Le vrai musée Balzac

C’est à deux pas de mon collège. Entre deux cours, je vais parfois y faire un tour, m’asseoir dans l’herbe à la belle saison, contre le mur du cimetière. Chaque fois, cette sensation de déclencher un monologue intérieur venu d’un autre siècle. Avec des variantes, cela ressemble à quelque chose comme ça : pour le voyageur qui s’avance sur la promenade des Monts, la coquette cité de Bernay, nonchalamment offerte aux regards dans sa cuvette de verdure, apparaît comme le modèle d’une sérénité provinciale où l’équilibre et l’harmonie ont pris le rose de la tuile et le gris de l’ardoise. Mais qu’il ose s’aventurer sur un de ces sentiers pentus qui mènent au bord du Cosnier, entre d’humbles chaumières à colombages pourvues de jardinets escarpés ; bientôt il percevra le halètement sourd de puissantes machines...

C’est comme du Balzac. Le début d’un roman. Ce qui se passe après ? L’âpreté des convoitises humaines vite opposée à la paix de la campagne. Une espèce de Grandet normand abandonnant ses vaches pour se lancer dans le développement sans scrupule d’un empire industriel fondé sur l’imprimerie. De hauts murs de brique rognant sur les prés, une épouse apeurée, une fille boudeuse et fière pratiquant, sans la moindre once de talent, l’aquarelle et le piano, répudiant son amoureux sincère pour tomber dans les bras d’une petite crapule qui les mettra tous sur la paille ; toujours la même chose, d’une fastidieuse cruauté.

Non, ce qui me plaît, c’est le début, l’idée que le paysage d’aujourd’hui, ses lignes, ses perspectives, l’église Sainte-Croix, le cours de la Charentonne, du Cosnier, naissent avec le regard, la syntaxe du buveur de café. Bernay n’est pas Illiers-Combray, ni Épineuil-le-Fleuriel Sainte-Agathe : pas de Grand Meaulnes, pas de Swann, pas la moindre trace de réalité sublimée. Mais l’évidence est plus prégnante encore de tout ce qui revient à Balzac, promenade des Monts. Le vrai musée des écrivains respire à ciel ouvert, dans tant de lieux qu’ils ignoraient mais qu’ils nous ont laissés.

Dickens, barbe à papa
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