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Le châtiment

 

« Enfin, je tiens les salauds qui sabotaient mon travail depuis des années, lâcha Hitler d’un ton rageur alors que les détails du complot contre lui commençaient à se préciser. Maintenant, j’en ai la preuve : tout l’état-major général est contaminé. » Il avait confirmation de sa méfiance de toujours, profondément enracinée, à l’égard des chefs de l’armée de terre  – conséquence inévitable de son empressement à accepter la flagornerie de Keitel qui, à la suite du triomphe de la campagne de France, en 1940, l’avait présenté comme un génie militaire sans pareil, le « plus grand chef de guerre de tous les temps », mais aussi fruit de l’incapacité des généraux, de son point de vue, à obtenir la victoire finale et, depuis le premier hiver russe, à conjurer la série sans fin des défaites. Si ses plans militaires avaient essuyé de tels revers, la raison lui en sautait maintenant aux yeux : ils avaient été sabotés par la traîtrise de ses officiers de l’armée terre. « Maintenant je sais pourquoi tous mes grands projets de Russie devaient échouer au cours des dernières années, assura-t-il. Tout cela n’était que trahison ! Sans ces traîtres, il y a longtemps que nous aurions gagné. Voici ma justification devant l’Histoire » (signe, aussi, que Hitler pensait à sa place dans le panthéon des héros teutoniques). Gœbbels, comme bien souvent, fit écho aux sentiments du Führer. « Les généraux ne sont pas opposés au Führer parce que nous connaissons des crises sur le front, écrivit-il dans son journal. La vérité est plutôt que nous connaissons des crises sur le front parce que les généraux sont opposés au Führer. »

« L’empoisonnement du sang intérieur » était la cause du tout, Hitler en était convaincu. Avec des traîtres aux postes de dirigeants, occupés à détruire le Reich, vitupérait-il, avec l’implication dans la conspiration de personnages aussi cruciaux que le général Eduard Wagner (responsable, en sa qualité d’intendant général, des approvisionnements de l’armée de terre) et le général Erich Fellgiebel (chef des opérations de transmissions au QG du Führer), comment s’étonner que l’Armée rouge ait été informée d’avance de la tactique allemande ? Il y avait eu tout du long une « traîtrise permanente », symptomatique d’une « crise du moral » plus profonde. Il aurait fallu agir plus tôt. Après tout, cela faisait un an et demi qu’on savait qu’il y avait des traîtres dans l’armée. Mais maintenant, il fallait en finir. « Ces créatures, les plus viles de toute l’Histoire qui aient jamais endossé l’uniforme du soldat, cette racaille qui a survécu d’un temps révolu, il faut s’en débarrasser et la chasser. » Le redressement de la situation militaire suivrait le redressement moral. Ce serait le « salut de l’Allemagne ».

 

Dans l’esprit de Hitler, c’était la vengeance qui dominait. On allait nettoyer les écuries d’Augias sans faire de quartier. L’action serait rapide et implacable. Il allait « extirper et anéantir » toute la bande, promit-il, rageur. À « ces criminels », il n’était pas question d’accorder la mort honorable du soldat par un peloton d’exécution. Ils seraient chassés de la Wehrmacht puis traduits en justice en tant que civils et exécutés dans les deux heures suivant leur condamnation. « Il faut les pendre tout de suite, sans miséricorde », déclara-t-il. Il donna l’ordre de mettre en place une « cour d’honneur » militaire, dans laquelle siégeraient les généraux les plus élevés en grade (entre autres Keitel, Rundstedt  – qui en serait le président  – et Guderian), pour chasser honteusement tous ceux qui avaient trempé dans le complot. Quant à ceux que le tribunal du peuple condamnerait ensuite à mort, ils seraient pendus en prison habillés comme de vulgaires criminels. Il évoqua en termes élogieux les purges opérées par Staline dans les rangs de ses officiers. « Le Führer est extraordinairement furieux contre les généraux, surtout ceux de l’état- major, nota Gœbbels après l’avoir vu le 22 juillet. Il est absolument déterminé à faire un exemple sanglant et à éradiquer une Loge maçonnique qui n’a cessé de s’opposer à nous et qui n’attendait que le moment de nous donner un coup de poignard dans le dos à l’heure la plus critique. Le châtiment qui doit maintenant être administré doit avoir des dimensions historiques. »

