Ben si. Et c’est qui Valentin ?

Sa question me désarçonna, si bien que je restai bouche bée quelques secondes.

– Un ami.

– Il t’a piqué un truc à toi.

– À moi ? Comment tu sais ça ? dis-je, ne sachant lequel de nous deux devenait fou.

– C’est dans ma tête. Y a quelqu’un qui me parle. Mais maman, elle dit qu’y faut tout garder secret.

– Et tu peux m’en dire plus ? me surpris-je à demander au petit garçon.

Il fit non avec la tête. Alisha s’approchait, je changeai de sujet.

– Tes copains, ils aiment bien les araignées ?

– Pas trop. Élodie non plus. Pourtant, c’est un garçon « perdu »…

– Perdu ?

– Un garçon manqué, expliqua Alisha.

La sonnette du portail retentit et deux garçons et une fille sautèrent au cou de Nathan. Ils se précipitèrent vers une cabane de fougères et de cageots empilés. Je les regardai s’amuser en réfléchissant. Se pouvait-il que Valentin Amerti m’ait volé quelque chose ? Je n’avais rien perdu dans cette affaire. Où Nathan allait-il puiser cette information ? Et le prénom de Valentin, d’où l’avait-il sorti ? Je n’avais aucun élément de réponse.

Quelques minutes plus tard, je me trouvais allongé sur le lit d’Alisha. La jeune femme roulait ses pouces sur des points invisibles de mon dos, appuyant sur une douleur, stimulant les énergies et dispersant les mauvaises humeurs au gré de sa respiration. Je sentais mes muscles se dénouer, se relâcher. Elle prit un flacon d’ilang-ilang et répandit le liquide sur mes reins en remontant vers les épaules. Des effluves poivrés imprégnaient chacun de ses mouvements. Les yeux clos, je glissais lentement vers l’inconscience, envahi par les bienfaits d’une sieste sans rêves.

Les vibrations de mon portable interrompirent le charme.

– Ne réponds pas… J’en ai pas fini avec toi, dit Alisha.

– Je ne suis pas de permanence, laisse-moi deux secondes, dis-je d’une voix rauque.

J’agrippai mon téléphone. Numéro masqué. Un gardien de la paix, commissariat du onzième arrondissement, me sollicitait suite à un cambriolage. Ça n’avait pas de sens. Un homme insistait pour qu’on m’avertisse personnellement. Il s’agissait de Lauran Saléni. Le professeur m’expliqua avoir raté son avion et décidé de revenir chez son collègue qui le logeait, en attendant le départ du lendemain. Il avait laissé sa sacoche chez son ami durant le déjeuner, sacoche que l’on avait touchée en son absence. Or il n’y avait personne dans l’appartement. On ne lui avait rien pris, insistait Saléni, seulement manipulé la pochette contenant les éléments sur la Mandrava Rici Natura.

– Je vous rejoins chez votre collègue, attendez-moi là-bas, dis-je au scientifique.

La teneur des documents obligeait à une vérification. Je raccrochai et découvris Alisha, habillée d’un jean et d’un pull blanc, un petit sourire en coin.

– Je suppose que c’est toujours comme ça avec les flics ?

– Non, répondis-je en la prenant dans mes bras. Je suis de permanence une semaine sur trois… Sauf quand un pauvre type me donne un coup de main sur une affaire et qu’il se fait cambrioler.

– Tu dois y aller ?

– Oui, dis-je en regardant ma montre. Je serai de retour à 19 h 00, si tu veux encore de moi.

– Dépêche-toi.

– Ton père sera là ce soir ? tentai-je.

– Ce n’est pas prévu… Tu as envie de le voir ?

J’hésitai à lui répondre. Je souhaitais simplement vérifier sa présence, pas l’inviter.

– OK, je verrai avec lui. Tu es bien le premier…

– Laisse tomber, je disais ça comme ça…

– On invite ta mère aussi, dans ce cas ? ajouta-t-elle, moqueuse.

– Ça va faire officiel, répliquai-je avec le sentiment de m’empêtrer.

– Mais non, je vais faire un repas simple… Je l’appelle, vas-y.

