CHAPITRE SEPT
Colin MacIntyre n’éprouvait pas de la peur. Le mot était trop faible.
Calé dans son siège, il tournait le dos à la porte d’accès de la salle de conférence par laquelle ses officiers entraient un à un. Leur propre frayeur pesait sur sa nuque. Il attendit que tous soient assis puis fit pivoter le fauteuil pour affronter leur regard. Les visages accusaient une mine encore plus sinistre qu’il n’imaginait.
« Bien, dit-il enfin. Nous devons décider que faire. »
Leur respect silencieux – y compris celui de Jiltanith – le renvoya à son propre mensonge, et il eut envie de leur hurler dessus. Ce n’était pas à nous de décider mais bien à lui, et il désira de tout son coeur ne jamais avoir entendu parler d’un vaisseau nommé Dahak.
Il interrompit le cours de ses pensées, inspira profondément et ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, ses idées noires avaient en partie disparu.
— Dahak, lâcha-t-il d’un ton calme, peux-tu nous donner plus d’informations ?
— Négatif, commandant. J’ai étudié la totalité des archives scientifiques et des arsenaux impériaux connus. Aucun élément contenu dans ma base de données ne rend compte des paramètres observés. »
Colin retint un juron. Paramètres observés ! Une façon élégante et concise de décrire deux planètes jadis habitées et désormais exemptes de toute forme de vie. Pas un arbre, pas un arbuste, rien. Pas de plaines de verre volcanique ni de vestiges de radioactivité, aucune indication de conflit armé – juste de la terre et de la pierre nues et complètement érodées, ainsi que quelques misérables grappes d’habitations fléchissant au vent et des ruines battues par la tempête. Bien que précaires, ces bâtiments en disaient long sur la solidité des matériaux de construction impériaux : selon les estimations de Dahak, ces habitations n’étaient plus entretenues depuis près de quarante-cinq mille ans.
« Pas d’oiseaux, songea MacIntyre. Pas d’animaux. Pas même un insecte. Seulement… le désert. L’unique mouvement perceptible était celui du vent. Le climat avait écorché la planète jusqu’à révéler son ossature rocailleuse, comme les dents d’un crâne figées en un horrible rictus funeste et blasphématoire.
« Hector ? Une idée ?
— Pas la moindre. » MacMahan était tapi au fond de son siège. Son visage habituellement inexpressif affichait plus d’impassibilité que jamais.
« Cohanna ?
— Difficile d’en dire plus, commandant, mais je parierais sur une sorte d’arme biologique. Une arme défiant toute imagination. » Elle frissonna. « J’ai envoyé des sondes au sol pour effectuer des analyses, mais je n’ose pas dépêcher une équipe. »
Colin hocha la tête.
« Je ne sais comment la catastrophe a été déclenchée, poursuivit la responsable des biosciences. Quel type d’agent a pu produire un tel effet ? S’ils avaient irradié la planète… Mais nous ne possédons aucune donnée pour continuer nos recherches. Absolument aucune.
— Je vois. » Colin inspira bruyamment. « ’Tanni ?
— À peine dasvantage que ’Hanna puis apporter. Avons trouvé quelque soixantaine d’installations et de navires orbitaux, tous abandonnés. En rapport aux planètes, n’osâmes poinct de trop près regarder, toutesfois nostres instruments ont bien scanné ycelles : partout ne demeurent guère que des os.
— Dahak ? As-tu pénétré leur système informatique ?
— Très peu, commandant. Il m’a été impossible d’opérer une analyse détaillée de l’équipement, mais il comporte des dissemblances notables avec la technologie que je connais. Les arborescences informatiques, notamment, semblent avoir été interconnectées via torsion spatiale, ce qui représente une augmentation de vitesse conséquente par rapport à ma circuiterie moléculaire. En outre, ces machines fonctionnaient selon un principe radicalement différent de ceux qui me régissent : elles maintenaient le flux des données à l’intérieur de champs de force semi-permanents et non pas dans des unités de stockage physiques. Mais les sources d’énergie étant épuisées depuis longtemps… » La voix électronique opéra une pause équivalente à un haussement d’épaules.
