CHAPITRE IX

Mr. Polopetsi débute au garage

 

La réparation de la bicyclette avait été effectuée par le plus jeune des apprentis, qui était parvenu à redresser le guidon et la voilure de la roue avant. Ainsi, même si le vélo était loin d’être comme neuf, on pouvait s’en servir sans risque. Mma Ramotswe éprouvait quelques appréhensions à ce sujet. Elle eût aimé pouvoir dire à son propriétaire que tout était parfait, mais elle sentait que c’était impossible. Il faudrait plutôt lui expliquer qu’ils avaient fait de leur mieux et qu’elle espérait qu’il serait satisfait du résultat. Bien sûr, étant donné la proposition qu’elle s’apprêtait à lui soumettre, il semblait peu probable que Mr. Polopetsi se plaigne.

Elle lui avait demandé de passer au garage récupérer sa bicyclette et il était là à présent, frappant à la porte du bureau, son chapeau à la main. Elle l’invita à entrer et il s’exécuta, non avec arrogance comme la plupart des hommes, mais presque d’un air d’excuse. Mma Ramotswe remarqua cette attitude et pensa que ce devait être l’effet de la prison, du moins l’effet que produisait la prison sur un homme honnête envoyé là injustement. Quel plus grand tort pouvait-on faire subir à un individu, quelle plus grande blessure ? Se voir vilipendé pour une action que l’on n’avait pas commise, ou pour laquelle on ne méritait pas d’être puni, devait être infiniment douloureux, pensa-t-elle.

Elle se leva pour l’accueillir.

— Soyez le bienvenu, Rra ! s’exclama-t-elle. Entrez et asseyez-vous, nous allons bavarder un peu. Ensuite…

— Elle n’est pas prête ? Elle n’a pas pu être réparée ?

Elle sourit afin de le mettre à l’aise.

— Mais si, Rra, elle est prête, bien sûr. Nous avons fait le maximum, du moins, l’apprenti qui est là-bas – vous l’avez peut-être aperçu – a fait son possible. Elle est en bon état, je crois.

Le soulagement de son interlocuteur fut manifeste.

— Ah, je suis content, Mma ! J’ai besoin de cette bicyclette pour chercher du travail, vous comprenez.

Mma Ramotswe se tourna un bref instant vers Mma Makutsi, assise à son bureau à l’autre extrémité de la pièce, et les deux femmes échangèrent un regard.

— En fait, Rra, commença-t-elle, à ce propos, j’ai quelque chose à vous dire. Je peux vous…

Mr. Polopetsi avait levé la main pour l’interrompre.

— Non, Mma, coupa-t-il d’un ton soudain plus affirmé. Je vous en prie, ne me dites rien. Des dizaines de gens m’ont expliqué comment je devais m’y prendre pour trouver du travail. Ils me conseillent d’aller à droite et à gauche. Au début, je les écoutais, mais cela n’a jamais servi à rien. C’est toujours la même chose : je raconte ce qui m’est arrivé et l’on me dit merci, mais nous ne pouvons rien pour vous. À chaque fois. Alors je vous en prie, ne recommencez pas. Je sais que vous êtes très gentille, mais j’ai trop souvent entendu ces conseils.

Il se tut et arbora de nouveau son air contrit, comme si le courage exigé par cette déclaration l’avait soudain déserté.

Mma Ramotswe le regarda droit dans les yeux.

— Ce n’est pas ce que j’allais vous dire, Rra, répondit-elle avec douceur. Je n’avais pas l’intention de vous donner des conseils. Non, je m’apprêtais à vous proposer du travail. C’est tout.

Pendant quelques instants, Mr. Polopetsi demeura sans voix. Il dévisagea Mma Ramotswe, puis se tourna à demi vers Mma Makutsi, comme pour obtenir confirmation. Cette dernière lui adressa un sourire encourageant.

— C’est la vérité, Rra, assura-t-elle. Mma Ramotswe ne parle jamais à la légère. Elle va vous proposer un emploi.

