CHAPITRE V

Les chaussures de démission

Le lendemain matin, Mma Makutsi brûlait de savoir ce qui s’était passé à Mochudi. Elle aurait préféré accompagner elle-même Mma Ramotswe là-bas à la place de Mr. Polopetsi qui, estimait-elle, n’avait pas dû apporter grand-chose à l’enquête. Toutefois, il fallait veiller à ne pas offenser Mma Ramotswe après les malentendus de la veille, aussi garda-t-elle ses sentiments pour elle. Elle alla même plus loin en affirmant que cela avait été une idée formidable d’emmener Mr. Polopetsi.

— Quand on est une femme, il y a des gens qui ne vous prennent pas au sérieux, ajouta-t-elle. C’est là qu’il est utile d’avoir un homme sous la main.

Mma Ramotswe ne commenta pas cette opinion. Les hommes commençaient à apprendre, estimait-elle, et les choses avaient beaucoup évolué. Mma Makutsi menait peut-être des batailles déjà remportées haut la main, du moins dans les villes. La situation différait bien sûr dans les campagnes, où les hommes se croyaient encore autorisés à n’en faire qu’à leur tête. Cependant, un autre sujet préoccupait Mma Ramotswe : elle réfléchissait au dossier qu’elle avait confié à Mr. J.L.B. Matekoni et se demandait s’il ne fallait pas suggérer – avec délicatesse – que Mma Makutsi vienne l’assister. Elle pouvait tenter de le faire, bien sûr, mais elle doutait qu’il accueillerait cette proposition avec le sourire ; en réalité, elle était même persuadée du contraire. Mr. J.L.B. Matekoni n’était certes pas le plus affirmé des hommes, mais de temps à autre, certaines susceptibilités faisaient malgré tout surface chez lui.

— Peut-être bien… répondit-elle à Mma Makutsi alors qu’elles commençaient à dépouiller le courrier du matin. En fait, nous n’avons pas découvert grand-chose à l’hôpital. J’ai vu la salle où cela s’est passé. J’ai parlé avec les infirmières, qui ne m’ont pratiquement rien dit. Et c’est tout.

Mma Makutsi médita quelques instants ces paroles.

— Alors, que pouvez-vous faire maintenant ? demanda-t-elle.

C’était là une question difficile. Mma Ramotswe abandonnait très rarement une affaire, car les solutions avaient coutume de surgir d’elles-mêmes, à condition que l’on se montrât patient. Il était impossible de déterminer, à un moment donné, ce qui allait se passer ensuite.

— Je vais attendre, soupira-t-elle. Il n’y a pas d’urgence, Mma. Je vais attendre et voir ce qui vient.

— Je ne vois pas ce qui pourrait venir, objecta Mma Makutsi. Ces choses-là ne se résolvent pas d’elles-mêmes, vous savez…

Mma Ramotswe se mordit la lèvre et se plongea dans la lecture de la lettre qu’elle venait d’ouvrir. Il s’agissait d’un message de remerciements émanant des parents dont elle était parvenue à localiser le fils à Francistown. Il y avait eu une dispute familiale et le jeune homme était parti sans laisser d’adresse. Mma Ramotswe avait découvert l’existence d’une petite amie, dont les parents ignoraient tout ; celle-ci avait fini par révéler qu’il était allé à Francistown, mais qu’elle ne savait pas où il se trouvait précisément. Mma Ramotswe l’avait interrogée sur les centres d’intérêt du garçon ; parmi eux figurait le jazz. Dès lors, il n’avait pas été très complexe de se renseigner sur le seul lieu de la ville où l’on jouait du jazz. Oui, on le connaissait. Et oui, il devait se produire le lendemain soir. Aimerait-elle venir le voir ? Non, mais les parents du jeune homme en seraient ravis. C’est ainsi qu’ils avaient retrouvé leur fils. Celui-ci avait souhaité reprendre contact avec eux, mais son amour-propre l’en avait empêché. Avec le long voyage que firent ses parents pour venir le rejoindre, l’honneur fut sauf. L’on se demanda pardon et l’on repartit d’un pied neuf. C’est de cette façon, songea Mma Ramotswe, que devraient se régler les problèmes du monde. Il faudrait se pardonner les uns les autres et tout recommencer à zéro. Mais si ceux qui avaient besoin d’être pardonnés se cramponnaient à ce qu’ils avaient acquis de la mauvaise façon ? Que convenait-il de faire alors ? C’était là, résolut-elle, une question qui réclamait une réflexion complémentaire.

