Les mots que, dans son sommeil, il criait en sanglotant étaient donc désormais bien établis. Mais sans doute parce que ce n’était pas lui qui avait trouvé la solution, les choses ne rentrèrent pas pour autant dans l’ordre en ce qui concerne les cris nocturnes. Il y eut encore de violentes crises de larmes. Et des scènes comme celle-ci, rapportée par l’une des infirmières présentes à son chevet.
((À partir de maintenant, nous dirons : l’infirmière. Il s’agit là d’un arrangement à l’amiable indispensable, afin d’alléger le fardeau qu’« il » fait peser sur les épaules de la secrétaire. Quand je suis en train de prendre mes notes et que je sais qu’il s’agit de l’infirmière, mais que vous, au lieu d’utiliser ce mot, vous employez une expression affreusement obscure, je me sens d’humeur, voyez-vous, à écrire : l’infirmière, dite l’« exécutrice testamentaire ». Cette brusque interruption de « son » récit a déclenché un drame. « Ne pourrais-tu pas faire taire un peu cette exigence égoïste que tu as d’écrire, quoi que je raconte, ce que toi, tu considères comme vrai, dis ? Particulièrement quand je cherche à faciliter ton travail en m’imposant d’user de la troisième personne ! » Le mécontentement était visible ; la réplique toutefois faite sur un ton modéré. L’« exécutrice testamentaire » n’a cependant rien répondu. Mais « il » s’est trouvé plus que jamais contraint de s’imposer la lourde fatigue de relire, au travers de la cellophane verte de ses lunettes sous-marines, la partie de son récit déjà couchée sur le papier. Car en vérité pouvait-« il » entièrement exclure que, de tous les faits déjà mis en évidence dans ces liasses avec la plus rigoureuse précision, il s’en trouvât un qu’on eût enregistré en le diluant dans le flou ? « Mais dis-moi donc un peu ce qui te pousse à prendre comme ça sur toi de changer les termes d’un texte où se trouve relaté un passé qui appartient en propre à autrui ? — Moi ? Je ne change pas une seule syllabe à ce que vous me dites ! Je veux simplement, afin de faciliter ma tâche de secrétaire, vous prier de faire l’effort d’utiliser les mots d’usage courant — le mot : infirmière par exemple, s’il s’agit d’une infirmière. Je m’inquiète à l’idée que, si vous ne consentez pas à cet effort, les noms communs disparaîtront peut-être totalement de votre langage ; — sans parler des noms propres, dont vous ne citez jamais un seul de façon claire », dit l’« exécutrice testamentaire ». Là-dessus il a été convenu d’user, le cas échéant, du terme précis d’« infirmière »…))
Malgré tout, même après une longue nuit de gémissements, il ne parvenait pas à reconstituer son rêve — ce qui, dans sa douloureuse solitude, avait dû être son rêve. Pendant son sommeil, son pouls battait certainement au ralenti ; sa tension devait baisser et ses organes, à commencer par le cerveau, cesser une large part de leurs activités. Mais les cellules malignes, elles, continuaient à proliférer, jour et nuit, et sans se soucier de son état de demi-conscience ou inconscience. Dès lors si, même quand il était endormi, existait positivement en lui un surplus d’énergie vitale capable d’extorquer à sa chair des plaintes véhémentes, ne pouvait-on en induire que cette vitalité-là, plutôt que celle de son corps rongé par le cancer et en pleine courbe descendante, était celle du cancer lui-même, lequel, allègrement, continuait à prospérer ? Mais pourquoi un tissu cancéreux gémirait-il ? Un matin, à l’aube, l’infirmière le secoua pour le réveiller parce que la violence de ses cris était perçue jusque dans la chambre voisine. Quand il eut ouvert les yeux, il apprit que le malade d’à côté n’était pas seul à être effrayé par ses cris : les deux cents chiens destinés aux expériences de laboratoire, au fond de leur chenil, l’étaient aussi et n’arrêtaient pas d’aboyer. Bien qu’il pût les entendre, il se fit cette réflexion : « Il ne s’agit là que d’un rêve. Les aboiements de ces chiens, j’en ai déjà suffisamment traduit dans le langage de la conscience claire la signification profonde ; de sorte qu’en ce moment même il ne saurait être question d’aboiements de chiens. » Le fait est que ce qu’il évoquait alors, c’étaient ses trente-cinq années d’existence, depuis le temps du boxeur poids coq jusqu’à sa condition actuelle d’écrivain ou d’auteur dramatique. Et ce faisant, se trouvait balayée l’impression d’avoir été brutalement arraché à l’univers des rêves, ainsi que la sensation physique des traces laissées par ses gémissements ; et il commençait à vibrer des signes précurseurs de sa félicité des heures de jour.