Mma Ramotswe se pencha en avant et tapota son bureau.

— Cet emploi se trouve ici, dans ce garage, expliqua-t-elle. Et peut-être accomplirez-vous aussi quelques tâches pour nous. Vous pouvez nous être utile. Ce n’est pas un travail très compliqué.

Mr. Polopetsi sembla éprouver quelque difficulté à assimiler ce qui venait de lui être dit. Il ouvrit la bouche pour parler, puis la referma. Enfin, il posa une question :

— Est-ce un emploi de longue durée ? Ou juste pour quelques jours ?

Mma Ramotswe baissa les yeux sur son bureau. Elle n’avait pas évoqué ce point avec Mr. J.L.B. Matekoni et, à présent, confrontée aux espérances de Mr. Polopetsi, il lui fallait prendre une décision.

— Ce sera au moins pour un an, déclara-t-elle avec assurance. Nous ne pouvons pas prévoir à plus long terme. Mais vous serez tranquille pour un an.

Ces paroles prononcées, elle jeta un coup d’œil à Mma Makutsi, qui haussa un sourcil. Mma Makutsi connaissait le côté impulsif de son employeur, un trait qui caractérisait aussi Mr. J.L.B. Matekoni en certaines circonstances. L’un comme l’autre pouvaient prendre des décisions subites quand leur bon cœur était sollicité, pour s’apercevoir juste après qu’ils encouraient des reproches. Mma Makutsi connaissait deux beaux exemples de ce type de comportement : Mma Ramotswe avait agi exactement de cette façon le jour où elle l’avait élevée au rang d’assistante-détective. Mma Makutsi savait que cette promotion intervenait dans une période de graves difficultés financières, alors que la sagesse économique eût dicté une décision inverse. Toutefois, Mma Ramotswe s’était montrée incapable de la décevoir, elle avait tenu bon et fait ce que lui dictait son cœur. Quant à Mr. J.L.B. Matekoni, il avait agi de même en adoptant les deux enfants de la ferme des orphelins. Chacun savait que Mma Potokwane lui avait forcé la main et qu’elle avait sans doute eu recours à l’intimidation ou à la manipulation pour parvenir à ses fins, mais la rusée directrice connaissait parfaitement la manière de solliciter sa bonne nature. Ainsi la décision présente n’avait-elle rien d’extraordinaire, même si Mma Ramotswe devait savoir qu’à un moment ou à un autre il lui faudrait confesser qu’elle s’était engagée.

— Alors, Rra ? interrogea Mma Ramotswe. Cet emploi vous intéresserait-il ?

Mr. Polopetsi hocha la tête.

— Je suis trop ému pour parler, dit-il. Mon cœur déborde, Mma. Vous êtes une femme d’une grande bonté. Le bon Dieu était présent quand vous m’avez renversé. C’est Lui qui a guidé votre main.

— Vous êtes très aimable, répondit Mma Ramotswe d’un ton professionnel. Mais, à mon avis, ce n’est pas ça du tout. À présent, je pense qu’il serait bon d’aller parler à Mr. J.L.B. Matekoni, afin qu’il vous fasse démarrer.

Mr. Polopetsi se leva.

— Je suis vraiment très content, déclara-t-il. Seulement, je ne connais rien aux voitures. Je ne suis pas sûr d’être compétent pour ce travail.

— Depuis des années, intervint Mma Makutsi, nous avons ici deux jeunes gens qui ne connaissent rien aux voitures. Cela ne les a jamais arrêtés. Et cela ne devrait donc pas vous arrêter non plus, Rra.

— C’est vrai, confirma Mma Ramotswe. Mais nous parlerons de ça plus tard.

Elle s’interrompit un instant, avant d’ajouter :

— Il y a une chose, Rra…

Mr. Polopetsi hésita.

— Oui ?

