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MANSARDE

Dans l’appartement au plafond bas troué par un vasistas, Rodica et Élina se tiennent, comme deux écolières impatientes, en face de Diane qui lit des documents.

 

ÉLINA. Cette fois-ci, on accepte.

RODICA. En tout cas, moi, je ne le retiens plus : j’ouvre la cage.

 

Arrivée au paragraphe final, Diane leur rend les feuilles.

 

DIANE. C’est non !

ÉLINA. Quoi !

RODICA. Enfin, madame Pommeray, il nous offre une maison à chacune. Une dans le Midi pour moi. Une pour Élina à Paris. Deux maisons ! Vous avez les actes notariés entre les mains, c’est clair, il n’y a pas d’entourloupe.

DIANE. Refusez.

RODICA. On ne peut pas.

ÉLINA. Non, on ne peut pas.

RODICA (râlant). On ne m’a jamais proposé autant contre aussi peu.

DIANE. C’est non !

RODICA. C’est assez pour moi.

DIANE. Pas pour moi.

ÉLINA. Vous allez le tuer. Il a besoin de me voir, il a besoin de m’aimer. Je ne comprends pas ce que vous cherchez. De quoi nous aviez-vous suppliées ? De lui dédier quelques mois de bonheur avant que le cancer ne l’emporte. Ces mois-là, je veux les lui donner au plus vite.

DIANE. Trop tôt.

ÉLINA. Allons ! Il est malade.

DIANE. Je veux qu’il s’engage davantage.

ÉLINA. Il n’y a pas de temps à perdre.

DIANE. Calmez-vous. Il y a beaucoup à perdre en allant trop vite. Aujourd’hui, il vous offre une maison chacune si vous lui dites oui. Imaginez ce qu’il avancera demain si vous refusez encore.

RODICA. Rien.

DIANE. Si. Le mariage.

 

Les deux femmes demeurent interdites.

 

DIANE. Richard possède une fortune immense et manque d’héritiers directs. Si Élina l’épousait, elle serait bientôt bénéficiaire de plusieurs millions.

ÉLINA (sincère). Mais je ne veux pas !

DIANE. Ne soyez pas sotte ! Préférez-vous que des neveux par alliance ou l’État reçoivent cet argent ? Si vous employez les dernières semaines de sa vie à jouer le rôle de son amante et de son infirmière, autant être rémunérée pour cela, non ?

RODICA. Ça ne me regarde pas, Élina, mais Madame Pommeray calcule juste. La tâche sera la même, le bénéfice plus important.

 

Élina se tord les mains.

 

ÉLINA. Non, j’ai hâte de lui rendre un peu d’amour, un peu d’attention. Laissons tomber cette idée de mariage.

DIANE. Vous m’obéissez.

ÉLINA. Je suis désolée de ne pas pouvoir.

DIANE. Élina, vous n’êtes là que par ma volonté et vous avez juré de m’obéir. Si vous reculez, je lui révèle tout.

ÉLINA (avec violence). Non !

DIANE. Je lui dis tout.

 

Élina baisse la tête, contrainte de céder.