APPENDICES
SIJALOVADA SUTTA
RÈGLES DE MORALITÉ À L’USAGE DES LAÏQUES
Ainsi ai-je entendu :
En ce temps-là, le Bouddha séjournait près de Râjagaha(165), dans le parc appelé Vélouvana.
Un jour, le jeune chef de famille Sijâla, s’étant levé de grand matin, sortit de la ville et se tenant debout, les cheveux et les vêtements ruisselants d’eau, élevant ses mains jointes au-dessus de sa tête, il rendait un culte aux points cardinaux : à l’Est, au Sud, à l’Ouest, au Nord, au Nadir et au Zénith.
Cependant, le Bouddha, s’étant levé de grand matin, s’habilla et, muni de son bol à aumônes, se dirigea vers Râjagaha pour y quêter sa nourriture. Apercevant, sur sa route Sijâla avec ses vêtements et ses cheveux mouillés, élevant ses mains jointes vers le ciel et se prosternant dans la direction des points cardinaux, le Vénérable le questionna :
— Pourquoi donc, ô jeune homme, t’es-tu levé à cette heure matinale et, quittant Râjagaha, te tiens-tu ici, les vêtements et les cheveux mouillés, rendant un culte aux points cardinaux ?
— Maître, mon père à son lit de mort me dit : « Mon fils, ne néglige point de rendre un culte aux points cardinaux. » Ainsi, plein de respect et de vénération pour ses paroles, les tenant pour sacrées, je sors de la ville de grand matin pour adorer l’Est, le Sud, l’Ouest, le Nord, le Nadir et le Zénith.
— Ce n’est point de cette manière, ô jeune homme, que les sages enseignent à révérer les points cardinaux.
— Comment donc alors, ô Maître, doit-on les révérer ? Veuille m’éclairer afin que je connaisse l’enseignement des sages.
— Écoute donc, ô jeune homme, prête attention à mes paroles, je t’en instruirai.
— Qu’il en soit ainsi, répondit Sijâla.
Et le Bouddha parla :
— Jeune homme, le disciple des sages a rejeté les quatre souillures ; les quatre tendances entraînant au mal ont cessé d’avoir prise sur lui, il a évité les six façons de dissiper son bien et par là, affranchi des quatorze maux et veillant aux points cardinaux, il marche victorieux à travers les mondes. Pour lui, ce monde et les autres sont également bénis et il renaîtra dans une demeure céleste.
Quelles sont les quatre souillures ?
Ôter la vie est une souillure.
Prendre ce qui n’a pas été donné est une souillure.
L’impureté des mœurs est une souillure.
Le mensonge est une souillure.
Ces quatre souillures sont rejetées par celui qui mène une vie sainte.
Quelles sont les dispositions néfastes qui entraînent les hommes à commettre le mal ?
La partialité entraîne les hommes à commettre le mal.
La colère entraîne les hommes à commettre le mal.
L’ignorance entraîne les hommes à commettre le mal.
La crainte entraîne les hommes à commettre le mal.
La partialité, la colère, l’ignorance et la crainte ayant cessé d’exercer leur action sur le disciple des sages, ces tendances néfastes ne peuvent plus l’entraîner au mal.
Le renom de celui qui par partialité, colère, ignorance ou crainte s’écarte de la justice passera et s’éteindra comme la lune à son déclin ; mais la gloire de celui qui, s’étant libéré de ces obstacles, demeure fidèle à la justice, grandira comme la splendeur de la lune croissante.
Quelles sont les six manières de dissiper son bien ?
L’intempérance.
L’amour du théâtre et des fêtes.
Les mauvais compagnons.
Le jeu.
La paresse.
L’habitude de passer les nuits à errer par la ville.
Ces six choses conduisent un homme à la misère.
Six maux, ô jeune homme, sont liés à l’intempérance : la pauvreté, les querelles, les maladies, l’avilissement du caractère, le scandale, l’affaiblissement des facultés.
Six maux attendent celui qui erre la nuit par la ville : sa vie est en danger, sa femme et ses enfants demeurent sans protection, ses biens ne sont pas gardés, il encourt le soupçon de fréquenter les lieux mal famés, de mauvais bruits circulent à son propos, le chagrin et le remords le suivent.
Six maux sont le partage de celui que domine la passion des plaisirs mondains. Sa vie est tout absorbée par la préoccupation de savoir où l’on dansera, où l’on chantera, où l’on fera de la musique, où l’on déclamera, où il y aura des faiseurs de tours, où il y aura quelque chose à voir.
Six maux attendent le joueur : s’il gagne, il est en butte à l’animosité ; s’il perd, le chagrin l’assaille. Il dilapide sa fortune. Sa parole est sans valeur devant les magistrats. Ses amis et ses parents le méprisent. On le considère comme inapte au mariage, car suivant l’expression commune : « Le joueur est incapable de pourvoir aux besoins d’une épouse. »
Six maux sont le partage de celui qui fréquente de mauvais compagnons : il n’a pour amis que des joueurs, des débauchés, des tricheurs, des coquins, des hors-la-loi.
Six maux attendent le paresseux : il dit : il fait trop froid pour travailler, il fait trop chaud pour travailler, il est trop tôt pour travailler, il est trop tard pour travailler, j’ai faim et ne puis travailler, j’ai trop mangé et ne puis travailler ; et, tandis que sa vie passe de la sorte, négligeant ses devoirs, il n’acquiert pas de nouveaux biens et perd ceux qu’il possédait.
Certains amis ne sont que de joyeux compagnons, certains sont de faux amis. Le véritable ami est celui qui nous demeure fidèle alors que nous avons besoin de lui.
S’attarder à dormir après que le soleil est levé, commettre l’adultère, être vindicatif, malveillant, avare, avoir de mauvaises relations, ces six choses conduisent un homme à sa perte.
Celui qui prend pour compagnons des hommes adonnés au mal, qui commet de mauvaises actions, celui-là se perd lui-même dans ce monde et dans les autres.
Le jeu, la débauche, la passion de la danse, du chant (des fêtes), dormir le jour et rôder la nuit, les mauvaises compagnies et l’avarice, ces six choses mènent un homme à sa ruine.