Hitler s’était indigné que le général Fromm eût péremptoirement fait exécuter Stauffenberg et les autres chefs de file de la tentative de coup d’État par un peloton d’exécution. Il donna des instructions afin que les autres conjurés capturés fussent cités à comparaître devant le tribunal du peuple, dont le président, Roland Freisler, était un nazi fanatique. Alors que ses sympathies idéologiques de jeunesse allaient à l’extrême gauche, il s’était dévoué depuis le début des années 1920 à la cause völkisch et prétendait juger comme le « Führer jugerait lui-même ». De son point de vue, le tribunal du peuple était expressément un « tribunal politique ». Sous sa présidence, le nombre de condamnations à mort était passé de cent deux en 1941 à deux mille quatre-vingt-dix-sept en 1944. Qu’il eût déjà acquis la réputation de « juge sanguinaire » n’avait rien d’étonnant. Récapitulant les commentaires de Hitler lors de leur récente entrevue, Gœbbels observa que les personnes impliquées dans le complot devaient être traduites devant le tribunal du peuple et « condamnées à mort ». Freisler « saurait trouver le ton juste pour s’en occuper ». Peut-être parce qu’il se souvenait de la clémence du tribunal de Munich qui, en 1924, à la suite de sa tentative de putsch, lui avait permis de transformer son procès en triomphe personnel en termes de propagande, Hitler était par-dessus tout soucieux qu’on ne laissât pas aux conjurés « le temps de prononcer de longs discours » pour se défendre. « Mais Freisler y veillera. C’est notre Vychinski », ajouta-t-il dans une allusion au sinistre procureur de Staline lors des grands procès des années 1930.

Gœbbels n’eut aucun mal à persuader Hitler que Fromm, le supérieur direct de Stauffenberg, n’avait agi aussi rapidement que pour essayer de masquer sa complicité. De fait, dans la circulaire qu’il avait adressée aux Gauleiter le 20 juillet en milieu de soirée, Martin Bormann avait déjà mis son nom sur la liste des personnes à arrêter comme membres de la « bande réactionnaire de criminels » qui se trouvait derrière la conspiration. Après l’écrasement du soulèvement au Bendlerblock puis l’exécution rapide de Stauffenberg, d’Olbricht, de Haeften et de Mertz von Quirnheim, Fromm s’était rendu au ministère de la Propagande et avait demandé à s’entretenir au téléphone avec Hitler. Au lieu de lui passer la communication, Gœbbels l’avait fait asseoir dans une autre pièce pendant qu’il téléphonait lui-même au QG du Führer. Il eut sans tarder la décision qu’il souhaitait. Aussitôt, il fit placer sous bonne garde l’ancien commandant en chef de l’armée de réserve. Après plusieurs mois de prison et une parodie de procès devant le tribunal du peuple, Fromm avait été reconnu coupable de lâcheté sur la base de faits inventés de toutes pièces (malgré le souci, tout sauf héroïque, de sauver sa peau qui avait dicté sa conduite au Bendlerblock, le 20 juillet, il n’était pas un lâche) et mourrait en mars 1945 sous les balles d’un peloton d’exécution.

Dans la confusion qui régnait au Bendlerblock durant la nuit du 20 juillet, on avait pu croire un moment que d’autres exécutions suivraient celle des chefs de file du coup d’État (ainsi que le suicide assisté de Beck). Mais l’arrivée, peu après minuit, d’une unité de SS commandée par le Sturmbannführer Otto Skorzeny, dépêché sur les lieux du soulèvement par Walter Schellenberg, patron des renseignements étrangers de la Sûreté, ainsi que l’apparition du chef de la Sûreté, Ernst Kaltenbrunner, et du commandant Otto Ernst Remer, tout juste nommé commandant du bataillon des gardes de Berlin et largement responsable de l’écrasement du coup d’État, avaient interrompu les exécutions sommaires et mis fin à la sédition. Entretemps, Himmler avait pris l’avion pour Berlin et, en sa nouvelle qualité temporaire de commandant en chef de l’armée de réserve, avait donné l’ordre qu’aucune autre action indépendante ne fût entreprise contre les officiers soupçonnés.