— Il est si facile de dire merci, commenta Mma Ramotswe en tendant la lettre à son assistante. Pourtant, la plupart des gens ne s’en donnent pas la peine. Ils ne remercient pas celui ou celle qui leur a rendu service. Ils estiment que c’est normal.

Mma Makutsi regarda par la fenêtre. Mma Ramotswe lui avait accordé de multiples faveurs par le passé et jamais elle ne lui avait écrit pour la remercier. Se pouvait-il que la remarque lui fût destinée ? Que Mma Ramotswe lui en ait gardé rancune, comme le font certaines personnes, parfois pendant des années et des années ? Elle observa son employeur et conclut que c’était peu probable. Mma Ramotswe n’était pas femme à nourrir de rancœur : elle se mettrait plutôt à rire, offrirait une tasse de thé à l’objet de son ressentiment ou indiquerait, par un geste quelconque, que la rancune n’était pas réelle.

Mma Makutsi lut la lettre.

— Où dois-je l’archiver, Mma ? interrogea-t-elle. Nous n’avons pas de dossier pour les remerciements. Mais nous en avons un pour les plaintes, bien sûr. Dois-je la ranger dedans ?

Cette idée déplut à Mma Ramotswe. En revanche, on pourrait créer un nouveau dossier, mais les armoires étaient déjà pleines. Était-il judicieux d’y ajouter un classeur qui ne contiendrait peut-être jamais d’autres lettres que celle-là ?

— Nous n’avons qu’à la jeter tout de suite, répondit-elle.

Mma Makutsi fronça les sourcils.

— À l’Institut de secrétariat du Botswana, on nous a appris à toujours attendre une semaine au moins avant de jeter quoi que ce soit, objecta-t-elle. Il peut y avoir une suite, on ne sait jamais.

— Il n’y aura aucune suite à une lettre de remerciements, riposta Mma Ramotswe. C’est terminé. Il n’y aura rien de plus. Ce dossier est clos.

Prenant soin d’afficher sa désapprobation, Mma Makutsi tint un instant la lettre au-dessus de la corbeille à papier, puis la lâcha. Au même moment, la porte s’ouvrit et Charlie, le plus âgé des apprentis, pénétra dans le bureau. Il avait ôté sa combinaison de travail et portait un jean et un tee-shirt. Celui-ci, remarqua Mma Ramotswe, arborait un dessin de fusée, accompagné du slogan inscrit en gros caractères : Je suis un fonceur.

Mma Makutsi fronça les sourcils.

— On termine en avance aujourd’hui ? lança-t-elle. À dix heures du matin ? Tu travailles vite, Charlie !

Ignorant le commentaire, le jeune homme s’approcha d’un pas nonchalant du bureau de Mma Ramotswe.

— Mma Ramotswe, lui dit-il, vous avez toujours été gentille avec moi.

Il s’arrêta pour jeter un coup d’œil par-dessus son épaule, vers Mma Makutsi.

— Je suis venu vous dire au revoir. J’arrête de travailler ici. Je m’en vais. Je suis venu vous dire au revoir.

Mma Ramotswe le couvrit d’un regard stupéfait.

— Mais tu n’as pas terminé ton… ton…

— Son apprentissage ! compléta Mma Makutsi depuis l’autre côté de la pièce. Espèce d’imbécile ! Tu ne peux pas partir avant d’avoir fini !

Charlie ne réagit pas et continua de fixer Mma Ramotswe.

