CHAPITRE TREIZE

 

Avant sa sortie de l’hôpital de Pickax, Qwilleran eut une consultation avec le Dr Melinda Goodwinter.

— Tous les tests ont été satisfaisants, dit-elle. Vous êtes un gars très bien portant, pour votre âge.

— Et pour une jeune minette, vous êtes un médecin compétent.

— Je suis si compétente, mon chou, que j’ai procédé à une réaction Wasserman, au cas où vous feriez une demande en mariage. Je vous ai aussi préparé une ordonnance pour le port d’un casque. Avec les blessures que vous portiez à la tête, vous auriez pu vous noyer dans ce fossé plein d’eau.

— Je suis certain que le chauffard qui m’a renversé était persuadé qu’il m’avait laissé pour mort.

— Il se passe décidément des faits étranges dans le Comté de Moose, dit Melinda. Amanda a peut-être raison de protester contre cette invasion de touristes. Vous devriez déposer une plainte à la police.

— Sur la foi de quelle preuve ? Mon rêve ? Brodie penserait que j’ai quelque chose de dérangé, en dehors de la bicyclette. Non, Melinda, je vais seulement rechercher un certain camion. Dans mon rêve, je l’ai vu très distinctement, arrivant sur moi à grande vitesse, avec son radiateur rouillé. C’était un véhicule tout terrain.

— Junior était très effrayé, quand il vous a conduit ici. Il pensait que vous étiez un véritable zombie.

— Ce fut une étrange expérience, Melinda. Quand j’ai ouvert les yeux sur mon lit d’hôpital, je ne savais même plus qui j’étais. Le plus curieux est que cela ne me perturbait pas du tout. C’était seulement un puzzle qui éveillait ma curiosité. Heureusement que vous avez fait venir Arch pour me remettre les idées en place.

Riker vint chercher son ami à l’hôpital dans une voiture qu’il avait louée à l’aéroport.

— J’ai le temps de boire une tasse de café, avant d’aller prendre mon avion.

— Alors, tournez à gauche, au feu rouge et nous serons à temps pour l’heure du café à Trisdale. Si vous vous imaginez que le Club de la Presse est la meilleure source de racontars, attendez d’avoir vu cet endroit.

— Quel est le résultat de vos tests ? Tout va-t-il bien ?

— Oui, mais j’ai quelques vilains soupçons sur cette prétendue chute de bicyclette. Ce n’était pas un accident, Arch. Quelqu’un a cherché à attenter à ma vie.

— Je vous avais prévenu. Pourquoi vous mêlez-vous toujours d’investigations criminelles qui ne vous regardent pas ? Laissez donc faire les autorités.

— Cette histoire n’a rien à voir avec la disparition de la femme de chambre. C’est tout autre chose. J’en suis venu à cette conclusion sur mon lit d’hôpital. Vous connaissez les termes du testament Klingenschoen ? Je dois vivre à Pickax pendant cinq années ou bien la fortune ira à un syndicat du New Jersey. Eh bien, qu’arrivera-t-il si je meurs avant ces cinq années ?

— Sans rien connaître aux lois, dit Riker, je dirai que tout ira au New Jersey.

— Aussi est-il à leur avantage que je disparaisse avant la fin de ces cinq années. En fait, le plus tôt sera le mieux.

Riker jeta un regard incrédule à son passager.

— C’est une idée choquante, Qwill. Pourquoi les soupçonnez-vous ?

— C’est une prétendue fondation, mêlée à de sombres machinations à Atlantic City. Je ne fais pas confiance à ces gens.

Riker hocha la tête.

— Quand j’ai entendu parler de cet héritage pour la première fois, j’ai pensé que c’était trop beau pour être vrai. Laissez tomber, Qwill. Vous n’avez jamais désiré cette fortune, de toute façon. Vous savez que vous pouvez retrouver votre travail au Fluxion.

— Dans ce cas, l’argent ne profiterait pas au Comté de Moose.

— N’essayez pas de jouer les héros. Partez d’ici. Laissez donc ces quarante-sept Goodwinter influents acheter de nouveaux livres pour la bibliothèque.

