1  Michel Cazenave, postface à l’ouvrage Le Sexe et le Sacré, de Clifford Bishop, Paris, Albin Michel, 1997, p. 172.

2  Les lois irlandaises ont été éditées par O’Donavan (Ancient Laws of Ireland, 6 vol. Dublin, 1865-1901) et les lois galloises par Aneurin Owen au XIXe siècle, traduites en anglais par Melville Richards (The Laws of Hywell Dda, Liverpool, 1954). Quant aux coutumes bretonnes, elles ont été étudiées par D. Durtelle de Saint-Sauveur (Histoire de la Bretagne des origines à nos jours, Rennes, 1935) et par Marcel Planiol (Les Institutions de la Bretagne, Rennes, 1952-1956).

3  Hywell Dda (Noëlle Bon) devint roi du sud du pays de Galles et du Powys vers 908. À la mort de son oncle Anarawt, il ajouta le Gwynedd, c’est-à-dire le nord-ouest du pays, à ses domaines, et il mourut en 950. Il fit rédiger le code de lois connus sous son nom par un certain Blegywryd, architecte de Llandaf, jurisconsulte et savant éminent. Le manuscrit de ces lois date du XIIe siècle. Le texte est un chef-d’œuvre de clarté et de précision, qui fait toujours l’admiration des juristes contemporains.

4  « C’est dans les lois concernant le mariage que le droit gallois a le plus échappé à l’influence romaine et à l’influence de l’Église » (Joseph Loth, Les Mabinogion, II, p. 27).

5  « La naissance de Conchobar », dans Georges Dottin, l’Épopée irlandaise, éd. de 1980, p. 50. Synthèse de tous les textes relatifs à la naissance de Conchobar dans J. Markale, Les Compagnons de la Branche rouge, deuxième époque de La Grande Épopée des Celtes, Paris, Pygmalion, 1997.

6  En principe, ce terme désigne la Scandinavie, mais c’est aussi le pays imaginaire où vivent les Fomoré, ces « géants de la brume », peuplade mythique ennemie des Irlandais. Dans le cycle mythologique irlandais, nombreux sont les récits qui parlent des démêlés des occupants successifs de l’Irlande avec ces peuples mystérieux qui représentent les forces obscures qui dérangent l’harmonie du monde. Ces Fomoré sont comparables aux Géants de la mythologie germano scandinave.

7  Ce sont des femmes-fées, susceptibles d’apparaître sous forme d’oiseaux. La mère de Cûchulainn, Dechtiré, est souvent présentée sous forme de cygne, car elle appartient en fait à une lignée féerique. Quant à la fée Morgane des romans de la Table ronde, elle peut également se transformer en corneille, tout comme son équivalent irlandais, la Morrigane, l’une des Tuatha Dé Danann, sorte de divinité de l’amour et de la guerre.

8  J. Markale, L’Épopée celtique d’Irlande, Paris, Payot, nouv. éd. 1993, p. 127-128.

9  Les citations des pénitentiels sont empruntées à Irlande, île des saints, recueil de textes choisis par Bernadette et Georges Corbelaud-Salagnac, Paris, 1961.

10  J. Loth, Les Mabinogion, Paris, 1913, I, p. 173 et suivantes.

11  J. Markale, La Naissance du roi Arthur, premier volet du Cycle du Graal, Paris, Pygmalion, 1992, p. 204.

12  J. Markale, Les Saints fondateurs de Bretagne et des pays celtes, Paris, Pygmalion, 2002, p. 209-212.

13  Roxanne Dunbar, fondatrice de la Cellule 16 de Boston.

14  T. G. Atkinson, membre de Radical Feminists.

15  Dossier dans le journal France Soir du 10 avril 1971.

16  Julius Évola, Métaphysique du sexe, éd. française, Paris, Payot, 1970, p. 372.

17  L’exemple le plus caractéristique est celui des rois et des empereurs – voire des papes –, dont la vie sexuelle était totalement en contradiction avec les règles morales et religieuses en vigueur à leur époque. Il y a aussi le fait que c’est dans les classes dirigeantes – ou dites telles – que se rencontrent le plus de « fantaisies » sexuelles, pour ne pas dire « perversions ». Non seulement la sexualité répandue démocratiquement perdrait tout son charme mystérieux et secret, mais elle ouvrirait bien des yeux qui ne doivent pas s’ouvrir sous peine de nuire à l’état social.

