VII

 

Dans la nuit du lendemain, à l’aube grise, Ulenspiegel fut éveillé par Lamme, criant :

– Ulenspiegel ! Ulenspiegel ! à la rescousse, empêche-la de partir. Coupez les cordes ! coupez les cordes !

Ulenspiegel monta sur le pont et dit :

– Pourquoi cries-tu ? je ne vois rien.

– C’est elle, répondit Lamme, elle, ma femme, là, dans cette chaloupe qui tourne autour de ce flibot ; oui, de ce flibot d’où sortaient des chants et accords de viole.

Nele était montée sur le pont :

– Coupe les cordes, m’amie, dit Lamme. Ne vois-tu pas que ma blessure est guérie, sa douce main l’a pansée ; elle, oui, elle. La vois-tu debout dans la chaloupe ? Entends-tu ? elle chante encore. Viens, mon aimée, viens, ne fuis point ton pauvre Lamme, qui fut si seul au monde sans toi.

Nele lui prit la main, toucha son visage :

– Il a encore la fièvre, dit-elle.

– Coupez les cordes, disait Lamme ; donnez-moi une chaloupe ! Je suis vivant, je suis heureux, je suis guéri.

Ulenspiegel coupa les cordes : Lamme, sautant de son lit en haut-de-chausses de toile blanche, sans pourpoint, se mit en devoir lui-même de descendre la chaloupe.

– Vois-le, dit Nele à Ulenspiegel : ses mains en besognant tremblent d’impatience.

La chaloupe étant prête, Ulenspiegel, Nele et Lamme y descendirent avec un rameur et se dirigèrent vers le flibot mouillé au loin dans le havre.

– Vois le beau flibot, disait Lamme aidant le rameur.

Sur le ciel frais du matin, coloré comme du cristal doré par les rayons du nouveau soleil, le flibot détachait sa carène et ses mâts élégants.

Pendant que Lamme ramait :

– Dis-moi maintenant comment tu l’as retrouvée, demanda Ulenspiegel.

Lamme répondit parlant par saccades

– Je dormais, déjà mieux portant. Tout à coup bruit sourd. Morceau de bois frappe le navire. Chaloupe. Matelot court au bruit : « Qui est là ? » Une voix douce, la sienne, mon fils, la sienne, sa voix suave : « Amis. » Puis plus grosse voix : « Vive le Gueux : commandant du flibot Johannah parler à Lamme Goedzak ». Matelot jette l’échelle. La lune brillait. Je vois forme d’homme montant sur le pont : hanches fortes, genoux ronds, bassin large ; je me dis : « faux homme » ; je sens comme rose s’ouvrant et me touchant la joue : sa bouche, mon fils, et je l’entends qui me dit, elle, comprends-tu ? elle-même en me couvrant de baisers et de pleurs : c’était feu liquide embaumé tombant sur mon corps : « Je sais que je faisais mal ; mais je t’aime, mon homme ! j’ai juré à Dieu : je manque à mon serment, mon homme, mon pauvre homme ! je suis venue souvent sans oser t’approcher ; le matelot me l’a permis enfin : je pansais ta blessure, tu ne me reconnaissais pas ; mais je t’ai guéri ; ne te fâche pas, mon homme ! je t’ai suivi, mais j’ai peur, il est sur ce navire : laisse-moi partir ; s’il me voyait il me maudirait, et je brûlerais dans le feu éternel ! » Elle me baisa encore, pleurant et heureuse, et partit malgré moi, malgré mes pleurs : tu m’avais lié bras et jambes, mon fils, mais maintenant.

Et ce disant, il donnait de vigoureux coups de rame : c’était comme la corde tendue d’un arc qui lance sa flèche en avant.

À mesure qu’ils approchaient du flibot, Lamme dit :

– La voilà se tenant sur le pont, jouant de la viole, ma mignonne femme aux cheveux d’un brun doré, aux yeux bruns, aux joues fraîches encore, aux bras nus et ronds, aux mains blanches. Bondis, chaloupe, sur le flot !