Qwilleran tripota sa moustache avec incertitude.

— J’ai imaginé un plan. J’ai rendez-vous avec le notaire cet après-midi. Et peut-être y aura-t-il une surprise au dîner.

À l’heure du café, la salle était en effervescence, dans un brouillard de fumée bleue. Quelques hommes portant des casquettes à larges visières saluèrent Qwilleran, tandis qu’il se dirigeait vers le comptoir, suivi de Riker, pour se servir un café et prendre un beignet. Les deux hommes s’assirent ensuite à une table et écoutèrent.

— Il distribue des cigares, mais il n’est pas le père.

— J’abats mes propres cochons et je fais ma propre saucisse, c’est la seule façon de s’en tirer.

— Il est dit dans la Bible que la voix d’un fou se reconnaît par la multitude de ses mots et ça le décrit parfaitement.

— Les poulettes c’est mon affaire et j’ai toujours su me limiter.

— Ils ont dû abattre tout le troupeau. C’est un coup dur.

— Tout ce qu’elle veut, c’est sa galette, je parie !

— Mon vieux, ma femme fait le meilleur civet de lapin que vous ayez jamais mangé !

— Je n’ai jamais entendu ce nom. Il est russe ou slave. Non ?

— Ma belle-mère est venue nous voir pendant trois semaines.

Avant de partir pour l’aéroport, Riker déposa Qwilleran chez lui.

— Avez-vous tiré quelque chose de ces conversations ?

Qwilleran secoua la tête :

— Ils savent qui je suis et ils se sont tus.

S’il attendait une joyeuse bienvenue des Siamois, il fut bien déçu. Ils sentirent l’odeur d’hôpital et tournèrent autour de lui avec désapprobation. Yom Yom cracha et Koko fit entendre un bruit de gorge qui ressemblait à un lointain roulement de tonnerre. La situation n’avait pas évolué, quand il partit pour son rendez-vous, à une heure.

Il entra dans l’étude lentement, encore handicapé par le pansement à son genou blessé. Pénélope n’avait pas non plus sa pétulance habituelle. Elle portait des lunettes noires et semblait pâle. D’une voix mal assurée, elle dit :

— On voit encore les traces de votre accident, Mr. Qwilleran, mais nous sommes soulagés que ce ne soit pas plus grave. Que puis-je pour vous ?

Il posa sa question au sujet du testament Klingenschoen.

— Comme vous le savez, dit Pénélope, c’était un testament olographe. La chère Fanny a insisté pour l’écrire sans l’aide de son notaire et sans témoin, pour protéger son intimité. Laissez-moi vous le relire pour rafraîchir votre mémoire.

La secrétaire porta le document écrit à la main et Pénélope le lut lentement. Quand elle eut terminé, elle secoua la tête :

— Votre inquiétude est justifiée. Dans l’éventualité de votre décès, la fortune irait au New Jersey, mais vous n’avez sûrement rien à craindre. En dehors de vos blessures accidentelles, vous paraissez en excellente santé.

— Sont-elles accidentelles ? Je vous en prie, écoutez-moi.

Qwilleran lui fit part de ses soupçons à propos de cet accident et du manque de confiance qu’il éprouvait à l’égard des héritiers déçus.

— Y a-t-il quelqu’un en ville qui vienne de cette partie du pays ou qui ait vécu là-bas ?

— Pas à ma connaissance, dit-elle, sur un ton pensif et réservé.

Il se retint de mentionner sa liste personnelle de suspects. Hackpole avait travaillé à Newark. Le jardinier était étudiant à l’Université de Princetown. Les propres ex-beaux-parents de Qwilleran, des gens fort peu sympathiques, exerçaient diverses professions dans cet État privilégié. À haute voix, il reprit :

— En tout cas, je tiens à ce que la fortune reste dans le Comté de Moose. Elle peut y faire beaucoup de bien. Existe-t-il un moyen de contrecarrer cette situation ? Puis-je écrire moi-même un testament exigeant la création d’une fondation Klingenschoen ?

