CHAPITRE II

LE PREMIER MORT

Je finis tout de même par dégoter mon personnage, au moment exact où je m’apprêtais à abandonner les recherches. Il était deux heures du matin. Il se tapait des huîtres en solo à la Riche-Bourriche, près de la fontaine des Innocents. Salle du fond, angle gauche, loin du trafic tumultueux qui régnait à l’extérieur. A l’abri des regards, aussi. Si je ne m’étais pas avancé dans le restaurant, plutôt par routine que par flair, je le loupais.

Avec son veston correct et sombre, presque noir, et son pantalon rayé de chef de rayon à la Samar, on l’aurait pris pour un parlementaire en attente de maroquin ministériel. Surtout qu’il avait l’air soucieux, ou alors c’était qu’il apportait à s’alimenter une gravité exceptionnelle. Il ne me semblait pas avoir remarqué cette particularité, en mai dernier. A part cela, il était toujours le même. Une bonne bouille de type mûr, pas trop mûr (à tous les sens du mot), aux traits un peu épais, glabre comme celle d’un larbin et surmontée de cheveux à peine argentés. Portant beau.

Je me plantai devant sa table. Il leva les yeux et me reconnut. Sa prunelle se fit immédiatement rigolarde.

— Tiens, tiens, Nestor Burma ! s’exclama-t-il.

Il ajouta, en se marrant de plus belle :

— Le roi des détectives, hé ?

Je haussai les épaules :

— Pas tellement. Votre femme m’a écrit.

— Comme toujours... Avec du retard, on dirait ?

— Les P.T.T. étaient en grève.

— Ah ! oui. Eh bien, asseyez-vous, Burma. On est de vieux copains, maintenant, hein ? C’est la troisième fois qu’on se rencontre, je crois ?

— Tout juste.

Je m’assis, après avoir accroché mon chapeau et mon pardessus à une patère.

Vous prenez quelque chose ? me demanda-t-il.

Volontiers, dis-je. Ne perdons pas les bonnes habitudes... Qu’il y en ait au moins quelques-unes qu’on ne perde pas, si vous comprenez l’allusion, mon cher Lheureux. Vous ne m’avez pas téléphoné, cette fois-ci.

Je souris. Il sourit également :

— Voyons, voyons, qu’est-ce que cela peut fiche, puisque vous m’avez retrouvé ?

Il me tendit la carte :

— Huîtres, soupe à l’oignon ou chateaubriand ?

— Chateaubriand.

— Ce sera deux, fit Lheureux, en se tournant vers le loufiat qui se balançait sur ses pieds plats, dans l’attente de la commande.

Le loufiat s’éclipsa. Lheureux remua sur sa chaise, revint à moi et remarqua :

— Vous prenez votre boulot au sérieux, on dirait.

— Il faut bien...

Je marquai un temps :

— ... Votre épouse semble commencer à en avoir marre, de vos fugues, mon cher.

Il eut un geste de dédain :

— Tant qu’elle ne fait que commencer...

Les chateaubriands s’annoncèrent et nous les attaquâmes. Je dis :

— Ça pourrait finir par un drame.

Il prit tout son temps pour mastiquer un morceau de viande et l’avaler.

— Mais non, mais non, protesta-t-il, je connais Emilie... Et puis, je ne vais pas tarder à rentrer, maintenant. Demain. Après-demain, au plus tard. A moins qu’après les postiers ce soient les cheminots qui débraient... Si nous parlions d’autre chose ?

Nous parlâmes d’autre chose, entre deux bouchées. Et pendant les bouchées, je regardais Lheureux et je pensais que c’était un drôle de zigue, et que Mme Lheureux devait être une drôle de ziguesse, et le ménage Lheureux un drôle de ménage, et Nestor Burma un drôle de détective, qui n’éprouvait aucun remords à se faire payer son tabac, entre autres choses, par des clients de cet acabit, pas exigeants sur le rendement, des comme il en faudrait beaucoup, ainsi que disait Gaby. De tout repos. Attitrés. Qui vous versent des rentes, pour ainsi dire ; qui vous nourrissent…

***

Ça avait commencé en 1952.

