CHAPITRE XVII
 
Berlingot fait une trouvaille

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YANN se retourna et sauta de côté avec une étonnante souplesse. L’autre, emporté par son élan, glissa sur des algues et alla s’étaler tout de son long dans un coin de la grotte.

Des rires, amplifiés par l’écho, retentirent alors…

« Bravo ! lança Yann, enchanté. Allons, relève-toi, Sylvestre ! Je t’attends de pied ferme !

— Qu’il se tienne tranquille, dit François de sa plus grosse voix. Autrement, je le signalerai à la police !

Sylvestre se releva, l’œil mauvais, et sembla hésiter.

« Alors, lui dit Yann, qu’est-ce que tu attends ? Si ça t’amuse de frapper un vieux, vas-y ! »

Mais Sylvestre avait peur du gendarme. Et comme la peur est le commencement de la sagesse, pour les mauvais sujets, il se contenta de frotter son épaule endolorie. (Il avait heurté le roc dans sa chute.)

« Venez, dit Yann à ses jeunes compagnons. Je vais vous conduire à la caverne des Naufrageurs. Tu viens avec nous, Sylvestre ? Ou bien préfères-tu rentrer chez toi et te faire masser l’épaule ? »

Sylvestre s’aperçut alors que ses clients l’avaient abandonné. Il alla s’assurer qu’ils ne l’attendaient pas dans une galerie voisine, et revint en grommelant. Il prit le parti de suivre le petit groupe, en proférant tout haut des menaces et des remarques désobligeantes.

Claude regrettait bien son cher Dagobert ! Il aurait eu vite fait de les débarrasser du grossier personnage !

« Ne nous occupons pas de lui, dit François. Suivons M. Le Briz. Qu’il fait noir dans cette galerie ! Heureusement que j’ai changé la pile de ma lampe de poche ! »

La galerie, fort longue, déboucha enfin sur une très grande et très haute caverne. Dans les parois se trouvaient des sortes de rayons — sculptés dans le roc par la nature — sur lesquels on pouvait voir de vieux sacs, des paniers et des boîtes poussiéreuses.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Mick, en éclairant ces objets pour mieux les examiner.

— Des sacs et des paniers, comme vous pouvez le voir, répondit Yann. C’est Guillaume qui les a amenés ici pour tromper le monde ! Lui et son frère racontent aux étrangers que les naufrageurs les ont rapportés autrefois des navires échoués ! Ceux qui croient ces âneries méritent qu’on se moque d’eux. Tous ces objets traînaient dans le fond de la cour de Guillaume ! Ah ! ah ! ah ! »

Le rire de Yann roula dans le souterrain. Sylvestre répondit par un grondement qui rappelait fort celui de Dago, quand il se mettait en colère.

« Moi, je ne raconte pas des fariboles, reprit Yann. Je sais où sont les véritables affaires des naufrageurs. Oui, je le sais !

— Elles ne valent pas mieux, en tout cas, que les boîtes et les sacs qui sont ici. Et puis, tu n’es qu’un menteur ! Tu ne sais rien du tout ! cria Sylvestre.

— Continuons, monsieur Le Briz, dit Mick. Il y a sûrement d’autres cavernes à voir. C’est très intéressant. Est-ce vraiment ici que les naufrageurs cachaient leur butin ? Ou n’est-ce qu’une légende ?

— C’est bien ici, dans cette caverne ; mais Guillaume et Sylvestre l’ont un peu arrangée. En continuant, on trouve d’autres grottes. Moi, je les connais comme ma poche ! Sylvestre ne peut pas en dire autant. Il a bien trop peur d’aller si loin sous la mer ! Pas vrai, Sylvestre ? »

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L’interpellé répondit par une injure malsonnante. François se tourna vers Yann :

« S’il vous plaît, faites-nous voir les autres cavernes, demanda-t-il. À moins que ce ne soit trop dangereux !

— En tout cas, moi, je continue, déclara Pilou, fermement. Berlingot n’est pas revenu. Il faut que je le retrouve ! »

François comprit que Pilou partirait seul à la recherche de son singe, plutôt que de l’abandonner.

« C’est bon, Pilou, dit-il. Nous irons avec toi. Monsieur Le Briz, montrez-nous le chemin, si toutefois vous pensez que nous ne risquons pas de voir la mer s’engouffrer dans les cavernes !

— La marée ne montera pas avant un certain temps. Nous pouvons y aller ! dit Yann. À marée haute, la mer envahit la galerie que nous allons prendre et s’arrête avant la caverne des Naufrageurs. »

Tout le monde se remit en route. Le bruit de la mer résonnait de façon étrange et sinistre dans la galerie. Les lampes de poche révélaient des parois bosselées, irrégulières, avec des trous profonds.

