L’EXILÉE DE MARS
Par Evelyn E. Smith
Les hommes à la conquête de l’espace, voilà un thème typiquement colonialiste. Et facile à inverser, comme tous les thèmes. Si le colon n’était qu’un travailleur immigré ? Si le fier planteur n’était qu’un pauvre Blanc ?
LES yeux de P’pa se plissèrent et sa figure prit une expression méchante.
« Maintenant, vous tous les jeunots, il y a une chose que je voudrais bien qui vous rentre dans la tête, lâcha-t-il d’une voix râpeuse. C’est pas parce que maintenant on est obligé de vivre sur Mars qu’on doit oublier que nous autres, on est des vrais gens.
— Non, P’pa », je dis d’une voix tremblante, au nom de tous les autres puisque c’était moi la plus vieille.
On était tous là, tous les quinze. Un pour chaque année de mariage de P’pa et M’man – y compris la première année.
M’man était morte maintenant – Dieu ait son âme – et nous, on était venus sur Mars, vu que P’pa, il pouvait pas avoir de travail sur la Terre. Cossard comme une loche, ils disaient qu’il était, et qu’il était mou, et qu’il buvait trop.
Et ils avaient raison. Y a pas plus cossard et plus mou que P’pa, et pour ce qui est de boire, il peut battre n’importe quel être vivant de toute la Galaxie. Quoique je devrais pas dire ça, vu que je suis sa propre fille. Les quatorze autres, P’pa pouvait être moins sûr qu’ils étaient de lui, mais avec moi, il avait pratiquement pas de doutes puisque c’était à cause de moi qu’il avait été obligé de se marier avec M’man. Plus tard, M’man, elle avait eu des vues plus larges, elle avait élargi le champ de ses connaissances, et on en était encore réduit à faire des paris pour savoir à qui revenait la paternité de mes quatorze frères et sœurs.
En tout cas, c’est ce que P’pa a toujours dit, quoique, à mon avis, il aurait dû essayer d’avoir un peu plus de preuves avant d’aller pousser M’man dans le puits. Et ça, c’est une autre raison pourquoi on a été obligés de partir avec armes et bagages pour Mars. On pouvait plus se servir de l’eau du puits.
« …et toi, petite Liza-Jane, continua P’pa, je veux pas te voir traîner avec un de ces marlous martiens. Rappelle-toi bien que nous, on est des vrais gens. Et ça veut dire qu’on vaut mieux qu’eux.
— Oui, P’pa, je promis. Je m’en souviendrai.
— Ils sont peut-être plus malins que nous autres, il dit, ils sont peut-être plus propres que nous autres, ils sont peut-être plus avancés que nous tech… tech…
— Techniquement ! » s’écria le petit Seymour.
Et pan ! P’pa lui donne une bonne claque sur le beignet en grognant :
« Ça t’apprendra à finir mes mots à ma place ! »
Là-dessus, les gosses se mettent à faire un raffut de tous les diables, et P’pa, pour les faire taire, il distribue des pêches à droite et à gauche. Quand le silence est revenu, sauf pour Seymour qui pleurniche, P’pa reprend :
« Ça m’est égal, ce qu’ils sont. Tout ce que je veux savoir, c’est que c’est pas des vrais gens comme nous. Et ça veut dire qu’ils valent moins que nous. Alors je veux pas te voir avec des Martiens en train de tourner autour de toi, petite Liza-Jane. Compris ?
— Bien sûr, bien sûr, P’pa, je dis. Et puis, qu’est-ce qu’un Martien pourrait me trouver ? »
J’avais seize ans cette année-là et j’étais jolie comme un cœur, avec mes longs cheveux blonds qui me descendaient presque jusqu’aux chevilles et mes yeux aussi bleus et aussi limpides qu’un lac de montagne brillant au soleil un matin de printemps. Mais ça faisait déjà cinq saisons que je portais sur moi le même vieux sac, et j’avais qu’une chaussure – que je portais accrochée à mon cou avec une ficelle. M’man me l’avait laissée. C’était tout ce qui me restait d’elle.
