LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REVÊTEMENT MURAL(8)

par R.A. Lafferty

Une anthologie se doit de finir par une nouvelle substantielle et risquée, peut-être même un rien téméraire. Après treize exercices de complexité croissante, il est temps d’aborder un problème. En S.-F., témérité se dit Lafferty. Oh ! ce n’est pas que son message soit foncièrement différent : une fois de plus, la société est bloquée et bien bloquée ; le feuilletage du temps est remplacé par le feuilletage de l’espace, qui est un peu plus compliqué ; l’animation suspendue est remplacée par l’oubli, qui est un peu plus simple. Tout le problème avec Laffertv, c’est qu’il donne raison à la vieille théologie contre la science moderne. Notre représentation actuelle du monde est fausse ; la carte de l’univers se ramène à un revêtement mural, et la quête de l’inconnu revient à faire le tour de la pièce. A voir les Mégalopolis modernes, on ne saurait lui donner tout à fait tort. Mais ce diable d’homme se prend-il au sérieux ? Et comment peut-on raconter une histoire aussi atroce sur un ton aussi implacablement cocasse ?

1

Un patron, un stencil, un modèle et un plan.

Les plus communs, les plus tocards de tous les gens,

Nuls et en règle, éprouvent passion et pitié,

Monde Entier, Monde Entier, Ville du Monde Entier.

(Ballade de la 13e Rue)

IL y a un vieux dictionnaire encyclopédique qui définit la Ville comme «… une concentration d’individus qui n’est pas économiquement indépendante ». Ce dictionnaire encyclopédique est ancien malgré tout (comme tous les autres), et il se trompe. La Ville qui est le Monde est économiquement indépendante.

C’était William Morris qui avait lu cette définition dans le vieux livre. William était un bouquineur – ou un liseur –, et il avait lu des bouts de plusieurs livres. Mais maintenant, il avait une idée : si tous les livres sont vieux, alors peut-être les choses ne sont-elles plus comme dans les livres. Je vais aller voir à quoi les choses ressemblent aujourd’hui dans la Ville. Je traverserai de la Ville tout ce que ma vie me permettra d’en traverser. Peut-être même arriverai-je à la Forêt au-delà du Monde que décrivait mon ancêtre au nom-tout-bon(9).

William se rendit au Bureau des Permis de la Ville. Comme il n’y avait qu’une Ville, il ne pouvait y avoir qu’un seul Bureau des Permis, encore qu’il ne fût pas bien grand.

« Je veux un permis pour traverser de la Ville tout ce que ma vie me permettra d’en traverser, fit William au monsieur des permis. Je veux même un permis pour aller à la Forêt au-delà du Monde. Est-ce possible ? »

Le monsieur des permis esquissa autour de William une petite danse folâtre, « telle une oie borgne autour d’un serpent à sonnettes ». La métaphore était antique et vénérable ; c’était l’une des cinquante-quatre métaphores courantes. Tous deux la comprenaient : nul besoin de l’énoncer. Pourtant, William était le premier client que le monsieur des permis ait vu depuis bien des jours, et cette visite le surprenait.

« Étant donné que tout est permis, vous n’avez pas besoin de permis, répondit le monsieur des permis. Allez, mon garçon, allez.

— Alors pourquoi êtes-vous ici ? lui demanda William. S’il n’y a pas de permis, pourquoi y a-t-il un Bureau des Permis ?

— C’est ma niche et ma couche, répondit le monsieur des permis. Faites nous disparaître, mon bureau et moi-même, et c’est la Ville elle-même qui commencera à disparaître. Il est d’usage d’emmener une compagne lorsqu’on traverse la Ville. »

Au-dehors, William trouva une compagne qui s’appelait Kandy Kalosh et ils commencèrent à traverser la Ville qui était le Monde. Ils partirent (ce n’était qu’une coïncidence) d’un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre, qui portait ces mots : « Début du Stencil n° 35 352 ». La Ville s’inclina et bascula légèrement, puis il se mirent en route. Et maintenant, voici à quoi ressemblait la Ville :

On l’avait appelée Volonté de la Ville-Monde, parce qu’elle avait été édifiée dans un bouillonnement immense et mondial de désir de création. Après, il était arrivé quelque chose à ce bouillonnement, mais ça n’avait pas d’importance. A ce moment-là, la Ville était déjà créée.

La Ville était variée, elle était marrante, elle était libre et elle couvrait le monde entier. Les montagnes et les sommets avaient tous été retirés et la Ville, avec ses bandes variées de terre, d’eau douce et d’eau salée, surnageait sur l’océan au moyen de flotteurs encastrés les uns dans les autres. En matière de valeurs monétaires, tout était gratuit ; et il n’y avait aucune restriction quant aux mouvements individuels ou aux choix personnels. Elle n’était pas vraiment surpeuplée, sauf aux endroits où les gens voulaient qu’elle le soit, car les gens adorent se regrouper. Elle suffisait à l’alimentation à l’hébergement et aux distractions. Ces choses ont toujours été gratuites, en vérité ; c’était leur empaquetage et leur circulation qui en faisaient le prix, et maintenant l’empaquetage et la circulation avaient virtuellement disparu.