Malheur au joueur, à celui qui s’enivre, qui a des relations coupables avec la femme d’autrui, qui suit les méchants et n’honore pas les sages, il s’éteindra comme la lune à son déclin.
Celui qui s’adonne aux boissons enivrantes devient nécessiteux et misérable ; toujours brûlé d’une insatiable soif, il sombre dans les dettes comme d’autres sombrent dans l’eau et plonge sa famille dans la détresse.
Celui qui dort le jour et rôde la nuit par la ville, qui est toujours plein de boisson et livré à la débauche, est incapable de soutenir une famille.
La pauvreté s’emparera de celui qui dit : il fait trop chaud, il fait trop froid, et néglige ainsi sa besogne journalière ; mais celui qui accomplit son devoir d’homme, ne se souciant pas plus que d’un fétu du froid et du chaud, assurera son bonheur.
De quatre sortes sont ceux qui, paraissant être nos amis, ne sont que des ennemis déguisés. Ce sont les amis intéressés, les gens bons à rien, les flatteurs et les débauchés.
De quatre façons l’homme intéressé se montre un faux ami : il s’enrichit à vos dépens ; il exige beaucoup et donne peu en retour il ne se conduit avec équité que lorsqu’il y est contraint par la crainte et il ne vous oblige que par un mobile égoïste.
De quatre façons l’homme bon à rien se montre un faux ami. Il se vante de ce qu’il aurait voulu faire pour vous ; il se vante de ce qu’il voudrait faire pour vous ; il se répand en un flot de compliments, mais lorsque vous réclamez ses services, il s’excuse, prétextant l’impossibilité où il est de vous aider.
De quatre façons le flatteur se montre un faux ami : il vous approuve lorsque vous faites le mal, il vous approuve lorsque vous faites le bien ; il vous loue en votre présence et médit de vous quand vous êtes absent.
De quatre façons le débauché se montre un faux ami. Il est votre compagnon lorsqu’il s’agit de boire, de courir la nuit par la ville, d’aller dans les lieux de plaisir ou les maisons de jeu.
Connaissant pour ce qu’ils sont les amis intéressés, déloyaux, flatteurs et ceux qui ne sont que des compagnons de débauche, l’homme sage s’écarte d’eux comme il le ferait d’une route semée d’embûches.
Les vrais amis, ô jeune homme, sont l’ami vigilant, celui dont les sentiments envers vous demeurent les mêmes dans la prospérité et dans l’adversité, celui qui vous donne de bons conseils, celui qui vous entoure de sa sympathie.
De quatre façons l’ami vigilant se montre un véritable ami. Il veille sur vous lorsque vous êtes sans défense ; il surveille vos biens lorsque vous êtes négligent ; il vous offre un asile au moment du danger et lorsqu’il le peut il vous procure le moyen d’accroître votre fortune.
De quatre façons celui dont les sentiments envers vous demeurent les mêmes dans la prospérité et l’adversité se montre un véritable ami : il vous confie ses secrets et garde fidèlement les vôtres ; il ne vous abandonne pas dans les ennuis et il sacrifierait sa vie pour votre salut.
De quatre façons le bon conseiller se montre un véritable ami : il combat vos vices, il vous encourage à la vertu, il vous instruit, il vous indique la voie conduisant aux mondes supérieurs.
De quatre façons celui qui vous entoure de sa sympathie se montre un véritable ami : il compatit à vos peines ; il se réjouit de votre bonheur, il intervient pour arrêter ceux qui disent du mal de vous, il applaudit ceux qui disent du bien de vous.
Discernant les vrais amis, l’ami vigilant, l’ami fidèle, le bon conseiller et celui qui vous entoure de sa sympathie, le sage s’attache à eux comme la mère s’attache à son jeune fils.
D’un éclat semblable à celui du feu ardent brille le sage attaché à la justice.
De même que peu à peu s’élève le nid des fourmis, ainsi s’accumulent les richesses de celui qui amasse son bien comme les abeilles amassent leur miel. Acquérant de la sorte sa richesse, il n’attirera pas la réprobation sur sa famille.
Qu’il divise ce qui lui appartient en quatre parts. Une part servira à son entretien, les deux autres seront consacrées à ses affaires ; qu’il épargne, ensuite, la quatrième, afin de la trouver en cas de mauvaise fortune.
De quelle manière le disciple des sages révère-t-il les points cardinaux ? Sache d’abord, ô jeune homme, ce que représentent les points cardinaux : l’Est représente les parents, le Sud les éducateurs, l’Ouest la femme et les enfants, le Nord les amis, le Zénith les maîtres spirituels, le Nadir les serviteurs et ceux qui dépendent de nous.
Un fils témoigne de cinq manières sa vénération à ses parents : il subvient à leurs besoins comme ils ont subvenu aux siens, il les remplace dans les devoirs qui leur incombent ; il se rend digne de devenir leur héritier, il veille sur ce qu’ils possèdent et lorsque ses parents sont morts il conserve respectueusement leur mémoire.
Les parents manifestent de cinq manières leur amour pour leurs enfants : ils les préservent du vice, ils leur procurent une bonne éducation, ils les marient honorablement et, en temps opportun, leur cèdent l’héritage familial.
L’élève honore ses éducateurs de cinq manières : en se levant devant eux, en les servant, en leur obéissant, en leur procurant ce dont ils ont besoin, en étant attentif à leurs leçons.
Le maître montre de cinq manières son affection pour ses élèves. Il les exerce à tout ce qui est bien, il leur enseigne à s’attacher au savoir, il les instruit dans les sciences et les diverses connaissances, il dit du bien d’eux et les protège en cas de danger.
Le mari manifeste de cinq manières son amour pour sa femme. Il la traite avec respect, avec bonté, il lui est fidèle, il a soin qu’elle soit honorée par autrui, il subvient à ses besoins d’une façon convenable.
La femme montre de cinq manières son amour pour son mari. Elle dirige sa maison avec ordre ; elle reçoit d’une façon hospitalière la famille et les amis de son mari ; sa conduite est pure ; elle est une habile maîtresse de maison et s’acquitte avec zèle et adresse des devoirs qui lui incombent.
Un homme montre ses sentiments d’amitié de cinq manières : en étant généreux, affable, bienveillant, en agissant envers les autres comme il désirerait que l’on agisse envers lui, en partageant avec ses amis les choses dont il jouit.