Le capitaine du flibot, en voyant venir la chaloupe et Lamme ramant comme un diable, fit jeter du pont une échelle. Quand Lamme en fut proche, il sauta de la chaloupe sur l’échelle au risque de choir dans la mer, lança derrière lui la chaloupe à plus de trois brasses ; et grimpant comme un chat sur le pont courut à sa femme qui, d’aise pâmée, le baisa et embrassa, disant :

– Lamme ! ne me viens point prendre ; j’ai juré à Dieu, mais je t’aime. Ah ! cher homme !

Nele s’écria :

– C’est Calleken Huybrechts, la belle Calleken.

– C’est moi, dit-elle, mais las ! l’heure de midi est passée pour ma beauté.

Et elle parut dolente.

– Qu’as-tu fait ? disait Lamme ; qu’es-tu devenue ? pourquoi m’as-tu quittée ? pourquoi veux-tu me laisser maintenant ?

– Ecoute, dit-elle, ne te fâche point ; je te veux tout dire : sachant tous les moines hommes de Dieu, je me confiai à l’un d’eux : il avait nom Broer Cornelis Adriaensen.

Ce qu’entendant Lamme :

– Quoi ! dit-il, ce méchant cafard qui avait une bouche d’égout, pleine de saletés et d’ordures, et ne parlait que de verser le sang des réformés, quoi ! ce louangeur de l’inquisition et des placards ! Ah ! ce fut ce bougresque vaurien.

Calleken dit :

– N’insulte point l’homme de Dieu.

– L’homme de Dieu, dit Lamme, je le connais : ce fut l’homme d’ordures et de vilenies. Sort malheureux ! ma belle Calleken tombée entre les mains de ce moine paillard ! N’approche pas, je te tue : et moi qui l’aimais tant ! mon pauvre cœur trompé qui était tout a elle ! Que viens-tu faire ici ? pourquoi m’as-tu soigné ? il fallait me laisser mourir. Va-t’en, je ne te veux plus voir, va-t’en, ou je te jette à la mer. Mon couteau !…

Elle l’embrassant :

– Lamme, dit-elle, mon homme, ne pleure point : je ne suis point ce que tu penses : je n’ai point été à ce moine.

– Tu mens, dit Lamme pleurant et grinçant les dents à la fois. Ah ! je ne fus jamais jaloux et le suis maintenant. Triste passion, colère et amour, besoin de tuer et d’étreindre. Va-t’en ! non, reste ! J’étais si bon pour elle ! Le meurtre est maître en moi. Mon couteau ! Oh ! cela brûle, dévore, ronge, tu ris de moi…

Elle l’embrassait, pleurant, douce et soumise.

– Oui, disait-il, je suis niais en ma colère : oui, tu gardais mon honneur, cet honneur qu’on accroche follement aux cottes d’une femme. Donc c’était pour cela que tu choisissais tes plus doux sourires pour me demander d’aller au sermon avec tes amies…

– Laisse-moi parler, disait la femme en l’embrassant : que je meure à l’instant si je te trompe !

– Meurs donc, dit Lamme, car tu vas mentir.

– Ecoute-moi, dit-elle.

– Parle ou ne parle point, ce m’est tout un.

– Broer Adriaensen, dit-elle, passait pour un bon prédicateur ; je l’allai entendre : il mettait l’état ecclésiastique et le célibat bien au-dessus de tous les autres, comme étant le plus propre à faire gagner aux fidèles le paradis. Son éloquence était grande et fougueuse : plusieurs honnêtes femmes, dont j’étais, et notamment bon nombre de veuves et fillettes, en eurent l’esprit troublé. L’état de célibat étant si parfait, il nous recommanda d’y demeurer : nous jurâmes de ne nous laisser plus épouser derechef…

– Sinon par lui sans doute, dit Lamme pleurant.

– Tais-toi, dit-elle fâchée.

– Va, dit-il, achève : tu m’as porté un rude coup, je ne guérirai point.

– Si, dit-elle, mon homme, quand je serai près de toi toujours.

Elle le voulut embrasser et baiser, mais il la repoussa.

– Les veuves, dit-elle, jurèrent entre ses mains de ne se remarier jamais.

Et Lamme l’écoutait, perdu en sa jalouse rêverie.