« Le travail, c’est la joie », clignotaient les signaux subliminaux. Évidemment. C’est une joie que de s’arrêter, que d’aller quelque part et de travailler pendant une heure, voire une heure et demie, à quelque chose qu’on n’avait jamais fait auparavant, sinon très rarement. William et Kandy entrèrent dans un endroit où des gens faisaient de l’étoffe avec des coquillages qu’ils ramollissaient dans une solution, étiraient ensuite en filaments au moyen d’une machine, et façonnaient enfin en étoffe (sans les tisser) grâce à une autre machine encore. Le tissu n’était pas nécessaire pour l’habillement, ni pour les rideaux, encore qu’il servît parfois à l’un ou à l’autre. C’était pour la décoration. La température n’exigeait pas de tissu (la température était partout équitable) et la pudeur n’en exigeait pas davantage, mais quelque chose faisait qu’on avait encore besoin d’un peu de tissu, aux fins de décoration.

William et Kandy s’attelèrent pendant près d’une heure à cette tâche, avec d’autres gens heureux. Il est vrai que, lorsqu’ils eurent fini, leur production était entièrement marquée du tampon « Refusé », mais ça ne voulait pas dire que tout retournait au stade de coquillages ; seulement au stade de filaments.

« Le travail honnête n’est jamais perdu, dit William avec toute la solennité d’un hibou à une seule aigrette affligé de la pépie.

— Je savais que tu étais un liseur, mais je ne savais pas que tu étais un parleur », fit Kandy. Les gens ne parlaient guère, en ce temps-là. Les gens heureux n’ont pas besoin de parler. Et, bien sûr, le travail honnête n’est jamais perdu ; à petites doses, c’est même agréable.

Cette partie de la Ville (toutes les parties de la Ville, peut-être) flottait directement sur un ancien océan. Elle était donc perpétuellement agitée d’un léger mouvement. « La Ville est un endroit marrant », disait un antique et vénérable dicton. Il faisait allusion au fait que la Ville se déplaçait légèrement avec les marées. C’était une sorte de plaisanterie.

Les deux jeunes gens progressèrent de dix pâtés de maisons ; ils progressèrent d’une douzaine. Pour la plus grande partie de ce parcours, William avait été en pays de connaissance, mais pas Kandy. Ils se dirigeaient vers l’ouest, et William était un garçon qui était toujours allé vers l’ouest tandis que Kandy s’était toujours aventurée à l’est des maisons qu’elle avait habitées. Elle était plus loin à l’ouest qu’elle était jamais allée avant de rencontrer William.

Ils arrivèrent au Ballet Aquatique de la 14e Rue et regardèrent les nageurs. C’étaient de très bons nageurs, et un grand nombre de poissons aux formes curieuses folâtraient avec eux dans les bassins d’eau verte et saumâtre. Quiconque le désirait pouvait, évidemment, nager dans le Ballet Aquatique, mais la plupart des nageurs semblaient être des habitués. Ils faisaient partie du paysage, du paysage aquatique.

William et Kandy s’arrêtèrent dans la 15e Rue pour manger à une cafétéria d’algues et de plancton. Kandy y travailla même pendant une demi-heure, pressant le plancton et y ajoutant des giclées de protéine spéciale à la commande des gens. Kandy avait déjà travaillé dans des cafétérias.

Ils s’arrêtèrent tous deux à la Salle d’Exposition de Volonté du Monde, dans la 16e Rue. En entrant, ils écrivirent leur nom dans la cire avec un stylet, ou plutôt William écrivit leurs noms à tous les deux parce que Kandy ne savait pas écrire. Et comme il portait le nom mystique de William(10), il reçut une carte qui sortit de la fente avec dessus un authentique poème de Volonté du Monde :

La Ville qui est Monde est une volonté

De gens très entêtés ; rien ne l’arrêterait.

Cœurs vaillants, nous avons retaillé les vallées

Pour faire un Monde tel que Willy le voudrait.

Avait-il vraiment fallu une pareille quantité de cœur et de volonté pour construire la Ville du Monde ? Nécessairement, car autrement il n’y aurait pas eu de Salle d’Exposition de Volonté du Monde pour en faire l’éloge. Il y avait pourtant des gens pour dire que l’édification de la Ville-Monde avait été une réaction automatique.

Kandy, qui était illettrée (ce que savait la fente), reçut une belle image.

Ils s’arrêtèrent au Complexe Troglodyte de la 17e Rue. Cette partie de la Ville était nouvelle pour William comme pour Kandy.