— Je crains que ce ne soit pas possible, dit Pénélope. La façon dont est rédigé le testament original ne vous donne pas ce pouvoir. Laissez-moi réfléchir... C’est vraiment un malheureux développement de la situation. Je peux seulement espérer que vous vous trompez dans vos soupçons.

— Alors, je vous préviens que, de toute façon, je vais écrire ce testament. Si jamais il m’arrivait un autre accident fâcheux, vous devrez exiger une investigation sur la cause de ma mort.

— Je dois dire, Mr. Qwilleran, que vous prenez la situation avec un calme et une objectivité remarquables devant une aussi effrayante éventualité.

— Je me suis déjà trouvé en danger, dit-il, en haussant les épaules. Je vais écrire un testament olographe, ainsi, il ne pourra être reproché à l’Étude Goodwinter et Goodwinter de m’avoir mal conseillé et je m’arrangerai pour que la police soit alertée ainsi que le procureur et la presse.

— Que puis-je dire... sauf que je suis bouleversée par vos allégations.

— Parlez-en à votre frère, si vous le jugez utile, mais à tort ou à raison, je vais agir ainsi.

Avant de sortir du bureau, en boîtant, il leva les yeux sur Pénélope. Il fut frappé par sa mine défaite.

— Mon invitation tient toujours, Miss Goodwinter. Je vous propose de venir dîner au Vieux Moulin, ce soir, si vous ne voyez pas d’objections à la compagnie d’un éclopé.

Elle hésita une fraction de seconde, avant de répondre :

— Merci, Mr. Qwilleran, mais pas ce soir, je regrette.

En la dévisageant, il se dit qu’après tout, elle n’aimait peut-être pas les raviolis surgelés.

Au petit déjeuner le lendemain, Mrs. Cobb avait d’autres potins à lui rapporter sur les Goodwinter.

— Pardonnez-moi d’être en retard, dit Qwilleran en s’asseyant, on dirait que j’ai besoin de dormir davantage depuis mon accident.

Il renifla l’air avec suspicion :

— Qu’est-ce que cette odeur de lavande ?

— C’est la cire anglaise, expliqua-t-elle. Mrs. Fulgrove astique les meubles de la salle à manger.

Elle s’approcha de la porte qu’elle referma doucement :

— Elle m’a raconté que les Goodwinter ont eu une autre violente dispute au sujet de cloches... et d’une femme... et de passer sur un corps... quoi que cela puisse signifier. Cette histoire n’est pas claire, Mrs. Fulgrove n’est pas facile à suivre. Elle a aussi parlé d’une « vache » qui va ouvrir un restaurant à Pickax.

— Il ne risque guère d’être pire que ceux qui existent déjà. Ce sera peut-être même une amélioration. Pas d’appels téléphoniques ?

— Lori Bamba a appelé. Elle a dit que son mari déposera des lettres que vous devrez signer. Mrs. Hanstable a aussi téléphoné pour dire qu’elle ramassait des mûres et pour demander si nous en voulions. Elle les vend au profit de l’hôpital.

— J’espère que vous lui avez passé une commande.

— J’en ai pris deux kilos. Elle les déposera cet après-midi, en venant en ville pour aller chez le coiffeur.

— Vous autres femmes construisez votre vie autour de vos rendez-vous chez le coiffeur.

— Oh ! Mr. Q., dit-elle, sur un ton de reproche.

Elle se conduisait avec des mines conspiratrices de collégienne et il ne tarda pas à savoir pourquoi.

— Je suis invitée à dîner, ce soir, dit-elle. Un membre de la Société d’Histoire.

— Bravo ! J’irai manger un hamburger quelque part en ville.

— Non, non, Mr. Qwilleran. Je vous ai acheté quatre jolies côtelettes d’agneau et deux gros pâtés que je mettrai au four, avant de sortir. J’ai pensé que vous pourriez inviter quelqu’un pour dîner.

— Bonne idée. Je vais inviter Junior. Je lui dois un repas.

Dans l’après-midi, Nick Bamba arriva avec soixante-quinze lettres magnifiquement imprimées. Il déclara avec fierté :

— Lori les a toutes faites un peu différentes pour qu’elles n’aient pas l’air ronéotypées. Elle est habile pour écrire.