Et merde. Une fois sur la nationale, je téléphonai à Berckman.

– On fait comme tu as dit. Lundi, on colle une filoche sur le dos du magnétiseur.

– Du nouveau ?

– Je ne veux plus m’en mêler. Tu prends des gars sérieux, discrets, sinon, je suis mort. Sylvain, s’il est disponible… Pas des bleus.

– D’ac.

– Je rentre à Paris. Saléni m’a appelé pour un cambriolage. Ça a l’air bizarre, je vais jeter un œil.

– Tiens-moi au courant…

Je me garai rue de La Roquette, près de Bastille. L’hôte et ancien collègue de Lauran Saléni, absent pour la journée, habitait une maison de ville en duplex. Le pharmacognoste arpentait le salon en énonçant son emploi du temps depuis le départ de l’aéroport. Il avait déjeuné à treize heures trente, précises, une habitude prise au CNRS. Auparavant, il avait déposé sa sacoche dans l’appartement. À son retour, la pochette initialement placée sur la table se trouvait en biais sur la chaise. Prête à tomber, précisa-t-il. Le détail avait son importance. Il possédait un coquillage en nacre offert par sa petite-fille qu’il transportait dans sa sacoche et ne s’en séparait jamais. Le porte-bonheur était si fragile et lui si méticuleux, qu’il n’aurait pas pris le risque de le poser, sur une chaise, là où n’importe qui aurait pu s’asseoir.

– Et c’est tout ? Je veux dire, vous n’avez pas d’autre élément que ça ?

– J’ai une excellente mémoire, insista le vieil homme, et je suis sûr de moi.

Il avait pourtant égaré son portable, songeai-je.

– Se pourrait-il qu’une femme de ménage… ?

– Non.

– Avez-vous reçu des invités ?

– Pas le moins du monde.

– Quelqu’un susceptible de s’intéresser à vos recherches actuelles ?

– Je n’en ai parlé à personne. Pas même à ma femme.

– Très honnêtement, Lauran, il ne s’agirait pas de vous, je vous prendrais pour un farfelu…

Je demandai à Saléni de décrire les événements précédant notre rencontre à La Coupole. Il avait acheté des assiettes pour sa femme, rue de Rennes, puis chiné des livres sur les plantes péruviennes dans une librairie du sixième arrondissement. Tout à ses découvertes – un document en espagnol sur les plantes maîtresses écrit par Guillermo Arevalo et sa traduction française –, il avait perdu la notion du temps. À 18 h 00, il avait souhaité m’avertir de son retard, avant de constater la perte de son portable. Il ignorait encore comment l’objet avait pu quitter la poche droite de son manteau. Un homme, présent dans la librairie, l’avait aidé en lui proposant de faire opposition avec son mobile personnel.

– Que vous a-t-il demandé ?

– Mon opérateur, mon nom et numéro. Lorsqu’il les a joints, mon numéro de code pin.

– On n’a pas besoin du code pin pour faire opposition… Vous permettez ? dis-je en prenant mon portable.

Je composai son numéro et lui tendis mon téléphone. Personne n’avait fait opposition.

– Mais alors… ?

– On vous l’a volé pour appeler l’étranger. S’il avait été intéressé par le téléphone lui-même, il ne vous aurait pas demandé le code pin, il aurait juste changé la puce. Décrivez-moi l’homme.

– Il avait un manteau sombre, je ne sais plus.

– Vous aviez conservé des messages ?

– Celui de ma femme me dictant les références des assiettes et celui de mon collègue qui m’indiquait son adresse, le code et l’endroit où il cachait la clef au cas où j’arriverais en son absence. Vous croyez…

– Il n’y a pas de traces d’effraction, assurai-je.

– Peut-il s’agir du meurtrier ?

– Peu probable. Soyez vigilant, avertissez-moi si cela se reproduit et dites à votre ami de changer les serrures et la cachette de la clef.

Une fois dans ma voiture, je résumai les faits à Berckman.

– Tu en penses quoi ? lui demandai-je.

– C’est pas méchant… On va faire une recherche des numéros composés depuis hier et je suis sûr que la facture sera salée.

– Évident ! m’exclamai-je.