Calleken, honteuse, poursuivit son propos :

– Il ne voulait, dit-elle, avoir pour pénitentes que des femmes ou des filles jeunes et belles : les autres, il les renvoyait à leurs curés. Il établit un ordre de dévotaires, nous faisant jurer à toutes de ne pas prendre d’autres confesseurs que lui : je le jurai ; mes compagnes, plus instruites que moi, me demandaient si je voulais me faire instruire dans la Sainte Discipline et la Sainte Pénitence : je le voulus. Il était à Bruges, au quai des Tailleurs de Pierre, près du couvent des Frères Mineurs, une maison habitée par une femme nommée Caale de Najage, laquelle donnait aux fillettes l’instruction et la nourriture, moyennant un carolus d’or par mois : Broer Cornelis pouvait entrer chez Calle de Najage sans paraître sortir de son cloître. Ce fut en cette maison que j’allai, en une petite chambre où il se tenait seul : là il m’ordonna de lui dire toutes mes inclinations naturelles et charnelles : je ne l’osai premièrement ; mais je cédai enfin, pleurai et lui dis tout.

– Las ! pleura Lamme, et ce moine pourceau reçut ainsi ta douce confession.

– Il me disait toujours, et cela est vrai, mon homme, qu’au-dessus de la pudeur terrestre est une pudeur céleste, par laquelle nous faisons à Dieu le sacrifice de nos hontes mondaines, et qu’ainsi nous avouons à notre confesseur tous nos secrets désirs et sommes dignes alors de recevoir la Sainte Discipline et là Sainte Pénitence.

« Enfin il m’obligea à me mettre nue devant lui, afin de recevoir sur mon corps, qui avait péché, le trop léger châtiment de mes fautes. Un jour il me força de me dévêtir, je m’évanouis quand je dus laisser tomber mon linge : il me ranima au moyen de sels et de flacons. « C’est bien pour cette fois, ma fille, dit-il reviens dans deux jours et apporte une verge. » Cela dura longtemps sans que jamais… je le jure devant Dieu et tous ses saints… mon homme… comprends-moi… regarde-moi… vois si je mens : je restai pure et fidèle… je t’aimais.

– Pauvre doux corps, dit Lamme. Ô tache de honte sur ta robe de mariage !

– Lamme, dit-elle, il parlait au nom de Dieu et de notre sainte mère Eglise ; ne le devais-je point écouter ? Je t’aimais toujours, mais j’avais juré à la Vierge, par d’horribles serments, de me refuser à toi : je fus faible pourtant, faible pour toi. Te souviens-tu de l’hôtellerie de Bruges ? J’étais chez Caale de Najage, tu passais par là sur ton âne avec Ulenspiegel. Je te suivis ; j’avais une bonne somme d’argent, je ne dépensais rien pour moi, je te vis avoir faim : mon cœur tira vers toi, j’eus pitié et amour.

– Où est-il maintenant ? demanda Ulenspiegel.

Calleken répondit :

– Après une enquête ordonnée par le magistrat et une investigation des méchants, Broer Adriaensen dut quitter Bruges, et se réfugia à Anvers. On m’a dit sur le flibot que mon homme le fit prisonnier.

– Quoi ! dit Lamme, ce moine que j’engraisse, c’est…

– Lui, répondit Calleken se cachant le visage.

– Une hache ! une hache ! dit Lamme, que je le tue, que je vende aux enchères sa graisse de bouc lascif ! Vite, retournons au navire. La chaloupe. Où est la chaloupe ?

Nele lui dit :

– C’est une vilaine cruauté de tuer ou de blesser un prisonnier.

– Tu me regardes d’un œil cruel, m’en empêcherais-tu ? dit-il.

– Oui, dit-elle.

– Eh bien ! dit Lamme, je ne lui ferai nul mal : laisse-moi seulement le faire sortir de sa cage. La chaloupe ! Où est la chaloupe ?

Ils y descendirent bientôt ; Lamme s’empressait à ramer et pleurait tout ensemble.

– Tu es triste, mon homme ? lui dit Calleken.

– Non, dit-il, je suis aise : tu ne me quitteras plus sans doute ?

– Jamais ! dit-elle.

