La putain royale
Vers les années 1200, un Gallois, Giraud de Cambrie, entreprend une sorte de voyage d’études dans les territoires régis par les Plantagenêt, surtout la Grande-Bretagne et l’Irlande. Il en rapporte des chroniques qui sont parfois très surprenantes. C’est ainsi qu’il est amené à décrire – en langue latine – une pratique rituelle encore en vigueur à l’époque dans une tribu gaélique d’Irlande du Nord, qu’il ne précise malheureusement pas, sauf pour dire que cela se passe aux environs de la ville de Kenelcunill. Mais ce qu’il prétend avoir vu n’en est pas moins révélateur de la tradition archaïque qui se maintenait chez des Celtes, pourtant déjà christianisés depuis longtemps. Il s’agit d’une cérémonie d’intronisation royale.
Voici ce qu’il écrit à ce sujet : « Le peuple étant entièrement rassemblé en un endroit de cette terre, on amène au milieu de l’assemblée une jument blanche. Alors un personnage supérieur (un roi ou un chef de tribu) s’avance vers la jument, aux yeux de tous, bestialement, non en prince mais en bête sauvage, non en roi mais en hors-la-loi, et avec moins d’impudence que d’imprudence, il se conduit en bête. Aussitôt la jument est tuée. On la découpe en morceaux et on la fait bouillir dans de l’eau. On prépare avec ce bouillon un bain pour le roi. Il y prend place, on lui apporte des morceaux de viande, et il les mange en les partageant avec le peuple qui est autour de lui. On le lave aussi avec le bouillon ; il en puise et en boit, non pas en s’aidant d’une coupe ou de ses mains, mais directement avec sa bouche. Ce rite étant accompli, son règne et sa puissance sont affirmés(119). »
Évidemment, dans un contexte chrétien et écrivant pour des souverains chrétiens, Giraud de Cambrie se montre horrifié par de telles pratiques. Mais il ne sait pas que cet étrange rituel, qui peut paraître effectivement très choquant, a un exact répondant en Inde védique : le rite de l’asvamedha. Mais là, il y a inversion, car c’est la reine qui contracte une union symbolique avec un étalon sacré, tandis que dans le contexte celtique, il s’agit d’un hiérogame entre le roi et son royaume dans un rituel sur lequel plane le souvenir d’une déesse-jument, celle que les Irlandais appellent Macha, les Gallois Rhiannon et les Gaulois Épona. Le mariage du roi avec la reine est donc une union sacrée, mais parfois cette souveraineté acquise par le roi a besoin d’être actualisée, car elle s’épuise au fur et à mesure que le temps s’écoule. Il est donc nécessaire de procéder à une « régénération » du pouvoir royal, et cela ne peut se faire que par une relation sexuelle. C’est ainsi que dans la tradition irlandaise, si l’on en croit les textes des épopées d’Ulster, surtout celle qui concerne le fameux roi Conchobar, on découvre de bien curieuses coutumes qui n’ont pas toujours été comprises.
Ce roi d’Ulster avait de nombreux devoirs, de nombreux interdits et aussi des privilèges qui n’en étaient peut-être pas au sens où on l’entend généralement. En effet, le récit de La Naissance de Conhobar précise : « C’est un grand honneur que les Ulates firent à Conchobar. Et cet honneur, ce fut que chaque homme des Ulates faisait coucher sa fille avec Conchobar la première nuit afin qu’il fût son premier époux(120). » On connaît cette coutume sous le nom de jus primae noctis, ou encore de « droit de cuissage ». On a parlé de ce droit comme d’une chose monstrueuse et révoltante témoignant de l’injustice et surtout de l’abus de pouvoir pratiqué par les grands de ce monde. Il faut relativiser tout cela. Car, d’une part, ce privilège était une contrainte. Depuis des temps immémoriaux existe la croyance que le sang virginal est dangereux : magiquement, religieusement, seul un être doué de pouvoirs supérieurs peut supporter de répandre ce sang virginal sans que le malheur ou le mauvais sort ne retombe sur l’époux légitime.
D’autre part, dans le cas de Conchobar, comme dans celui de nombreux autres rois celtes, on peut déceler une tout autre motivation : le fait de donner une fille vierge au roi pour qu’il soit son premier époux équivaut à un mariage symbolique : les filles vierges représentent l’Irlande, et chaque fois que Conchobar accomplit le rituel, il régénère la puissance de sa souveraineté, cette souveraineté étant représentée par la fille qu’on lui amène dans son lit. Il y a donc perpétuel recommencement du mariage primitif du roi avec la terre dont il a la charge afin que cette souveraineté ne puisse pas s’affaiblir(121). Tous les peuples ont plus ou moins assimilé l’intronisation royale à une union sexuelle, parfois réelle, parfois symbolique, une « hiérogamie » par laquelle est scellé le contrat qui unit le roi et l’ensemble de son peuple.