« Une récupération partielle de l’information ne s’est révélée possible que dans le cas de l’appareil numéro dix-sept, le bâtiment impérial Cordan. Malheureusement, sa capacité mémorielle est limitée : ce n’est qu’un véhicule subluminique utilitaire pouvant accueillir jusqu’à trois individus au maximum. En outre, il a rencontré des problèmes de torsion spatiale par le passé. La majeure partie des données ont été encodées selon un protocole militaire multi niveaux que je n’ai pas encore déchiffré, mais je pourrais sans doute y parvenir sur la base d’un échantillon plus étendu. L’information disponible se compose avant tout de registres opérationnels de routine et de matériel astronavigationnel.
» J’ai réussi à dater la catastrophe en consultant le dernier enregistrement effectué par le capitaine du Cordan. Le message ne contient aucune indication d’alerte et elle n’y fait hélas pas preuve de loquacité : elle se contente de notifier une invitation à dîner adressée à elle ainsi qu’aux membres de son équipage. La réception devait avoir lieu dans la résidence du gouverneur planétaire, sur Defram A-III.
— Rien d’autre ? demanda Ninhursag avec calme.
— Rien d’autre, lieutenant. Le Cordon contenait assurément plus d’informations, mais seul l’ordinateur de contrôle central utilisait une technique de stockage sur disque dur, or il tombe en ruine. J’ai localisé douze autres réseaux informatiques auxiliaires et extra-fonctionnels, mais aucun ne contient des données récupérables.
— Vlad ? » Colin se tourna vers son ingénieur en chef.
— J’aimerais pouvoir éclairer notre lanterne mais, comme nous ne voulons pas risquer une expédition, les données concrètes nous font cruellement défaut. Toutefois, nos robots téléguidés indiquent que la technologie locale était nettement plus avancée que celle de Dahak. D’un autre côté, peu d’éléments suggèrent des découvertes scientifiques cruciales ; on observe plutôt un extraordinaire perfectionnement de notre technologie.
— Comment se puet faire, cher Vlad ? demanda Jiltanith. Nostre Dahak n’a-t-il poinct à l’instant dict que leurs ordinateurs partagent piètre similitude avec sa propre configuration ?
— C’est juste, ’Tanni, mais les différences demeurent ténues. » L’ingénieur fronça les sourcils. « Ce que Dahak veut dire, c’est qu’ils ont fait énormément de progrès dans le domaine de l’ingénierie énergétique. Je ne peux pas me prononcer sans avoir entièrement désassemblé et remonté un de leurs appareils, mais ces mémoires entourées de champs de force devaient se manifester sous la forme de surfaces solides lorsqu’on les activait. L’Empirium tendait vers ce système avant la mutinerie : nos boucliers procèdent de la même technologie – à un niveau moins sophistiqué. Les impériaux avaient découvert le moyen d’exploiter cette méthode jusqu’au bout, de sorte qu’en comparaison même les molycircs auraient paru encombrants et grossiers, mais il n’empêche que la technique était théoriquement applicable depuis le début. Tu vois ? Leurs progrès restent anecdotiques. »
La jeune femme acquiesça avec douceur, et Colin appuya ses coudes sur la table.
« Eu égard à ce qui vient d’être dit, Dahak, quelles sont nos chances de collecter des infos utiles à partir d’autres ordinateurs que nous pourrions rencontrer ?
— À supposer qu’ils soient du type évoqué par le capitaine Tchernikov et qu’ils n’aient été ni alimentés ni entretenus : nulles. Notez toutefois que l’ordinateur de contrôle central du Cordan n’appartenait pas à cette catégorie.
— Ce qui veut dire ?