— Vous avez cet emploi à présent, reprit Mma Ramotswe. Vous pouvez donc nous raconter ce qui vous est arrivé. Vous nous expliquerez tout depuis le début, aujourd’hui, à l’heure du déjeuner, afin que nous le sachions et que nous n’ayons pas à nous demander ce qui a bien pu vous arriver. Dites-le-nous, comme ça, nous n’y penserons plus.

— Aucun problème, répondit Mr. Polopetsi. Je vais tout vous raconter.

— Bien, approuva Mma Ramotswe. À présent, vous pouvez vous mettre au travail. Il y a beaucoup à faire. Nous sommes débordées ces jours-ci et nous serons très heureuses d’avoir un nouvel homme…

— À qui donner des ordres, coupa Mma Makutsi, avant d’éclater de rire. Non, Rra, ne craignez rien, je plaisantais…

 

À l’heure du déjeuner, Mr. J.L.B. Matekoni dut partir dépanner une voiture immobilisée sur Molepolole Road et il emmena avec lui l’apprenti restant, si bien que seules Mma Ramotswe et Mma Makutsi furent présentes dans le bureau pour écouter Mr. Polopetsi raconter son histoire. Mma Makutsi avait préparé des sandwiches avec le pain qu’elles conservaient dans le placard de l’agence – de grosses tranches qu’elle garnit d’une généreuse couche de confiture – et Mma Ramotswe remarqua avec quelle voracité Mr. Polopetsi les avalait. Cet homme a faim, pensa-t-elle, et elle comprit qu’il laissait sans doute à sa famille le peu de nourriture dont ils disposaient. Elle fit donc signe à Mma Makutsi de préparer d’autres tartines, que Mr. Polopetsi enfourna tout en parlant.

— Je suis né à Lobatse, commença-t-il. Mon père était garçon de salle à l’hôpital psychiatrique de la ville. Vous avez sûrement entendu parler de cet établissement. Le travail de mon père consistait à aider les docteurs à maîtriser les grands malades, qui se débattaient quand on essayait de les soigner. Certains de ces patients étaient très costauds et ils hurlaient et frappaient tout le monde. Mais mon père était fort lui aussi et il avait une camisole qu’il enfilait à ces gens pour pouvoir leur attacher les mains derrière le dos. Cela rendait la tâche plus facile aux docteurs.

« Je travaillais bien à l’école. Je voulais devenir médecin, mais quand j’ai passé les examens, je n’ai pas obtenu d’assez bons résultats. En fait, je connaissais les réponses aux questions, parce que j’avais étudié avec beaucoup d’assiduité, mais j’ai été pris de panique quand les épreuves ont débuté et je n’ai pas réussi à écrire correctement. Ma main tremblait sans arrêt et les examinateurs ont dû se demander qui était cet imbécile qui n’arrivait même pas à former les lettres. Je n’ai donc pas fait aussi bien que j’aurais dû. Si je n’avais pas tremblé comme ça, peut-être aurais-je obtenu une bourse d’études pour partir étudier la médecine en Afrique du Sud. C’est ce qui est arrivé à un garçon de ma classe, mais cela ne m’est pas arrivé à moi.

« Cependant, je ne suis pas resté à me lamenter, parce que je savais que le bon Dieu me trouverait un autre travail. Et j’avais raison. Quand j’ai eu seize ans, on m’a donné un emploi à l’hôpital où travaillait mon père. Il y avait une pharmacie dans cet hôpital et il leur fallait quelqu’un pour laver les flacons et aider à la manutention. Je devais aussi noter des choses dans le registre des médicaments, et pour cela, je comptais les flacons et les pilules. Comme je me débrouillais bien, on m’a promu au rang d’assistant-pharmacien à l’âge de vingt ans. C’était un très bon poste. J’ai même été obligé de passer des examens pour l’obtenir, et, cette fois, je n’ai pas eu peur. J’ai écrit correctement et j’ai réussi.