18  C’est un thème de propagande moralisatrice couramment employé par les garants des sociétés temporelles ou spirituelles. Officiellement, il s’agit de prendre soin des individus incapables de connaître la « science du bien et du mal », et on les protège donc contre eux-mêmes et leurs pulsions dévastatrices. Cette touchante sollicitation s’étend à tous les domaines, mais on se garde bien d’en fournir les véritables motivations, qui ne sont que celles-ci : ne dérangeons pas l’ordre établi et, surtout, ne donnons pas d’idées à ceux qui n’en ont pas.

19  L’enseignement obligatoire pour tous, comme l’avait très bien vu Jules Ferry, protestant et donc anticlérical, est le début d’une libération des esprits. Plus on connaît de choses, plus on peut choisir, donc plus on est libre. Mais tout a été faussé dès le départ, car les définitions de la liberté qui traînent ici et là (et que l’on confond volontiers avec la « licence ») s’accrochent à des mots devenus vides de sens. Le mot « liberté » provient du latin libra qui signifie « balance ». C’est tout dire. La liberté est la possibilité d’un « balancement », d’un choix, celui-ci devant être le plus étendu possible. Ce n’est certes pas ce qui passe dans les sociétés dites démocratiques et qui pratiquent quotidiennement ce qu’on appelle maintenant la « langue de bois ». Tous les discours officiels sur ce sujet, toutes les réformes d’allure révolutionnaire, toutes les propositions « novatrices », sont autant de pièges, autant de paroles démagogiques, car un enseignement qui viserait à l’émancipation intégrale de l’existant humain est incompatible avec les structures de la société qui prétend le dispenser.

20  Édition française, op. cit. p. 358.

21  Auteur, entre autres, d’un livre intitulé La Lumière du sexe, rituel d’initiation satanique, Paris, 1932. On voit encore ici l’effet de la culpabilisation de la sexualité : c’est une femme elle-même qui la range dans la catégorie du « satanisme ».

22  En tant que romancier, Bulwer-Lytton est l’auteur des Derniers Jours de Pompéi, mais également de The Coming Race, récit dans lequel il décrit une population archaïque vivant sous terre et détentrice du secret du vril, énergie inépuisable permettant la domination du monde, et que l’on ne peut que comparer au graal, selon certaines interprétations que les nazis ont mises en valeur entre les deux guerres mondiales.

23  Ce manuscrit que Julius Évola déclare n’avoir pas eu la possibilité de consulter, n’a jamais été publié autrement que par petits fragments. Crowley, qui est mort en 1947, avait mené une existence passablement agitée et se plaisait à se faire appeler « 666 », chiffre bien connu de la « Bête » de l’Apocalypse, attribuée à l’apôtre Jean. Il se faisait passer pour un visionnaire « satanique » et avait établi tout un rituel sexuel qu’il prétendait d’origine celtique, mais qui est manifestement le produit de ses obsessions personnelles.

24  Sur tout ce sujet, voir Jean Markale, L’Énigme du Graal, de Rennes le Château à Marie-Madeleine, Paris, éd. du Rocher, 2005.

25  W. Reich, La Révolution sexuelle, Paris, Plon, 1968, p. 61.

26  À cause d’une malédiction lancée par la fée Macha, les Ulates souffrent d’une « maladie de femme » pendant neuf jours quand ils sont attaqués. Seul Cûchulainn échappe à ce sortilège.

27  Il y a deux Fedelm dans la tradition épique. L’une est prophétesse – et sorcière – en Ulster. L’autre, qui est présentée ici « aux neuf formes » dont chacune « était plus belle que l’autre », est la fille de Conchobar et l’épouse du roi suprême de Tara.