— Ce qui veut dire, commandant, qu’il est hautement probable que les unités de la Spatiale aient favorisé les techniques de stockage physique des données pour les systèmes d’importance majeure. Et cela parce que, justement, les procédés de mémorisation énergétique risquaient de mal fonctionner en cas de coupure de l’alimentation. Si c’est le cas, tout bâtiment subluminique de classe supérieure devrait nous fournir une quantité significative de données. Quant aux vaisseaux supraluminiques, ils disposaient probablement tous d’une copie de sauvegarde sur disque dur de l’ensemble de leurs informations.
— Je vois. » Colin bascula en arrière et se frotta les yeux.
« Bien. Nous sommes à cinq mois et demi de la Terre, et jusqu’ici nous n’avons trouvé qu’une base impériale complètement détruite et deux planètes mortes. Si Dahak se trompe à propos du choix de la Flotte de conserver toutes les données des ordinateurs centraux sur disque dur, nous ne pouvons même pas espérer découvrir ce qui s’est produit. Encore moins obtenir de l’aide des systèmes touchés par le désastre.
» Si nous faisons demi-tour à présent, nous atteindrons Sol plus d’une année avant l’arrivée des éclaireurs achuultani, ce qui nous permettrait au moins de participer à la résistance. Mais, dès lors, il deviendrait impossible de repartir vers l’Empirium – ou du moins d’y pénétrer plus avant – puis de retourner sur Terre à temps pour faire face à l’assaut principal. Voici donc la grande question : poursuivre notre route dans l’espoir de tomber sur… quelque chose ou rebrousser chemin tout de suite ? »
Il étudia les visages mais n’y décela que des miroirs de sa propre incertitude.
« À mon avis, nous ne devrions pas abandonner maintenant, déclara-t-il enfin. Comment remporter la victoire sans assistance ? Or nous ne sommes pas sûrs que l’Empirium ait été intégralement détruit. Pour être franc, je garde peu d’espoir, mais nous n’avons pas le choix : il faut foncer et prier. »
Jiltanith et MacMahan acquiescèrent d’un signe de tête imperceptible. Le reste de l’assemblée observa le silence. Puis Tchernikov leva la tête.
« Un détail, commandant.
— Oui ?
— Si Dahak a raison et que les unités de la Flotte impériale représentent une meilleure source d’information, peut-être faudrait-il nous concentrer sur les bases militaires et éviter les systèmes civils pour l’instant.
— C’est aussi mon avis, dit Colin.
— Nonobstant seroit prudent d’essayer quelques systèmes de plus avant que de saluer pour de bon ce secteur, songea Jiltanith à voix haute. Ai en l’idée qu’un autre monde se trouve d’icy éloigné d’à peine quinze années-lumière. Poinct ne feut base de la Spatiale, mais monde richement peuplé. Me leurré-je, Dahak ?
— Non, c’est exact, madame. Le système de Kano se situe à quatorze virgule six cent soixante et une années-lumière de Defram, c’est-à-dire à un jet de pierre sur la ligne droite qui mène à Birhat. Le dernier recensement dont je dispose indique une population d’environ neuf virgule quatre-vingt-trois milliards d’individus.
Colin réfléchit. À plein régime, le trajet jusqu’à Kano prendrait une semaine et des poussières…
« O. K., ’Tanni, mais si c’est à nouveau le désert qui nous attend là-bas, nous ne serons pas plus avancés. Le cas échéant, il serait peut-être bon de tenter notre chance au commandement central de la Spatiale, à Birhat même. »
Le choc se lut sur tous les visages. Le commandant comprenait fort bien la réaction de ses officiers : Birhat, situé à près de huit cents années-lumière de Sol, constituait une destination trop lointaine ; malgré sa vitesse, même Dahak ne pourrait ramener son équipage sur Terre avant la première vague d’assaut des Achuultani.