De cinq manières aussi doit-on répondre à cette conduite de son ami : en veillant sur lui lorsqu’il n’est pas sur ses gardes, en surveillant ses biens quand il les néglige, en lui offrant un asile en cas de danger, en ne le délaissant pas dans le malheur, en témoignant de l’intérêt et de la bienveillance à sa famille.
Le maître doit pourvoir de cinq façons au bien-être de ses serviteurs : en proportionnant leur travail à leurs forces, en leur donnant une nourriture et un salaire convenables, en les soignant lorsqu’ils sont malades, en partageant avec eux les friandises ou les occasions de plaisir exceptionnelles dans le train de vie de la maison, en leur accordant des loisirs.
De cinq manières aussi les serviteurs doivent répondre à cette conduite de leur maître : en se levant avant lui, se couchant après lui, en étant satisfaits de ce qu’il leur accorde, en accomplissant leur travail avec conscience et en disant du bien de lui.
L’homme vertueux servira ses maîtres spirituels par des actes, des paroles, des pensées empreintes d’affection, en les accueillant avec empressement, en subvenant à leurs besoins matériels.
De cinq manières aussi ceux-ci répondront à la conduite de leur disciple : ils le préserveront du vice, ils l’encourageront à la vertu, ils seront pleins de bienveillance et d’affection envers lui, ils l’instruiront des vérités spirituelles, élucideront ses doutes et lui indiqueront la voie conduisant aux mondes supérieurs.
Celui-là sera loué qui est sage et vit vertueusement, paisible, prudent, modeste, toujours prêt à s’instruire. Celui-là sera loué qui est énergique et vigilant, inébranlable dans l’adversité, persévérant et sage. Celui-là sera honoré qui est bienveillant, aimable, reconnaissant, généreux, qui sert de guide, d’instructeur, de conducteur aux hommes.
La générosité, la courtoisie, la bienveillance pratiquées en toutes circonstances et envers tous sont, au monde, ce que le pivot est au char.
Parce qu’ils entretiennent et propagent ces vertus, les sages sont dignes de louanges.
Après que le Bienheureux eut parlé ainsi, Sijâla s’écria :
— Tes paroles sont merveilleuses, ô Maître. C’est comme si l’on redressait cela qui a été renversé, comme si l’on découvrait ce qui était caché, comme si l’on conduisait dans le droit chemin le voyageur égaré, comme si l’on allumait une lampe dans les ténèbres de sorte que ceux qui ont des yeux puissent voir ce qui les entoure. Ainsi le Vénérable, par de multiples comparaisons, m’a fait connaître la vérité.
Je remets ma confiance en toi, Seigneur, dans la Loi et dans la Communauté, reçois-moi comme ton disciple à partir de ce jour jusqu’à la fin de ma vie.
MAHAMANGALA SUTTA(166)
Dans ce sutta, le Bouddha est supposé répondre à un dieu qui lui a posé la question suivante : « Les dieux, comme les hommes, diffèrent d’opinion quant à ce qui est le plus grand bien pour eux. Dis-nous, toi. Vénérable, quel est le plus grand bien. » Le Bouddha déclare :
« Ne pas servir les sots, servir les sages, honorer ceux qui sont dignes de respect.
« Habiter un pays agréable ; avoir accompli de bonnes actions dans ses vies précédentes et avoir de bons désirs dans le cœur.
« Beaucoup de lucidité et d’instruction ; la maîtrise de soi, une façon agréable de parler.
« Subvenir aux besoins de ses parents, chérir sa femme et ses enfants, avoir une profession paisible.
« Faire la charité, vivre en juste, avec droiture, aider ceux de sa famille, n’accomplir que des actions irréprochables.
« Éviter les fautes, s’abstenir de boissons enivrantes, ne pas se lasser de faire le bien.
« Respect, modestie, contentement, reconnaissance. Écouter prêcher la Doctrine en temps voulu.
« Être patient et doux, avoir la compagnie de gens paisibles, s’entretenir de choses spirituelles en temps opportun.
« Un esprit qui demeure ferme parmi les vicissitudes de la vie, qui ne s’abandonne ni au chagrin, ni à la passion. Toutes ces choses sont de grands biens.
« Ils sont de toutes parts invincibles, ceux qui se conduisent de cette manière ; ils cheminent partout en sécurité et le plus grand bien leur appartient. »
VASALA SUTTA(167)
Un brahmane s’étant prévalu de son rang social, le Bouddha le reprend et lui dit quels sont ceux qui doivent, dans la société, être considérés comme de vils parias.
« L’homme qui est coléreux, haineux, méchant et hypocrite, qui professe des vues fausses.
« Quiconque fait du mal aux êtres vivants, et est dénué de compassion.
« Quiconque assiège les villes et les villages (fait la guerre), se conduit en ennemi.
« Quiconque s’approprie le bien d’autrui, que ce soit dans un village ou dans la solitude des bois.
« Quiconque qui, ayant réellement contracté une dette, chasse son créancier en disant qu’il ne lui doit rien.
« L’homme qui, pour son avantage, pour acquérir des richesses, fait un faux témoignage quand il est appelé comme témoin.
« Celui qui a des relations illicites avec les femmes des membres de sa famille ou celles de ses amis, que ce soit en leur faisant violence ou avec leur consentement.
« Celui qui, étant capable de les secourir, laisse sa mère ou son père dans le besoin, alors qu’ils sont devenus vieux.
« Celui qui, de propos délibéré, donne de mauvais conseils et prépare de méchants plans, en secret.
« Celui qui, ayant joui de l’hospitalité d’autrui, ne la lui retourne pas.
« Celui qui se glorifie et méprise autrui, manifestant de l’orgueil bien qu’il soit, lui-même, méprisable.
« Celui qui provoque la colère d’autrui, qui est avare, qui a de bas désirs, qui est envieux, rusé.
« Que l’on considère tous ceux-ci comme de vils parias.
« Celui qui, sans être un saint et un sage (arhan), prétend en être un est le plus grand des voleurs.