Qwilleran aimait ce jeune ingénieur de Mooseville. Il avait une tignasse de cheveux bruns frisés et des yeux, aussi noirs que de l’onyx, qui brillaient d’enthousiasme. Il avait aussi toujours des nouvelles à communiquer.

— Je suis heureux que vous n’ayez pas été plus sérieusement blessé, Qwill. Lori a prié pour vous.

— Dites-lui que j’ai besoin de toutes ses prières. Comment va-t-elle ?

— Bien, sauf quelques nausées, le matin. Mais c’est naturel.

— Voulez-vous une bière ?

— N’avez-vous rien de plus fort ? Lori est au régime, pour le moment, et je ne bois pas à la maison pour ne pas la tenter.

— C’est là le fait d’un mari plein de considérations.

Ils s’installèrent dans la véranda avec leurs verres et discutèrent de l’affaire Trotter, de bicyclettes, de chiens et des clients du café Trisdale.

— En venant en ville, je m’y suis arrêté pour déjeuner, dit Nick, et j’ai vu quelque chose d’inhabituel. Alex Goodwinter est-il votre notaire ?

— En fait, c’est sa sœur qui s’occupe de la succession.

— Elle a la réputation d’être très capable. J’aimerais pouvoir en dire autant d’Alex. Il a pris la parole à une réunion des Booster de Moose-ville, il y a quelque temps et c’est le plus mauvais orateur que je connaisse. Il s’exprime bien et a une bonne présentation, mais il parle strictement pour ne rien dire.

— Que s’est-il passé au Trisdale ? demanda Qwilleran, avec plus de curiosité qu’il ne voulait en manifester.

— J’étais assis à une table, près de la fenêtre, lorsque j’ai vu arriver sa Cadillac au parking. D’habitude, on n’y voit que des camions et des pick-up.

— Voulez-vous dire que vous avez vraiment pu distinguer quelque chose à travers ces vitres sales ?

— Lori prétend que je vois à travers un mur !

— Et qu’avez-vous vu ?

— Alex conduisait sa Cadillac et il est resté assis au volant, avec le moteur qui tournait, jusqu’à ce que l’un des propriétaires du Trisdale l’ait rejoint et se soit assis à côté de lui.

— Lequel des deux associés ?

— Pas le cuisinier famélique. Le gros type qui se promène à motocyclette. Les deux hommes sont restés assis et on aurait dit qu’ils discutaient. Finalement, Alex a sorti son portefeuille et a compté des billets. Je me demande à quoi se rapportait cette petite transaction ?

Les soupçons de Qwilleran étaient éveillés, mais il offrit une explication plausible :

— Ce type se livre à des travaux de réparations. Alex a pu lui régler son travail.

— En liquide ? Pourquoi n’a-t-il pas signé un chèque ? Voyez-vous, j’ai toujours pensé que l’on vendait autre chose que du café et des beignets dans ce wagon délabré. Autrement, comment pourraient-ils couvrir leurs frais ?

Qwilleran essaya le sarcasme : Alex était un citoyen important, un pilier de la communauté, un véritable Goodwinter pur et dur.

— Alex est un snob bouffi d’orgueil, dit Nick, en s’échauffant un peu, il aime que les gens croient en son importance à Washington, mais je prétends qu’il va là-bas pour se donner du bon temps.

— Et Lori, que pense-t-elle de lui ?

— Vous connaissez les femmes, dit Nick avec dédain, à ses yeux c’est le dernier des romantiques.

Nick repartit en emportant cinquante lettres auxquelles sa femme devrait répondre et Qwilleran se rendit chez le marchand pour voir les bicyclettes. À son retour, il dit à Mrs. Cobb :

— Savez-vous combien on me demande pour un vélo à dix vitesses ? Plus que je n’ai payé ma première voiture !

— Mais vous avez les moyens de vous l’offrir, Mr. Q. !

— La question n’est pas là. Vous êtes en beauté, ce matin, Mrs. Cobb.

— Merci, je suis allée chez le coiffeur.