– Tu es pure et fidèle, dis-tu ; mais, douce mignonne, aimée Calleken, je ne vivais que pour te retrouver, et voici que maintenant, grâce à ce moine, il y aura du poison dans tous nos bonheurs, poison de jalousie… dès que je serai triste ou las seulement, je te verrai nue, soumettant ton beau corps à ce flagellement infâme. Le printemps de nos amours fut à moi, mais l’été fut à lui ; l’automne sera gris, bientôt viendra l’hiver pour enterrer mon amour fidèle.

– Tu pleures ? dit-elle.

– Oui, dit-il, ce qui est passé ne reviendra plus.

Nele dit alors :

– Si Calleken fut fidèle, elle devrait te laisser seul pour tes méchantes paroles.

– Il ne sait pas comme je l’aimais, dit Calleken.

– Dis-tu vrai ? s’écria Lamme ; viens, mignonne ; viens, ma femme ; il n’y a plus d’automne gris ni d’hiver fossoyeur.

Et il parut joyeux, et ils vinrent au navire.

Ulenspiegel donna les clefs de la cage à Lamme, qui l’ouvrit ; il voulut en tirer par une oreille le moine sur le pont, mais il ne le put ; il voulut l’en faire sortir de profil, il ne le put davantage.

-Il faudra casser tout ; le chapon est gras, dit-il.

Le moine en sortit alors, roulant de gros yeux hébétés, tenant des deux mains sa bedaine, et tomba sur son séant, à cause d’une grosse vaque qui passa sous le navire.

Et Lamme parlant au moine :

– Diras-tu encore « gros homme » ? Tu es plus gros que moi. Qui te fit faire sept repas par jour ? Moi. D’où vient-il, braillard, que tu es maintenant plus calme, plus doux aux pauvres Gueux ?

Et poursuivant son propos :

– Si tu restes encore un an en cage, tu n’en sauras plus sortir : tes joues tremblent comme de la gelée de cochon quand tu te remues : tu ne cries déjà plus ; bientôt tu ne sauras plus souffler.

– Tais-toi, gros homme, disait le moine.

– Gros homme, disait Lamme, entrant en rage, je suis Lamme Goedzak, tu es Broer Dikzak, Vetzak, Leugenzak, Slokkenzak, Wulpszak, le frère gros sac, sac à graisse, sac à mensonge, sac à empiffrement, sac à luxure : tu as quatre doigts de lard sous la peau, on ne voit plus tes yeux : Ulenspiegel et moi logerions à l’aise dans la cathédrale de ta bedaine ! Tu m’appelas gros homme, veux-tu un miroir pour contempler ta ventralité ? C’est moi qui te nourris, monument de chair et d’os. J’ai juré que tu cracherais de la graisse, que tu suerais de la graisse et laisserais derrière toi des traces de graisse comme une chandelle fondant au soleil. On dit que l’apoplexie vient au septième menton ; tu en as cinq et demi maintenant.

Puis, parlant aux Gueux

– Voyez ce paillard ! c’est Broer Adriaensen Vauriaensen, de Bruges : là, il prêcha une nouvelle pudeur. Sa graisse est sa punition ; sa graisse est mon ouvrage. Or oyez, vous tous matelots et soudards : je vais vous quitter, te quitter, toi, Ulenspiegel, te quitter aussi toi, petite Nele, pour aller à Flessingue où j’ai du bien, vivre avec ma pauvre femme retrouvée. Vous me fîtes jadis serment de m’accorder tout ce que je vous demanderais…

– C’est parole de Gueux, dirent-ils.

– Donc, dit Lamme, regardez ce paillard, ce Broer Adriaensen Vauriaensen, de Bruges ; je jurai de le faire mourir de graisse comme un pourceau ; construisez une cage plus large, faites-lui faire de force douze repas en un jour au lieu de sept ; baillez-lui une nourriture grasse et sucrée, il est déjà comme un bœuf, faites qu’il soit comme un éléphant, et vous le verrez remplir bientôt la cage.

– Nous l’engraisserons, dirent-ils.