Cet acte rituel n’est d’ailleurs pas toujours une « partie de plaisir », comme en témoigne un court récit épique concernant le roi semi légendaire Niall aux Neuf Otages. Un jour, les trois fils du roi Éochaid Muigmedon se trouvent à la chasse dans un endroit désertique. Ils ont très soif et ne peuvent découvrir de source. Alors survient une vieille femme hideuse, monstrueuse et édentée. Elle propose à l’aîné des frères de lui donner de l’eau à condition qu’il veuille bien lui donner un baiser. Ne pouvant surmonter son dégoût, il préfère se passer d’eau et refuse. Son frère puîné adopte la même attitude.
C’est le cadet, Niall, qui accepte de donner un baiser à la femme hideuse. Or, dès que ses lèvres ont touché la peau rugueuse de la femme, celle-ci se transforme en jeune fille la plus belle du monde. Et elle déclare à Niall : « Je suis la souveraineté d’Irlande. C’est toi, parce que tu as eu le courage de me donner un baiser, qui sera le roi d’Irlande. » Ainsi, Niall aux Neuf Otages sera l’ancêtre de toute une lignée royale, celle des O’Neill. Par le baiser qu’il a consenti à donner à cette femme répugnante, il a contracté ce mariage symbolique avec la terre dont il aura désormais la charge.
On trouve une histoire semblable dans un des récits les plus importants de la légende arthurienne primitive, bien que très peu connu, en l’occurrence un texte anglais du XIVe siècle, the wedding of Gawain. En réalité, il ne concerne pas du tout le « mariage de Gauvain » si l’on compare ce récit avec d’autres textes anglais, mais indubitablement le roi Arthur lui-même. En effet, il existe, toujours au XIVe siècle, un court fragment intégré dans une œuvre anglaise latinisante d’un certain Gower, la Confessio Amantis, qui présente la même histoire, mais dans un cadre qui n’est pas arthurien, et, de plus, un conte de l’un des plus grands écrivains de langue anglaise, Geoffroy Chaucer, relate à quelques variantes près la même histoire, cette fois dans un cadre qui est nettement arthurien, et sans aucune référence à Gauvain. On peut ainsi restituer le schéma primitif où se détache le personnage central du roi Arthur, un Arthur très archaïque qui n’est pas roi, mais simple chef de guerre(122).
Un jour, alors qu’il est en train de chasser, Arthur est surpris par un homme armé d’une massue qui veut se venger de lui. Cet « homme sauvage », personnage assez commun dans la tradition celtique, lui accorde la vie sauve pour un an, à condition qu’au bout de l’année il lui apporte la réponse à cette simple question : « Qu’est-ce que les femmes aiment par-dessus tout ? » Arthur erre dans tous les pays à la recherche de cette fameuse réponse, et ce n’est qu’en toute dernière extrémité qu’il rencontre une femme d’une laideur monstrueuse qui lui déclare : « Je suis seule à savoir la réponse qu’il te faudra dire, mais je ne te la donnerai que si tu promets de m’épouser. » Arthur hésite, évidemment, mais, contraint et forcé, il prononce le serment.
Ainsi peut-il répondre à son ennemi : « C’est la souveraineté. » Le voici libéré, mais pas complètement, puisque l’horrible femme vient lui rappeler sa promesse. La mort dans l’âme, Arthur fait célébrer ses noces, et le soir, il s’en va au lit avec la nouvelle épousée. Immédiatement, il tourne le dos à sa compagne, se demandant s’il sera encore vivant le lendemain matin. La femme lui dit : « Donne-moi au moins un baiser, par courtoisie. » Arthur se retourne, conscient qu’il ne peut agir autrement. Or, il aperçoit à ses côtés la plus belle femme qu’on puisse imaginer.
Mais ce n’est pas tout. La femme lui dit encore : « Tu peux choisir de m’avoir belle la nuit et laide pendant le jour, ou inversement. » Arthur trouve ce choix vraiment trop difficile : il laisse la femme libre de décider. Alors celle-ci lui répond : « Tu m’auras donc belle à la fois le jour et la nuit. Ma marâtre, par magie, m’avait réduite à la forme repoussante dans laquelle tu m’auras d’abord vue, et je ne devais lever le sortilège et retrouver la forme sous laquelle tu me vois maintenant que si un chevalier, le meilleur du monde, acceptait de m’épouser et de me laisser souveraineté en tout. Tu m’as donc délivrée par ta courtoisie(123). »
On peut supposer que cette étrange histoire, bien qu’elle soit conservée dans des manuscrits tardifs, constitue une version fort primitive du mariage d’Arthur avec la célèbre reine Guenièvre, telle qu’elle a été conservée dans la mémoire populaire des Bretons insulaires. Le personnage de Guenièvre n’est en effet pas très net dans certains textes qui la concernent et qui n’en présentent pas l’image stéréotypée qu’on en a d’habitude à cause de ses amours avec le beau Lancelot du Lac. Les Triades galloises font état de trois femmes successives qu’aurait eues Arthur, et qui s’appelaient toutes Gwenhwyfar. C’est ainsi qu’elle est nommée dans le récit gallois de Kulhwch et Olwen, dont la rédaction primitive remonte au XIe siècle.
