CHAPITRE XV
 
Guillaume a des ennuis

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Qui crie comme ça ? dit Annie, toute tremblante. Pourvu que ce ne soit pas notre voleur ! »

François alla jusqu’à la porte et demanda, en se penchant vers l’escalier : « Qui est là ?

— C’est le brigadier, répondit la grosse voix.

— Ouf ! Montez donc », dit François, rassuré. Des pas lourds gravirent lentement les marches.

Enfin, le brigadier apparut, salua la compagnie et attendit d’avoir repris son souffle pour parler. « Comment êtes-vous entré ici ? demanda Claude. Nous avions poussé le verrou !

— Il ne tient guère, votre verrou, dit le brigadier, en s’épongeant le front. Ce n’est pas une protection suffisante, en vérité. Il faut vous faire faire une nouvelle clef.

— Comment avez-vous pu venir jusqu’ici, la marée est haute, dit François. Vous n’avez pas pu passer sur les rochers…

— Non, en effet. Je suis venu en barque, dit le brigadier.

— Avez-vous arrêté le voleur qui a emporté notre clef et quelques-unes de nos affaires ? demanda François.

— Non, mais je crois savoir qui a fait le coup, dit le brigadier. Par chance, une vieille dame dont les fenêtres donnent sur la plage a vu quelqu’un prendre le chemin des rochers et aller jusqu’au phare.

— Et ce n’était ni le facteur, ni le laitier ? demanda Mick.

— Non, vous ne le connaissez pas, dit le brigadier. C’est un certain Guillaume, qui descend d’une famille de naufrageurs célèbres dans le pays…

— M. Le Briz nous a parlé des naufrageurs, dit François. Il y avait Laumec, son fils et son neveu…

— Oui, c’est cela, dit le brigadier. Laumec vivait il y a fort longtemps, quand le père Le Briz était jeune. Guillaume, que l’on a vu aujourd’hui se diriger vers le phare, serait son arrière-petit-fils…

Le portrait tout craché de Laumec, d’après ceux qui l’ont connu !

— Vous dites que c’est Guillaume qui aurait pénétré ici ? Pourquoi ne lui avez-vous pas fait rendre la clef qu’il nous a prise et tout le reste ?

— Justement, je suis venu vous voir pour vous demander de me suivre afin d’identifier vos affaires, dit le brigadier. Espérons que nous les trouverons chez lui. Peut-être les a-t-il déjà cachées ailleurs !

— Je vous suis, dit François. Vous n’avez besoin que de moi, n’est-ce pas ?

— Oui, votre présence suffira », dit le brigadier. Ils partirent. Quand la porte se fut refermée sur eux, Claude s’exclama :

« Quand on pense que c’est un arrière-petit-fils de cet affreux Laumec qui est venu nous voler ! Il tient de famille !

— J’aimerais aller voir la caverne des Naufrageurs demain, dit Mick. M. Le Briz a dit qu’il nous la ferait visiter quand nous le voudrions !

— Qui sait s’il n’y a pas un ancien naufrageur qui s’y cache ! murmura Annie. Plus vieux que M. Le Briz, avec une barbe jusqu’aux pieds et des yeux de poisson… Une sorte de vieux génie de la mer !

— Annie, tu rêves tout éveillée, dit Claude, moqueuse.

— Je voudrais bien être à la place de François pour savoir plus vite ce qui va se passer ! » soupira Pilou.

Comme il fallait prévoir le retour de François, celui-ci et le brigadier prirent chacun leur bateau. Ils arrivèrent bientôt sur la plage, puis ils s’acheminèrent ensemble vers la maison de Guillaume. Là, le brigadier découvrit sans peine les objets volés : la couverture, le réveil de voyage, et le porte-monnaie d’Annie, vide, hélas !

« Qu’avez-vous fait de la clef ? demanda le brigadier. Ce n’est pas la peine de nier, nous savons que vous avez pris la clef de la porte du phare ! Rendez-la !

— Je ne l’ai pas prise, répondit Guillaume, hargneux.

— Si vous refusez de rendre la clef, Vous allez me suivre à la gendarmerie. Vous y serez fouillé, dit le brigadier.

— Vous pouvez me fouiller tant que vous voudrez, vous perdrez votre temps ! Je vous dis que je ne l’ai pas prise ! Qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ? dit Guillaume.

— Ce que vous en faites d’habitude, répliqua le brigadier. Ce n’est pas la première fois que vous vous introduisez chez les gens pour les voler. Allez, suivez-moi ! »

Malheureusement, à la gendarmerie, on ne trouva pas la clef sur Guillaume.