Peu après 4 heures du matin, Bormann put informer les chefs provinciaux du parti, les Gauleiter, que le putsch était terminé. À cette heure, toutes les personnes arrêtées dans la Bendlerstrasse avaient été emmenées en attendant de connaître leur destin, dont le frère aîné de Stauffenberg, Berthold ; l’ancien fonctionnaire et vice-président de la police de Berlin, Fritz-Dietlof von der Schulenburg ; Peter Graf Yorck von Wartenburg, membre en vue du « cercle de Kreisau » ; le pasteur protestant Eugen Gerstenmaier ; ainsi que le propriétaire foncier et officier de l’Abwehr, Ulrich Wilhelm Graf Schwerin von Schwanenfeld. L’ancien général de corps d’armée Erich Hœpner, arrêté par Fromm mais non exécuté, et le feld-maréchal Erwin von Witzleben, qui avait quitté la Bendlerstrasse avant l’effondrement du coup d’État, furent aussi promptement jetés en prison en même temps que diverses autres personnes impliquées. Le ministre prussien des Finances, Popitz ; l’ancien ministre de l’Économie, Schacht ; l’ancien chef d’état-major, le général de corps d’armée Haider ; le général de division Stieff et, de l’Abwehr, l’amiral Canaris et le général de division Oster furent eux aussi arrêtés dans les meilleurs délais. Le commandant Hans Ulrich von Oertzen, l’officier de liaison pour le district de défense de Berlin, qui avait donné les premiers ordres de l’opération « Walkyrie », se donna la mort avec une grenade à main. Henning von Tresckow, le premier inspirateur des tentatives d’assassinat contre Hitler, se tua de la même façon sur le front polonais, près d’Ostrow. Le général Wagner se suicida. Le général Fellgiebel refusa de le faire. « On tient tête, on ne fait pas cela », dit-il à son ordonnance. Sachant qu’il allait être arrêté d’une minute à l’autre, il passa une bonne partie de l’après-midi à la « Tanière du Loup » et alla même jusqu’à féliciter Hitler d’en avoir réchappé, puis attendit son inévitable destin.

Ceux qui tombèrent dans les griffes de la Gestapo devaient s’attendre à de redoutables tortures. Ils les subirent pour la plupart avec l’idéalisme, voire l’héroïsme, qui les avait animés tout au long de leur périlleuse opposition. Dans les premiers stades de l’enquête, la Gestapo obtint étonnamment peu d’informations, en dehors de ce qu’elle savait déjà, des victimes de ses sévices. Malgré tout, à mesure que la « commission spéciale pour le 20 juillet », mise en place le lendemain du coup manqué sous l’autorité du SS-Obersturmbannführer Georg Kiessel, et qui devait bientôt compter quatre cents officiers, élargit son enquête, le nombre des personnes arrêtées s’accrut rapidement. Kiessel put bientôt faire état de six cents personnes emprisonnées. Presque tous les chefs de file des diverses branches de la conjuration furent arrêtés rapidement même si Gœrdeler demeura caché jusqu’au 12 août. Tous les jours, Hitler recevait le nom des personnes impliquées. Il s’était trompé au départ en croyant que seule une « minuscule clique » d’officiers s’étaient opposés à lui. Les ramifications du complot allaient beaucoup plus loin qu’il n’avait pu l’imaginer. Il fut particulièrement en colère en découvrant que même Graf Helldorf, le président de la police de Berlin, « ancien combattant » du mouvement nazi et autrefois chef SA, avait été profondément impliqué. Tandis que la liste s’allongeait et que l’ampleur de la conspiration apparaissait clairement (surtout après la confession remarquablement complète d’un Gœrdeler soucieux de souligner, au regard de l’Histoire, la portée des efforts de l’opposition pour éliminer Hitler et son régime), la fureur et la rancœur de Hitler contre les conservateurs en particulier, l’aristocratie foncière  – qui ne l’avaient jamais accepté sans réserve s’amplifièrent. « Nous avons extirpé la lutte des classes à gauche, mais nous avons malheureusement oublié d’en finir avec la lutte des classes à droite », aurait-il observé. C’était cependant le plus mauvais moment possible pour encourager des divisions au sein du peuple ; le règlement de comptes avec l’aristocratie attendrait que la guerre fût terminée.