Ainsi entrait-il dans le jeu qui, désormais, lui était plus que tout délectable : l’image, caressée par son esprit — avec une précision digne d’un indicateur des chemins de fer —, de sa mère quittant le village au moment de la mort de son fils. Son plan devait entrer en application juste avant que lui-même n’eût été précipité dans le coma de la fin, alors que, encore conscient, il se serait fait confirmer par les médecins que son décès était seulement l’affaire de quelques jours — autrement dit quand, les choses ayant suivi parfaitement leur cours, l’œuvre de sa mort allait connaître son plein accomplissement. Ce matin-là, choisi par lui, il ferait expédier par le médecin à sa mère — qui ne croyait jamais un mot de ce que lui-même lui disait — un télégramme qui finirait bien par la convaincre de quitter le fin fond de ses bois. Après quoi, la première chose qu’il ferait serait, par un appel téléphonique à longue distance, de faire vérifier par l’« exécutrice testamentaire », auprès de l’aéroport du chef-lieu, que tous les vols prévus pour ce jour-là étaient bien maintenus ; et quant aux conditions atmosphériques, elle obtiendrait tous les renseignements nécessaires auprès de l’aéroport de Haneda, à Tôkyô, bien sûr, mais aussi auprès de celui d’Itami, à Ôsaka. Tout était donc en place. Et comme on lui avait dit qu’à présent était empierré le chemin qui de la forêt débouche dans la plaine — et que dans le pays on appelle « la route du col aux quatre-vingt-dix-neuf tournants » —, il y avait très peu de chances de buter contre d’insurmontables obstacles quand on voulait, sortant des profondeurs du val forestier, gagner le chef-lieu. Sa mère quitterait donc la haute vallée dans une camionnette à trois roues, traverserait les bois, franchirait à vive allure la plaine au pied du col, arriverait au chef-lieu et pourrait prendre son avion à temps. Puis elle changerait d’avion, comme prévu, à Itami et, toujours selon l’horaire prévu, atterrirait à Haneda. La tête bien droite, les yeux clos, ne desserrant pas les dents, si quelque bonhomme un peu trop affable et tenace s’avisait de vouloir à tout prix engager la conversation, elle tirerait de sa ceinture strictement ajustée la carte qu’elle aurait préalablement reçue, en même temps que son billet d’avion. Sur cette carte il était écrit : « Cette vieille dame ne parle jamais aux gens qu’elle ne connaît pas. En cas de nécessité urgente, veuillez, s’il vous plaît, l’aider à se rendre à l’adresse suivante… »
Enfin, une fois arrivée l’heure calculée à l’avance, un coup de téléphone à la cabine du val forestier lui indiquerait avec certitude si oui ou non sa mère avait quitté le village dans la camionnette à trois roues ; si elle était partie, il n’y aurait plus personne pour répondre de la maison où il était né et que les gens avaient dénommée « le manoir à la resserre ». L’employée qui recevrait cet appel de contrôle, ce serait la femme du receveur des postes, assise à longueur de journée devant son standard téléphonique où il fallait encore opérer à la main.
« Une camionnette à trois roues ? Oui, je la vois ; elle revient ; elle traverse la passerelle en bois », rendrait-elle compte, trônant à son standard et ravie de l’étrange requête téléphonée spécialement de Tôkyô.
« Voudriez-vous regarder si cette camionnette n’est pas en train de rouler en direction du pont en béton pour gagner la grand-route par laquelle on sort de la vallée ?
— Oui, la vieille dame du “manoir à la resserre” y est assise. Elle tient contre sa poitrine l’urne de bois qui contient les cendres de celui qu’elle a perdu à la guerre. Avant de quitter la vallée, elle a dû faire un crochet par le Sanctuaire du Singe pour s’acquitter de ses dévotions d’avant départ… La voici qui retraverse la passerelle de bois… Le trois-roues fonce à présent tout droit vers la sortie du village et la grand-route… La vieille dame du manoir est solidement calée sur le siège avant, à côté du conducteur, la tête très droite, les yeux clos, la boîte serrée contre sa poitrine…
— Donne-t-elle l’impression de fermer les yeux parce qu’elle ne se sentirait pas dans son assiette ? »
À coup sûr il y aurait dans sa demande un peu d’attente inquiète, signe infaillible de cette espèce de vulnérabilité qui était la sienne chaque fois qu’il était question de sa mère.
« Grands dieux non ! Cette vieille dame considère qu’en dehors d’elle-même l’humanité n’existe pas. Elle garde les yeux fermés par peur de rencontrer quelqu’un de la vallée ! », répondrait la femme du receveur des postes d’une voix chargée de subtile mais fort vieille rancune qui porterait une atteinte à la douce tiédeur de son âme à lui en passe de glisser vers l’attendrissement. Il n’en était pas moins tout à fait exclu que le frémissement de bonheur qu’il éprouvait en fût bouleversé de fond en comble. « Il ne reste à la vieille dame, pour toute famille, qu’un fils. À ce qu’on dit, il est en train de mourir d’un cancer. C’est pour cela qu’elle se rend à Tôkyô avec les cendres de l’autre, celui qui est mort glorieusement, il y a vingt-cinq ans, sur le champ de bataille. Pourtant, voyez-vous, elle ne verse pas une larme, elle garde la tête bien droite ; les yeux clos : c’est vraiment une coriace ! Elle n’est pas femme, il est vrai, à croire les gens sur parole ; et il n’est pas improbable qu’elle pense que les médecins se trompent, que son fils n’a pas du tout un cancer. D’ailleurs, c’est aussi ce que tout le monde pense ici, autour de nous !