Les falaises et les grottes étaient des demeures artificielles et non naturelles, mais elles ressemblaient beaucoup à ce que devaient être les anciennes demeures troglodytes. De petites échelles allaient d’un niveau à l’autre. Des gens étaient assis sur de petites terrasses, tournant le dos aux étroites fenêtres de leurs appartements. Du fait de la disposition circulaire des demeures troglodytes, un très grand nombre de gens étaient constamment visibles les uns aux autres. La cour centrale faisait penser à un amphithéâtre. Des adolescents y jouaient à un genre de base-ball et au ballon. Ils faisaient de la musique avec des tambours et des sifflets. Il y avait de faux serpents à sonnettes lovés, des chiens factices dont on voyait les côtes, des reproductions de coyotes, des femmes postiches en train de moudre du maïs avec des moulins à bras. Et aussi, dans de petits abris ou des pavillons, des vraies personnes en train de moudre une illusion de maïs avec des appareils truqués.

Kandy Kalosh entra dans l’un des pavillons et moulut du maïs pendant un quart d’heure. Elle éprouvait une saine passion pour le travail. William Morris confectionna des gâteaux de maïs avec de l’illusion de maïs et des algues. L’endroit était agréable. De temps en temps, les gens chantaient de faux chants indiens. Il y avait des couvertures tissées à partir de liserons, avec des motifs et de vives couleurs. Il y avait des bateleurs, avec des masques et des costumes de bateleurs, qui donnaient des représentations de non-farces et de non-situations qui n’étaient comprises que des troglodytes, mais pouvaient être appréciées par tous.

« Tout est différent, tout est différent, chaque pâté de maisons est différent », murmura William avec extase. Le soir était arrivé, mais le soir était une chose imprécise. Il ne faisait jamais très clair dans la journée, ni très sombre la nuit. Le ciel de la Ville du Monde n’était pas lumineux, mais il diffusait toujours une sorte de lueur. William et Kandy poursuivirent leur chemin vers l’ouest.

« C’est merveilleux d’être un voyageur du monde et d’avancer tout le temps, jubilait William. La Ville est tellement énorme que nous ne pourrons jamais la voir en entier, et chaque morceau est différent.

— Un parleur, voilà ce que tu es, fit Kandy. Comment ai-je fait pour tomber sur un parleur ? Si j’étais une parleuse, moi aussi, j’aurais quelque chose à te dire sur ce chaque-morceau-est-différent.

— C’est ce qu’il y a de plus formidable dans toute la Ville-Monde, psalmodia William. Explorer la Ville elle-même pendant toute notre vie ; et l’apogée sera de voir la Forêt au-delà du Monde. Mais que se passera-t-il alors, Kandy ? La Ville s’étend à l’infini, couvrant la sphère tout entière. Elle ne peut avoir de limites. Qu’y a-t-il au-delà de la Forêt au-delà du Monde ?

— Si j’étais une parleuse, je te le dirais », répondit Kandy.

Mais William Morris était démangé par l’envie de parler. Il vit un homme plus âgé, qui se tenait peut-être un peu plus droit et portait un brassard avec l’inscription « Moniteur ». Évidemment, seul un liseur – ou bouquineur – comme William pouvait lire le mot.

« Mon ancêtre au nom-tout-bon a travaillé à nommer et à dessiner la Forêt au-delà du Monde(11), expliqua William à l’homme droit et souriant. Car je suis aussi un William Morris. Je brûle de voir cette ultime forêt. C’est comme si je n’avais vécu que pour cet instant.

— Si tu le veux assez fort, alors peut-être la verras-tu, Willy, fit l’homme.

— Mais je me demande…» William cherchait ses mots et son front était tout plissé. « Qu’y a-t-il au-delà de la Forêt au-delà du Monde ?

— C’est une énigme, mais facile à résoudre. » L’homme eut un sourire. « Comment se fait-il que, étant un liseur, tu ignores une chose aussi simple ?

— Ne pouvez-vous pas me donner un indice qui me permettrait de résoudre cette simple énigme ? le pria William.

— Si, répondit l’homme. Ton aïeul au nom-tout-bon a travaillé au dessin et au dessein d’une autre chose particulière, en dehors de la Forêt au-delà du Monde.

— Allons, viens, liseur. Viens ! » fit Kandy.

Ils arrivèrent à la Place des Spectacles du Quartier Ouest de la 18e Rue. Aucun des deux n’était jamais venu dans un tel endroit, mais ils en avaient entendu parler car il n’y a rien de pareil à la Place des Spectacles du Quartier Ouest de la 18e Rue.

Il y avait de gigantesques haut-parleurs, avec des prises partout. Les instruments n’étaient pas seuls à être branchés, la plupart des gens l’étaient aussi. Et, ah ! la merveilleuse mise en scène était conçue pour représenter le derrière de vieux immeubles de rapport tous réunis en une succession arbitraire. Il y avait des échelles d’incendie d’époque, qui étaient peut-être même des reproductions fidèles. On aurait dit que des gens pouvaient réellement les escalader ou en descendre. En fait, des individus légers l’avaient vraiment fait dans le passé mais c’était maintenant interdit, certaines personnes étant tombées et s’étant tuées ou estropiées. Mais l’ambiance était tout à fait solide.