Elle était plus maquillée que d’habitude.

— Vous ne devinerez jamais qui m’a invitée à dîner ce soir : cet homme qui a élevé des objections sur les quarante-huit étoiles du drapeau !

— Quoi ! Hackpole ?

— Herb Hackpole. Il gagne vraiment à être connu. Il possède un garage et va s’occuper de rechercher pourquoi mon moteur consomme autant d’huile.

Qwilleran tira sur sa moustache, sans faire de commentaires.

En attendant l’arrivée de Junior, il prépara le dîner des siamois. Yom Yom lui avait pardonné son odeur d’antiseptique et avait même sauté sur ses genoux et touché ses moustaches de sa petite patte brune. C’était un de ses gestes de tendresse. Habituée à voler les brosses à dents et les pinceaux, elle n’avait jamais pu comprendre cet ornement fixé sur le visage de Qwilleran.

De son côté, Koko appliquait à Qwilleran la dure loi du silence. Il avait cessé de grogner et de miauler, mais il le regardait avec dédain. Quand l’assiette de poulet fut placée sur le sol, il refusa d’y toucher, avant que Qwilleran ne fût sorti de la pièce. C’était là une attitude sans aucun précédent.

Junior se présenta à six heures précises avec le solide appétit de ses vingt-deux ans.

— Hé ! ces pansements vous vont bien, Qwill, vous devriez les porter tout le temps.

Ils mangèrent les côtelettes, assis devant la lourde table de la cuisine.

— Selon Mrs. Cobb, c’est probablement une table du XVIe siècle provenant d’un monastère espagnol, dit Qwilleran.

— Votre gouvernante est bonne cuisinière, dit Junior, vous avez de la veine.

— Elle a préparé une tarte aux pêches comme dessert. Prenez un autre petit pain,

Junior, ils sont tout frais. Elle est allée dîner avec un membre de la Société d’Histoire. C’est une femme assez crédule et je sens ma responsabilité engagée, car c’est moi qui l’ai fait venir ici. Connaissez-vous cet Herb Hackpole ?

Junior termina une bouchée, avant de répondre :

— Tout le monde le connaît.

— Mrs. Cobb le trouve aimable.

— Oh ! bien sûr. Il peut se montrer aimable s’il désire quelque chose. Mais c’est un fauteur de trouble. Il adresse des plaintes continuelles au journal, entre autres choses, parce que nous ne pouvons lui livrer le journal, à cause de ses chiens. Passez-moi le beurre.

— A-t-il toujours vécu ici ?

— Il est né et a grandi à Pickax. Papa dit que tous les gosses le détestaient à l’école. C’était la mauvaise tête de la ville par excellence. Quand il est parti travailler ailleurs, tout le monde a été soulagé. Malheureusement, il est revenu. Y a-t-il une autre bière ?

Après la tarte aux pêches et le café, Junior déclara :

— Je suis supposé vous demander une faveur. Connaissez-vous la secrétaire de l’étude Goodwinter et Goodwinter ? C’est ma tante.

— J’avais remarqué une ressemblance familiale.

— Elle pense que Penny va au-devant de graves ennuis. Elle travaille tard et se tracasse beaucoup et surtout elle s’est mise à boire, ce qui est nouveau. Ma tante pense que vous pourriez lui conseiller de prendre des vacances, une cure de repos à Mexico ou une croisière, par exemple.

— Moi ? Je ne suis qu’un client. Elle refuse même systématiquement de sortir avec moi.

— Cependant Penny vous admire. Sans rire. Elle découpait vos chroniques du Fluxion. Elle disait toujours...

Il fut interrompu par l’appel de son bip-bip. Il se leva aussitôt et partit en courant vers la porte :

— Pardonnez-moi, il y a un incendie. Merci, le dîner était fameux !

Il démarra en trombe avec sa Jaguar, tandis que la sirène de l’Hôtel de Ville retentissait.

La journée avait été longue pour Qwilleran et elle n’était pas encore finie. Pénélope Goodwinter téléphona pour demander si elle pouvait lui rendre visite et apporter une bouteille.