« N’est-ce pas l’endroit rêvé pour cacher un trésor ? dit François. Franchement, je me demande qui aurait le courage d’explorer tous les creux, toutes les fentes ! Et puis, ce qu’il fait froid ici !

— Il me semble que le bruit de la mer s’amplifie encore ! remarqua Mick, impressionné.

— J’espère que nous allons bientôt retrouver Berlingot, dit Annie à Claude. Regarde, Pilou pleure ! Il prétend que ce n’est pas vrai, mais j’ai vu des larmes glisser sur ses joues ! »

Ils s’arrêtèrent pour examiner sur le sol quelque chose qui ressemblait à une petite méduse. Sylvestre heurta Mick. Celui-ci se retourna :

« Suivez-nous si vous le voulez, dit-il, mais restez à bonne distance ! »

Sylvestre ne répondit pas. Il continua de se tenir aussi près que possible du petit groupe. Mick comprit que le mauvais garçon avait peur…

Ils pénétrèrent dans une autre grotte, et là Pilou poussa un cri de joie qui se répercuta sans fin :

« Berlingot ! Enfin, te voilà ! »

Effrayé et tout transi, le petit singe se tenait accroupi contre l’une des parois. À leur entrée, il ne bougea pas. Pilou courut à lui et le prit dans ses bras :

« Berlingot ! Mon pauvre Berlingot ! Tu trembles… Pourquoi t’es-tu sauvé ? Tu aurais pu te perdre ! »

Berlingot tenait quelque chose dans sa petite main. Il se mit à bavarder comme il savait le faire, ouvrit la main pour prendre Pilou par le cou, et, ce faisant, laissa tomber un objet métallique, qui sonna et roula sur le sol rocheux…

Mick dirigea aussitôt la lumière de sa lampe de poche vers le sol. Quelque chose brillait d’un éclat jaune…

« Une pièce d’or ! » cria François.

Il la ramassa. Chacun regardait, le souffle coupé.

« Oui, une pièce d’or, aussi brillante que si elle venait d’être frappée ! Berlingot, où l’as-tu trouvée ? » demanda Claude.

La pièce passa de main en main.

« Le trésor ! Berlingot a déniché le trésor ! » bredouilla Pilou, tout ému, exprimant ainsi tout haut la pensée de chacun.

En effet, il s’agissait d’une pièce d’or ancienne.

« Nous sommes sur la piste du trésor ! dit Mick. Berlingot va nous y conduire tout droit ! »

Mais Berlingot, qui avait eu grand-peur, se cramponnait au cou de Pilou et refusait d’entendre quoi que ce fût. Cette histoire de pièces d’or ne l’intéressait aucunement. Il n’aspirait qu’à une chose, sortir avec son petit maître de cet affreux trou noir, et il le fit nettement comprendre.

De son côté, Yann jugea prudent de ne pas prolonger davantage le séjour dans cette caverne.

« C’est fini pour aujourd’hui, les enfants, la mer va bientôt monter. Allons-nous-en ! »

Claude, qui avait l’oreille fine, perçut alors un gargouillement lointain. Quelque part, l’eau avait déjà pénétré !

« Vite ! dit-elle. La mer arrive, je l’entends. Elle va aussi envahir la plage bientôt. Si nous tardons, nous ne pourrons pas sortir par la falaise et nous serons obligés de rester dans les cavernes jusqu’à la marée basse !

— Ne t’affole pas, ma petite, dit le vieux Yann placidement. Nous avons le temps. Tiens ! Où est passé ce coquin de Sylvestre ?

— Il a dû nous entendre parler de la pièce d’or qu’a trouvée Berlingot, dit Claude. Maintenant qu’il sait que le trésor est caché par ici, il va tenter de le découvrir dès que possible ! Il aurait fallu nous taire devant lui !

— Ce n’était pas commode, sous l’effet de la surprise… », fit remarquer François.

Pendant qu’ils regagnaient la sortie, Mick dit à son frère : « Sylvestre va raconter partout qu’un singe a trouvé une pièce d’or provenant du trésor, et des tas de gens vont venir ici, pour essayer de le dénicher ! Il a dû être mis dans un endroit bien sec, en tout cas, puisque cette pièce n’est même pas ternie !

— Moi, je suis persuadé que Sylvestre se taira et fera des recherches avec son frère. Je ne le crois pas assez courageux pour venir seul ici ! dit François. Regarde le vieux Yann, il est si ému qu’il en a perdu la parole ! Lui aussi doit penser au trésor !

— Si tu es d’accord, nous reviendrons ici demain, dit Mick tout bas. Pourquoi ne tenterions-nous pas notre chance, nous aussi ? Tout de même, ce singe est un fameux détective ! »

Ils continuèrent leur route, tout en faisant de beaux projets…

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