Toujours est-il que Himmler n’avait nul besoin d’encouragement pour exercer sa vengeance contre les familles des conjurés, pour beaucoup d’origine aristocratique. Une quinzaine de jours après l’attentat, il expliqua aux Gauleiter réunis à Posen qu’il agirait en accord avec les traditions de « vendetta » de l’ancien droit germanique et éliminerait le « sang de la sédition » dans tout le clan des traîtres. « La famille de Graf Stauffenberg, promit- il, sera exterminée jusqu’au dernier de ses membres. » Les Gauleiter applaudirent. La femme de Claus von Stauffenberg, ses frères, leurs enfants, ses cousins, ses oncles, ses tantes, tous furent jetés en prison. Les familles des autres conjurés connurent le même sort. Seule la fin de la guerre déjoua les intentions de Himmler. Dans les derniers jours d’août, une action de police de grande envergure pour rafler les opposants du régime  – conséquence indirecte, plutôt qu’explicite, du complot du 20 juillet  – aboutit à l’arrestation, au total, de plus de cinq mille personnes. La férocité de l’offensive contre toutes les lueurs d’opposition possibles et imaginables à la suite de l’attentat raté fut certainement une preuve que le régime n’avait rien perdu de sa capacité d’exercer une répression implacable. Mais dans cette cruauté absolue, il y avait plus qu’un simple soupçon de désespoir trahissant un régime dont les jours étaient comptés.

Le 7 août, les grands procès commencèrent devant le tribunal du peuple à Berlin. Chacun encadré de deux hommes de la Gestapo, les huit premiers  – dont Witzleben, Hœpner, Stieff et Yorck  – de ce qui allait devenir la procession régulière des accusés entrèrent dans la cour pavoisée de croix gammées en présence de quelque trois cents spectateurs choisis, dont les journalistes triés sur le volet par Gœbbels. Tous devaient subir le courroux féroce, le mépris cinglant et les humiliations implacables du président de la cour en robe rouge, le juge Roland Freisler. Assis sous un buste de Hitler, son visage reflétait dans ses simagrées des extrêmes de haine et de dérision. Il ne présida qu’une parodie de procès, dans lequel les condamnations à mort étaient décidées d’avance. Les accusés portaient des signes évidents des tortures subies en prison. Afin de les humilier, on leur avait fait passer des habits miteux, sans cols ni cravates, et on leur laissa les menottes jusque dans la cour. Witzleben fut même privé de bretelles ou de ceinture, ce qui l’obligea à retenir son pantalon d’une main. Freisler ne laissa pas aux accusés le temps de s’exprimer convenablement ni même d’expliquer leurs mobiles, s’empressant de leur couper la parole pour les agonir d’insultes, les traiter de fourbes, de traîtres, de lâches et de meurtriers. Un peu plus tard au mois d’août, par exemple, lorsque Graf Schwerin von Schwanenfeld fit mine d’expliquer combien il avait été ébranlé par les nombreux meurtres dont il avait été témoin en Pologne, Freisler ne voulut pas en entendre parler. « Des meurtres ? hurla-t-il, vous êtes vraiment une vile canaille. Vous ne sombrez pas sous cette pourriture ? »

