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Vendredi 17 octobre

« Bonjour, monsieur Lentoine. »

« Bonjour, monsieur Éliaz, comment vous sentez-vous depuis vendredi dernier ? »

« Je suis en pleine crise. Je pensais avoir fait les choses qu’il fallait pour me débarrasser une bonne fois pour toutes de cet eczéma et cela n’a servi à rien. »

« Vous vous attendiez à ce qu’il disparaisse en une seule séance ? »

« Ce n’est pas ce que je viens de dire. »

« Qu’avez-vous voulu dire ? »

« Que j’ai fait certaines choses qui devaient m’aider à régler cette maladie de peau. »

« Lesquelles ? »

« Il m’est impossible de vous en parler. »

« Pourquoi ? »

« Parce que vous vous méprendriez. »

« Quelque chose de non avouable ? »

« C’est trop intime. Une autre fois peut-être. »

« Avez-vous réfléchi à ce que je vous ai demandé la semaine dernière ? »

« À quel sujet ? »

Lentoine se dit qu’Éliaz le faisait exprès. Il refusait d’aborder la réalité en face.

« La raison de l’apparition de votre eczéma. »

« Le jour précédant notre discussion, de nouvelles desquamations sont apparues. J’étais désespéré. Vendredi après vous avoir parlé ainsi que samedi, j’ai noté un vrai mieux. Dimanche, j’ai eu une nouvelle crise, cela m’a confirmé que j’étais loin du but. »

« Vous venez de commencer, ne soyez pas impatient. D’autre part, ma question portait sur la première apparition de votre eczéma, il y a deux ans. »

« Je ne viens pas de commencer. Je ne vous ai pas attendu pour prendre des décisions et agir. »

« Que s’est-il passé de particulier, dimanche, pour qu’une nouvelle crise se déclenche ? »

« J’ai eu de mauvaises nouvelles. »

« C’est-à-dire ? »

« Quelque chose qui m’exaspère au plus haut point. »

« S’agit-il d’une personne, de votre travail, de votre famille ? »

« Je ne peux rien vous dire. »

« Vous avez conscience que si vous refusez de parler de ce qui vous concerne, votre thérapie risque d’être stérile ? La fois précédente, vous avez évoqué un événement déclencheur. Que s’est-il passé deux ans plus tôt ? Parlez-m’en. »

Deux minutes s’écoulèrent.

« Il y a deux ans, j’ai trouvé un document étrange. Un texte malfaisant, la cause de mon malheur. »

« Ça n’est pas très clair, expliquez-vous. »

« Vous n’êtes pas au courant, vous ne pouvez pas comprendre. »

« C’est effectivement assez confus. »

« Je n’y peux rien. Ce n’est pas moi qui ai écrit ce texte. »

« Vous pensez que quelqu’un vous en veut ? »

« Quelqu’un ou plusieurs personnes. J’ai mon idée mais je ne sais pas qui elles sont précisément. Je trouverai, vous pouvez me croire ! »

Dans quelle réalité vit cet homme ? s’interrogea le psychothérapeute.

« Comment pouvez-vous penser qu’une personne vous veut du mal si vous ne savez pas de qui il s’agit ? »

« Il y a des faits tangibles. »

« Lesquels ? »

« Je vous en parlerai une prochaine fois. Tout ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que mon eczéma est lié à l’apparition de ce texte. »

« Pourquoi en êtes-vous si sûr ? »

« Parce que j’ai eu ma première crise quelque temps après avoir trouvé le document. »

« Quelque temps. C’est-à-dire ? »

« Un mois après. C’est le déclencheur de mon problème de peau, j’en suis persuadé. »

Yves Lentoine fronça les sourcils. Il prit le temps de répondre pour donner de l’importance à ce qu’il notait.

« Vous êtes persuadé ou vous vous en persuadez ? Un mois après, c’est long. »

« Si vous saviez ce que je vis, vous sauriez que c’est la vérité ! »

« Vous dites cela, or je sais que ce n’est pas la vérité. C’est votre vérité à vous, mais pas LA vérité, vous vous en rendez compte ? »

Éliaz ne répondit pas. Lentoine écrivit alors :

« Réfléchissez sur ce point. Nous reprendrons la semaine prochaine. »

Le docteur regarda sa montre : 18 h 38. C’était fini pour cette fois. Éliaz s’était vexé. Le docteur prit le dossier et nota à la suite de ses premières observations :

« Probablement à côté du vrai problème. A décidé qu’un document était la cause de tous ses maux. Croit détenir la vérité et semble étanche au jugement d’autrui. Caractère psychotique », ajouta-t-il.

Il referma la chemise cartonnée et la déposa sur le bureau de son assistante.

– Catherine, vous me direz si une nouvelle enveloppe de Zorro arrive d’ici vendredi prochain. Il est possible qu’il n’y ait pas de troisième fois.