La signification de ce nom ne pose aucun problème : c’est « blanc aspect » ou même « blanc fantôme », ce qui renvoie au thème populaire traditionnel bien connu des « Dames blanches », et la forme Guenièvre est l’exacte transcription française du modèle sinon gallois, du moins brittonique, qui a donné Guinever en moyen anglais et Jennifer en anglais actuel. Et si l’on remonte plus loin dans le temps, on s’aperçoit que Gwenhwyfar est exactement la transcription galloise du gaélique Finnabair, de même signification, qui est le nom de la fille de la reine Maeve dans des récits irlandais qui sont bien antérieurs.
Cependant, il n’est pas certain que Guenièvre-Gwenhwyfar soit le nom ancien de l’épouse d’Arthur. Au XIIe siècle, le clerc gallois latinisant Geoffroy de Monmouth l’appelle Guennuara, dans son Histoire des rois de Bretagne, et, sur les sculptures de l’archivolte nord de la cathédrale de Modène, en Italie, sculptures qui datent de 1100, elle est nommée Winlogée, qu’on peut rapprocher du breton armoricain Winlogen. Il s’agit pourtant du même personnage, car ces sculptures racontent l’enlèvement de la reine, puis sa délivrance par les compagnons d’Arthur, comme si cela constituait une illustration d’un épisode du roman de Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette, qui a été écrit vers 1170. Quant au récit français du XIIIe siècle dit Roman d’Yder, il la présente sous le nom de Guenloïe, tandis que dans le texte latin de La Naissance de Gauvain, elle est appelée Gwendolen, autrement dit le nom gallois actuel Gwendolyn. Le seul point commun entre ces différents noms est incontestablement le premier terme gwen, adjectif signifiant « blanc » et, par extension, « noble », et même « saint » en Bretagne armoricaine.
Cependant, Guenièvre n’apparaît nulle part comme une « petite sainte ». Si l’on explore les documents antérieurs à Chrétien de Troyes et d’autres, plus tardifs mais bâtis sur des données plus archaïques, on s’aperçoit que le personnage de la reine Guenièvre y apparaît bien différemment et que son comportement était beaucoup plus ambigu qu’on ne le pense. Et, à propos de l’épisode décrit par Chrétien de Troyes, concernant l’enlèvement de la reine par le sinistre et maléfique Méléagant, roi du mystérieux royaume de Gorre « d’où nul ne revient », on est même en droit de se demander si elle n’était pas complice de cet enlèvement.
En effet, les figurations de l’archivolte de Modène sont peut-être à double sens. On comprend d’abord que la reine, quel que soit son nom, a été enlevée par un « méchant » et ce sont trois chevaliers qui se lancent dans l’aventure pour la délivrer. Leurs noms sont gravés sans la pierre : Galvagnus, c’est-à-dire Gauvain, Galvarium, inconnu des textes littéraires, et Che, en qui on reconnaît Kaï (du latin Caius) ou Keux, qui apparaît dans les versions continentales comme sénéchal et frère de lait du roi Arthur. Dans le récit de Chrétien de Troyes, on retrouve effectivement Gauvain et Kaï, mais c’est Lancelot du Lac qui est substitué au mystérieux Galvarium. En fait, tout s’éclaire si l’on établit un rapport étroit entre les figurations de Modène et certains épisodes du Roman de Durmart, œuvre française du XIIIe siècle qui raconte cette même aventure.
On y apprend en effet que la reine est enlevée par un chevalier géant du nom de Carados, qui est peut-être le même personnage que Karadawg Veichbras (« Caradoc au Grand Bras »), héros d’un autre récit arthurien. Ce géant emmène Guenièvre à la Tour Douloureuse, où il la remet à un certain Mardoc qui l’aimait depuis longtemps. En somme, Carados est une sorte d’homme de main d’un roi ou d’un chef qui appartient à l’Autre Monde, puisque Mardoc ne peut quitter sa forteresse. Et c’est le nom que l’on donne au ravisseur sur l’archivolte de Modène.
Cependant, dans le récit de Durmart, les chevaliers Kaï et Yder accompagnent le roi Arthur en personne dans cette poursuite du ravisseur de la reine. C’est ainsi qu’ils parviennent sous la Tour Douloureuse qui est défendue par un géant nommé Burmalt. Sa description fait d’ailleurs penser à celles du « rustre » ou de « l’homme des bois », qui sont innombrables dans les différentes versions da la légende arthurienne aussi bien que dans la tradition épique irlandaise. Il s’agit d’une sorte d’Hercule aux cheveux hirsutes, armé d’une massue, qui semble lui aussi appartenir à l’Autre Monde. On serait même tenté d’y voir un doublet du fameux Dagda, l’un des chefs des Tuatha Dé Danann de la mythologie gaélique.