Écoutez, il y avait de la lessive d’époque, sur des cordes à linge d’époque ! La lessive était agitée par de petits ventilateurs, exactement comme si un vrai vent soufflait. Pas étonnant qu’ils appellent ça la Place des Spectacles. C’était un taudis sordide, un ghetto crado de l’authentique temps jadis.

Les acteurs (et tous les gens de cette partie de la 18e Rue avaient l’air d’être des acteurs) étaient vêtus de jeans serrés et de chemises trouées ou effrangées, et portaient même des chaussures qui tombaient en ruine, pleines de trous. Ça devait leur tenir chaud, mais l’art méritait bien ça. C’était un souvenir des temps où le climat n’était pas équitable partout.

Il y avait des représentations de non-drames, de non-farces et de non-situations. L’essence des petits drames était une haine extrêmement intense pour un groupe ou une classe qui n’étaient pas clairement définis. Il y avait beaucoup de ces groupes ennemis issus du passé, dans les différentes zones dramatiques de la Ville.

Les lumières étaient disposées au hasard, mais vives. La musique était désaccordée, sans mélodie, sans air ni chœur, mais elle était très forte et très passionnée. La clameur qui remplaçait le chant était absolument livide. Certains des acteurs s’effondraient sur le sol où ils se tordaient, la bouche écumante.

C’était une chose qu’il fallait voir et entendre – une fois. William et Kandy finirent par s’en aller, les oreilles en sang et les yeux pleins de chassie. Ils arrivèrent dans la 19e Rue, où se tenait un Méli-Mélo.

Il faisait maintenant aussi noir qu’il était possible dans la Ville, mais le Mélo était bien éclairé. Certaines personnes du Mélo s’emparèrent en riant de William et Kandy et les marièrent l’un à l’autre. Ils avaient des couronnes de mariés en papier qu’ils leur mirent sur la tête.

Ensuite, ils leur firent faire un dîner bien arrosé, une vieille expression. En fait, on leur donna du bon cognac fait avec du sérum de poisson et de la viande braisée à base d’algues, mais aussi mêlée avec de la vraie chair d’anciens hachée.

Puis William et Kandy passèrent au grand Palais des Pipes(12) Noir qui se trouvait non loin du Mélo. Toutes les nuits, il y avait de grandes quantités de gens le long de cette partie de la 19e Rue, au Méli-Mélo et au Palais des Pipes, et la plupart de ces gens étaient bienveillants, avec leurs yeux vitreux et leurs sourires mouillés.

2

Plaisant et très spécial pour les membres admis !

Plaisant pour les divers valets et favoris !

Bourrez-les de plancton, de chabots, de hachis !

Simple est la Ville, oh ! oui, et simples ses esprits.

(Ballade de la 20e Rue)

Les ressources du monde sont consommées plus que proportionnellement par les classes intelligentes. C’est pourquoi le nombre des nôtres sera énergiquement maintenu à un niveau réduit. Les esprits faibles n’ont pas de fortes pulsions reproductrices ou consommatrices dès lors qu’on leur assure un confort et une alimentation raisonnables. Ils sont heureux, on les distrait ; et lorsqu’ils sont convaincus qu’ils n’ont plus rien à voir, ils deviennent des anciens et vont de leur plein gré au hachoir. Mais les quelque deux pour cent d’êtres supérieurs que nous sommes sont nécessaires pour diriger le monde.

Pourquoi alors gardons-nous les autres, les simples d’esprit, par milliards ? Nous les gardons pour les mêmes raisons qui faisaient que nos aïeux entretenaient des fleurs, des parcs, des animaux, de grandes maisons, des arbres ou des objets façonnés. Nous les gardons parce que nous le voulons et que cela ne nous coûte aucun effort.

Mais un grand effort fut fait, une fois. Il y avait un incroyable bouillonnement de volonté. Des montagnes furent déplacées et nivelées. Le ciel lui-même fut pour ainsi dire tiré vers le bas. La Volonté du Monde fut rendue manifeste. Ce fut un nouvel acte de création. Et quelle est l’étape suivant la Création lorsqu’on découvre que la Communauté n’est pas digne de la Ville créée ? Lorsqu’on découvre aussi qu’elle est le bétail logique pour remplir d’aussi grands enclos ? L’étape suivante, ce sont les hiérarchies. Les Anges eux-mêmes ont des hiérarchies, et nous ne valons pas moins.