Oui, qu’est-ce que des Martiens auraient pu me trouver ? Surtout si on pense que c’est que des oiseaux.
« Oh ! j’sais pas, dit P’pa en me regardant comme un père devrait jamais regarder sa fille. Tu deviens une femme, tu sais, petite Liza-Jane.
— Et alors, qu’est-ce qu’ils peuvent trouver à une femme ? je lui demandai. J’ai pas de plumes. J’ai pas de bec. J’ai pas de jolies couleurs comme ils en ont, eux. Je pourrais pas les intéresser.
— Tant qu’ils t’intéressent pas, eux, c’est parfait. T’as tout de ta mère, petite Liza-Jane, et dans le genre volage, elle était réussie.
— Non, P’pa, je dis courageusement. Tu peux avoir confiance en moi. Je ferai jamais rien avec un Martien. Parce que l’homme que je veux – celui qui sera le père de mes enfants, et peut-être même mon mari si tu sais toujours te servir de ton fusil – eh bien, il sera un vrai quelqu’un. Non, t’inquiète pas, P’pa, s’il est pas un vrai quelqu’un, il arrivera à rien avec moi.
— Fille, dit P’pa en mettant sa main sur mon épaule, je suis fier de toi ! T’es une vraie Kallikak !
— Oh ! P’pa, je dis – j’étais plutôt gênée parce que c’était pas souvent qu’il me disait quelque chose de gentil.
— C’est pas la peine d’en parler !
— Ah ! c’est pas la peine d’en parler ! »
Et v’lan ! il me flanque une bonne baffe.
« Ça t’apprendra à parler comme ça des compliments que te fait ton père. »
*
* *
Au bout d’un moment sur Mars, j’ai commencé à me trouver plutôt solitaire. Il y avait bien une ville martienne dans le voisinage, mais il n’y avait pas beaucoup de monde à habiter près de chez nous, en bordure du désert, sauf quelques mineurs comme P’pa. Quand les Martiens ont besoin de main-d’œuvre pour leurs mines, ils vont la chercher sur Terre, parce qu’il n’y a pas de Martien qui se considère comme un Martien pour vouloir faire ce genre de boulot. Et c’est seulement des déchets qui acceptent de venir travailler ici, parce qu’il n’y a pas un Terrien qui se considère comme un Terrien pour accepter de faire un travail dont ne veut aucun Martien qui se considère comme un Martien.
Les autres mineurs n’avaient pas de famille. Du reste, la famille, c’est la raison pour laquelle la plupart d’entre eux sont venus ici. Pour y échapper, je veux dire. Et ils étaient tous vieux, comme P’pa – dans les trente-cinq ans au moins.
Oh ! bien sûr, de temps en temps, il y en avait un qui m’attendait et qui me tripotait, mais c’est pas la même chose, oh non ! que quand c’est un gars de votre âge qui vous tripote.
Et le samedi soir, je regardais voler au-dessus de chez nous les couples de jeunes Martiens et Martiennes qui s’en allaient au bal – ils allaient danser l’Ulululu, aile contre aile, ils passaient dans un chatoiement, un éblouissement de plumes irisées, et je refoulais mes larmes, et je me répétais courageusement :
« Je suis contente d’être une vraie personne, je suis contente… »
Mais tout au fond de moi-même, au cœur de mon cœur, je pensais que j’aurais bien voulu être un oiseau.
L’école posait quelques problèmes, parce que la loi martienne veut qu’un enfant aille à l’école jusqu’à trente ans. Les Martiens vivent plus longtemps que nous, comme vous savez, et ils deviennent adultes bien plus tard que nous. Mais les règlements sont les règlements et sur Mars comme sur la Terre, on ne peut pas en faire un spécial pour chaque cas particulier.