Mais la situation d’Arthur et de ses compagnons est loin d’être favorable, car ils n’arrivent pas à forcer l’entrée de la forteresse. C’est alors qu’intervient une femme, qui a tout l’air d’être une fée – ou une sorcière – que Carados a jadis enlevée pour la livrer à Mardoc. Celle-ci vient trouver Gauvain et lui remet une épée magique, seule arme efficace pour éliminer le géant. Gauvain n’hésite pas : il se précipite et tue le géant. Arthur et ses compagnons parviennent donc à pénétrer dans la Tour Douloureuse et s’emparent de toutes les richesses qui s’y trouvent entassées. Mais Mardoc est épargné parce qu’il consent à rendre la reine au roi. C’est une victoire, c’est certain, mais la suite fait apparaître de singuliers détails sur le comportement de la reine, comportement qui est fort peu conforme à celui que lui attribue Chrétien de Troyes dans son Chevalier de la charrette.
Arthur ramène son épouse à la cour et là, Guenièvre adopte une attitude quelque peu suspecte : d’une part, elle semble regretter d’être séparée de son geôlier, affichant même une sorte de respect amoureux envers celui-ci, et, d’autre part, elle manifeste une admiration presque exaltée, pour ne pas dire amoureuse, à propos de Gauvain qui, dans ce récit comme dans le Chevalier de la charrette, est son véritable libérateur. Cela remet en mémoire l’éloge que fait Gauvain de la femme de son oncle, dans un passage du Conte du Graal : « Depuis la première femme qui fut formée de la côte d’Adam, il n’y eut jamais de dame si renommée. Elle le mérite bien, car de même que le maître endoctrine les jeunes enfants, ma dame la reine enseigne et instruit tous ceux qui vivent. D’elle descend tout le bien du monde, elle en est la source et origine. Nul ne peut la quitter qui s’en aille découragé. Elle sait ce que chacun veut et le moyen de plaire à chacun selon ses désirs. Nul n’observe droiture ni ne conquiert honneur qui ne l’ait appris auprès de ma dame. Nul ne sera si affligé qu’en partant d’elle, il emporte son chagrin avec lui(124). » Quel hommage ! Et quels sous-entendus !… À travers le style « courtois » de la fin du XIIe siècle sur le continent, se profilent de bien étranges réminiscences.
On peut alors supposer une possible liaison entre la reine et le neveu du roi. Après tout, Tristan, amant d’Yseult, épouse du roi Mark, est bien le neveu de celui-ci et, comme Gauvain, est l’héritier présomptif de son oncle, selon la coutume celtique dite « matrilinéaire » qui privilégie toujours le neveu, fils de la sœur. Il est donc tout à fait plausible que, dans les versions antérieures de la légende, Gauvain ait été l’amant de Guenièvre, et que les auteurs de romans courtois, donc christianisés, aient voulu atténuer la gravité de son « péché » en substituant un Lancelot étranger à la famille au propre neveu du roi.
À vrai dire, la reine Guenièvre, si elle paraît d’une fidélité absolue à Lancelot dans les versions « classiques », semble avoir octroyé ses faveurs à quelques autres compagnons d’Arthur si l’on décrypte quelque peu les textes. En dehors de Gauvain, ce sont les noms de Kaï et d’Yder (Édern) qui apparaissent au premier plan. Ces trois personnages sont d’ailleurs présents et nommés sur l’archivolte de Modène qui, répétons-le, date de l’an 1100 et témoigne de la connaissance qu’avaient les gens de l’Italie du Nord de cette tradition d’origine celtique bien avant la composition des romans de Chrétien de Troyes. Et si l’on analyse en détails certains épisodes bien connus du Cycle du Graal, les soupçons concernant Guenièvre ne font que croître et embellir.
Le possible « lien » entre Guenièvre et Yder prête en effet à des commentaires qui sont autant de surprises. Yder, ou Édern, de Northumbie (nom qui provient du latin aeternus, « éternel ») apparaît surtout dans les récits annexes de ce cycle, mais il semble bien qu’il ait fait partie des tout premiers compagnons que la tradition galloise attribue à Arthur, ce chef de bande au service des rois bretons contre les envahisseurs saxons.