« Ce n’est pas la naissance qui fait d’un homme un paria ou un brahmane ; suivant les actes que l’on accomplit, on devient un paria ou un brahmane. »
EXTRAITS DU BODHICARYÂVATARA(168)
Puissé-je être, pour tous les êtres, celui qui calme la douleur. Puissé-je être, pour les malades, le remède, le médecin, l’infirmier, jusqu’à la disparition de la maladie. Puissé-je être, pour les pauvres, un trésor inépuisable, être prêt à leur rendre tous les services qu’ils désirent.
Je livre ce corps au bon plaisir de tous les êtres. Qu’ils le frappent, l’outragent, qu’ils s’en fassent un jouet, un objet de dérision et d’amusement. Que m’importe ? Qu’ils fassent faire à mon corps tous les actes qui peuvent leur être agréables. Mais que je ne sois pour personne l’occasion d’aucun dommage. Si leur cœur est irrité et malveillant à mon sujet, que cela même serve à réaliser les buts de tous. Que ceux qui me calomnient, me nuisent, me raillent, et tous les autres obtiennent l’illumination spirituelle.
Puissé-je être le protecteur des abandonnés, le guide de ceux qui cheminent et pour ceux qui désirent l’autre rive(169) être la barque, la chaussée, le pont ; puissé-je être la lampe de ceux qui ont besoin de lampe, l’esclave de ceux qui ont besoin d’esclave ; être le Joyau miraculeux, l’Urne d’abondance, la Formule magique, la Plante qui guérit, l’Arbre des souhaits(170).
Il faut cultiver l’énergie ; la Connaissance a son siège dans l’énergie ; sans l’énergie le mérite spirituel est impossible.
Qu’est-ce que l’énergie ? – Le courage au bien. Quels en sont les adversaires ? – L’indolence, l’attachement au mal, le découragement et le mépris de soi.
L’inertie, le goût du plaisir, la torpeur, le besoin d’appui engendrent l’insensibilité à la douleur des existences successives et de là naît l’indolence.
Tu es au pouvoir de ces pêcheurs, les passions, puisque tu es tombé dans le filet des naissances. Comment n’as-tu pas encore compris que tu es entré dans la gueule de la Mort ?
Ne vois-tu pas tous tes compagnons mourir l’un après l’autre ? Et cependant tu te laisses aller à l’indolence comme un buffle de paria.
La mort te guette, toute issue t’est fermée. Comment peux-tu prendre plaisir aux repas, au sommeil, à l’amour ?
Quand la mort fondra sur toi, tu secoueras ton indolence, mais que pourras-tu faire alors ?
« Ceci reste à faire, ceci est seulement commencé, ceci n’est qu’à moitié fait, et voilà que la mort surgit à l’improviste. » Ainsi penseras-tu en voyant tes parents désespérés, les yeux gonflés et rougis par les larmes, et, devant toi, la face des messagers du Roi de la mort.
Ayant d’abord mesuré sa force, qu’on entreprenne ou non ; car mieux vaut s’abstenir que de renoncer après avoir entrepris.
Il faut que je sois vainqueur de tout sans être vaincu par rien.
Toute action a pour but le bonheur : elle peut le donner ou non ; mais celui dont le bonheur consiste dans l’action même, comment serait-il heureux s’il n’agit pas ?
Si vous faites quelque chose dans l’intérêt d’autrui, pas d’orgueil, pas de complaisance, pas de désir de rétribution. N’ayez qu’une seule passion : celle du bien des autres.
De même que tu souhaites te défendre contre la misère, le chagrin, etc., de même il faut que la pensée de protection, de bonté envers les êtres devienne pour toi une habitude.
Loin de travailler à leur bien-être commun, ce qui est le principe du bonheur dans ce monde et dans les autres, les hommes ne cherchent qu’à se nuire et expient cet égarement par de terribles souffrances.
EXTRAITS DU DHAMMAPADA(171)
La vigilance est la voie de l’immortalité, la nonchalance la voie de la mort. Ceux qui sont vigilants ne meurent pas, les nonchalants sont déjà comme morts.
Ceux qui connaissent ces choses, qui savent être réfléchis, ceux-là trouvent leurs délices dans la réflexion et font leur joie de la Connaissance des Aryas(172).
Par la méditation, la persévérance, l’énergie inlassable, les sages atteignent le nirvâna, la béatitude suprême.
L’homme qui a éveillé, en lui, la réflexion, qui vit purement, agit avec sagacité, verra sa force s’accroître.
Par l’attention continue, la réflexion, la tempérance, l’empire sur soi-même, le sage se construit, à lui-même, une île que les flots ne peuvent pas submerger.
Ne courez pas après les choses vaines : le plaisir, l’amour, la convoitise. Une grande joie réside dans la réflexion et la méditation.
Lorsque par la réflexion le savant a rejeté toutes les vanités, il s’élève, alors, jusqu’à la tour de veille de la clairvoyance et, de là, libéré de la souffrance, du même œil que celui qui est sur une montagne regarde ceux qui sont dans la plaine, il regarde la foule affligée et sotte.
Réfléchi parmi les irréfléchis, éveillé au milieu des endormis, l’homme intelligent avance, laissant les autres aussi loin derrière lui qu’un rapide coursier laisse un cheval débile.
C’est à vous de faire l’effort, les Bouddhas ne font qu’enseigner.
Subjugue la colère par la bienveillance, surmonte le mal par le bien ; conquiers celui qui est avide par la libéralité, et le menteur avec des paroles de vérité.
De même que les hautes chaînes de montagnes restent immobiles au milieu de la tempête, ainsi le vrai sage demeure inébranlable parmi la louange et le blâme.
Celui qui s’efforce d’atteindre son bonheur personnel en maltraitant ou en faisant périr des êtres qui, eux aussi, tendaient vers le bonheur, ne trouvera pas le bonheur.
Dites la vérité, ne vous abandonnez pas à la colère, donnez du peu que vous possédez à celui qui vous implore. Par ces trois pas vous approcherez des dieux.
Celui qui n’est point actif lorsque c’est le temps d’être actif, qui, jeune et fort, s’abandonne à la paresse, dont la volonté et l’esprit sont sans énergie, ce paresseux ne trouvera jamais la voie qui mène à la Connaissance.
