SCÈNE VIII
 
L’ABBÉ, SOUPLIER
 


L’ABBÉ,
soudain souriant et gentil.

Eh bien, mon petit Serge, je pense que cet incident aura au moins un bon résultat : il a fait place nette. Je pense qu’il y a au moins une personne qui ne me gênera plus, dans ce que je veux faire pour vous. (Il remonte une des mèches qui barrent le front de l’enfant. Serge, avec humeur, la fait retomber.) Car il faut absolument que je vous reprenne en main : cette vilaine histoire ne montre que trop comme vous demeurez faible. Vous m’avez dit que votre mère refuserait sans doute que vous veniez chez moi à la campagne pendant la seconde semaine des vacances de Pâques. C’est à vous cependant à l’y décider. Il y a là une sorte de cure morale dont nous savons mieux encore, maintenant, à quel point elle vous est nécessaire. – Je pense que vous vous rendez bien compte qu’une fois de plus c’est moi le maître de votre sort. (Souplier retient ses larmes.) Maître de votre sort, comme je suis maître de vos larmes. Sans doute, il l’a reconnu lui-même, Sevrais a toute la responsabilité : il est le grand, il vous a entraîné, il m’a menti. Mais enfin Sevrais est un élève brillant et auquel jusqu’à ce jour on n’a rien eu de précis à reprocher, tandis que, vous, vous êtes en sursis de renvoi depuis un an. Je vous ai déjà évité deux fois le renvoi ; je peux le faire une troisième, mais il faut que vous m’y aidiez un peu, par votre bonne volonté. Convainquez donc votre mère, je vous le demande.


SOUPLIER

Oui, monsieur l’abbé.


L’ABBÉ

Vous verrez que vous ne vous ennuierez pas à ma campagne. Ma vieille maman vous aimera tout de suite beaucoup, j’en suis sûr. Il y a la rivière, nous irons canoter… Alors, n’est-ce pas, convainquez vos parents, c’est promis ?


SOUPLIER

Oui, monsieur l’abbé.