Yder-Édern est dit « fils de Nut » dans les romans continentaux, mais Nudd, surnommé Hael (« généreux ») dans la tradition galloise, et il correspond étroitement au Nuada au Bras d’Argent, roi des peuples de la déesse Dana dans les récits mythologiques irlandais. Autrement dit, Yder-Édern est un personnage qui appartient au monde féerique par ses origines, comme l’est son frère Gwynn, fils de Nudd, que signalent de nombreux textes. Et curieusement, après la christianisation, Gwynn est devenu, au pays de Galles, l’un des gardiens des Enfers, tandis que son frère, en Bretagne armoricaine, est devenu « saint » Édern, toujours honoré dans de nombreuses paroisses de la péninsule. Mais au XIIIe siècle, il n’est plus qu’un simple chevalier de la Table ronde, et un roman français épisodique lui est consacré.
On y raconte qu’Yder, qui ne connaît pas son père, se lance à sa recherche et arrive ainsi à la cour de la reine Guenloïe à qui il aspire un violent amour. On est évidemment tenté de reconnaître Guenièvre dans cette Guenloïe dont le nom est si proche de cette Winlogée qui était celui de l’épouse d’Arthur dans le Roman de Durmart. Cependant, Yder accomplit de nombreuses prouesses, mais au cours d’une joute, il est traîtreusement blessé par Kaï, comme si celui-ci était jaloux de lui. Alors, Yder est soigné par Guenloïe. Un jour, Arthur et Gauvain vont le visiter dans sa chambre, où se trouve déjà la reine Guenièvre. À ce moment, un ours pénètre dans la chambre et s’attaque à Guenièvre. Yder, avec courage, écarte l’ours, lutte avec lui et le tue. Là, dans cet épisode, on a bien l’impression que l’auteur du récit ne sait plus très bien s’il s’agit de Guenloïe ou de Guenièvre.
Cette impression est renforcée par un autre épisode du même roman. Arthur et Guenièvre sont en conversation privée. Le roi demande à la reine ce qu’elle ferait s’il venait à mourir et quel serait alors le nouvel époux qu’elle choisirait. C’est évidemment une question-piège. Guenièvre refuse d’abord de répondre, mais, sommée de parler par le roi, elle finit par dire que celui qui lui déplairait le moins serait Yder. C’est presque un aveu, et Arthur le comprend ainsi. En pleine crise de jalousie, il n’a plus qu’une idée en tête : se débarrasser d’Yder. Il s’ensuit diverses péripéties aux cours desquelles Kaï, sans doute sur l’instigation d’Arthur, fait boire à Yder de l’eau empoisonnée. Heureusement tout s’arrange, et Yder, qui a pardonné à Kaï, épouse la reine Guenloïe.
Tout cela est bien confus. Il semble qu’il y ait, dans une sorte de valse hésitation, déplacement, ou plutôt dédoublement de personnage : on peut alors supposer que l’auteur du roman avait à sa disposition un récit plus ancien qui relatait une liaison amoureuse entre Guenièvre – peut-être même appelée Guenloïe ou Winlogée à l’origine – et Yder-Édern. Ne voulant pas noircir la reine, il aurait alors préféré dédoubler le personnage, ne faisant plus qu’une timide allusion à l’attrait de Guenièvre envers Yder et donner à Guenloïe le rôle de l’amoureuse officielle – et donc irréprochable – du héros. Cela prouve en tous cas que le Roman d’Yder appartient à la tradition primitive de cette épopée où Arthur, simple chef de bande, avait une épouse plutôt infidèle.
D’ailleurs, dans la version classique, les rapports entre Kaï et Guenièvre sont plus qu’ambigus. Lorsque la reine Guenièvre se trouve prisonnière de Méléagant, d’après le Chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes raconte que Kaï, qui a été gravement blessé, est allongé dans une chambre voisine de celle de la reine. Or, celle-ci a permis à Lancelot de venir la rejoindre en passant par une fenêtre protégée par des grilles de fer. Lancelot tord les grilles pour s’introduire dans la chambre, mais il se blesse, ce qui rouvre des plaies antérieures. Le matin, il s’en va après avoir remis en place les barreaux de la fenêtre en état. Cependant, Méléagant, qui convoite ardemment la reine, s’aperçoit que le lit de Guenièvre est rempli de sang. Or, comme Kaï – qui a eu la délicatesse de ne pas se réveiller lors des débats nocturnes de Lancelot et de la reine – est toujours couché dans son lit et que ses blessures saignent abondamment, il n’en faut pas plus pour qu’il soit accusé d’adultère et de félonie.
Il semble que le romancier champenois ait eu, lui aussi, connaissance d’une tradition très ancienne au sujet de cette possible liaison entre Kaï et Guenièvre. On en a la trace dans un étrange poème gallois conservé dans un manuscrit du XVIe siècle, dont l’érudit Ifor Williams a démontré qu’il était la transcription d’une légende orale du Devon ou du sud du pays de Galles. Ce poème est connu sous le titre de « Dialogue entre Arthur et Gwenhwyfar », mais si l’on s’en tient à cette appellation, le texte est d’une totale incohérence. Selon un autre celtisant, Kenneth Jackson, il faut replacer ce poème dans le contexte de l’histoire racontée au début du Chevalier de la charrette, au moment où Méléagant vient réclamer la reine à Arthur et où Kaï est le premier à vouloir défendre Guenièvre.