28  J. Martiale, Le Héros aux cent combats, troisième volet de La Grande Épopée des Celtes, Paris, Pygmalion, 1998, p. 117-118.

29  Benjamin Péret, préface à l’Anthologie de l’Amour sublime, Paris, Albin Michel, 1956.

30  J. Loth, les Mabinogion, I, p. 81-117.

31  J. Markale, Les Compagnons de la Branche rouge, p. 279 et suivantes.

32  L’un des surnoms de Cûchulainn dont le nom signifie « Chien du forgeron Culann ».

33  J. Markale, Les Conquérants de l’île verte, p. 275-277.

34  Tir na nOg, l’un des noms de l’Autre Monde féerique. À noter que Niam signifie « ciel » au sens religieux du terme.

35  J. Markale, Les Triomphes du roi errant, quatrième volet de La Grande Épopée des Celtes, Paris, Pygmalion, 1998, p. 287-288.

36  Sorte de collier rigide qui est une marque de dignité porté essentiellement par les hommes et dont on a retrouvé d’innombrables exemplaires, surtout en Irlande et en Grande-Bretagne.

37  J. Markale, Les Seigneurs de la brume, cinquième volet de La Grande Épopée des Celtes, Paris, Pygmalion, 1999, p. 109-113. Le récit est tiré d’un manuscrit du XIIIe siècle.

38  Gwengwalc’h signifie « cygne blanc ».

39  Évêque plus ou moins légendaire qui passe pour être le fondateur de l’évêché de Tréguier. Voir Les Saints fondateurs de Bretagne et des pays celtes, p. 338-347.

40  J. Markale, La Tradition celtique en Bretagne armoricaine, Paris, Payot, 1975, p. 30-32.

41  Forteresse située près d’Armagh, résidence principale du roi.

42  J. Markale, Les Compagnons de la Branche rouge, p. 89-91.

43  Ibid. p. 223 et suivantes.

44  Ibid. p. 234-235.

45  Ibid. p. 235-236.

46  J. Markale, Les Triomphes du roi errant, p. 235 et suivantes.

47  Les Triomphes du roi errant, p. 254.

48  Lancelot, trad. A. Micha, Paris, 1984, I, p. 384-384.

49  Ibid. p. 389.

50  D’après la tradition populaire locale, il s’agit d’un dolmen qui porte l’appellation de « Lit de Dermot et Grania », dans les Slieve Mish Moutains, à l’entrée de la péninsule de Dingle. Mais il y a bien d’autres monuments mégalithiques en Irlande où cette légende est attachée.

51  Les Triomphes du roi errant, p. 255-256.

52  Ibid. p. 271-272.

53  Montagne, au nord de Sligo, où ont été localisés, suivant la tradition populaire, ces événements tragiques.

54  Fils du Dagda, l’un des chefs de la troupe féerique des Tuatha Dé Danann, qui est censé résider dans le tertre mégalithique de Brug na Boyne, autrement dit le site préhistorique de Newgrange, au-dessus de la vallée de la Boyne, l’un des plus beaux monuments mégalithiques qui soient, et qui est, dans la tradition irlandaise, l’un des hauts lieux de la légende celtique.

55  Les Triomphes du roi errant, p. 275-276.

56  On pourrait en dire autant des Nibelungen germaniques qui sont une épopée littéraire, très édulcorée et très conforme à la mentalité courtoise des XIIe et XIIIe siècles, inspirée par les Eddas scandinaves d’origine islandaise, qui en représente la structure mythologique primitive, à l’écart de ce qu’on appelle l’interprétation chrétienne. Les Scandinaves ayant été christianisés beaucoup plus tard (au Xe siècle) que les Celtes, il est normal de découvrir dans leurs récits des archaïsmes qui font plonger dans le plus profond de la tradition germanique. Il faut cependant remarquer que les Eddas islandaises ont été très influencées par les conteurs irlandais.

57  Les Triomphes du roi errant, p. 239.

58  C’est un thème très fréquent dans les contes populaires, mais le héros parvient toujours à rétablir la vérité et à devenir l’heureux époux d’une princesse opprimée ou menacée.