Un beau matin de mai, j’avais reçu une lettre postée à Limoges et émanant d’une certaine Mme Emilie Lheureux. Cette brave dame me disait avoir relevé mon nom dans le journal et mon adresse dans le Bottin. Elle s’excusait de me déranger pour une si petite chose, fort éloignée de mon activité habituelle, mais si c’était un effet de ma gentillesse... Elle avait la conviction qu’avec moi, ça ne traînerait pas. Bref, elle me racontait que son mari venait de faire une fugue. Il devait être à Paris. Qu’il prît un peu de bon temps, elle n’était pas contre  – la vie de province n’est pas toujours drôle et le printemps c’est le printemps, surtout pour un quinquagénaire (elle était très compréhensive, Mme Lheureux, et devait aimer beaucoup son mari) —, mais elle ne voulait pas que la plaisanterie s’éternisât. C’était une question de dignité. Pour elle. Alors, si je pouvais retrouver son mari et le remettre dans le train à destination de Limoges... Elle ajoutait quelques détails qui ne me servirent pas à grand-chose, joignait à sa lettre une photo du fugitif qui me fut plus utile et un mandat honnête dont j’avais eu tout de suite l’emploi.

J’avais trouvé mon bonhomme assez rapidement, grâce à un collègue de mon copain le commissaire Florimond Faroux, un flic de la brigade des garnis que j’avais mis à contribution. Une fois le provincial en bordée repéré, j’avais manœuvré pour faire sa connaissance, j’y étais parvenu, on s’était lié plus ou moins et j’avais profité d’un instant de moindre résistance, dû à l’ivresse, pour lui prêcher la morale et le retour au bercail. Un citoyen dont j’aurais pu être le fils ! Cette touchante scène pour sujet de pendule se passait aux Halles, chez le Père-Tranquille, le restau bien connu. Le décor allait avec le reste. Comme je ne lui avais caché ni ma profession ni la mission dont j’étais chargé, Lheureux rigolait franchement. Un détective ! Décidément, Emilie lisait trop de romans policiers. Marrant. Oui, vraiment marrant. Marrant ou pas, il s’était montré plus raisonnable que je ne l’avais supposé et j’avais bientôt reçu une autre lettre de Mme Lheureux, une lettre de remerciements.

Les mois passèrent. Mai 1953 arriva. J’avais complètement oublié mon noceur à la noix (la bringue à laquelle il se livrait était des plus modestes), lorsqu’il s’était annoncé lui-même au téléphone.  Il ricanait :

— Allô ! Nestor Burma ? Je suis de nouveau en java, mon cher détective. Ma femme ne vous a pas encore signalé la chose ?

— Pas encore.

— Ça ne saurait tarder. Dites-moi, en attendant et pour simplifier les choses, passez donc me prendre à mon hôtel. Je suis descendu au même que l’an dernier. Rue de Valois, oui. On fera la foire ensemble, si vous n’avez pas d’autre boulot. Et on se mettra d’accord sur mon train de retour…

Je l’avais trouvé un peu goguenard, l’année d’avant, mais cette fois, on aurait juré qu’il se payait carrément ma cafetière. Ah ! c’était comme ça ?

— Eh bien, rira bien qui rira le dernier, avais-je dit à Hélène, ma secrétaire. Puisqu’il m’invite à partager ses débordements, je ne vais pas me faire prier.

Le soir même, je l’avais pris à son hôtel.

Entre-temps, j’avais reçu la lettre de Mme Lheureux. Rédigée en les mêmes termes que la précédente, mais un tout petit peu plus nerveuse, dans l’ensemble. Elle commençait à trouver que ce qu’elle appelait une plaisanterie, si on voulait qu’elle reste bonne, ne devait ni se prolonger ni se répéter. A part donc le léger tremblement de colère qu’il me semblait discerner au bout de la plume qui avait tracé les mots, les instructions demeuraient inchangées : remettre le mari fugueur dans le train dès que possible.