— Je sais bien que je n’ai pas terminé mon apprentissage, déclara-t-il. Mais c’est quand on veut devenir mécanicien qu’on est obligé d’aller jusqu’au bout. Qui a dit que j’avais envie de devenir mécanicien ?

— Mais toi-même, pauvre idiot ! s’exclama Mma Makutsi. Quand tu as signé ton contrat de stage, tu as dit que tu voulais être mécanicien. C’est ce qui est écrit en général dans ce genre de contrat, tu ne le savais pas ?

Mma Ramotswe leva la main en un geste apaisant.

— Ce n’est pas la peine de crier, Mma, objecta-t-elle avec calme. Il va nous expliquer, n’est-ce pas, Charlie ?

— Je ne suis pas sourd, vous savez, renchérit Charlie en se tournant à demi. Et puis, de toute façon, ce n’était pas à vous que je parlais. Il y a deux dames dans cette pièce : Mma Ramotswe et… et une autre. Moi, je parlais à Mma Ramotswe.

Il refit face à l’intéressée.

— Je vais changer de métier, Mma, expliqua-t-il. Je vais monter une affaire.

— Monter une affaire ! s’esclaffa Mma Makutsi. Alors, tu auras bientôt besoin d’une secrétaire.

— Et ce n’est pas la peine de vous proposer pour le poste, Mma ! rétorqua Charlie, cinglant. 79 sur 100 ou pas, ne comptez pas sur moi pour vous embaucher ! Je ne suis pas fou, figurez-vous !

— 97 sur 100 ! rectifia Mma Makutsi avec violence. Non mais, regardez-moi ça ! Il n’est même pas capable d’ordonner les chiffres correctement ! Je me demande comment il compte réaliser des bénéfices !

— S’il vous plaît, arrêtez de crier, tous les deux ! intervint Mma Ramotswe. Cela ne mène nulle part ! Ça ne fait que donner mal à la gorge à celui qui crie et à mettre en colère celui sur qui l’on crie. C’est tout !

— Mais je n’ai jamais crié, moi ! protesta Charlie. C’est quelqu’un d’autre qui faisait tout ce tapage. Une personne avec de grosses lunettes rondes. Pas moi.

Mma Ramotswe soupira. Le ressentiment qui opposait ces deux-là, Mma Makutsi en était seule responsable. Étant la plus âgée, elle aurait dû fermer les yeux sur les petits travers du garçon. Elle aurait dû l’encourager à devenir meilleur qu’il n’était, comprendre que les jeunes gens étaient comme ça et qu’il fallait se montrer tolérant vis-à-vis d’eux.

— Explique-moi ce que tu comptes faire, Charlie, dit-elle, bienveillante. De quel genre d’affaire s’agit-il ?

Charlie s’installa sur le siège en face d’elle, posa les coudes sur le bureau et se pencha en avant.

— Mr. J.L.B. Matekoni m’a vendu une voiture, commença-t-il à mi-voix, pour ne pas être entendu de Mma Makutsi. C’est une vieille Mercedes-Benz. Une E-220. Son propriétaire vient de s’en acheter une neuve, une Classe-C, et comme celle-là a déjà beaucoup roulé, il l’a laissée au patron pour presque rien. Vingt mille pula. Et ensuite, le patron me l’a revendue, à moi.

— Et alors ? l’encouragea Mma Ramotswe.

Elle avait remarqué la Mercedes, restée garée plus de deux semaines à l’angle du garage, et s’était dit que l’on attendait sans doute une pièce en provenance d’Afrique du Sud. À présent, elle comprenait que l’on avait eu d’autres projets pour le véhicule.

— Alors, je vais me lancer dans le taxi, révéla Charlie. Je vais lancer une société qui s’appellera : le Service No 1 des Dames en Taxi.

Une exclamation retentit à l’autre bout de la pièce.

— Tu n’as pas le droit de faire ça ! Ce nom-là appartient à Mma Ramotswe.