59  C’est ce qu’a remarquablement mis en évidence Jean Cocteau, scénariste et dialoguiste du film de Jean Delannoy l’Éternel Retour (1942), transposition très habile de la légende. Quand le héros propose à l’héroïne d’épouser son oncle, la jeune fille s’enfuit, puis, ayant réfléchi, elle revient et accepte. Plus tard, le héros, qui se nomme Patrice dans le film, sent confusément que quelque chose ne va pas. Avec embarras, il suggère que peut-être Nathalie (c’est le nom de l’héroïne) s’est méprise sur le sens de la « demande en mariage » et qu’elle a cru que c’était pour lui-même qu’il faisait cette proposition. Et Nathalie, avec infiniment de tristesse, lui répond simplement : « Vous êtes un enfant. » Cette réponse vague et ambiguë fait comprendre suffisamment sa désillusion.

60  C’est là l’une des différences entre l’épopée de Tristan et Yseult et celle de Diarmaid et Grainné. Dans cette dernière, c’est beaucoup plus tard que cette union se consomme, mais curieusement les détails sont identiques dans la version dite « courtoise » de Thomas d’Angleterre. Tristan, au service d’un roi de Bretagne armoricaine a épousé la fille de celui-ci, essentiellement parce qu’elle s’appelle Yseult « aux blanches mains ». Mais, constamment hanté par l’image fantasmatique d’Yseult la Blonde, il n’a pas voulu – ou il n’a pas pu – consommer son mariage. Or un jour qu’Yseult aux blanches mains se promène avec son frère Kaherdin, un incident se produit : en mettant le pied sur un sol marécageux, Yseult aux blanches mains fait jaillir de l’eau qui atteint le haut de ses cuisses. Et elle dit à son frère : « Cette eau est vraiment hardie, car elle atteint un endroit que jamais la main d’un homme n’a touché. » L’incident est absolument identique, ce qui prouve l’origine commune de l’histoire, mais dans la version française, il a été déplacé, perdant ainsi toute la signification qui y était attachée dans l’archétype irlandais.

61  Il y aurait beaucoup à dire sur le personnage de Brengaine, car elle semble bien être identique à l’héroïne de la seconde branche du Mabinogi gallois, Branwen, fille de Llyr, frère du héros Brân le Béni. Son nom signifie « corbeau blanc », et elle est considérée, dans la tradition mythologique des Bretons insulaires, comme une sorte de divinité de l’amour. C’est en tout cas le rôle qu’elle joue dans cet épisode du philtre.

62  Il y encore ici une autre similitude entre l’épopée de Tristan et Yseult et celle de Diarmaid et Grainné. Dans la version de Béroul, quand les amants sont en fuite et errent dans la forêt de Morois, poursuivis par le roi Mark, Tristan finit par se plaindre de son sort au moment même où cesse l’action du philtre. Il prononce alors des paroles qui ressemblent fort à celles de Diarmaid déplorant sa situation misérable. Et Yseult en fait tout autant, regrettant le temps où elle était une reine respectée et adulée. L’auteur du texte insiste sur le fait que les deux amants sont saisis par le remords d’avoir agi contre les lois de l’Église et de la société, et c’est ce qui déterminera Tristan et Yseult à mettre fin à leur aventure et à se réconcilier avec le roi Mark. C’est ainsi que Tristan rendra solennellement la reine au roi, mais, en contradiction avec le récit de Béroul lui-même, ce n’est pas cette réconciliation qui empêchera les amants de se rencontrer en cachette, en usant de toutes les ruses possibles. Cela montre que Béroul connaissait très bien la version primitive, mais que c’est pour tenter de la moraliser qu’il a donné au philtre une durée limitée. Car, l’amour fou de Tristan et Yseult, une fois séparés l’un de l’autre, non seulement perdure, mais il se manifeste jusqu’au paroxysme, et finalement jusqu’à la mort.