En remettant un peu d’ordre dans ce poème, on peut supposer qu’Arthur vient de demander au nouvel arrivant son identité. L’insolent personnage déclare se nommer Maelwas d’Ynis Gutrin. Maelwas est évidemment le Méléagant de Chrétien de Troyes, et Ynis Gutrin (« île de Verre ») est le mystérieux royaume de Gorre. Donc Maelwas fait montre de son insolence dans un échange verbal entre lui, Gwenhwyfar et Kaï. Et l’on y relève d’étranges allusions. La reine y laisse en effet libre cours à son admiration pour Kai : « Le seul héros qu’on ne puisse surpasser, c’est Kaï, fils de Servin. »
Et comme Maelwas se vante d’être l’homme qui surpassera Kaï, la reine lui répond : « Jeune homme, il est étrange de t’entendre. À moins que tu ne vailles plus que ton aspect, tu ne pourrais dépasser Kaï, même avec cent guerriers(125). » Quant à la suite du poème, elle indique que Maelwas était depuis fort longtemps amoureux de Gwenhwyfar et qu’il guettait le moment propice pour s’emparer de la reine. D’où cette joute oratoire avec Kaï, où se manifeste une acerbe jalousie. Quant au roi Arthur, il semble complètement absent de ce débat. Serait-il donc consentant aux infidélités de la reine ? La question reste posée, mais il ne fait pas de doute que, dans la tradition celtique, la reine, qui représente la souveraineté, ne peut être qu’infidèle à son époux légitime, car elle dispose de cette souveraineté et la dispense à qui elle veut.
Un autre élément de réponse se trouve dans un épisode de la Vita Gildae, écrite au début du XIIe siècle, sur des données archaïques, par le moine Caradoc de Llancarvan. On y apprend que le fameux saint Gildas vient s’établir à Urbs Vitrea (« Ville de Verre » identifiée à Glastonbury) où se trouve un étrange monastère tenu par Maelwas, qui y retient prisonnière la reine Guennevar. Cette Urbs Vïtrea est assiégée par le tyrannus Arthur qui réclame Guennevar, « son épouse enlevée par un roi inique ». En fait, il semble bien que la reine ait été parfaitement complice de cet enlèvement, et le moins qu’on puisse dire, c’est que Guenièvre était très demandée et qu’elle n’était pas insensible aux charmes de ses soupirants.
Le roi de type celtique – et Arthur, du moins dans la légende, en est une figuration exemplaire – n’est que le dépositaire et le répartiteur des richesses et du pouvoir que détient la reine. L’épopée irlandaise ancienne, telle qu’elle a été transcrite par les moines chrétiens du Haut Moyen Âge, dans de précieux manuscrits en langue gaélique, nous présente une image emblématique de cette déesse-reine tyrannique, toujours vierge parce que libre de disposer de la souveraineté comme elle l’entend, et cela pour le bien de la communauté tout entière. C’est sur cette conception que sont bâties toutes les histoires concernant les infidélités d’une reine revêtue d’une aura « solaire », mais qu’on pourrait qualifier de « putain royale ». Car, symboliquement, la souveraineté se transmet par le sexe.
Cette représentation emblématique, c’est la reine Maeve (Mebdh) de Connaught, personnage étonnant, bien que son existence soit purement mythique. Son nom est d’ailleurs tout un programme puisqu’il signifie à la fois « ivresse » et « milieu ». Elle est à la fois la médiatrice entre le visible et l’invisible, entre les dieux et les hommes, entre le ciel et la terre, et celle qui, par l’ivresse, permet d’accéder à un état de conscience supérieur. Cela n’est d’ailleurs pas incompatible avec la tyrannie.
La tradition irlandaise prétend que Maeve fut l’épouse de neuf rois. On disait également que seul celui qui l’avait épousée pouvait devenir roi. On raconte encore que tant que le roi Cormac ne dormit pas avec elle, on ne reconnut pas sa légitimité de souverain. Et, dans de nombreux récits, elle est vraiment représentée comme la « putain royale » : elle prodigue en effet, nous dit-on, l’amitié de ses cuisses (ou de sa hanche) à tout guerrier qu’elle juge indispensable à la réussite d’une expédition guerrière. Et c’est là qu’on peut comprendre le rôle de la reine Guenièvre, aux multiples amants, dans la légende arthurienne primitive.
C’est ainsi que, pour engager cette guerre inexpiable contre l’Ulster, dans le but de s’emparer d’un taureau magique ou divin, la reine Maeve réunit autour d’elle les meilleurs guerriers qu’elle peut trouver. Parmi eux, il y a le héros Fergus, dont la sexualité est insatiable, et pour se concilier sa fidélité, elle n’hésite pas à coucher avec lui. Or, lorsqu’un serviteur vient dire à son époux, le roi Ailill, qu’il a surpris le couple en flagrant délit, le roi, pourtant saisi de jalousie, lui répond que c’était une chose nécessaire pour assurer le succès de l’expédition. Cela n’empêchera d’ailleurs pas Ailill, beaucoup plus tard, de se venger cruellement en faisant tuer traîtreusement Fergus.