Oh oui ! Colin comprenait. Selon toute probabilité, l’énorme vaisseau serait à même de s’opposer aux éclaireurs ennemis, surtout si les forces mises en place par Horus – quelle que soit leur ampleur – venaient s’ajouter à sa puissance de frappe. Mais s’il se rendait à Birhat, Dahak n’aurait même pas l’occasion d’essayer… C’était à Colin de prendre la décision, et à lui seul.
« Je suis conscient des risques, continua-t-il d’une voix douce, mais les alternatives se font rares et nous n’avons plus le temps de courir les étoiles. À moins de trouver une réponse définitive à Kano, les jours nous seront bientôt comptés. Si nous optons pour aller à Birhat, il faudra éviter de dévier de notre trajectoire sous peine d’arriver trop tard sur Terre pour la deuxième et principale incursion. En revanche, si Dahak fait le trajet d’une traite à partir de Kano, nous disposerons de quelques mois pour fouiller les quartiers généraux de la Flotte et rentrer à la maison dans les temps. Envisageons le pire des scénarios : la totalité de l’Empirium se trouve dans le même état que Defram. Même dans ce cas, nous aurons au moins une chance d’apprendre ce qui s’est produit, et peut-être dénicherons-nous même des informations sur les coordonnées d’un secteur de l’Empirium encore actif – à supposer qu’il en existe. Je n’impose pas Birhat ; je dis juste que c’est peut-être le seul choix possible. »
Il marqua une pause pour leur permettre d’étudier la logique de son argumentation. En fait, il espérait presque qu’ils y décèleraient des failles, mais tout le monde approuva d’un hochement de menton.
« Très bien. Dahak : demande à Sarah de mettre tout de suite le cap sur Kano. Allons d’abord jeter un coup d’oeil là-bas, ensuite nous aviserons.
— À vos ordres, commandant.
— Ce sera tout, conclut Colin d’une voix pesante, puis il se leva. Si vous avez besoin de moi, je serai sur le pont. »
Il quitta la salle de conférence. Cette fois, Dahak s’abstint de rappeler le protocole à l’assemblée, comme s’il avait perçu l’humeur de son capitaine… mais les officiers se mirent quand même debout.
« Détection à douze minutes-lumière », annonça l’ordinateur. Colin écarquilla les yeux dans un élan d’espoir. L’étoile F5 appelée Kano flamboyait au coeur de l’holovisualisateur de Dahak, et la planète Kano-III – un simple point sur l’affichage – y brillait faiblement. Et Dahak avait été détecté ! Ce qui signifiait qu’il y avait une présence technologique dans le système !
Dahak coupa court à l’exaltation du commandant.
« Lancement hostile détecté, lâcha-t-il avec calme. Lancements multiples détectés. Missiles subluminiques en approche à soixante-dix-huit pour cent de la vitesse de la lumière. »
Des missiles ?
« Département tactique : code rouge un ! » ordonna sèchement Colin, et la réponse de Tamman lui parvint via ses neurorécepteurs. La toile de tractage se déploya, ce qui le plaqua contre sa couchette. Dahak activa son puissant arsenal tandis que les alarmes bio et audio appelaient l’équipage aux postes de combat.
« Pas d’actions offensives ! aboya Colin.
— Bien reçu. » La voix atone de Tamman était celle d’un homme en connexion étroite avec ses ordinateurs. Dahak dressa le bouclier et activa la défense antimissile. Colin se tut pendant que son personnel se préparait à défendre le vaisseau.
Sarah Meir, qui faisait partie intégrante du réseau tactique de Tamman, fit passer Dahak en vitesse subluminique maximale. Les manoeuvres d’évitement débutèrent et un champ étoilé tourbillonna autour de l’équipe de commandement un. Sur l’affichage holo, des points rouges fonçaient sur Dahak comme un banc de requins le suivant à la trace malgré ses tentatives d’esquive.
