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Penchant en arrière sa tête, son petit cerveau noir, Paige Marshall pointe le doigt vers le plafond beige en voûte.

« Jadis, il y avait des anges, dit-elle. On raconte qu’ils étaient d’une beauté incroyable, avec des ailes aux plumes bleues et des auréoles dorées à la feuille. »

La vieille femme me conduit à la grande chapelle de St Anthony, vaste et vide aujourd’hui puisque c’était jadis un couvent. Un mur entier est constitué d’un vitrail en cent nuances d’or différentes. L’autre mur n’est qu’un gigantesque crucifix en bois. Entre les deux se tient Paige Marshall en blouse blanche de laborantine, dorée elle aussi à la lumière, sous le cerveau noir de sa chevelure. Elle porte ses lunettes à monture noire et lève les yeux. Tout entière de noir et d’or.

« Pour obéir aux décrets de Vatican II, dit-elle, les décorations murales ont été recouvertes de peinture. Les anges et les fresques. On s’est débarrassé de la plupart des statues comme on arrache des mauvaises herbes. Tous ces superbes mystères de la foi. Disparus. »

Elle me regarde.

La vieille femme est partie. La porte de la chapelle se referme derrière moi sur un déclic.

« C’est pathétique, dit Paige, cette manière que nous avons d’être incapables de vivre avec les choses que nous ne comprenons pas. Si nous ne parvenons pas à expliquer quelque chose, nous nous contentons de le nier, tout bonnement. »

Elle dit : « J’ai trouvé un moyen pour sauver la vie de votre mère. » Elle dit : « Mais il se peut que vous ne soyez pas d’accord. »

Paige Marshall commence à défaire les boutons de sa blouse, et de plus en plus de peau cachée apparaît au jour.

« Il se peut que vous trouviez l’idée parfaitement répugnante », dit-elle.

Elle ouvre sa blouse.

Elle est nue dessous. Nue d’une blancheur aussi pâle que la peau sous ses cheveux. Nue blanche et distante d’un peu plus d’un mètre. Et très mettable. D’un haussement d’épaules, elle se débarrasse de sa blouse qui tombe derrière elle comme un drapé, toujours accrochée à ses coudes. Les bras toujours à l’intérieur des manches.

Et voici toutes ces ombres fourrées toutes resserrées où vous mourez de l’envie d’aller.

« Nous ne disposons que de ce petit créneau, dit-elle. Saisissons l’occasion. »

Et elle s’avance vers moi. Les lunettes toujours sur le nez. Les pieds toujours dans leurs petites chaussures bateau blanches, sauf qu’ici on les croirait en or.

J’avais raison à propos de ses oreilles. Sûr et certain que la ressemblance est impressionnante. Un autre trou qu’elle ne peut fermer, caché, gansé de peau. Encadré par ses cheveux doux.

« Si vous aimez votre mère, dit-elle, si vous voulez qu’elle vive, il vous faudra faire cela avec moi. »

Maintenant ?

« C’est ma période d’ovulation, dit-elle. J’ai la muqueuse tellement gonflée et épaisse qu’on pourrait y faire tenir une cuillère debout. »

Ici ?

« Je ne peux pas vous voir à l’extérieur d’ici », dit-elle.

Son annulaire est aussi nu que le reste d’elle. Je demande : est-elle mariée ?

« Cela vous pose-t-il un problème ? » dit-elle.

Juste là, à une portée de main, il y a la courbure de sa taille qui descend vers les contours de son cul. Rien que là, si près, il y a l’étagère de chaque sein qui redresse le petit bouton noir d’un téton. Rien qu’à distance de bras, il y a cette niche chaude brûlante où les deux jambes se rejoignent.

Je dis : « Non. Non. Pas de problème. »

Ses mains viennent se rejoindre autour du premier bouton de ma chemise, puis autour du suivant, puis du suivant. Ses mains écartent la chemise et la font glisser de mes épaules de sorte qu’elle tombe derrière moi.

« Je veux juste que vous sachiez », je lui dis comme ça, « comme vous êtes médecin et tout ça. » Je dis : « Je pourrais bien être un ancien drogué du sexe en voie de guérison. Un convalescent, quoi. »

Sa main dégage la boucle de mon ceinturon, et elle dit : « Alors, pourquoi ne pas faire ce qui vient naturellement ? »

L’odeur d’elle, ce n’est pas des roses, du pin ou du citron. Ce n’est rien, pas même de la peau. L’odeur qu’elle dégage, c’est mouillé. « Vous ne comprenez pas, je dis. J’ai derrière moi pratiquement deux jours complets d’abstinence. »

La lumière dorée la fait paraître chaude et rayonnante. Et pourtant, j’ai le sentiment que si je l’embrassais, mes lèvres resteraient collées comme sur un métal gelé. Pour ralentir les choses, je pense à des carcinomes cellulaires basiques. Je me représente un impétigo bactérien sur un épiderme infecté. Des ulcères de la cornée.

Elle me tire le visage au creux de son oreille. Au creux de mon oreille, elle murmure : « Très bien. C’est tout à fait noble de votre part. Mais que diriez-vous d’entamer votre processus de guérison demain…»

Des deux pouces, elle fait glisser mon pantalon sur mes hanches et dit : « J’ai besoin que vous placiez votre foi en moi. »

Et sa douce main froide se referme sur moi.

 

Choke
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