Moi, remarquez, ça me plaisait d’aller à l’école parce que j’avais pas tellement eu l’occasion d’y aller sur Terre. P’pa est pas tellement chaud pour tout ce qui est bouquins. Moi, j’avais envie d’avoir une éducation. Et j’avais surtout envie de me retrouver avec des gosses de mon âge, oiseaux ou pas oiseaux.
Mais je me sentais pas à ma place. J’étais tellement différente des autres élèves. Oh ! ça, il faut dire qu’ils étaient gentils avec moi ; ils me laissaient prendre de leurs plumes pour que je puisse écrire vu que j’en avais pas, mais, quand même, je me sentais pas chez moi.
Finalement, je ne suis plus allée à l’école. Pour me permettre de ne pas y aller, ils ont trouvé une excuse vaseuse – déficience mentale, ou quelque chose d’aussi idiot.
À partir de ce moment-là, j’ai été condamnée à rester à la cabane toute la journée, à faire de l’ordre et à m’occuper des gosses. J’ai dû passer mon temps à tourner les boutons des machines domestiques, à regarder la TV en trois dimensions, à discuter avec ces imbéciles de robots martiens sur la meilleure façon de faire le ménage. Oh ! ça oui, je peux dire que j’ai mené une existence pénible et laborieuse, surtout pour une toute jeune fille comme je l’étais à l’époque.
Bien sûr, il y avait les distractions. Par exemple, les Martiens, ils avaient construit exprès pour nous autres un vrai bar avec toutes sortes de liqueurs et d’alcools, et du caviar et tout un tas de choses qu’ils importaient directement de la Terre. Ils voulaient que personne puisse leur reprocher de pas traiter parfaitement leurs employés, même si leurs employés n’étaient que des Terriens.
Les Martiens, ils ont une espèce de mépris pour les vrais gens, parce que, comme ils n’en sont pas, ils ne peuvent pas comprendre que ceux-ci valent mieux qu’eux. Comme P’pa disait toujours, qu’est-ce que vous voulez attendre d’une bande d’oiseaux, hein ?
Le soir où ça a mal tourné, j’étais au bar avec P’pa. Et P’pa, il était vraiment mauvais ce soir-là. Il avait bu trop d’alcool de grain – moi je m’en tiens aux jus de fruits parce que je suis contre l’intempérance – et dans ses yeux, j’avais vu s’allumer le vieux regard bien connu qui veut dire que l’inceste est dans l’air.
« Me tripote pas, P’pa ! je hurlai. Ou je t’assomme avec cette bouteille que tu vois là ! »
Parce que je savais que pour défendre son honneur, une jeune fille pure et innocente a le droit de cogner son vieux.
P’pa continua quand même à me tripoter ; alors j’ai bien été obligée de l’assommer. Il s’est éteint d’un seul coup, comme une chandelle sur laquelle on aurait soufflé.
« P’pa ! Parle-moi ! je me suis mise à crier en le secouant comme un prunier. Écoute, P’pa ! Je suis désolée de t’avoir envoyé dans les pommes, mais aussi fallait bien que je t’empêche de me tripoter ! P’pa ! P’pa ! »
Mais il restait là, raide, sans bouger. Je me suis dit qu’il était mort, et que quand les Martiens s’en apercevraient, ils me renverraient sur Terre, vu que je pouvais pas leur servir à quoi que ce soit, à eux. À eux ni à personne, du reste. Personne voulait de moi… sauf les hommes.
« Il est pas mort, me dit gentiment le Vieux Zeke, l’un des mineurs. Simplement évanoui. T’as qu’à rentrer tranquillement chez toi, petite Liza-Jane, et quand ton P’pa reviendra à lui, on le fera tellement boire qu’à la fin de la soirée il se rappellera plus de rien. »
Et en me donnant une petite tape sur le postère, il me met à la porte du bar.