Les brouilleurs emprisonnèrent l’espace normal et l’espace distordu dans un filet d’interférences. Des taches bleues – représentant les leurres de cinq cents tonnes qui imitaient les signatures électronique et gravitonique du vaisseau – jaillirent du centre de l’image holo. Plus de la moitié des points rouges vacillèrent puis dévièrent de leur trajectoire – certains se mirent à pister les leurres, d’autres perdirent le nord au milieu des ondes parasites –, mais au moins cinquante d’entre eux se dirigeaient encore sur Dahak.
Les missiles filaient à près de 0,8 c mais, au vu de l’éloignement du vaisseau, ils semblaient faire du surplace. Pourquoi se déplaçaient-ils en mode subluminique ? Pourquoi l’ennemi n’utilisait-il pas des hypermissiles ? Pourquoi…
« Deuxième salve de projectiles détectée. »
Colin pesta.
Le bâtiment impérial passa en régime de défense active. L’emploi de missiles supraluminiques serait inutile car ils n’étaient pas prévus pour atteindre des cibles en mouvement. Tamman opta donc pour des antimissiles subluminiques. Les amorces de proximité s’enclenchèrent et des explosions de plusieurs mégatonnes fleurirent dans l’espace. Des lueurs aveuglantes grêlèrent l’animation 3D et les points rouges commencèrent à disparaître.
« Leurs structures défensives sont excellentes, commandant », observa l’IA, et MacIntyre perçut leur efficacité au travers de ses implants. Les systèmes électroniques de brouillage bernaient les missiles de Dahak : sur l’affichage, les points rouges virevoltaient de plus belle, coiffant leurs poursuivants au poteau.
« D’où proviennent les tirs ?
— Mes scanners ont détecté vingt-quatre objets en orbite autour de Kano-III. » Le vaisseau émit des rafales énergétiques à courte portée et pulvérisa douze autres missiles, mais il en restait encore en tout cas vingt à abattre. « Mais seuls quatre d’entre eux ont ouvert le feu. »
— Seulement quatre ? Colin cherchait à comprendre tandis que les douze derniers missiles succombaient aux assauts de Dahak. Il se rendit compte qu’il agrippait les accoudoirs de sa couchette. Que pouvait-il faire d’autre ?
Il y eut une détonation, et Dahak désactiva aussitôt le diagramme tridimensionnel afin de protéger les nerfs optiques du personnel de passerelle. Des ogives d’antimatière de plusieurs milliers de mégatonnes atomisèrent les ultimes défenses du bâtiment militaire, mais celui-ci était conçu pour faire face à de telles menaces, et des nuages de plasma éclatèrent devant lui, percés par son écran protecteur comme par une proue de navire. Puis, au milieu des explosions, émergea la vraie menace : un cortège de missiles gravitoniques – l’arme de prédilection de l’Empirium quand il s’agissait d’anéantir des bâtiments interstellaires.
Le vieux vaisseau spatial fit une embardée. En dépit de sa masse colossale et de la puissance titanesque de sa propulsion, il fit une embardée, comme un galion au mât brisé. L’estomac de Colin se souleva malgré le champ gravitationnel interne. Son esprit refusait de concevoir la terrible force de frappe capable de tels exploits. Les composants gravitoniques du bouclier poussèrent des cris de protestation, mais eux aussi avaient été construits, pour relever ce défi. Tant bien que mal, ils tinrent le coup.
L’hologramme se matérialisa de nouveau, fragmenté par des nuages de gaz et de chaleur désormais sur leur déclin, et l’annonce des avaries siffla à travers les neurocapteurs du commandant. Un schéma de la coque surgit au-dessus de la console. Deux triangles écarlates et lumineux de plus d’un kilomètre de profondeur déparaient l’hémisphère frontal du bâtiment.
« Dommages mineurs au niveau des quadrants alpha un et trois, spécifia Dahak. Pas de pertes humaines. Capacité opérationnelle à cent pour cent. Deuxième salve de missiles à hauteur du périmètre de sécurité. Troisième salve détectée. »
De nouveaux contre-missiles fendirent l’espace. Colin prit une décision.