Cette réaction du roi peut être rapprochée de celle du roi Arthur qui, dans la version très christianisée du Lancelot, ayant constaté d’une part la bravoure de ce chevalier venu d’ailleurs, d’autre part l’impact que Guenièvre a sur lui, n’hésite pas à demander à son épouse de tout faire afin de le retenir à la cour et de l’intégrer aux compagnons de la Table ronde. Tout se passe comme si le roi, par avance, tolérait la relation adultère qui allait s’instaurer et qu’il acceptait d’être lui-même cocu, par raison d’État en quelque sorte. Le personnage de Guenièvre, d’un point de vue symbolique, correspond exactement à celui de Maeve. Et le roi, que ce soit Arthur ou Ailill, est comparable au roi du jeu d’échecs : il demeure passif et c’est la reine qui peut se déplacer en tout sens, mais lorsque le roi est « coincé », lorsqu’il y a « échec et mat », la partie est inexorablement perdue.
Les innombrables péripéties racontées dans les manuscrits irlandais sont une illustration parfaite de cette « passivité » du roi de type celtique, qui est peut-être de « droit divin », mais qui n’en est pas moins tributaire de ses sujets. Car il est choisi par eux comme étant celui qui peut le mieux assurer l’harmonie du groupe social, en répartir les biens et faire respecter la justice. Il n’est que l’agent exécuteur d’une collectivité représentée par la reine. Mais pourquoi serait-il le seul à agir ? Chacun doit avoir sa place dans une société organisée. Le roi a la sienne. Mais le roi, il faut le répéter, n’est rien sans ceux qui agissent en son nom, en réalité au nom de celle qui incarne la souveraineté. Dans les récits épiques de la légende arthurienne, il arrive fréquemment que le vainqueur d’un combat singulier, fasse grâce à son adversaire sous condition qu’il aille se constituer prisonnier auprès de la reine Guenièvre, et non du roi. C’est reconnaître la puissance de la « putain royale ».
Dans le surprenant récit de L’Ivresse des Ulates, alors que la bataille fait rage entre les hommes d’Ulster et ceux de Connaught, du fait même de la volonté affichée de Maeve, on voit le roi Ailill, complètement désemparé, se tenir à l’écart de ce combat qu’il désapprouve formellement sans avoir pu l’empêcher. Et comme l’engagement tourne au désavantage de ses guerriers, ceux de Connaught, Ailill fait ce commentaire significatif : « J’ai entendu dire qu’il n’y avait pas en Irlande de guerriers qui fussent égaux (aux Ulates), mais je vois que les gens de Connaught et de Munster ne commettent aujourd’hui que trahison. Il y a longtemps qu’un proverbe dit qu’on ne gagne pas de bataille sans la présence d’un roi. Si c’était autour de moi qu’était livrée la bataille, elle ne durerait pas longtemps. Vous voyez que je n’ai aucun pouvoir sur eux. »
Le rôle du roi celte apparaît singulièrement clair grâce à ce texte. C’est la présence magique du roi qui assure la victoire d’une armée, mais seulement sa présence, car le roi n’est pas obligé de combattre, cela lui étant formellement déconseillé, voire interdit. Cela ne veut pas dire que tous les rois dont on raconte les aventures étaient tenus en une sorte de minorité légale par la reine, mais cela signifie que la dignité royale n’était pas considérée comme tellement appréciable, car elle n’était pas obligatoirement une preuve de puissance. Cette puissance, c’est Maeve qui la détient incontestablement. Et, sous couvert de « courtoisie », dans le mythe arthurien, c’est Guenièvre la détentrice du pouvoir réel.
En effet, que penser de ce roi Arthur qui, lorsqu’il tient sa cour, se laisse insulter par tous les provocateurs qui s’infiltrent jusqu’à lui, de ce roi qui tolère qu’on outrage la reine sans intervenir lui-même, de ce roi qui voit enlever Guenièvre et se contente de demander à ses compagnons quel est celui qui voudra bien se dévouer pour aller la reprendre à son ravisseur ? En fait, Arthur, comme Ailill, apparaît bien souvent comme un roi-soliveau. Sa présence est indispensable au milieu des aventures qui surviennent, mettant en jeu ses compagnons. Parfois, il accompagne ceux-ci, mais on constate que son rôle consiste à être un « meneur ». C’est lui qui dirige les opérations en demandant à l’un ou à l’autre d’utiliser ses compétences pour résoudre tel ou tel problème. Ainsi, quand Arthur envoie ses compagnons à la quête du Graal, il se garde bien de participer à cette quête. Il demeure sur place, pour maintenir l’équilibre d’un monde dont il est responsable. Guenièvre est à ses côtés, mais elle a sa propre vie affective. C’est Guenièvre qui noue et dénoue les intrigues.