Ce que j’avais fait quelques jours plus tard, après avoir accompagné Lheureux dans ses virées nocturnes. Il avait déjà pris ses habitudes, à Paris. (Qu’il connaissait bien, d’ailleurs, pour y avoir vécu de nombreuses années, jadis.) Mais dans ses javas, il restait terriblement province. Son emploi du temps était réglé comme du papier à musique. Restaurants, théâtres, cinés, sacrifices à Vénus, tout cela s’exécutait à heures fixes et aux mêmes endroits, voire avec les mêmes partenaires. Et toujours correct, même soûl. Sauf lorsqu’il avait envoyé balader la clocharde. Mais les cloches, mâles ou femelles, c’est crampon, ça ne pilonne pas discrètement. Bref, ça s’était passé en 1953 comme en 1952. J’avais embarqué mon Lheureux dans le train de Limoges, une nuit de cuite. Et parce qu’il existe un dieu pour les ivrognes, il était arrivé à bon port.

Tout le monde était satisfait : Mme Lheureux qui récupérait rapidement son mari en bon état ; le mari, qui s’accommodait de ma surveillance ; et Nestor Burma qui était payé pour rendre heureux le ménage Lheureux. Il n’y avait qu’à souhaiter que ça se renouvelle à chaque printemps.

Mais, aujourd’hui, nous étions en janvier. Louis Lheureux avait avancé la date du printemps. Il se moquait du calendrier grégorien, russe ou naturel. Un calendrier Lheureux, c’était ce qu’il y avait de mieux. Et si j’en croyais la lettre  – l’habituelle lettre  –, de Mme Lheureux, lettre qui trahissait, celle-là, des sentiments précis et très vifs d’inquiétude et d’irritation, et que j’avais reçue avec pas mal de retard à cause de ces grèves, il était à Paris depuis plusieurs jours. Le plus clair de l’affaire était que Mme Lheureux n’allait pas tarder à me retirer sa pratique. Je le sentais. Je ne lui avais pas été tellement utile, il fallait le reconnaître. Cette comédie  – toucher de la femme pour retrouver le mari et toucher du mari pour l’escorter pendant son séjour dans la capitale  – ne durerait pas toujours. Et peut-être parce que je sentais que je n’aurais plus à m’occuper de lui, j’étais parti dare-dare à la recherche de Lheureux qui, s’il était descendu toujours au même hôtel (pour ça, il ne se cachait pas), ne s’était pas manifesté, le petit futé ! Dans l’espoir de me faire régaler encore une fois, qui sait !

***

Me faire régaler !

Soyez donc détective !

Après avoir commandé un dessert, Louis Lheureux se leva pour aller aux “ où c’est ». Je restai seul devant un morceau de brie. Je l’avalai en parcourant un journal de la veille, raflé sur une chaise voisine où il traînait. M. René Coty, second président de la IVe République, avait adressé le message traditionnel aux deux Chambres. Emile Buisson, l’ennemi public numéro un, comparaissait devant la cour d’assises, en compagnie de tout son gang. Crise du logement à Berlin, où les représentants des Quatre Grands n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur le choix d’un local. Les recherches pour retrouver le tableautin de Raphaël fauché au Louvre  – le tableau et son voleur  – n’avaient encore donné aucun résultat. A Londres, un auteur de romans policiers, trouvé mort pieds nus dans la rue, posait sa dernière énigme à Scotland Yard. Au Maroc, le... Brusquement, je regardai l’heure. Ma montre était arrêtée. Je me démanchai le cou pour consulter le cartel fixé au mur de la grande salle. J’envoyai promener le journal. C’était bien ce que je pensais. Lheureux avait quitté notre table depuis un sacré bout de temps. Trop de temps pour qu’il revienne, maintenant. Sacré farceur. Il avait filé à l’anglaise. Ils en ont de gauloises, ces péquenots. Je me chatouillai pour me faire rire, — c’était encore le meilleur parti à prendre  –, mais je n’y parvins qu’imparfaitement. J’appelai le garçon et lui réclamai l’addition.