« Département tactique : enclenchez les installations offensives !
— À vos ordres », répondit Tamman, et des cercles ambrés irradièrent du centre de l’holovisualisateur. Chaque anneau entourait une plateforme de missiles, mais, étant donné l’échelle de représentation et l’éloignement des machines, même Dahak ne pouvait indiquer les unités ennemies sur l’affichage. Colin déglutit. Contrairement à leurs assaillants, Tamman employait des hypermissiles.
« Lancement des ogives effectué ! » notifia l’IA. Puis, tout de suite après : « Cibles détruites. »
Les cercles ambrés se remplirent de petits éclats virulents, mais les deux salves de projectiles déjà lancées maintinrent leur cap. Dahak, qui avait emmagasiné une grande quantité de données à la faveur du premier assaut, réfléchit à la vitesse de l’éclair. Il anticipa les réactions de l’ennemi, et le réseau informatique de combat fit bon usage de ces prévisions : il téléguida les contre-missiles conformément à la vélocité et aux ruses des structures de parasitage électronique de l’adversaire et parvint à détruire bon nombre de missiles avec une précision redoutable.
Les armes à énergie entrèrent en scène dès que les survivants furent à portée de tir. De nouvelles cibles furent éliminées. Parmi la deuxième vague, seules trois d’entre elles – des capsules d’antimatière – percèrent le barrage. Le dernier missile de la troisième salve explosa à dix secondes-lumière du bouclier.
Colin s’affaissa dans sa couche.
« Dahak, y en a-t-il d’autres ? demanda-t-il, le timbre enroué.
— Négatif, commandant. Je détecte des systèmes de visée en activité à bord des sept installations restantes, mais aucun nouveau lancement.
— Des tentatives de communication ?
— Négatif. Et ils n’ont pas répondu à mes appels.
— Bon Dieu ! »
Le cerveau de Colin se remit en marche, mais rien de tout cela n’avait de sens. Pourquoi refuser tout contact et attaquer à vue ? Comment Dahak avait-il pu pénétrer si loin dans le système sans être repéré ? Pourquoi n’avaient-ils utilisé qu’un sixième de leur capacité défensive ? Tamman avait certes pulvérisé quatre plateformes, mais pourquoi l’ennemi n’avait-il pas déployé l’ensemble de ses forces ? Surtout après que leur vaisseau eut riposté avec une telle véhémence ?
« Essayons d’en savoir un peu plus. Sarah, réduis notre vitesse de moitié. Tamman : code rouge un maintenu. »
Ses implants lui transmirent l’assentiment de ses officiers. Le vaisseau s’élança avec prudence à 0,28 c. Colin observa la tridi un moment puis posa la nuque sur le dossier du fauteuil.
« Dahak : branche le multicanal.
— Multicanal activé, commandant.
— Message à tout l’équipage : il s’en est fallu de très peu, mais nous sommes en un morceau. Si quelqu’un désire un rapport détaillé des événements (il marqua un temps d’arrêt et sourit ; à son grand étonnement, un tel comportement lui parut naturel), qu’il ou elle s’adresse à Dahak plus tard. Mais, pour votre information immédiate, sachez que les tirs ont cessé.
Nous allons donc jeter un coup d’oeil de plus près. Ils refusent de communiquer, ce qui indique une attitude peu amicale, mais nous en saurons bientôt plus. Gardez votre calme. »
Il allait ordonner à Dahak de fermer le canal lorsqu’il se ravisa.
« Encore un détail : bien joué à vous tous ! Je suis fier de vous. Message terminé, Dahak.
— Déconnexion effectuée, commandant.
— Merci. » La voix douce de MacIntyre exprimait une gratitude qui englobait bien plus que l’assistance et la courtoisie du vaisseau. « Merci beaucoup. »