63  Paris, Plon, 1953. Nombreuses rééditions par la suite. Le mérite incontestable de Denis de Rougemont est d’avoir attiré l’attention sur l’importance de ce mythe qui correspond à une certaine philosophie de l’amour dans les sociétés européennes imbues de l’héritage grec et confrontées à celui, encore plus pesant, du judéo-christianisme.

64  Cette Lilith, redoutée par les Juifs orthodoxes, est un personnage très gênant qu’on s’est efforcé d’éliminer des textes officiels en en faisant une « démone », l’épouse de Satan, à la suite de sa révolte contre la « loi des mâles » et contre Iahvé lui-même. Voir J. Markale, Mélusine ou l’Androgyne, Paris, Albin Michel, 1991.

65  Michel Cazenave, La Subversion de l’âme, Paris, Imago, 1981, p. 62-63.

66  Voir la reconstitution de cette « Saga primitive de Lancelot » dans J. Markale, La Tradition celtique en Bretagne armoricaine, Paris, Payot, édition de 1984, p. 109-132. On pourra consulter mon étude générale sur Lancelot dans Lancelot et la chevalerie arthurienne, Paris, Imago, 1985.

67  Lancelot, trad. A. Micha, Paris, 1983, I, p. 10-109.

68  J. Markale, La Tradition celtique en Bretagne armoricaine, p. 123.

69  Ibid. p. 124.

70  Lancelot, trad. A Micha, I, p. 210.

71  Sur tous les détails concernant ce problème et tous ses prolongements, même les plus étranges et les plus aberrants, à travers les siècles, voir J. Markale, Le Graal, Paris, Albin Michel, 1992, et surtout l’Énigme du Saint-Graal, Paris, Le Rocher, 2005.

72  Lancelot, trad. A. Micha, II, p. 198-199.

73  Agrippa d’Aubigné, Stances, XIII.

74  Braunsschweig-Fain, Éros et Antéros, Paris, 1970, p. 107.

75  Heide est le nom de l’héroïne du roman de Julien Gracq, Au château d’Argol. On peut signaler que Heide, en allemand, signifie « bruyère » (anglais Heath), ce qui renvoie à quelque divinité des landes sauvages et désolées, divinité évidemment dangereuse et fatale.

76  Michel Cazenave, La Subversion de l’âme, p. 277.

77  Littéralement « fileuse d’étoupe » mais, dans le langage populaire, équivalent de « putain ».

78  Ti plouz, c’est-à-dire « chaumière ».

79  Morverc’h, traduit généralement par « sirène », ce qui est un contresens, les sirènes n’étant pas des êtres aquatiques, mais résidant sur les rochers. On devrait dire « néréide » ou « ondine ».

80  Il y a là une certaine confusion, car les Des Cassitérides sont les îles Scilly, au large du Cornwall britannique, et Séna ne peut être que l’île de Sein, au large de la Cornouaille armoricaine.

81  Peuple gaulois qui occupait le Finistère actuel.

82  Voyageur grec du deuxième siècle avant notre ère, dont les écrits sont perdus mais sont abondamment cités chez les auteurs postérieurs.

83  Peuple gaulois d’une partie de la Loire-Atlantique actuelle.

84  Voir les détails sur ce sujet dans J. Markale, Druides et Chamanes, Paris, Pygmalion, 2005.

85  Il y a dans les textes irlandais un perpétuel jeu de mots entre la Scotie, c’est-à-dire l’Écosse, et la Scythie, d’ailleurs pays d’origine des premières tribus celtes. Il faut savoir que le nom de Scatach signifie « celle qui fait peur », mais également « celle qui protège ». C’est dire l’ambiguïté du personnage, à la fois divin et infernal.

86  Récit complet dans J. Markale, Les Compagnons de la Branche rouge, p. 159 et suivantes.

87  Cette réserve provoquera la mort du fils d’Aifé lorsqu’il viendra rejoindre son père et que celui-ci, ne l’ayant pas identifié, engagera un combat impitoyable contre lui.