Prise au dépourvu, Mma Ramotswe ne put que contempler Charlie sans rien dire. La dénomination qu’il avait choisie était bien évidemment inspirée de celle de l’agence, mais, après tout, quel mal y avait-il à cela ? Dans un sens, il était même flatteur de voir un nom que l’on avait inventé repris par une tierce personne. Cela ne posait problème que si l’on s’en servait pour une affaire similaire – une autre agence de détectives visant à dérober la clientèle de la première. Mais une compagnie de taxis et une agence de détectives étaient deux entités très différentes, entre lesquelles il ne pouvait être question de concurrence. Mma Ramotswe reprit ses esprits.

— Cela ne me dérange pas, assura-t-elle à Charlie. Mais dis-moi : pourquoi as-tu choisi ce nom ? C’est toi qui conduiras le taxi : pourquoi parles-tu de dames ?

Charlie, que l’assaut de Mma Makutsi avait mis mal à l’aise, se détendit tout à coup.

— Les dames, elles seront à l’arrière…

Mma Ramotswe haussa un sourcil.

— Et puis… ?

— Et puis, moi, je serai à l’avant, assis au volant, expliqua-t-il. L’argument de vente, c’est que ce sera un taxi très sûr pour les dames. Elles pourront monter à bord sans avoir peur de tomber sur un chauffeur qui leur cause des problèmes, sur un type avec qui elles ne se sentent pas en sécurité. Il y a des chauffeurs de taxi comme ça, Mma.

Pendant plus d’une minute, le silence régna dans l’agence. Mma Ramotswe entendait la respiration de Charlie, qui était courte, sous le coup de l’excitation. Il faut se souvenir, songeait-elle, de ce que c’est que d’être jeune et enthousiaste, d’avoir des projets, des rêves. On courait toujours le risque, en avançant dans la vie, d’oublier cela ; la prudence, et parfois même la peur, remplaçaient l’optimisme et le courage. Quand on était jeune, comme Charlie, on se croyait capable de tout faire et, dans certaines circonstances tout au moins, tel était bel et bien le cas.

Pourquoi l’entreprise de taxis de Charlie ne connaîtrait-elle pas le succès ? Elle se souvint d’une conversation avec son ami, Bernard Ditau, un ancien directeur de banque. « Tant de gens pourraient s’installer à leur compte, lui avait-il confié, mais se laissent dissuader par les autres, par des pessimistes qui leur disent que cela ne pourra jamais fonctionner. Du coup, ils abandonnent leur idée avant même d’avoir essayé ! »

Bernard l’avait ainsi encouragée à ouvrir l’Agence No 1 des Dames Détectives, tandis que beaucoup se contentaient de s’esclaffer en affirmant que ce serait la façon la plus rapide de perdre tout l’argent laissé par Obed Ramotswe.

— Ton papa a travaillé dur pendant des années et des années ; toi, il te suffira de deux ou trois mois pour perdre tout ce qu’il a accumulé ! avait pronostiqué l’un d’eux.

Cette remarque avait bien failli la faire renoncer, mais Bernard avait insisté.

— Imagine que ton papa n’ait jamais acheté toutes ces belles bêtes… lui avait-il dit. Imagine qu’il ait été trop timoré pour le faire et qu’il ait laissé son argent s’entasser et prendre la poussière !

À présent, elle se trouvait, dans un certain sens, à la place de Bernard. Il ne faisait guère de doute que Mma Makutsi, de son côté, se montrerait prompte à décourager Charlie, mais elle décida qu’elle-même ne jouerait pas un tel rôle.

— Je dirai à toutes mes amies de prendre ton taxi, lança-t-elle. Je suis sûre que tu auras beaucoup de travail.

Charlie sourit, enchanté.

— Je leur ferai un prix, promit-il. Dix pour cent pour toutes celles qui connaissent Mma Ramotswe !

Mma Ramotswe eut un large sourire.