— Vous n’attendez pas ce monsieur ? dit-il, en désignant la chaise vide d’un mouvement de son menton mal rasé.

Je grognai :

— Ne soyez pas le second à vous foutre de moi en si peu de temps, voulez-vous ?

Ce n’est pas avec le pourboire que je lui laissai qu’il pourrait enlever une actrice du Français.

***

Dehors, pour arranger les choses, il bruinait. Je serpentai entre les tas de légumes odorants et si j’en avais gros sur la patate, ce n’était nullement pour sacrifier à la couleur locale. Louis Lheureux m’avait possédé comme un collégien, il ne servait à rien de le nier. L’hiver ne lui réussissait pas. Il était plus sociable au printemps. En hiver, il préférait ne pas me mettre dans le secret de ses fredaines, si je comprenais bien.

Au bout de quelques pas, je m’apaisai, m’intéressant aux allées et venues des détaillants qui se réapprovisionnaient en marchandant un peu, ce qu’ils ne tolèrent pas dans leurs boutiques. Soudain, les diables tirés par des types mal fringués, les fenwicks qui zigzaguaient dans la foule à grand renfort de coups de timbre lancinant, les piétons, se rangèrent en vitesse pour laisser passer un car de police fonçant à toute allure. Un gros rougeaud en canadienne, trônant sur un fond de caisse débordant d’oranges, interpella un de ses collègues :

— Oh ! P’tit-Jules ! qu’est-ce que c’est que ce bastringue ? Il y a déjà une petite Renault de la préfecture qui est passée, tout à l’heure. Ce n’est pas une rafle, pourtant !

— C’est le contrôle économique, dis-je.

Le type me toisa du haut de tous les biftecks qu’il avait engloutis, à l’époque des restrictions, principalement les jours sans viande :

Parlez pas de malheur, fit-il.

Et, aussi sec, il s’esclaffa. Le contrôle économique, depuis le temps, il avait appris à s’en foutre, selon toute apparence.

Un maigrichon en paletot de cuir s’approcha :

— C’est rue Pierre-Lescot, dit-il.

— Qu’est-ce que se passe ? demanda le rougeaud.

— Sais pas. C’est plein de flics.

Le rougeaud avança une lippe épaisse :

— Je vais boire un beaujolais, fit-il, comme s’il y avait un rapport.

Je filai vers la rue Pierre-Lescot, toute grouillante d’une foule de commerçants. Entre un marchand de fruits et une mûrisserie de bananes, un attroupement s’était formé, contenu par des flics en tenue. Le car était rangé un peu plus loin, ainsi qu’une Renault décapotable bleu marine. Je m’approchai.

— Circulez, disaient les agents.

Les autres faisaient les sourds. Sur le seuil de l’immeuble, encadré de plaques émaillées de toutes sortes, deux citoyens à touche d’inspecteurs discutaient le coup. Un troisième vint les rejoindre, émergeant des profondeurs obscures du couloir. Celui-là, il portait un imper mastic, un chapeau chocolat qui lui allait aussi mal que possible et une paire de bacchantes grisonnantes. C’était mon copain Florimond Faroux, le commissaire de la P.J. Je l’appelai, en agitant le bras. Il répondit de même et fit rompre en mon honneur le cordon de flics.

— Qu’est-ce que vous goupillez dans le coin ? fit- il, après m’avoir serré la main et présenté plus ou moins à ses sous-fifres.

— La tournée des grands-ducs, dis-je.

— Vraiment ?

— Même que je viens de me faire entôler. On peut porter plainte auprès de vous ?

— Je n’ai pas envie de rigoler...

Il bâilla :

— ... Je roupillais... J’étais de permanence, mais je roupillais et... enfin, c’est le boulot.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Du boulot pour les flics. C’est vous qui avez téléphoné ?