88  Ce qui sera également la cause de la mort de Ferdéad, lors de l’un des combats de La Razzia de Cualngé.

89  Le personnage est donc appelé d’abord Demné, avant d’être plus tard déclaré Finn, c’est-à-dire « beau, blanc, blond », ou encore « de noble race », racine indo-européenne qui a donné le nom latin de Vénus et celui du peuple gaulois des Vénètes. Il faut signaler que Demné signifie « daim ». Or, plus tard, ce Demné-Finn épousera une femme qui, sous le coup d’un enchantement, vit une moitié de l’année sous l’aspect d’une biche. Il en aura un fils, Oisin (Ossian), dont le nom signifie « faon », qui lui-même aura un fils du nom d’Oscar, c’est-à-dire « qui aime les cerfs ». La famille de Finn et la tribu des Fiana semblent donc une référence à un antique culte du cervidé datant probablement des époques glaciaires, quand les hommes survivaient en chassant les troupeaux de rennes.

90  J. Markale, Les Triomphes du roi errant, p. 50-55.

91  J. Loth, Les Mabinogion, II, p. 75-76.

92  Ibid. p. 119-120.

93  Ibid. p. 96-103.

94  Perceval, trad. Lucien Foulet, Paris, 1947, P. 52. Dans la version allemande de Wolfram von Eschenbach, Parzival épousera Blanchefleur, appelée ici Condwiramur, qui sera la mère de Lohengrin.

95  J. Markale, Les Conquérants de l’Île Verte, p. 63-64.

96  Ibid. p. 128.

97  Morrigane (génitif de Morrigu, qui signifie « grande reine ») est dite « fille d’Ernmas », ce nom voulant dire « meurtre » ou « étrange ». Cela indique le caractère surnaturel et belliqueux du personnage, étant toujours présenté avec une chevelure très noire, et qui a la faculté de se métamorphoser en corneille, d’où la comparaison avec le plumage du corbeau. En réapparaissant sous l’aspect de la fée Morgane des romans arthuriens, elle ne perdra rien de ses caractéristiques physiques, de ses pouvoirs surnaturels et de son statut de « magicienne de l’amour ». Ici, dans cet épisode, elle revêt son aspect le plus érotique, mais aussi le plus terrifiant. Elle fait songer à la Judith biblique, mais elle s’apparente surtout à Kâli la Noire, cette déesse de la vie et de la mort de la tradition indienne, que l’on représente souvent comme la castratrice par excellence.

98  Les Conquérants de l’Île Verte, p. 123-124.

99  Ibid. p. 125 et p. 139.

100  Les Compagnons de la Branche rouge, p. 275-278.

101  Bien que la tradition bretonne armoricaine soit remplie d’histoires au sujet de mystérieuses marymorgans, êtres féeriques vivant dans les eaux de la mer.

102  Henri Dontenville, Mythologie française, Paris, Payot, 1973, p. 144.

103  Une précision s’impose : dans aucun texte médiéval elle n’est présentée comme la mère de Mordret, fils incestueux d’Arthur. La confusion, entretenue par les auteurs modernes et des cinéastes comme John Boorman dans Excalibur, vient d’une vague ressemblance de nom entre Morgane et une autre des demi-sœurs d’Arthur, que certains textes appellent Anna, et d’autres Morgause, qui est l’épouse du roi Uryen et la mère de Gauvain.

104  Voir le récit de ces différentes aventures dans J. Markale, La Fée Morgane, quatrième volet du Cycle du Graal, Paris, Pygmalion, 1994.

105  Voir J. Markale, La Mort du roi Arthur, huitième volume du Cycle du Graal, Paris, Pygmalion, 1997.

106  Notamment dans le film Excalibur, de John Boorman (1975).

107  J. Markale, Merlin l’Enchanteur, Paris, Albin Michel, 1992, p. 40.

108  À cause d’un charme qu’elle place chaque soir sous la tête de Merlin.

109  Allusion à la tradition qui fait de Merlin le fils d’un démon incube et d’une sainte fille.

110  Thomas Malory, trad. Goubert, Nantes, 1994, I, p. 146.

111  Récit complet dans J. Markale, Les Seigneurs de la brume, cinquième volet de La Grande Épopée des Celtes, Paris, Pygmalion, 1999, p. 114-146.