« J’ai travaillé là pendant douze ans, puis on m’a muté à Gaborone. J’étais très satisfait de cette nouvelle place, parce que j’avais de l’ancienneté et je gagnais donc plus d’argent. Je suis devenu assistant-pharmacien au Princess Marina, qui est un très bon hôpital. Il possède une pharmacie immense avec beaucoup, beaucoup d’étagères pleines de flacons. Comme je travaillais dur, je m’en suis bien sorti. J’ai alors pu épouser une femme que j’avais rencontrée à l’église. C’est quelqu’un de bien et elle m’a donné deux enfants, deux filles, une grande comme ça et l’autre comme ça, qui sont adorables.

« J’étais très heureux, et aussi très fier de moi. Et puis un jour, il m’est arrivé une chose terrible, une chose qui a changé ma vie et que je ne pourrai jamais oublier. Et c’était un jour comme les autres, un jour ordinaire. Quand je suis sorti de chez moi ce matin-là, je ne me doutais pas de ce qui allait m’arriver. Je ne savais pas que c’était le dernier jour de bonheur de ma vie.

Il s’arrêta pour mordre dans la nouvelle tartine que Mma Makutsi venait de lui passer. Il en prit une grosse bouchée et les deux femmes le regardèrent mâchonner en silence. Mma Ramotswe se demanda ce qui avait pu amener une destruction si brutale dans l’univers de cet homme. La première fois qu’elles l’avaient rencontré, il leur avait parlé d’un accident, mais quel genre d’accident avait pu entraîner ces deux années de prison ? Un accident de la route ? Avait-il conduit en état d’ivresse et tué un piéton ? À le regarder, cela semblait peu plausible.

— Nous avions beaucoup de travail ce matin-là, reprit Mr. Polopetsi en essuyant d’un revers de main les miettes de pain sur sa bouche. Cela arrivait quelquefois. Tous les services avaient besoin de médicaments en même temps et, en plus, une file de patients munis d’ordonnances attendaient devant la pharmacie. Alors, nous courions dans tous les sens en essayant de faire les choses l’une après l’autre. Ce jour-là, il y avait une épidémie de grippe en ville et deux de nos pharmaciens étaient malades. Nous étions donc débordés.

« Nous n’étions pas autorisés à faire grand-chose. Nous n’étions que des assistants et nous n’avions pas le droit de réaliser les dosages et les choses comme ça. Mais quand il y avait beaucoup de travail, comme ce matin-là, on nous laissait tout de même accomplir des tâches simples, comme compter les cachets et les mettre dans des flacons.

« C’est ce que j’ai fait ce jour-là. Et c’est là que j’ai commis une erreur. J’ai pris des cachets au mauvais endroit et je les ai mis dans le flacon que m’avait donné le pharmacien. J’ai fait cela parce que j’ai cru qu’il m’avait désigné une certaine étagère, et non une autre. J’ai mal compris ce qu’il m’a dit.

« Les médicaments que j’ai mis dans ce flacon étaient très forts. Ils ont tué une dame qui les a pris. Elle est morte à cause de mon erreur.

« À l’hôpital, ils étaient furieux. Ils ont trouvé le flacon contenant les mauvais médicaments et ont demandé qui les avait mis là. Le pharmacien a dit qu’il m’avait indiqué les bons cachets à mettre dans le flacon et que j’avais dû lui désobéir. Il avait très peur, car il pensait qu’on allait l’accuser. Il était nouveau à ce poste, il venait de l’étranger ; d’ailleurs, il est reparti chez lui à présent. Il a donc menti. Je l’ai entendu mentir et j’ai crié que ce qu’il disait était faux. Ils l’ont réinterrogé et il a dit qu’il se rappelait très bien ce matin-là et qu’il était sûr de m’avoir désigné les bons médicaments, puisqu’il n’y en avait pas d’autres à cet endroit à ce moment-là. Ce n’était pas vrai. Il y avait beaucoup de récipients sur l’étagère et il aurait dû penser que je risquais de me tromper.