— C’est très gentil de ta part, Charlie. Mais ce n’est pas comme cela que tu vas faire des affaires. Tu auras besoin de chaque pula que tu gagneras.

— À supposer que tu en gagnes, évidemment… marmonna Mma Makutsi.

Mma Ramotswe lui jeta un regard réprobateur.

— Je suis sûre qu’il se débrouillera très bien, affirma-t-elle. J’en suis persuadée.

Lorsque Charlie eut quitté le bureau, Mma Ramotswe fureta quelques instants dans une petite pile de documents posés sur sa table. Puis elle lança un coup d’œil à Mma Makutsi, qui évitait avec soin de regarder dans sa direction et étudiait le contenu de son bloc-notes, comme si celui-ci renfermait quelque secret capital.

— Mma Makutsi, déclara-t-elle, il faut vraiment que je vous parle.

L’intéressée continua à feuilleter son bloc-notes.

— Je suis là, répondit-elle. J’écoute, Mma.

Mma Ramotswe sentit son cœur battre dans sa poitrine. Je ne suis pas très douée pour ce genre de conversation, se dit-elle.

— Ce jeune homme, commença-t-elle, est comme tous les jeunes gens. Il a des rêves, comme nous en avions nous-mêmes à son âge. Comme vous en aviez vous aussi, Mma Makutsi. Vous aussi. Vous êtes allée à l’Institut de secrétariat du Botswana ; vous avez fait d’immenses sacrifices pour ça et votre famille, à Bobonong, en a fait aussi. Vous vouliez devenir quelqu’un, et vous y êtes parvenue.

Elle s’arrêta. Mma Makutsi avait cessé de tourner les pages de son carnet et reposé celui-ci sur son bureau. Elle se tenait à présent immobile.

— Maintenant, les choses ont bien évolué pour vous, poursuivit Mma Ramotswe. Vous avez une maison. Vous avez un fiancé. Vous aurez de l’argent quand vous l’aurez épousé. Mais n’oubliez pas qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas encore tout ce dont vous disposez aujourd’hui. Ne l’oubliez pas.

— Je ne vois vraiment pas le rapport ! lâcha Mma Makutsi. Je n’ai fait que mettre le doigt sur une évidence, Mma : l’affaire de ce garçon ne va pas marcher parce qu’il n’est pas à la hauteur. N’importe qui peut se rendre compte qu’il n’est pas à la hauteur.

— Non ! protesta Mma Ramotswe avec fermeté. Vous ne pouvez pas dire qu’il n’est pas à la hauteur. Vous ne pouvez pas dire cela.

— Si, je peux ! rétorqua l’assistante. Je peux le dire, parce que c’est la vérité, Mma. Votre problème, c’est…

Elle s’interrompit, un peu hésitante.

— Votre problème, reprit-elle, c’est que vous êtes trop gentille. Vous passez tout à ces deux garçons parce que vous êtes trop gentille. Eh bien, moi, je suis réaliste. Je vois les choses telles qu’elles sont.

— Ah bon… murmura Mma Ramotswe.

Elle garda un moment le silence, puis répéta :

— Ah bon…

— Oui, enchaîna Mma Makutsi. Et d’ailleurs, Mma, je vais démissionner. Je ne suis pas obligée de travailler ici et j’ai décidé que le moment était venu de m’en aller. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. J’espère que vous trouverez mon système de classement facile d’utilisation. Quand je ne serai plus là, vous pourrez constater que chaque chose est bien à sa place.

Sur ces paroles, elle se leva et se dirigea vers la porte. Puis elle s’arrêta, revint vers son bureau, ouvrit un tiroir et commença à en inspecter le contenu. Mma Ramotswe s’aperçut qu’elle portait des chaussures neuves en daim bordeaux, dont le bout s’ornait d’une boucle. Ce n’étaient pas les chaussures d’une personne modeste, songea-t-elle. C’étaient… Elle réfléchit un instant, cherchant une dénomination adéquate, qui ne tarda pas à lui sauter à l’esprit : c’étaient des chaussures de démission.