Ce sont ceux qui sont intelligents, mais pas tout à fait assez pour entrer au Club, qui sont menacés et finissent par être détruits, parce que c’est nécessaire au fonctionnement de la Ville. Au sommet se trouve toujours le Club. C’est un Club dans le sens de crosse capable de frapper, et aussi dans celui d’organisation.

Annales de Volonté du Monde – Extrait classifié.

Au matin ; Kandy Kalosh manifesta le désir de rentrer chez elle, alors que sa maison se trouvait à près de vingt rues à l’est. William la regarda s’éloigner sans regrets. Il trouverait une fille pour aller vers l’ouest avec lui, en une exploration de la Ville infiniment variée qui lui prendrait toute la vie. Peut-être trouverait-il une fille qui serait une parleuse, ou même une liseuse – ou bouquineuse.

Et c’est ce qui arriva. Elle s’appelait Blondie Farquhar(13), et pourtant elle avait les cheveux bruns et le teint basané. Mais ils se mirent en route au petit matin pour atteindre (en un jour ou en une vie, qu’importe ?) la Forêt au-delà du Monde.

« Mais ce n’est pas loin du tout, fit Blondie (c’était une parleuse). Nous pouvons y arriver ce soir même. Nous pourrons dormir dans la Forêt à l’ombre ténébreuse des célèbres Garrotteurs. Oh ! le matin n’est-il pas merveilleux ? Rien que la semaine dernière, on a vu une tache bleue, un vrai trou dans le ciel. Peut-être pourrons-nous en voir un autre. »

Ils n’en virent pas d’autre. Il est très rare qu’on puisse voir un trou bleu (ou même étoilé) dans la couleur grise comme le verre d’une serre qui est la couleur du ciel. La Volonté du Monde avait assuré la subsistance pour tous, mais c’était une Ville-Monde moite et collante qui la fournissait, d’une chaleur presque égale d’un pôle à l’autre, fertile à satiété sur les bandes de terre comme dans les bandes d’eau, et maintenant juste un petit peu répugnante.

« Cours, William ! Cours dans le matin ! » s’écria Blondie, et elle se mit à courir tandis qu’il se traînait à sa suite. Blondie ne souffrait pas de la maladie du matin, contrairement à la plupart des gens : ça n’avait pas encore été éliminé de l’espèce. Après tout, c’était un monde très marrant.

Quelque part en dessous, on avait construit une grande membrane ou firmament, et le vieil océan était emprisonné entre ce firmament et la roche fondamentale de la Terre-Géhenne. Mais le monstre-océan s’agitait et tanguait et n’était pas complètement domestiqué : c’était encore le vieux Léviathan(14).

Le long des rues de la Ville-Monde et derrière elles se trouvaient les bandes étroites (leur largeur n’atteignait pas cinq fois la longueur d’un homme) : bandes de terre très vigoureuse et incroyablement fertile ; d’eau salée où bondissaient des poissons et des anguilles, toute noire à cause des tortues et tellement épaissie par le plancton bleu-vert qu’on pouvait presque marcher dessus ; d’eau douce grouillante d’autres poissons, recouverte de serpents et de chélydres serpentines ; d’autres eaux douces, presque compactes à cause des algues nourricières ; d’eau saumâtre pleine de crevettes occupées à dégorger et de toute la vie d’un vieil estuaire ; bandes de terre, à nouveau, et bandes d’une eau chimique riche où les gens se vidaient – eux-mêmes et leurs choses usagées – et d’où l’on pouvait extraire tant d’essences de valeur ; d’autres bandes encore, puis les bâtiments et les édifices d’un autre pâté de maisons, car les pâtés de maisons n’étaient pas larges. Kaléidoscope d’eaux et de terre ramifiées, partout élémentaires et partout différentes, sillonnées par des bateaux sur d’étranges canaux en surplomb, enjambés par une infinité de ponts.

« Et il n’y en a pas deux pareils ! » chanta William, sa maladie du matin l’ayant déserté. « Chacun est différent, tout est différent dans un monde qu’on ne peut pas traverser en toute une vie. Nous ne serons pas à court de merveilles !

— William, William, il y a quelque chose que je voulais te dire, tenta d’intervenir Blondie.

— Dis-moi, Blondie, ce qu’il y a au-delà de la Forêt au-delà du Monde, puisque le monde est un globe sans limites ?

— La Forêt au-delà du Monde est ce qui se trouve au-delà de la Forêt au-delà du Monde, dit simplement Blondie. Si tu désires la Forêt, tu y parviendras, mais ne sois pas trop triste si elle n’est pas à la hauteur de ce que tu attends.

— Comment pourrait-elle ne pas être à la hauteur ? Je suis un William Morris. Mon ancêtre au nom-tout-bon a travaillé à nommer et à dessiner la Forêt.

— Ton ancêtre au nom-tout-bon a aussi travaillé à dessiner une autre chose », répondit Blondie.

Comment, c’était presque ce que le moniteur avait dit la veille ! Que voulaient-ils dire par là ?