« En rentrant chez moi ce soir-là, je me suis assis dans mon fauteuil et je n’ai rien dit. Je n’arrivais pas à parler. Ma femme a essayé de me consoler. Elle m’a expliqué que ce n’était pas ma faute si une personne était morte, et que ce qui s’était passé était un véritable accident, comme quand un chien traverse la route ou qu’une assiette tombe de la table. Mais j’entendais à peine ses paroles, parce que j’avais le cœur serré, serré à l’intérieur de moi, et que je savais que j’allais perdre mon emploi. Comment ferions-nous pour manger si je ne rapportais plus d’argent à la maison ? Mon père était mort et nous ne pouvions pas aller nous installer chez lui. Nous étions perdus.

« À ce moment-là, je ne m’imaginais pas une seconde que la situation pouvait devenir bien pire encore. C’est seulement quelques semaines plus tard, alors que la police m’avait déjà interrogé trois ou quatre fois, que j’ai appris que j’allais être inculpé pour homicide involontaire. C’est ainsi qu’ils appelaient ça. Ils disaient qu’il s’agit d’un homicide involontaire quand quelqu’un fait quelque chose sans réfléchir et qu’une tierce personne en meurt. J’avais du mal à croire que l’on puisse me charger à ce point, mais les enfants de la dame qui était morte ont fait un tas d’histoires. Ils ne cessaient de demander à la police quand l’homme qui avait tué leur mère serait enfin puni pour sa faute.

« Je suis allé les voir. Ils vivaient dans Old Naledi. Je me suis rendu chez eux et je les ai suppliés de me pardonner. Je leur ai expliqué que je n’avais jamais eu l’intention de faire du mal à leur mère. Pourquoi l’aurais-je souhaité ? Je leur ai dit que j’avais autant de peine que si j’avais tué ma propre mère. Je les ai priés de ne plus demander à la police que l’on m’envoie en prison, maintenant que je leur avais raconté ce qui s’était passé. Je me suis mis à genoux devant eux. Mais ils ne m’ont même pas regardé. Ils ont dit que si je ne sortais pas tout de suite de chez eux, ils appelleraient la police.

« Je suis donc reparti et je suis resté chez moi en attendant le procès. Je connaissais un avocat, qui m’a dit qu’il me défendrait si j’avais de quoi le payer. Je suis allé à la caisse d’épargne et j’ai tiré presque toutes mes économies pour les lui donner. Il m’a promis de faire son possible, et je suis sûr qu’il a tenu parole. Seulement, le procureur a dit que j’avais montré une trop grande négligence. Il a ajouté qu’aucune personne consciencieuse n’aurait agi comme je l’avais fait. Et pendant qu’il parlait, le juge me regardait sans arrêt, et je lisais dans ses yeux tout ce qu’il pensait : il pensait que j’étais un homme négligent qui avait tué quelqu’un par distraction.

« Quand il a décrété que je devrais passer deux ans en prison, je n’ai pas osé regarder derrière moi. Ma femme était là et je l’ai entendue pleurer, alors je me suis retourné et je l’ai vue, avec nos deux petites filles, et nos petites filles contemplaient leur papa en se demandant si j’allais rentrer à la maison avec elles, et je n’ai pas su quoi faire. Je ne savais pas s’il fallait leur dire au revoir. Je suis donc resté sans bouger, jusqu’à ce que les deux policiers qui se tenaient auprès de moi me disent que nous devions partir. Ils ont été très gentils avec moi. Ils ne m’ont pas poussé, ils ne m’ont pas parlé méchamment. L’un d’eux m’a même dit : « Je suis désolé, Rra. C’est triste, ce qui s’est passé. Mais il faut y aller, maintenant. » Et j’ai quitté la salle. Je ne me suis pas retourné et je suis parti.

Il se tut et le silence plana. Mma Ramotswe tendit la main sur son bureau pour saisir un stylo qu’elle reposa aussitôt. Mma Makutsi demeura immobile. Aucune ne parla, parce qu’elles sentaient l’une comme l’autre qu’il n’y avait rien à dire.