L’ordre avait été donné  – probablement par Gœbbels, mais sans doute avec l’autorisation de Hitler  – que les débats fussent filmés dans l’idée d’en passer des extraits aux actualités, mais aussi de monter un « documentaire » intitulé « Traîtres devant le tribunal du peuple ». Freisler hurla si fort que les cameramen durent lui signaler qu’il gâchait l’enregistrement sonore. À certains moments, les accusés n’en trouvèrent pas moins le courage de défier leur juge. Ainsi, lorsque la peine de mort attendue eut été prononcée, le général Fellgiebel marmonna : « Alors, ne perdez pas une minute pour nous pendre, monsieur le président ; sans quoi vous serez pendu plus vite que nous. » Et le feld-maréchal von Witzleben de s’exclamer : « Vous pouvez bien nous remettre au bourreau. Dans trois mois, le peuple enragé et tourmenté vous demandera des comptes et vous traînera vivant dans le caniveau. » Cette sinistre parodie de justice fut tellement criante que même le ministre de la Justice du Reich, Otto Georg Thierack – lui-même nazi fanatique qui, dans son ardeur idéologique, avait alors pratiquement abandonné les derniers vestiges d’un système juridique totalement perverti par l’illégalité et par l’arbitraire policier des SS  –, déplora par la suite la conduite de Freisler.

Les verdicts prononcés, les condamnés furent pour la plupart conduits à la prison de Plôtzensee, à Berlin. Sur instruction de Hitler, on devait leur refuser les derniers sacrements et l’assistance d’un prêtre ou d’un pasteur (dans les faits, cependant, cet ordre impitoyable fut au moins partiellement contourné). Pour les crimes commis par des civils, la forme normale d’exécution sous le IIIe Reich était la décapitation. Mais Hitler avait dit et redit qu’il voulait voir les auteurs de la conjuration du 20 juillet 1944 « pendus, pendus comme des quartiers de viande ». Dans la petite salle d’exécution de plain-pied, aux murs blanchis à la chaux et divisée par un rideau noir, des crochets, en fait des crochets de boucher, avaient été suspendus à une traverse fixée juste sous le plafond. D’ordinaire, la seule lumière de la pièce venait de deux fenêtres, éclairant faiblement une guillotine souvent utilisée. Cette fois-ci, cependant, en tout cas pour les premiers groupes de conjurés condamnés, les exécutions allaient être filmées et photographiées. Comme pour le tournage des débats, l’ordre venait vraisemblablement de Hitler ou de Gœbbels. La scène macabre était donc éclairée par des projecteurs, comme dans un studio de cinéma. Dans un angle de la pièce se trouvait une petite table avec une bouteille de cognac, pour ceux qui assistaient aux exécutions. Les condamnés furent introduits, menottés et vêtus de pantalons de détenus. Il n’y eut pas de dernier mot, ni prêtre ni pasteur pour les réconforter, rien que l’humour noir du bourreau. Les récits des témoins oculaires parlent de la fermeté et de la dignité des exécutés. La pendaison avait lieu dans les vingt secondes qui suivaient l’entrée du prisonnier dans la pièce. La mort, cependant, n’était pas immédiate. Pour certains, elle vint vite ; pour d’autres, l’agonie fut lente et dura plus de vingt minutes. Pour ajouter encore à l’obscénité, il se trouva des bourreaux pour arracher les pantalons des suppliciés avant leur mort. Et pendant ce temps, la caméra tournait. Le film et les photographies macabres furent ensuite expédiés au QG de Hitler. Speer confia plus tard en avoir aperçu un tas sur la table des cartes du Führer, lorsqu’il se rendit à la « Tanière du Loup », le 18 août. Ce soir-là, des SS et quelques civils allèrent voir la projection du film des exécutions, mais aucun membre de la Wehrmacht ne se joignit à eux. Que Hitler ait vu le film des exécutions n’est pas certain. Les témoignages sont contradictoires.

La plupart des exécutions en rapport avec la tentative de coup d’État du 20 juillet 1944 eurent lieu dans les semaines suivantes. Certaines attendirent quelques mois. Quand le bain de sang se ralentit, le nombre des suppliciés se situait autour de deux cents. Ce fut le dernier triomphe de Hitler.