— Où donc ?

A la boîte.

— Non. On vous a téléphoné ?

— Oui.

— Ce n’est pas moi. Qu’est-ce qui vous fait croire...

— Je ne sais pas. Le fait de vous trouver dans mes eaux, peut-être. Etienne Larpent, ça vous dit quelque chose ?

— Non. Pourquoi ?

— Pour rien.

Il se mordilla la moustache, puis, avec un brusque mouvement de tête qui compromit fortement l’équilibre de son feutre :

— Venez. Vous avez déjà mis les pieds dans une mûrisserie ?

— Non, mais racontez-moi. Ça doit être passionnant, avec un guide de votre espèce. le suivis, pris en sandwich entre lui et le bourre qui nous emboîta le pas. Au fond du couloir, sous l’escalier conduisant aux étages, une porte basse s’ouvrait sur un autre, celui qui menait aux caves, un escalier tournant, abrupt, aux marches de pierre usées. A mesure que nous descendions, la température s’élevait. Nous parvînmes sur un palier violemment éclairé par la lumière provenant d’une petite pièce, au sol jonché de papiers froissés et de frisure, et dans laquelle un homme au teint basané faisait des comptes, debout devant un pupitre bancal. Deux autres hommes, le menton bleui par le rasoir, déplaçaient d’énormes régimes de bananes.

Salud, dit Faroux. Mon copain voudrait voir les chambres.

— O.K. ! fit un des hommes, avec l’accent espagnol.

Ça faisait drôle, mais personne ne rigola. Tout le premier, le type était lugubre. Il nous fit signe de le suivre, nous entraîna dans un couloir étroit, manœuvra un interrupteur électrique et ouvrit la porte d’un réduit. La chaleur de serre était entretenue par quatre petits becs de gaz nus qui brûlaient sans arrêt, le long du mur. Suspendus à des tringles, au bout de longs crochets de fer, les régimes de bananes passaient lentement, au long des heures, du vert le plus cru au jaune canari.

— Très intéressant, dis-je. Et alors ?

— Venez, dit Faroux.

Nous regagnâmes l’escalier, suivis des yeux par les bananiers, aussi muets que des carpes.

— Ce sont des Hispanifles, expliqua Florimond. Pour le moment, ils sont calmes. En temps ordinaire, ils n’arrêtent pas de chahuter et on les croirait toujours en train de chanter un flamenco. C’est pourquoi ils n’ont rien vu et rien entendu.

— Il y avait quelque chose à entendre ?

— Venez toujours voir ce qu’il y a à voir.

Nous atteignîmes le deuxième sous-sol, en dérapant deux ou trois fois sur les marches glissantes. Une porte à claire-voie, à la serrure rudimentaire forcée, béait sur une cave tout en longueur. L’éclairage était moche et parcimonieux, avec tout juste une ampoule sur le palier et une autre fixée à la voûte, ménageant des coins obscurs où les araignées devaient pulluler. Des cageots, des billots, des emballages de toutes formes s’entassaient en pagaille. Comme en haut, comme dans n’importe quel coin de ce sacré quartier, on marchait sur des papiers abandonnés et de la frisure.

Deux hommes, dans le fond de la cave, se découpaient en ombres chinoises sur la lumière crue d’une lampe à acétylène brandie par un flic. Ils étaient penchés sur le sol, leurs épaules comme soudées. A notre arrivée, ils se redressèrent et s’écartèrent l’un de l’autre, pour se retourner.

L’homme portait de luxueuses chaussures de cuir souple et un complet gris foncé provenant en ligne directe des ateliers d’un grand tailleur. Son gilet était déboutonné et sa chemise de soie béait sur sa poitrine. En dépit du désordre de sa toilette, il conservait une certaine élégance et devait avoir belle prestance... debout.

 Pour le moment, il était allongé et le resterait longtemps. Un ou plusieurs coups de feu  – pris en pleine poire et qui avaient emporté la moitié du visage  – lui interdisaient à jamais la station verticale.