« Résiste avec énergie au torrent, ô Brahmana(173). Ayant compris comment se dissolvent les formations (samskâras), tu comprendras cela qui n’est pas formé (cela qui n’est pas un groupe d’éléments impermanents).
« Ce ne sont ni les cheveux tressés, ni la naissance, ni les richesses qui font le Brahmana. Celui en qui résident la vérité et la justice, celui-là est bienheureux, celui-là est un Brahmana.
« À quoi bon ces cheveux tressés ? Ô fou ! À quoi bon un vêtement en peau de chèvre ? Le désordre est en toi, tu ne soignes que l’extérieur(174).
« Je n’appelle point un Brahmana celui qui est issu de telle origine ou né de telle mère. Celui-là peut être arrogant, celui-là peut être riche. Celui qui est pauvre et détaché de tout, celui-là, je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui, ayant brisé tous les liens(175), inaccessible à la crainte, est libre de toute servitude et inébranlable, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui a brisé la courroie, la corde et la sangle, qui a détruit tout obstacle, qui est Éveillé(176), celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui sur lequel les plaisirs des sens glissent comme l’eau sur une feuille de lotus ou la graine de moutarde sur une pointe d’aiguille, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui, en ce monde, a su mettre un terme à sa douleur, qui a déposé son fardeau, que rien ne peut troubler, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui dont la science est profonde, qui possède la sagesse, qui discerne la voie droite de la voie fausse, qui a atteint le plus haut but, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui se tient à l’écart à la fois des laïques et des religieux(177), qui, se contentant de peu, ne va pas frapper aux portes ; celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui n’use de violence ni envers les faibles, ni envers les forts, qui ne tue point, qui ne fait point tuer, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui est tolérant avec les intolérants, doux avec les violents, sans cupidité parmi les hommes cupides, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui de qui sont tombés l’envie, la haine, l’orgueil et l’hypocrisie, comme tombe la graine de moutarde placée sur la pointe d’une aiguille, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui fait entendre des paroles instructives, véridiques, sans rudesse, qui n’offensent personne, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui ne convoite plus rien, ni en ce monde, ni en un autre, qui est détaché de tout, inaccessible au trouble, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui n’a plus d’attaches, que le savoir préserve des “pourquoi ?” qui a atteint la profondeur où la mort n’est plus, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui a secoué, en ce monde, les deux chaînes, celle du Bien et celle du Mal, qui est pur, exempt de souffrance et de passion, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui, dans sa sérénité, sa pureté, sa paix inaltérable, brille, semblable à la lune immaculée, qui a tari, en lui, la source de toute joie, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui a traversé la route fangeuse, l’inextricable monde difficile à traverser(178) et ses vanités, qui, ayant achevé la traversée et atteint l’autre rive, est réfléchi, ferme, exempt de doutes, d’attachements, et satisfait, celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui, délaissant tous liens avec les hommes, s’est élevé au-dessus de tout lien divin, qui est libéré de tous les liens(179), celui-là je l’appelle un Brahmana.
« Celui qui a rejeté ce qui cause du plaisir et ce qui cause de la souffrance, qui est impassible, délivré de tous germes(180), le héros qui s’est élevé au-dessus de tous les mondes, celui-là je l’appelle un Brahmana. »
LA SECTE DE MÉDITATION
La place m’a manqué pour aborder, dans le présent livre, l’étude des doctrines et des méthodes spéciales à la secte bouddhique mahâyâniste dite secte de Méditation (Ts’san en chinois ; Zen en japonais). L’interprétation curieuse et extrêmement intéressante que les docteurs de cette secte ont donnée du Bouddhisme exige, pour être rendue claire à des lecteurs occidentaux, qu’on lui consacre une étude séparée. Je me propose de le faire. En attendant, je dois me borner à indiquer brièvement les tendances générales de cette École qui est encore très florissante, de nos jours, parmi l’élite intellectuelle japonaise(181).
Le passage suivant est extrait d’une brochure par S. Ogata, un religieux japonais. Il est à remarquer que le terme zen, qui signifie « méditation », est devenu, dans l’usage courant, la dénomination de la doctrine professée par les disciples de Bodhidharma, un philosophe bouddhiste hindou qui se rendit en Chine vers l’an 520.
« Qu’est-ce que Zen ? – Ce n’est ni simplement une religion ni une philosophie : c’est quelque chose de plus : la Vie elle-même. Zen est une transmission spéciale (de conceptions et de méthodes) en dehors des Écritures canoniques, qui ne dépend point de textes. Ainsi que Bodhidharma l’a déclaré, Zen ne se soucie pas de disserter sur des notions abstruses telles que Dieu, la Vérité : ce que Zen demande au disciple, c’est de voir sa propre physionomie. »
L’on peut dire que toute la doctrine de la secte de Méditation est contenue dans la célèbre injonction du sixième Patriarche de la secte : Wei Lang (638-713).
« Ne pense pas au bien, ne pense pas au mal, mais regarde ce qu’est, au moment présent, ta physionomie originelle, celle que tu avais même avant d’être né. »
Le point le plus important dans l’enseignement de la secte de Méditation est l’introspection, dit un de ses adhérents chinois modernes, M. Dih Ping Tsze.
Le Patriarche Wei Lang décrit la méditation comme étant « l’état où l’on est libéré de l’attachement aux objets extérieurs » ; et la concentration (samadhi) est, d’après lui, « la paix intérieure ». « Chercher à s’abstenir de penser à quoi que ce soit, à supprimer toutes pensées est faux et pernicieux », déclare-t-il encore.
Dans un de ses sermons, Wei Lang s’exprime de la façon suivante :
« Prétendre que l’on ne peut pas atteindre l’illumination spirituelle si l’on n’y est pas aidé par les avis de gens vertueux et éclairés, est une erreur. C’est par la sagesse inhérente à nous-mêmes que nous nous éclairons, et l’aide et les enseignements d’amis éclairés ne serviraient à rien si nous étions abusés par de fausses doctrines et des vues erronées. »
Zen est tout à fait d’accord avec les sectes mahâyânistes tibétaines qui proclament l’identité foncière du nirvâna et du samsâra. C’est pourquoi ses maîtres spirituels invitent leurs disciples à ne pas chercher l’« illumination » en dehors du monde(182).