– Et maintenant, poursuivit Lamme parlant au moine, je te dis adieu aussi à toi, vaurien, que je fais nourrir monacalement au lieu de te faire pendre : crois en graisse et en apoplexie.

Puis, prenant sa femme Calleken dans ses bras :

– Regarde, grogne ou meugle, je te l’enlève, tu ne la fouetteras point davantage.

Mais le moine, entrant en furie et parlant à Calleken :

– Tu t’en vas donc, femme charnelle, dans le lit de Luxure ! Oui, tu t’en vas sans pitié pour le pauvre martyr de la parole de Dieu, qui t’enseigna la sainte, suave et céleste discipline. Sois maudite ! Que nul prêtre ne te pardonne ; que la terre soit brûlante à tes pieds ; que le sucre te paraisse du sel ; que le bœuf te soit comme du chien mort ; que le pain te soit de la cendre ; que le soleil te soit de glace et la neige un feu d’enfer ; que ta fécondité soit maudite ; que tes enfants soient détestables ; qu’ils aient un corps de singe, une tête de pourceau plus grosse que leur ventre ; que tu souffres, pleures, geignes en ce monde et en l’autre, dans l’enfer qui t’attend, l’enfer de soufre et de bitume allumé pour les femelles de ton espèce. Tu refusas mon paternel amour : sois maudite trois fois par la sainte Trinité, maudite sept fois par les chandeliers de l’Arche ; que la confession te soit damnation ; que l’hostie te soit un venin mortel, et qu’à l’église chaque dalle se lève pour t’écraser et te dire : « Celle-ci est la fornicatrice, celle-ci est maudite, celle-ci est damnée ! »

Et Lamme joyeux, sautant d’aise, disait :

– Elle fut fidèle, il l’a dit, le moine : vive Calleken !

Mais elle, pleurant et tremblant :

– Ôte, dit-elle, mon homme, ôte cette malédiction de dessus moi. Je vois l’enfer ! Ôtez la malédiction !

– Ôte la malédiction, dit Lamme.

– Je ne l’ôterai point, gros homme, repartit le moine.

Et la femme demeurait toute blême et pâmée, et à genoux, les mains jointes, suppliait Broer Adriaensen.

Et Lamme dit au moine :

– Ôte ta malédiction, sinon tu seras pendu, et si la corde casse à cause du poids, tu seras rependu jusqu’à ce que mort s’ensuive.

– Pendu et rependu, dirent les Gueux.

– Donc, dit le moine parlant à Calleken, va paillarde, va avec ce gros homme ; va, je lève ma malédiction, mais Dieu et tous les saints auront l’œil sur toi ; va avec ce gros homme, va.

Et il se tut, suant et soufflant.

Soudain Lamme s’écria :

– Il gonfle, il gonfle ! Je vois le sixième menton ; au septième, c’est l’apoplexie ! Et maintenant, dit-il, s’adressant aux Gueux :

– Je vous recommande à Dieu, toi Ulenspiegel, à Dieu, vous tous mes bons amis, à Dieu, toi Nele, à Dieu la sainte cause de la liberté : je ne puis plus rien pour elle.

Puis ayant donné à tous et reçu l’accolade, il dit à sa femme Calleken :

– Viens, c’est l’heure des légitimes amours.

Tandis que le batelet glissait sur l’eau, emportant Lamme et son aimée, lui le dernier, matelots, soudards et mousses criaient tous, agitant leurs couvre-chefs : « Adieu, frère ; adieu, Lamme ; adieu, frère, frère et ami. »

Et Nele dit à Ulenspiegel en lui prenant du bout du doigt mignon une larme dans le coin de l’œil :

– Tu es triste, mon aimé ?

– Il était bon, dit-il.

– Ah ! dit-elle, cette guerre ne finira point, force nous sera donc toujours de vivre dans le sang et les larmes ?

– Cherchons les Sept, dit Ulenspiegel : elle approche, l’heure de la délivrance.

Suivant le vœu de Lamme, les Gueux engraissèrent le moine en sa cage. Quand il fut mis en liberté, moyennant rançon, il pesait trois cent dix-sept livres et cinq onces, poids de Flandre.

Et il mourut prieur de son couvent.

La Légende et les Aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak
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