William et Blondie arrivèrent au Grand Hachoir de la 20e Rue. Ils pénétrèrent tous deux dans le bâtiment et travaillèrent pendant une heure dans le Hachoir.

« Tu ne comprends pas tout ça, n’est-ce pas, petit William ? demanda Blondie.

— Oh, je comprends assez de choses comme ça. Je comprends que c’est différent partout.

— Oui, je crois que tu en comprends assez comme ça », fit Blondie, avec presque un soupçon de tristesse. (Ce qu’ils hachaient dans le Hachoir, c’étaient les anciens.)

Ils poursuivirent leur chemin le long des bandes et des rues de la Ville en perpétuel changement. Ils arrivèrent à la 21e Rue, et à la 22e, puis à la 23e. Même un écriveur n’aurait pas pu écrire toutes les merveilles qu’on trouvait à chaque rue. C’est une pure merveille que d’être un voyageur du monde.

Il y avait un carnaval dans la 23e Rue. Il y avait des aboyeurs, des accapareurs, des dragueurs, des dupeurs et des dupés ; les visiteurs étaient les dupés, mais ce n’était pas vraiment mauvais pour eux. Il y avait une musique très bruyante, alors même que c’était censé être un embrouillamini tintant et cliquetant de rengaines d’époque. Il y avait un orgue à sifflets à vapeur, avec de la vraie vapeur authentique. Il y avait des baraques de hamburgers avec dans l’air cette merveilleuse pointe d’ail, et peu importait que les hamburgers aient été confectionnés avec de la viande d’anciens hachée et du pain fait avec des racines de lis de mer. Il y avait des jeux de hasard, des maisons où l’on pouvait se peloter et des maisons où se déroulaient des danses lascives, des manèges qui tournaient et des grandes roues, des débits de vin où l’on jouait du piano, des bordels et des baraques de montreurs de Phénomènes sous des tentes en tissu de coquillages.

Est-on vraiment jamais trop vieux pour se divertir dans un carnaval ? Alors, que celui qui le dit se reconnaisse comme un ancien, et qu’il aille se présenter au Hachoir.

Mais plus loin, toujours plus loin ! On ne s’attarde pas quand il y a toute la Ville-Monde à voir et que ce ne peut pas être fait en une vie entière. Dans la 24e Rue (à moins que ce ne soit la 25e ?) se trouvaient les Bonnes Chères, et un peu plus loin il y avait le Centre d’Ébats. On mangeait et on buvait plus que de raison dans la région des Bonnes Chères et aussi on était pris dans les rets des baraques des Filets de Chair. Et on s’ébattait plus que de raison dans les cellules du Centre d’Ébats, disposées en nids d’abeilles. Blondie alla travailler pendant une heure au Centre d’Ébats. Elle avait Vair d’y être connue, et populaire.

Mais plus loin, toujours plus loin. Partout, c’est différent, partout c’est mieux !

Tout du long, vers les 27e et 28e Rues, se trouvaient le Clou de la Ville et la Butte de la Vie Nocturne, ces grandes concentrations de cabarets. Ici, tout était étourdissant et enivrant. C’était hier et demain enchevêtrés dans de grandes espérances et une accablante nostalgie ; c’était aussi bruyant qu’à la Place des Spectacles du Quartier Ouest ; c’était aussi direct que le Méli-Mélo ou le Palais des Pipes. C’était aussi charnu que le quartier des Bonnes Chères et plus batifolant que le Centre d’Ébats. Oh, c’était le groupe d’endroits le plus excitant que William ait jamais vu dans la Ville.

Il s’y trouvait pourtant quelque chose d’un peu triste : comme une flamme et une pitié qui seraient trop creuses et tomberaient trop à point. On aurait dit que c’était l’apogée de tout et qu’on ne voulait pas encore que ce soit l’apogée. C’était comme si le Clou de la Ville et la Butte de la Vie Nocturne (et non pas la Forêt au-delà du Monde) étaient le point de convergence de la Ville-Monde.

Peut-être William dormit-il là un moment, dans la tristesse qui succède à la satisfaction de la chair et de l’appétit. Il y avait d’autres actions et d’autres paroles autour de lui, mais il y avait surtout ses yeux qui se fermaient et sa tête qui était lourde.

Mais déjà Blondie le faisait se relever et l’entraînait précipitamment vers la Forêt dans la nuit commençante.

« Ce n’est qu’à une rue, William, ce n’est qu’à une rue, chantait-elle, et c’est l’endroit qui te faisait le plus envie. » (La Forêt commençait à la 29e Rue et s’étendait, à ce qu’on disait, sur l’emplacement de deux pâtés de maisons entiers.)