112  Voir J. Markale, Le Christianisme celtique et ses survivances populaires, Paris, Imago, 1993, ainsi que Les Saints fondateurs de Bretagne et des pays celtes, Paris, Pygmalion, 2002.

113  Pour plus de détails, voir J. Markale, Le Druidisme, Paris, Payot, 1994, ainsi que Druides et Chamanes, Paris, Pygmalion, 2005.

114  Voir J. Markale, Histoire secrète de la Bretagne, Paris, Albin Michel, 1992, p. 138-147.

115  Nom gaélique de la vallée de la Boyne, où se trouvent les plus beaux monuments mégalithiques d’Irlande, et où sont localisées de nombreuses légendes mythologiques.

116  C’est-à-dire la fête druidique de Samain, la plus importante du calendrier celtique.

117  Bataille historique qui eut lieu en 480, selon les Annales des Quatre Maîtres.

118  Récit complet dans J. Markale, Les Seigneurs de la brume, p. 247-264.

119  Giraldus Cambrensis, Topographia, III, 25.

120  Trad. Guyonvarc’h, Ogam, XI, p. 60.

121  Il y a bien d’autres exemples de cette sorte, notamment dans la Bible. Lorsque David dut s’enfuir de Jérusalem devant la révolte de son fils Absalon, il emmena avec lui ses femmes (il en avait 300 !) et la plupart de ses concubines. Mais dix de celles-ci étaient restées à Jérusalem. Absalon, sur les conseils d’Akhitophem, prit officiellement possession des concubines : « Et l’on tendit pour Absalon une tente sur la terrasse et Absalon vint vers les concubines aux yeux de tout Israël » (II, Samuel, XVI, 22). Par la possession sexuelle et publique des concubines de son père (à défaut des épouses), Absalon affirmait ainsi solennellement son droit à la souveraineté sur Israël.

122  Voir J. Markale, Le Roi Arthur et la société celtique, Paris, Payot, éd. de 1999.

123  Histoire littéraire de la France, p. 97-101.

124  Perceval, trad. L. Foulet.

125  Speculum, XIII (1938), p. 38.

126  Trad. Alain Deniel, La Rafle des vaches de Cooley, Paris, 1997, p. 127.

127  Ibid., p. 144.

128  Ibid., p. 129.

129  Lancelot, trad. A. Micha, I, p. 181.

130  Ibid., I, p. 182.

131  Qu’on se souvienne de Richard Cœur de Lion, homosexuel exclusif, et pourtant marié, mais qui fut incapable de procréer un descendant légitime.

132  Voir J. Markale, L’Amour courtois, ou le couple infernal, Paris, Imago, 1986.

133  Lancelot, trad. Micha, I, p. 183.

134  Une tradition normande, localisée dans le pays de Bagnoles de l’Orne et dans la haute vallée de la Mayenne, identifie Lancelot du Lac à un ermite connu sous le nom de saint Frambaut, ou saint Frambourg, ancien guerrier qui aurait fini ses jours dans la prière et la méditation. D’où l’appellation touristique de cette région : « pays de Lancelot du Lac ».

135  Il faut peut-être mettre les choses au point sur la terminologie employée pour désigner les femmes homosexuelles, souvent traitées de « gouines » ou de « gousses », et que dans les siècles passées on appelait des tribades, terme qui signifie « celles qui se frottent », détail significatif puisqu’il n’est aucunement question de pénétration. On n’a aucune preuve que la fameuse poétesse Sapho, de Lesbos, ait été homosexuelle. Déçue par un amour malheureux vécu avec un homme, elle avait groupé autour d’elle de nombreuses jeunes filles ou jeunes femmes dégoûtées comme elle de l’inconstance masculine, mais les poèmes qui lui sont attribués et qui ont été conservés ne font aucune allusion à des pratiques dites « saphiques » ou « lesbiennes ». Il semble bien que toute cette terminologie ne corresponde à aucune réalité et que l’île de Lesbos, dans la mer Égée, malgré la réputation dont elle est entourée, n’ait jamais été un territoire protégé et privilégié, une sorte de temple qui aurait été consacré à l’exaltation des amours « saphiques ».