Le brigadier dit à François :

« Si j’étais à votre place, je ferais changer la serrure le plus rapidement possible. Guillaume a sûrement caché votre clef quelque part. Il s’empressera de retourner au phare dès que vous sortirez.

— Je vous dis que je n’ai pas pris de clef ! Je n’en ai même pas vu là-bas ! cria Guillaume.

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— Ne criez pas tant », dit le brigadier. Puis il s’adressa à François :

« Vous pouvez disposer, jeune homme. Nous allons fouiller encore une fois la maison de ce lascar, et si nous trouvons votre clef, il ira en prison ! »

François se remit en route, le front soucieux. Il retrouva son bateau, sur la plage. Tout en ramant pour atteindre le phare, il réfléchissait. Dès que possible, il irait trouver le serrurier du pays et lui demanderait de venir poser une nouvelle serrure à la porte d’entrée. En attendant sa venue, le Club des Cinq devrait toujours laisser l’un de ses membres au phare, pour le garder.

Quand François fut de retour, il conta aux autres enfants tout ce qui s’était passé. Chacun fut heureux de retrouver ce qu’on lui avait pris. Seule, Annie éprouva une déception en recevant son porte-monnaie vide…

« Nous ferons changer la serrure afin que personne ne puisse s’introduire ici avec la clef volée, conclut François. Il faut que nous laissions ce phare dans l’état où il était quand nous sommes arrivés, c’est-à-dire avec une porte qui ferme bien.

— Il est tard, dit Annie. Nous n’avons pas encore goûté. Voulez-vous de la brioche, avec du beurre et de la confiture ? »

Cette proposition fut bien accueillie. Ils continuèrent à converser tout en savourant ces bonnes choses.

« Allons voir M. Le Briz, demain, proposa Claude. S’il a entendu parler du vol, il aura peut-être quelque chose d’intéressant à nous dire.

— Nous lui demanderons aussi de nous montrer la caverne des Naufrageurs, dit François. Quels sont les noms des deux guides ? Je crois bien que l’un d’eux s’appelle Guillaume !

— C’est bien cela. L’autre s’appelle Sylvestre, dit Mick. Espérons que Guillaume sera en prison. Je n’aimerais pas le rencontrer quand nous visiterons les cavernes !

— Il nous regarderait de travers, dit Annie.

— Et nous le lui rendrions bien ! » compléta Claude, avec un coup d’œil farouche, qui fit rire ses cousins.

« Je me suis dépêché de venir vous donner des nouvelles, dit François, mais, maintenant, il faut que je reparte. Je vais chez le serrurier du village !

— Laisse-moi t’accompagner, dit Mick, j’ai besoin de respirer un peu d’air frais.

— Moi, je préfère rester ici et finir mon livre », dit Annie.

Claude ne désirait pas sortir non plus. Quant à Pilou, il jouait avec Berlingot et n’avait pas l’intention d’interrompre sa partie.

« Comme cela, le phare sera bien gardé », remarqua François.

Il descendit l’escalier, suivi de Mick.

Au village, le serrurier promit de venir au phare dès qu’il le pourrait, mais avertit les enfants qu’il avait beaucoup de travail.

« Ne comptez pas sur moi avant un jour ou deux  », conclut-il.

Les deux frères revinrent au phare, fermèrent la porte du mieux qu’ils purent et montèrent dans la cuisine. Dagobert les accueillit avec des démonstrations bruyantes. Berlingot s’élança du dossier d’une chaise sur l’épaule de Mick.

« Il faut attendre le bon vouloir du serrurier, dit François. J’aimerais bien que nous allions tous ensemble visiter les cavernes demain matin, mais comment faire, avec cette porte qu’on ne peut pas fermer ?

— Ouah ! fit Dagobert.

— Il dit : « Pourquoi ne pas me laisser ici pour garder le phare ?» traduisit Claude, à sa façon.

— Ouah ! » répéta Dagobert.

Ils éclatèrent tous de rire. Mick caressa Dagobert.

« Entendu, mon vieux Dago, dit-il. Tu garderas le phare, et comme récompense, je te promets un bel os !

— C’est une solution, en effet, dit François. Grâce à Dago, nous pourrons partir avec l’esprit tranquille Malheur à celui qui chercherait à s’y introduire ici en notre absence !

— À défaut de Guillaume, nous rencontrerons peut-être Sylvestre dans les grottes, dit Annie. Il faudra nous méfier ! Les descendants de Laumec passent pour être aussi méchants que le vieux naufrageur !

— Oui, certainement, murmura François, pensif. Nous nous tiendrons sur nos gardes ! »

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