 

J’arrivai chez Alisha à vingt heures et saluai son père et ma mère qui discutaient. Ma mère m’ignora. Elle s’acharnait à me faire payer notre discussion. Son attitude me surprenait. J’allais devoir lui parler à nouveau.

– Il existe même des maisons qui tuent, disait Derrone.

Je m’installai dans un fauteuil non loin d’eux et me concentrai sur le magnétiseur. Le vieil homme m’avait dissimulé certains décryptages de la prophétie. Il était absent la veille des nouveaux meurtres. Que cachait-il encore ?

– J’ai connu une famille qui vivait près de Pau, dont le mari et la femme ont fait cinq chutes graves en moins d’un an. Ils ont failli mourir, reprit Derrone. Le moyen de s’en prémunir, ajouta-t-il à l’adresse de Maria, consistait en la purification de l’endroit. Allumer des bougies, de l’encens, mettre des icônes, des représentations d’entités vénérées, des images saintes, la Vierge Marie, Bouddha, en fonction de ses croyances. Quelque chose de discret suffit.

Charabia ? Homme sincère ? Manipulateur ? Je n’arrivais pas à cerner Derrone qui poursuivait :

– On doit se débarrasser des objets porteurs de mauvaises énergies. Les animaux morts, empaillés, les objets cassés, tout ce qui a souffert doit disparaître. Des rituels de prière ou de bénédiction aident à effacer ces cicatrices négatives. Dans les cas extrêmes de mort, il vaut mieux appeler un spécialiste, un médium qualifié dans la purification des maisons.

– Oh, regarde, elle va se « pétaler » !

Je découvris Nathan, penché au-dessus d’un bouquet de fleurs. Le fils d’Alisha s’approcha délicatement du vase.

– J’aimerais tellement voir un microbe en vrai. Tu en as déjà vu un, toi ? La tête surtout, elle doit être bizarre, dit-il.

– Tu as passé un bon après-midi ? lui demandai-je en le rejoignant.

Je m’attachais au gamin plus que je ne l’aurais imaginé.

– Oui. On a fait tellement les fous qu’on était « bouffés » de rire. Maintenant, je me sens tout moelleux.

– Allez, au dodo…, le coupa Alisha.

Le jeune garçon quitta la pièce.

 

Nathan se jeta tête la première sur son oreiller et leva ses pieds vers le plafond.

– Au lit, vite, vite, nous, on n’a pas encore dîné…, lui dit Alisha.

Le petit se glissa sous la couette et fixa le mur, droit devant lui.

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Je peux te faire un bisou, maman ?

– Bien sûr… quelque chose ne va pas ?

– Pourquoi on appelle ça la joue ? dit-il en y déposant un baiser.

– Ça ressemble à une question du soir pour gagner du temps…

– Et ça, pourquoi on l’appelle le menton ?

– Je n’en sais rien.

– Tu sais, maman, c’est dommage que tu n’es pas ma sœur. C’est vrai, tu es tellement jolie que j’aurais pu me marier avec toi…

– On ne se marie pas avec sa sœur.

– Mais si, pas maintenant, quand on est adulte.

– Non, petit chou. Ni maintenant, ni après, ni avec sa sœur, ni avec sa mère.

– Maman. Qui va me protéger si tu pars avec Yoann ?

– Je ne vais pas partir. On reste ensemble quoi qu’il arrive. Allez, tu fermes les yeux et demain matin, tu dors ! C’est dimanche.

– Je déteste quand tu dis ça, papi me dit la même chose : demain matin, tu dors. Moi, c’est pas demain que je suis au lit, c’est maintenant.

Nathan avait sorti sa tirade en croisant les bras. Ses yeux luisaient malgré la pénombre. Assise au bord du lit, Alisha lui caressa les cheveux. Elle remonta la couette sur les épaules de son fils qui se détendit. Son regard s’était perdu. Il fixait un coin du plafond et ne souriait pas. Lui, d’ordinaire si expressif, semblait ne rien ressentir. Elle aurait juré qu’il ne respirait plus, mais elle savait que tout allait bien. C’était juste une attitude bizarre qu’il avait depuis peu en s’endormant.