Mais William courait mal ; il marchait même mal. Il était vaseux et tout embrouillé, ni heureux ni triste, seulement plein de l’énorme masse de vie de la Ville. Sans l’aide de Blondie, il n’aurait certainement pas atteint cette nuit-là le but élevé qui était le sien. Mais elle l’entraîna et le souleva et le porta tout du long dans ses bras délicats, sur son dos hâlé et sur ses épaules. Il dégringola plus d’une fois et abîma sa couronne, mais il n’y eut jamais de réels dégâts. Il arrive parfois qu’on entre dans la Forêt Au-delà à travers une sorte de rêve rythmique, grotesque et comique, en cahotant au rythme dandinant d’une solide amie et des marées du monde. Et William y entra avec ses bras autour du cou et des épaules de la fille qui s’appelait Blondie, son visage enfoui dans ses cheveux et ses pieds ne touchant pas terre.

Mais aussitôt qu’ils furent dans la Forêt, il le sut. Il fut de nouveau sur ses pieds, de nouveau fort et en plein milieu de cet endroit mythique même. Était-il à jeun ? Non, il ne peut y avoir de tempérance dans la Forêt ; elle distille sa propre ivresse.

Mais il s’y trouvait de l’herbe et des plantes véritables, de vrais arbres (encore que ce fussent pour la plupart des buissons), de vraies et de fausses bêtes, de vraies pommes de pin sur le gazon et de vrais oiseaux (peu importait que ce soient des corneilles caquetantes) qui venaient y nicher.

Il y avait l’effigie du vieux Robin des Bois en chêne sculpté et la haute silhouette en bois de mâture de Paul Bunyan, le bûcheron géant. Il y avait l’Indien Rouge nommé Cerf Blanc, taillé dans du bois de cèdre. Il y avait du sirop d’érable qui coulait des arbres goutte à goutte (est-ce ainsi qu’ils l’obtenaient ?), et il y avait l’arôme de l’orme rouge dans la moiteur de la nuit.

Il y avait les célèbres Garrotteurs, des décades de garrottage. Il est vrai qu’ils étaient en papier mâché, mais ils n’en étaient que plus effrayants. Il y avait d’autres bêtes dangereuses dans la Forêt, mais aucune comme les Garrotteurs. Et William et Blondie s’allongèrent pour dormir dans l’ombre ténébreuse des célèbres Garrotteurs pendant le reste de cette nuit enchanteresse.

3

« Oiseau de rêve, oiseau rôdeur, où va ton vol ?

— Je plane sur la ville et partout sous le ciel,

Rôdant, rêvant parmi les bandes et les rues,

Instable et insolent, amer ou tout joyeux.

— Le rôdeur, le prodigue, a eu tort de bouger :

La Ville est toute vile et le ciel est souillé »

(Ballade de la lre Rue)

« Cours, William, cours dans le matin ! » s’écria Blondie, et elle se mit à courir, tandis que William (tout hébété par la nuit) se traînait à sa suite.

« Nous devons quitter la Forêt ? demanda-t-il.

— Évidemment que tu dois quitter la Forêt. Tu veux voir le monde entier, alors tu ne peux pas rester en un seul endroit. Tu continues, et moi je rentre. Non, non, ne te retourne pas ou tu serais changé en arbre à sel(15).

— Reste avec moi, Blondie.

— Non, non, tu as besoin de changement. J’ai été assez longtemps avec toi. J’ai été ton guide et ta compagne et ton cheval. Maintenant, nous nous séparons. »

Blondie s’en retourna. William avait peur de la regarder partir. Il était dans le monde au-delà de la Forêt au-delà du Monde. Il remarqua cependant que la rue s’appelait 1ère Rue et non pas 31e, ainsi qu’il avait escompté.

C’était encore merveilleux d’être un voyageur du monde, bien sûr, mais pas aussi merveilleux que ça l’avait été à une autre époque. Le numéro de la rue n’aurait pas dû avoir d’importance pour lui. William n’avait encore jamais été dans une 1ère Rue. Ni dans une 2e.

Mais il avait déjà été dans une 3e Rue, lors de son plus lointain voyage vers l’est. Allait-il la rejoindre à nouveau lors de son plus lointain voyage vers l’ouest ? Il savait (étant un liseur qui avait lu des bouts de plusieurs livres) que le monde était plus grand que ça. Il n’avait pas pu en faire le tour en trente pâtés de maisons. Il atteignit pourtant la 3e Rue dans un état de grande agitation.

Ah, ce n’était pas la même 3e Rue que celle qu’il avait déjà visitée une fois ; presque la même, mais pas tout à fait. Une légère vague de soulagement s’insinua dans les tonnes de frayeur qui lui alourdissaient la tête. Mais il était en vie, il allait bien et il se dirigeait toujours vers l’ouest dans la Ville sans limites qui est partout différente.

« La Ville est variée et joyeuse et gratuite, dit William Morris avec audace. Et elle est partout différente. » C’est alors qu’il vit Kandy Kalosh et il vacilla littéralement sous le choc. Seulement ça n’avait pas l’air d’être tout à fait elle.