Par conséquent, la reine a tous les pouvoirs, et surtout les plus occultes. Elle veille à répartir l’énergie qu’elle représente sur les hommes qu’elle choisit en raison de leur vaillance et de leur « fidélité ». Mais elle participe elle-même au combat, comme Morrigane, donnant ainsi raison aux auteurs de l’Antiquité grecque et romaine qui ont souvent décrit les femmes celtes comme des furies déchaînées par l’ardeur et le désir de vaincre, toujours prêtes à aider leur homme dans les circonstances les plus défavorables, qu’elles soient ou non responsables des querelles et des guerres incessantes que se livrent les diverses tribus se réclamant de l’idéologie celtique.
Ainsi, d’après Diodore de Sicile (V, 32), chez les Gaulois, les femmes sont presque de la même taille que les hommes, avec lesquels elles rivalisent en courage. On retrouve la même observation chez Ammien Marcellin (XV, 12) : « L’humeur des Gaulois est querelleuse et arrogante à l’excès. Le premier venu d’entre eux, dans une rixe, va tenir tête à plusieurs étrangers à la fois, sans autre auxiliaire que son épouse, champion bien plus redoutable encore. Il faut voir ces viragos, les veines du cou gonflées par la rage, balancer leurs bras robustes d’une blancheur de neige, et jouer des pieds et des poings, assénant des coups qui semblent partir de la détente d’une catapulte. » À tout prendre, la description peut sembler flatteuse : elle constitue indubitablement la preuve que les femmes celtes savaient se faire respecter, et ce n’est pas la littérature tant gaélique que galloise qui pourrait le démentir.
C’est là qu’apparaît le rapport étroit entre la guerre et la sexualité. La femme n’a pas besoin d’être protégée par un homme. Elle sait se défendre elle-même. Mais comme la femme représente la souveraineté, elle doit partager les tâches et répartir l’énergie primordiale dont elle dispose autour d’elle chez ceux qui lui semblent les plus dignes de la mettre en œuvre. Et le meilleur moyen de communiquer cette énergie est le contact sexuel, à l’image de ce qui se passait dans les temples du Moyen-Orient, lorsque les prostituées sacrées, incarnations de la déesse, couchaient avec les pèlerins venus, non pas pour obtenir une satisfaction sexuelle de bas étage, mais pour s’imprégner de la puissance divine.
Dans les croyances populaires de tous les pays, les sorts sont transmis au cours d’un repas, notamment en partageant le pain et le vin, ce qui n’est pas sans rappeler certaine Cène que les Évangiles rapportent avec précision. Il s’agit d’une communion au cours de laquelle quelque chose passe d’un personnage à un autre, ou à des autres. Le repas pris en commun est une manifestation collective, où chacun partage l’énergie dispensée par une nourriture qui est essentielle, vitale, pour permettre l’activité humaine. C’est le sens que le christianisme donne à cette célébration de l’Eucharistie, même si les catholiques, les orthodoxes et certains anglicans croient à la présence réelle du Christ sous l’apparence du pain et du vin, et si les luthériens et les calvinistes n’en font qu’une commémoration d’un acte de fraternité. De toute façon, il y a échange. Et les participants à cette « communion » en sortent toujours fortifiés par une énergie nouvelle, transmise par un acte matériel.
Il en est de même pour les rapports sexuels que peut entretenir la reine avec tel ou tel chevalier, cela en dehors de ceux qu’elle continue à assumer auprès de son époux légitime. Si Yseult est folle d’amour pour Tristan, elle n’en subit pas moins l’étreinte du roi Mark, et nulle part on ne nous dit que Guenièvre se refuse au roi Arthur, ni que la reine Maeve a cessé de coucher avec le roi Ailill. Mais dans cette perspective, il faut bien comprendre que c’est l’union des sexes qui fait la force et la valeur des actes mis en œuvre. La « putain royale », sous quelque nom qu’elle apparaisse dans la tradition, est celle qui permet l’accomplissement du destin. L’amant, transformé par cet échange que constitue l’acte sexuel, est donc en mesure d’affronter le monde avec courage, vaillance et ténacité.
Aussi ne peut-on pas considérer la « putain royale », non seulement comme une vulgaire prostituée qui n’a pas d’autres moyens que celui-là pour survivre, ou comme une « nymphomane » atteinte de ce qu’on appelle l’hystérie, terme qui provient du mot grec désignant l’utérus. C’est à un très haut niveau que tout cela se passe, et c’est ainsi qu’apparaît le rôle essentiel de la sexualité dans les rapports humains qui ont fait l’Histoire et qui continuent à alimenter la Légende.