« Le royaume du Bouddhisme est dans ce monde, dans lequel il faut chercher l’illumination. Chercher celle-ci en se séparant de ce monde est aussi absurde que de se mettre en quête de cornes de lapins. »
« Les vues justes sont appelées transcendantes, les vues fausses sont dites “du monde”. Quand les vues, soit justes soit fausses, sont écartées, alors se manifeste l’essence de la Connaissance (l’illumination) » [Seita de Wei Lang].
Dans un de ses sermons, le maître Ta-hui indique de façon frappante le but de l’entraînement spirituel bouddhiste.
« D’où vient la naissance ? Où va la mort ? – Celui qui connaît ce “d’où vient” et ce “où va” est un véritable Bouddhiste. Mais qui est celui-là qui connaît la naissance et la mort ? – Qui est celui-là qui subit la naissance et la mort ? – Qui est celui-là qui ne sait pas d’où vient la naissance et où va la mort ? – Qui est celui-là qui, soudainement, arrive à comprendre ce “d’où vient” et ce “où va” ? – Quand ces choses ne sont pas clairement comprises, le regard erre de-ci, de-là, le cœur bat précipitamment, les entrailles se tordent comme si l’on avait, dans le corps, une boule de feu qui y roulerait de haut en bas. Et qui, encore une fois, est celui-là qui subit cette torture ? – Si vous voulez savoir qui est celui-là, il vous faut plonger dans les profondeurs de votre être que l’intellection ne peut atteindre. Et quand vous le savez, vous savez, aussi, qu’il existe un endroit que ni la naissance ni la mort ne peut toucher. »
MÉLANGE
Je ne cherche nulle récompense, pas même à renaître dans le Ciel, mais je cherche le bien des hommes, je cherche à ramener ceux qui se sont égarés, à éclairer ceux qui vivent dans les ténèbres de l’erreur, à bannir du monde toute peine et toute souffrance.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Que pensez-vous, ô Disciples, qui soit le plus grand, les eaux du vaste océan ou les pleurs que vous ayez versés tandis qu’en ce long pèlerinage vous erriez, vous précipitant de nouvelles naissances en de nouvelles morts, unis à ce que vous haïssiez, séparés de ce que vous aimiez ?… La mort d’une mère, la mort d’un père, la mort d’une sœur, la mort d’un frère, la mort d’un fils, la mort d’une fille, la perte des parents, la perte des biens, tout cela, à travers de longs âges, vous l’avez éprouvé. Sans commencement et sans fin est le samsâra. Impossible à connaître est le commencement des êtres enveloppés dans l’ignorance, qui, enchaînés par le désir de l’existence, sont conduits à des naissances toujours renouvelées et poursuivent le cercle des transformations. Ainsi, pendant de longs âges, vous ayez souffert les peines, l’infortune, la douleur et gavé le sol des cimetières, longtemps assez, en vérité, pour être lassés de l’existence, longtemps assez pour souhaiter échapper à tout cela.
Samyutta Nikâya.
Soyez inébranlables dans l’accomplissement de vos devoirs grands et petits. Menez une vie à l’abri du blâme, d’accord avec les préceptes et que vos paroles, de même, soient irréprochables.
Mahâ Parinibbâna Sutta.
Il n’y a pas de bonheur en dehors de la droiture.
Attanagaluvimsa.
Qu’est-ce qu’un véritable don ? – Un don en retour duquel aucune espèce de récompense n’est attendue.
Prasnottaramalika.
Un homme ayant de l’autorité sur les autres doit être doux envers les faibles.
Udânavarga.
De même que les aliments mêlés de poison, j’abhorre le bonheur que souille l’injustice.
Jatakamala.
Les caractères distinctifs de la vraie religion sont : la bonne volonté, l’amour, la véracité, la pureté, la noblesse des sentiments et la bonté.
Inscription d’Açoka.
Le laïque qui suit la doctrine ne doit pas être adonné aux boissons enivrantes. Il ne doit pas inviter un autre à boire, ni approuver celui qui boit parce qu’il sait que l’aboutissement de l’intempérance est la folie. Par l’habitude de l’ivresse, les fous tombent dans le mal et entraînent les autres dans l’intempérance. Les hommes doivent fuir ce repaire de tous les maux, ce délire, cette folie en lesquels seuls les êtres dénués d’esprit trouvent leur joie.
Dhammika Sutta.
Lorsque vous parlez à une femme, faites-le en toute pureté de cœur. Si elle est vieille, considérez-la comme une aïeule ; si elle est plus âgée que vous, considérez-la comme une mère ; si elle est plus jeune, considérez-la comme une sœur ; si elle est encore enfant, traitez-la avec bonté et respect.
Sûtra en quarante-deux articles.
Quelle que soit la cause de votre souffrance, ne blessez pas un autre.
Udânavarga.
Suis le sentier du devoir : montre de la bonté envers tes frères et ne les fais pas tomber dans la souffrance.
Avadna Sutta.
Tenez pour « méprisables » ceux qui font du mal et blessent les créatures vivantes, ceux qui sont dénués de sympathie pour les êtres.
Vasala Sutta.
Je veux découvrir une noble vérité, un but différent des buts ordinaires des hommes. Je veux mettre un terme aux douleurs qui naissent de l’existence.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Ce n’est pas pour l’amour de mon propre bien que je pratique la bienveillance, mais j’aime la bienveillance parce que mon désir est de contribuer au bonheur des êtres.
Jatakamala.
L’homme vraiment vertueux aide ceux qui sont dans le besoin par pur sentiment de compassion, sans aucun espoir de profit personnel, ayant peu de souci que ses bonnes actions soient connues de quelqu’un ou non.
Jatakamala.
Le disciple vit en conciliateur de ceux qui sont divisés, unissant plus étroitement ceux qui sont amis, établissant la paix, préparant la paix, prononçant toujours des paroles de paix.
Tevijja Sutta.
Ce ne sont point des rites superstitieux qu’il faut accomplir. La bonté envers les serviteurs et les inférieurs, le respect envers ceux qui méritent le respect, le contrôle de soi-même joint à la bienveillance dans les rapports avec les êtres vivants, ces choses et les actes vertueux analogues sont, en vérité, les rites qui doivent être accomplis en tous lieux.