136  Braunschweig-Fain, Éros et Antéros, Paris, Payot, 1970, p. 42.

137  Ibid., p. 42.

138  Erich Neumann, The Great Mother, New-York, 1955, p. 39.

139  Texte cité par Georges Dottin, Annales de Bretagne, XXVI, p. 792.

140  J. Marchand, L’Autre Monde au Moyen Âge, Paris, 1934, p. 81-115.

141  La psychanalyse peut très souvent expliquer certains comportements jugés aberrants et qui sont fort répandus dans les récits mythologiques. Un cas observé par Janine Chasseguet-Smirgel (La Sexualité féminine, Paris, Payot, 1970, p. 176) est très révélateur. Il s’agit d’un jeune homme, éjaculateur précoce, qui ignorait à l’âge de 22 ans, l’existence du vagin en tant qu’organe sexuel. Pour lui, le vagin était une grotte pleine d’ordures et d’éboulements, et ses fantasmes le peuplaient de cadavres et de voitures accidentées. Il en venait à envisager une véritable lutte contre cet endroit maudit : obturer le réceptacle avec du verre pilé, y faire couler du ciment, l’utiliser comme pot de chambre ou comme cuvette de W. C. dont on peut rabattre le couvercle. Les obsessions de ce jeune homme atteignaient une sorte de paroxysme dans une analité sadique qu’on peut considérer comme anormale, certes, mais qui témoigne d’un environnement culturel et moral antiféministe.

142  J. Markale, Les Saints fondateurs de Bretagne et des pays celtes, Paris, Pygmalion, 2003.

143  J. Markale, Contes populaires de toute la France, Paris, Stock, 1980, p. 273.

144  Otto Rank, Le Traumatisme de la naissance, Paris, Payot, 1970, p. 119.

145  Sandor Ferenczi, Thalassa, psychanalyse des origines de la vie sexuelle, Paris, Payot, 1978, p. 92.

146  On peut citer un autre exemple de cas révélé par la psychanalyse (Janine Chasseguet-Smirgel, La Sexualité féminine, p. 156-159), celui d’une femme de 40 ans, ophtalmologiste, mariée et mère de deux enfants, en proie à des angoisses, des dépersonnalisations et à des impulsions à se jeter à l’eau. Elle imagine un aquarium sur le mur du bureau de la psychanalyste et se sent prisonnière à l’intérieur de cet aquarium. Elle fait elle-même le rapprochement entre l’aquarium et la matrice. Elle rêve qu’elle se promène avec sa mère le long d’une rivière pour relever des pièges à anguilles, ce qui lui fait penser au pénis dans le vagin. Elle a le souvenir que son père a failli se noyer dans le tourbillon d’un torrent. Elle déclare avoir peur dans les ascenseurs, car la cage pourrait tomber avec elle à l’intérieur, et là encore, elle a l’image du pénis aspiré par le vagin. Dans les fantasmes de cette femme, parfaitement consciente et revêtue d’une culture scientifique très sérieuse, un thème domine : celui de l’engloutissement. Parfois, c’est la patiente qui a peur de cet engloutissement pour elle-même, parfois, elle s’identifie à l’élément aquatique qui engloutit celui qui veut la pénétrer, d’où le rappel d’images mythiques comparables à celles de l’engloutissement de la ville d’Is de la légende bretonne.

147  L. F. Sauvé, Le Folklore des Hautes Vosges, Paris, 1912, p. 326-340.

148  Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes, Paris, éd. Corti, 1951, p. 55-56.

149  Trad. Georges Dottin, L’Épopée irlandaise, Paris, 1980, p. 190-192.

150  Freud, Malaise dans la civilisation, Payot, p. 44.

151  Herbert Marcuse, Éros et Civilisation, p. 139.