« Est-ce que tu t’appelles Kandy Kalosh ? demanda-t-il en flageolant comme un kangourou unijambiste en plein ouragan.

— Un parleur, c’était bien la dernière chose dont j’aie besoin, dit-elle. Bien sûr que non. Mon nom, que je dois à mon ancêtre au nom-tout-bon, est Candy Calebasse ; ce n’est pas du tout pareil. »

Bien sûr que ce n’était pas du tout pareil. Alors, pourquoi fut-il si épouvanté et si déçu ?

« Veux-tu voyager avec moi vers l’ouest, Candy ? lui demanda-t-il.

— Je pense que oui, un petit peu, si on n’est pas obligés de parler », répondit-elle.

C’est ainsi que William Morris et Candy Calebasse entreprirent la traversée de la Ville qui était le Monde. Ils partirent (ce n’était qu’une coïncidence) d’un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre et portant ces mots : « Début du Stencil n° 35 353 », et là-dessus William fut envahi par une sorte de panique. Mais pourquoi donc ? Ce n’était pas du tout le même numéro de stencil. La Ville-Monde devait être partout différente.

Mais William se mit à courir en tous sens. Candy resta avec lui. Ce n’était pas une liseuse, ni une parleuse, mais elle serait fidèle à son compagnon pendant plusieurs pâtés de maisons. Les deux jeunes gens progressèrent de dix pâtés de maisons ; ils progressèrent d’une douzaine.

Ils arrivèrent au Ballet Aquatique de la 14e Rue et regardèrent les nageurs. C’était presque – mais pas tout à fait – le même Ballet Aquatique de la 14e Rue que celui que William avait déjà vu. Ils arrivèrent à la cafétéria d’algues et de plancton de la 15e Rue et à la Salle d’Exposition de Volonté du Monde de la 16e Rue. Ah, un œil optimiste parvenait encore à repérer de petites différences dans la gigantesque similitude. Il fallait que la Ville qui était le Monde soit partout différente.

Ils s’arrêtèrent au Complexe Troglodyte de la 17e Rue. On y trouvait maintenant une antilope artificielle. William ne se rappelait pas l’avoir vue l’autre fois. Il y avait de l’espoir, il y avait de l’espoir.

Et bientôt William vit un homme plus âgé, qui se tenait peut-être un peu plus droit et qui portait un brassard avec l’inscription : « Moniteur ». Ce n’était pas le même homme, mais ça devait être le frère d’un autre homme que William avait vu deux jours auparavant.

« Est-ce que ce sont toujours les mêmes séquences qui se répètent tout le temps ? lui demanda William, en proie à une immense détresse.

— Pas tout à fait, répondit l’homme. Les taches de graisse par-dessus sont quelquefois un peu différentes.

— Je m’appelle William Morris, commença William – plus bravement, cette fois.

— Oh, bien sûr. Le William Morris est le genre le plus facile à repérer, fit l’homme.

— Vous avez dit… Non, un autre homme m’a dit que mon ancêtre au nom-tout-bon avait travaillé à dessiner autre chose, en dehors de la Forêt au-delà du Monde, bafouilla William. De quoi s’agissait-il ?

— De revêtement mural », répondit l’homme. Et William s’écroula dans un évanouissement spumescent.

Oh, Candy ne l’abandonna pas là. Elle était fidèle. Elle le prit sur ses épaules et avança péniblement en le portant, dépassant la Place des Spectacles du Quartier Ouest de la 18e Rue, dépassant le Méli-Mélo, et le Palais des Pipes où elle (non, une autre fille qui lui ressemblait beaucoup) avait fait demi-tour avant, et ainsi de suite.

« C’est toujours la même chose, toujours, toujours… pleurnichait William tandis qu’elle le trimbalait.

— Du calme, parleur », répondait-elle, mais elle le disait avec une sorte d’affection.

Ils arrivèrent au gigantesque Hachoir de la 20e Rue. Candy transporta William à l’intérieur et le déposa là, sur un billot.

« C’est devenu un ancien, expliqua Candy à un assistant. Qu’est-ce qu’il est devenu vieux, alors ! » C’était plus qu’elle n’en disait habituellement.

Ensuite, comme c’était une brave fille et comme elle n’avait pas travaillé du tout ce jour-là, elle s’y mit et travailla une heure au Hachoir. (Ce qu’ils hachaient dans le Hachoir, c’étaient les anciens.)

Tiens, mais c’était la tête de William qui arrivait au bout de la chaîne ! Candy lui sourit. Elle la hacha avec des soins amoureux, beaucoup plus de soins qu’elle n’en mettait d’habitude.

Elle aurait dit quelque chose de mémorable et de gentil, si elle avait été une parleuse.

 

Traduit par DOMINIQUE HAAS.

The World, as Will and Wallpaper.

 

Roger Eiwood, 1973.

© Librairie Générale Française, 1983, pour la traduction.