Inscription d’Açoka.
La bienveillance envers tous les êtres est la vraie religion.
Buddhacarita.
Nourrissez, dans votre cœur, une bienveillance sans limite pour tout ce qui vit.
Metta Sutta.
Que celui qui est blâmé par le monde ne conserve pas des sentiments d’inimitié contre lui.
Sammaparibbajaniya Sutta.
Celui qui, étant outragé, ne laisse pas le ressentiment prendre place dans son cœur a gagné une brillante victoire.
Udanavarga.
Ne portant ni épée, ni bâton, sympathique et bienveillant, le disciple éprouve de l’amour et de la compassion pour tous les êtres.
Majjhima Nikâya.
Si vous désirez montrer votre respect pour la mémoire du Bouddha, suivez l’exemple qu’il vous a donné, de la patience et de l’indulgence.
Fo-sho-hing-tsan-king.
De même que les hautes chaînes de montagnes restent immobiles au milieu de la tempête, ainsi le vrai sage demeure inébranlable parmi la louange et le blâme.
Dhammapada.
Tous les êtres soupirent après le bonheur, que ta compassion s’étende donc sur eux tous.
Mahâvamsa.
La confiance en un secours extérieur apporte la détresse ; seule, la confiance en soi-même produit la force et la joie.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Le véritable culte ne consiste pas à offrir de l’encens, des fleurs et autres choses matérielles, mais à s’efforcer de suivre la même voie que celui que l’on révère.
Jatakamala.
Donner à manger à un simple honnête homme (dans le besoin) vaut infiniment mieux que de se livrer à l’étude des questions relatives aux esprits du ciel et aux démons qui occupent tant de gens.
Sûtra en quarante-deux articles.
En quoi consiste la religion ? – Elle consiste à faire aussi peu de mal que possible, à faire du bien en abondance. Elle consiste dans la pratique de l’amour, de la compassion, de la véracité, de la pureté dans tous les domaines de la vie.
Inscription d’Açoka.
Le trésor véritable est celui qui consiste dans la charité, la compassion, la tempérance, la maîtrise de soi-même. Ce trésor caché et sûr ne périt pas. Quoiqu’il abandonne les richesses passagères du monde, l’homme emporte celles-là avec lui comme un trésor dont la possession ne lèse pas autrui et que nul voleur ne peut dérober.
Nidhikanda Sutta.
Ne décriez pas les autres sectes, ne les dépréciez pas, mais, au contraire, rendez honneur à ce qui, en elles, est honorable.
Inscription d’Açoka.
Alors même que ceux qui ne sont pas des nôtres se répandent en paroles blessantes au sujet de ma doctrine, ce n’est cependant point une raison pour vous laisser aller à la colère.
Brahmajâla Sutta.
Quel intérêt cela a-t-il pour toi qu’un autre soit coupable ou non ? Viens, mon ami, et regarde à ta propre voie.
Amagandha Sutta.
Note bien ceci, Gotami, une doctrine, d’où qu’elle vienne, si elle conduit à la passion et non à la paix, à l’orgueil et non à la modestie, à l’extension du désir et non à la modération, à l’amour de la mondanité et non à l’amour de la solitude, à un esprit violent et non à un esprit pacifique ; cette doctrine n’est pas la Doctrine, n’est pas la Discipline, n’est pas l’Enseignement du Bouddha.
Vinaâya Pitaka.
Après que vous aurez étudié la doctrine, que vos cœurs purifiés trouvent leur joie en accomplissant des actes en accord avec elle.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Mieux vaut, pour moi, mourir dans la bataille contre le mal que d’être vaincu par lui en demeurant vivant.
Padhama Sutta.
Une conduite bienveillante garde le cœur en paix. Par le manque de bienveillance, la semence de toutes les vertus périt.
Fo-sho-hing-tsan-king.
La courtoisie est le plus précieux des joyaux. La beauté que ne complète pas la courtoisie est comme un jardin sans fleurs.
Buddhacarita.
Comme on lave la main avec la main, le pied avec le pied(183), de même la droiture est purifiée par la sagesse et la sagesse est purifiée par la droiture. Là où il y a droiture il y a sagesse, là où il y a sagesse il y a droiture et la sagesse de l’homme droit, la droiture de l’homme sage sont, de toutes droitures et de toutes sagesses, celles qui ont, en ce monde, le plus de prix.
Sonadanda Sutta (dans le Dîgha Nikâya).
Une demi-attention prépare la voie à de nouvelles erreurs, à de nouvelles illusions et permet aux anciennes de croître. Par une attention soutenue ne permettez pas la naissance de nouvelles erreurs et détruisez les anciennes.
Majjhima Nikâya.
Par-dessus toutes choses évitez l’étourderie. L’étourderie est l’ennemie de toutes les vertus.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Je vous adjure, ô disciples, pour l’amour de vous-mêmes, soyez diligents. Consacrez-vous à la purification de votre esprit. Soyez vigilants, soyez persévérants, soyez attentifs, soyez réfléchis, pour votre propre salut.
Mahâ Parinibbana Sutta.
Le vrai disciple a rejeté l’énervement et la paresse, il est affranchi de la nonchalante lassitude. Aimant la lumière, intelligent et clairvoyant, il purifie son cœur de toute nonchalance et de toute paresse.
Majjhima Sutta.
Quoique le corps soit vêtu d’habits laïques, l’esprit peut s’élever aux plus hautes perfections. L’homme du monde et l’ermite ne diffèrent point l’un de l’autre s’ils ont, tous deux, vaincu l’égoïsme. Aussi longtemps que le cœur est enchaîné par les liens de la sensualité, tout signe extérieur d’ascétisme est chose vaine.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Alors même que des voleurs ou des assassins détacheraient vos membres avec une scie, si vous vous abandonniez à la colère, vous ne suivriez pas mon enseignement. Voici plutôt, ô disciples, quelle devrait être votre conduite (en cette circonstance) : votre esprit ne serait pas ébranlé, nulle mauvaise parole ne s’échapperait de vos lèvres, vous demeureriez bienveillants, le cœur plein d’amour et dénué de secrète méchanceté, vous envelopperiez ces hommes (les malfaiteurs) en des pensées aimantes, larges, profondes et sans limites, exemptes de toute colère et de toute haine. Ainsi devez-vous toujours vous conduire, ô disciples.