Et me v’là dans le désert en train de rentrer chez moi et de pleurer toutes les larmes de mon corps comme si mon cœur allait se briser, parce que mon propre P’pa à moi, il venait de me traiter avec si peu de respect, et surtout parce que le sable me faisait mal à mon pied. Il me faisait pas mal à l’autre, parce que l’autre, je l’avais mis dans la chaussure à M’man. Ah ! je sais bien que M’man elle aurait sûrement rien trouvé à y redire.
Tout d’un coup, j’entends un bruit d’ailes, et une voix qui vient d’en haut qui me dit : « Bonsoir, gamine. Je t’emmène ? » Moi, je regarde en l’air – et c’était Pp’eepi Rrrr-eep. C’était le délégué de la classe des grands à cette école martienne où j’avais été pendant un moment. Qu’est-ce qu’il était beau avec ses belles plumes de toutes les couleurs ! Toutes les petites Martiennes de l’école, elles en étaient folles.
« Oh ! mais c’est la petite Liza-Jane Kallikak ! » il s’écrie.
Il se souvenait de moi ! Il connaissait même mon nom ! J’aurais jamais cru qu’il m’aurait remarquée, moi, si misérable au milieu de ces magnifiques Martiennes. Mais il m’avait remarquée ! Oh ! oui. Oh ! oui.
Sur le moment, je savais pas trop quoi lui répondre au juste ; je me suis mise à rire, tout bêtement, en tortillant mes doigts de pied dans le sable.
« Petite Liza-Jane, qu’il me dit, pourquoi est-ce que tu as quitté l’école ?
— J’ai été renvoyée, je lui dis timidement. Vous avez vraiment remarqué que je n’étais plus là ?
— Remarqué ? il s’écrie. Oh là là ! j’ai fouillé tous les juchoirs, tous les perchoirs les uns après les autres ! Je t’ai cherchée partout, partout ! Ah ! petite Liza-Jane, tu as fait sur mon cœur une impression indélébile ! Ah ! tu m’as rendu fou !
— C’est pas possible ! je dis, et mon cœur cognait tant qu’il pouvait dans ma poitrine.
— Et tu sais pourquoi je t’aime, petite Liza-Jane ? il me murmure en se rapprochant encore plus de moi.
— Non, franchement, je sais pas, Pp’eepi Rrrr-eep, je dis en le regardant dans les yeux – et mon cœur battait encore plus fort.
— C’est parce que tu n’es pas comme les autres, petite Liza-Jane. »
Moi ? Moi, la tout ordinaire, moi, la différente ? Personne m’avait jamais rien dit d’aussi joli. J’aurais pu m’en mettre à pleurer de bonheur ; et c’est ce que j’ai fait finalement. J’ai fondu en larmes tellement j’étais heureuse.
« Pleure pas, petite Liza-Jane, il me dit. Je suis là. »
Et ça, pour être là, il était là.
Et on se trouvait tout seuls dans le désert, avec autour de nous l’enchantement, le mystère de la nuit martienne avec ses deux lunes – qui comme chacun sait sont deux fois plus dangereuses qu’une seule – là-haut dans le ciel, si jolies, si romantiques. La folie m’emporta – et je… fis don de moi à Pp’eepi Rrrr-eep…
*
* *
Et quand ça a été fini, moi j’étais couchée sur le sable chaud du désert, et je pleurais et je pleurais et je pleurais.
« Oh ! Pp’eepi Rrrr-eep, je lui dis en sanglotant, comment vous avez pu faire une chose pareille à une pauvre misérable comme moi ?
— Je me le demande moi aussi, il me dit. Et je crois que mon professeur de biologie à l’Université trouverait ça curieux lui aussi… Bien sûr, il continua, l’air perdu dans ses pensées, vos légendes terrestres font bien mention de Leda et de son cygne.