Majjhima Nikâya.
Domine l’emportement. Ne cède point à l’impulsion d’un cœur turbulent. Celui qui est capable de calmer son cœur alors que, soudainement, la passion l’enflamme, peut, en vérité, être appelé un habile conducteur de char.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Mettre un terme au souci de soi-même est un grand bonheur.
Udânavarga.
Lorsque celui qui fait le bien cesse de se préoccuper du résultat de son acte, l’ambition et la colère s’éteignent en lui.
Lalita Vistara.
Luttez de toutes vos forces. Ne laissez pas la paresse trouver place dans votre cœur.
Le sage ne demeure pas immobile, il marche sans cesse de l’avant vers une lumière plus grande.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Quelle est la racine du mal ? – La convoitise, la haine, l’erreur sont les racines du mal. Et quelles sont les racines du bien ? – Être affranchi de la convoitise, de la haine, de l’erreur sont les racines du bien.
Majjhima Nikâya.
La notion « Moi » n’a accès que dans la pensée des sots. Le sage sait qu’il n’existe point de base pour appuyer une telle croyance. Explorant le monde avec clairvoyance, il parvient à la conclusion que tout est vide(184) et sujet à un prompt déclin. Lorsqu’un homme est parvenu à cette clairvoyance, alors il voit la vérité.
Fo-sho-hing-tsan-king.
Strictement parlant, la durée de la vie d’un être ne dépasse pas la durée d’une pensée. De même que la roue d’un chariot, en roulant, ne roule que sur un point de la bande de la roue et, en étant au repos, repose seulement sur un point de cette bande, de même, aussi, en est-il de la vie des êtres animés qui dure, seulement, le temps d’une pensée. Aussitôt que la pensée a cessé, l’être peut être considéré comme ayant cessée(185).
Visudhi Magga.
L’enfer n’a été créé par personne. Le feu d’un esprit qui s’abandonne à la colère produit le feu de l’enfer et consume son possesseur. Quand un homme fait le mal, il allume le feu de l’enfer et se brûle à son propre feu.
Mulamuli.
Empêtrés dans les mailles du filet de la spéculation, les fils inexpérimentés de la terre ne se libéreront jamais des liens de la vieillesse, de la mort, de la douleur, des plaintes et du désespoir ; jamais ils ne se libéreront de la souffrance.
Majjhima Nikâya.
Celui qui a pénétré ce monde jusqu’à sa base et percé la plus haute vérité ; celui qui a traversé le fleuve toujours coulant de l’existence et, libéré de tous liens, a dominé la passion, un tel homme est appelé sage par ceux qui ont de la compréhension.
Muni Sutta.
Avec la compréhension de la nature impermanente, dénuée de réalité en soi et sujette à la douleur, de toutes les choses se lève le soleil de la vraie sagesse. Sans cette compréhension il ne peut y avoir de vraie lumière. Elle seule constitue le but. Celui qui ne s’efforce pas de l’atteindre sera déchiré en pièces par la mort.
Allez le cœur débordant de compassion ; dans ce monde que la douleur déchire, soyez des instructeurs et en quelque lieu que ce soit où règnent les ténèbres de l’ignorance, allumez-y un flambeau.
Fo-sho-hing-tsan-king.
PARABOLE TIBÉTAINE
CONCERNANT LA « PERSONNE »
La parabole suivante donnera une idée de la façon dont s’expriment les maîtres tibétains lorsque leurs leçons se font familières. Elle vise à décrire ce qu’est une « personne » dans ses deux parties : partie physique et partie mentale. Toutefois, d’après les Tibétains, il n’existe pas de démarcation bien tranchée, pas de cloison étanche entre le physique et le mental. Tout phénomène physique, se rattachant à la « personne », a, parmi les causes qui le produisent, des causes d’ordre mental et tout phénomène mental a, parmi les causes auxquelles il est dû, certaines causes d’ordre physique.
Voici la parabole :
« Une “personne” ressemble à une assemblée composée d’une quantité de membres. Dans cette assemblée, la discussion ne cesse jamais. Parfois, un de ses membres se lève, prononce un discours, préconise une action ; ses collègues l’approuvent et il est décidé qu’il sera fait suivant ce qu’il a proposé. D’autres fois, plusieurs membres de l’assemblée se lèvent ensemble, proposent des choses différentes et chacun d’eux appuie ses propositions sur des raisons particulières. Il arrive que ces divergences d’opinions et la passion que chacun des orateurs apporte dans le débat, suscitent des querelles, de violentes querelles, même, au sein de l’assemblée. On en vient à se battre entre collègues.
Il advient, aussi, que certains membres de l’assemblée la quittent d’eux-mêmes ; d’autres sont graduellement poussés au-dehors et d’autres, encore, sont expulsés, de force, par leurs collègues. Pendant ce temps, de nouveaux venus s’introduisent dans l’assemblée, soit en s’y glissant doucement, soit en enfonçant les portes.
On remarque, encore, que certains membres de l’assemblée dépérissent lentement ; leur voix devient faible, on finit par ne plus l’entendre. Au contraire, d’autres qui étaient débiles et timides se fortifient et s’enhardissent ; ils deviennent violents, vocifèrent leurs motions d’une voix tonitruante, ils font trembler leurs collègues, les dominent et finissent par s’instituer dictateurs.
Les membres de cette assemblée, ce sont les éléments physiques et mentaux qui constituent la “personne” ; ce sont nos instincts, nos tendances, nos idées, nos croyances, nos désirs, etc. Chacun de ceux-ci se trouve être, de par les causes qui l’ont engendré, le descendant et l’héritier de multiples lignes de causes, de multiples séries de phénomènes remontant loin dans le passé et dont les traces se perdent dans les profondeurs de l’éternité. »
C’est ainsi que les psychologues du Tibet expliquent les tendances contradictoires que nous éprouvons et, aussi, nos changements, graduels ou soudains, d’opinion et de conduite. Les uns et les autres tiennent à la composition temporaire de l’assemblée qu’est la « personne », le « moi », et au caractère des membres qui y ont momentanément la majorité et en élisent le président.