— Si vous voulez parler de la Leda Proust qui habitait dans le comté à côté de chez nous, je dis en reniflant et en m’asseyant, vous n’y êtes pas du tout. Ce n’était pas un cygne, c’était un taureau de M. Lagrange, et M. Lagrange il était pas content, parce que c’était la bête qu’il devait présenter au Concours Agricole…
— Mais non, tu confonds, petite Liza-Jane, dit Pp’eepi Rrrr-eep. Tu veux parler d’Europe…
— Ben oui, j’ai bien dit qu’elle habitait dans le comté à côté de chez nous, je lui dis. Et c’est bien comme ça qu’il s’appelle – Europe. Oui, c’est comme ça qu’on l’appelle, le comté à côté de chez nous !… Oh ! Pp’eepi Rrrr-eep ! » Et je recommence à pleurer. « Oh ! non ! On ne va pas se mettre à discuter géographie dans un moment pareil !… Mais qu’est-ce qu’on va faire ? » je hurlai, les larmes dégoulinant sur ma figure comme s’il tombait une averse. « Si P’pa découvre jamais que j’ai eu une aventure avec un Martien, il me tuera pour sûr !
— Mon père à moi ne va pas se mettre à croasser de joie, lui non plus, petite Liza-Jane. Il dit toujours que les humains doivent rester à leur place, et qu’il n’y a aucune raison pour que nous, on ait des relations avec eux. « Est-ce que vous aimeriez que votre fille épouse un humain ? », il répète toujours. Et il trouve que s’il s’agit de son fils, c’est exactement la même chose. »
Moi, je me mets à pleurer encore plus fort.
« Mais je vais lui dire que l’honneur exige que nous deux, on soit mariés tout de suite, et il comprendra parce que, nous autres Martiens, on est plutôt chatouilleux pour tout ce qui concerne l’honneur. Aussi, ne t’inquiète pas, petite Liza-Jane, je vais revenir te chercher et je t’emmènerai dans un joli nid d’amour. »
Et il bat des ailes en disparaissant au loin dans la splendeur rouge. Le ciel de Mars est rouge, comme vous savez.
Et moi, je me trouve encore une fois toute seule dans le désert. Mais ce n’était plus un désert : il y avait des fleurs et des arbres et tout un tas de plantes autour de moi ; j’avais pleuré si fort que mes larmes avaient arrosé le sol et que maintenant je me trouvais comme qui dirait au milieu d’une oasis.
*
* *
Tout ça s’est passé il y a déjà quelque temps et Pp’eepi Rrrr-eep n’est pas encore revenu. Mais je continue à l’attendre en espérant et à espérer en l’attendant. Il y a des moments où j’attends plus que j’espère, d’autres où j’espère plus que j’attends, mais en fin de compte, ça revient au même.
Je sais qu’un jour il me reviendra. Ça ne peut pas être autrement.
Parce que je ne pourrai plus garder bien longtemps mon secret : depuis ce matin, je sais que P’pa connaîtra forcément bientôt nos amours interdites. C’est juste une question d’heures peut-être maintenant avant qu’il découvre mon déshonneur, qu’il sache que je porte une tache – et une tache martienne par-dessus le marché.
Déjà, il m’a demandé ce que je faisais à rester assise dans ce coin depuis ce matin. Et moi, je dis des prières pour que Pp’eepi Rrrr-eep revienne aujourd’hui. Car s’il ne le fait pas, je sais que le rideau va être tiré sur ce qui fut la pauvre petite Liza-Jane.
Parce que ce matin je me suis pondu un œuf.
Et comme il en a toujours été depuis que l’amour a fait son apparition sur les planètes, je reste ici, abandonnée, en train de couver le doux souvenir de notre passion d’un instant.
Traduit par YVES RIVIÈRE.
Outcast of Mars.
Reproduit avec l’autorisation de l’auteur et de l’agent de l’auteur, Henry Morrison, Inc.
© Éditions Opta, 1972, pour la traduction.