— Mais pas du tout ! La chose ne fait aucun doute ! C’est bien un cancer — un cancer du foie ! Même ce n’est plus l’affaire que de quelques jours ! Et c’est parce qu’elle le sait qu’elle s’est décidée à quitter la vallée !
— C’est du docteur lui-même que vous tenez vos renseignements ? Il a vraiment un cancer, ce garçon ? Parce que ça fait déjà un moment qu’on entend dire ça…
— Oui, oui ; c’est bien un cancer ; et je n’ai pas besoin d’apprendre quoi que ce soit du docteur, puisque c’est de moi qu’il s’agit ! Oui, moi, le fils du “manoir à la resserre” ! Et je suis en train d’en mourir, de ce cancer ! »
Sur cette réplique, il ferait un signe à l’infirmière pour qu’elle repose à sa place l’écouteur probablement devenu trop lourd pour lui.
« Oh ! vraiment, je vous demande pardon », murmurerait au bout du fil une voix aussi discrète que le vol d’un moustique effrayé qui prendrait le large, une voix qui se ferait de plus en plus indistincte et lointaine et qui se perdrait dans le silence.
Porter contre sa poitrine l’urne contenant les cendres, cela voulait dire qu’elle aurait noué derrière son cou les coins du carré de cotonnade blanche qui enveloppait la boîte. C’était un usage qu’on avait vu se répandre dans la vallée, vers la fin de la guerre. Mais l’urne que porterait sa mère datait de plus longtemps que cela, avait plus de vingt-cinq ans ! C’était le coffret de bois blanc, le carré de cotonnade blanche — objets fort rares encore à l’époque (on était au lendemain de la décisive bataille navale de Midway et le reflux japonais ne faisait que commencer) qu’on avait apportés au village avec, à l’intérieur, trois fois rien de matière inorganisée, baptisée « cendres » de son frère aîné, soldat de l’armée de Chine et premier mort de la vallée. C’est à ce moment que s’était produite, entre sa mère et L’AUTRE, la cassure définitive que rien, leur vie durant, ne viendrait réduire. L’AUTRE, à cette époque déjà, vivait en reclus dans sa vallée natale, après s’être dégagé des intrigues de toutes sortes du groupe des « Puissants de l’Ombre » en cheville avec les militaires basés en Mandchourie. Lorsque son fils aîné, affecté aux forces envoyées en territoire chinois — précisément dans le secteur qui, au temps où lui-même était un « puissant de l’ombre », avait été sa zone d’activité et d’influence — avait déserté et était tombé sous les balles de l’ennemi — ou les nôtres —, la haine de la mère pour L’AUTRE s’était ouvertement déclarée. De ce moment, dans la maison de la vallée forestière, jamais plus le mot « père » n’était monté aux lèvres maternelles. Telle était la signification particulière de cette urne renfermant les cendres du frère aîné, que la mère ressortirait après trente ans ou presque et porterait contre sa poitrine tandis que, juchée sur la camionnette à trois roues, elle viendrait vers lui, franchirait non sans vertige le col par la « route aux quatre-vingt-dix-neuf tournants » et, dans l’anxiété qu’elle éprouverait au sortir de la forêt, aurait l’impression d’être aspirée goulûment et retenue par-derrière, comme si un vide se fût formé tout contre sa colonne vertébrale.
Après s’être ainsi, dans la zone claire de sa conscience, donné à cœur joie de cet incomparable jeu, la fantaisie le prit de rendre son plaisir plus intense encore en y intéressant son subconscient. Il avait beau, à chaque réveil, ne se rappeler absolument rien du contenu de ses rêves : puisque ceux-ci étaient une réalité indubitable, il se devait pour le moins d’en faire physiquement l’expérience pendant que son état le lui permettait encore.
L’infirmière lui ayant fait prendre une seule dragée de somnifère, comme il allait à nouveau sombrer dans le sommeil, il s’appliqua à suggérer à son subconscient qu’il souhaiterait spécialement rêver de la « route aux quatre-vingt-dix-neuf tournants ». Était-il ou non justifié que cette route de col fût ainsi appelée ? Cent fois, depuis son enfance, il avait tenté de le vérifier ; mais en fait, chaque fois qu’il franchissait la passe, les tournants d’un côté, les nombres de l’autre restaient nettement distincts dans sa tête ; si bien que sa curiosité ne s’était jamais trouvée satisfaite. Et maintenant il allait mourir sans connaître la vérité sur ce point…
Vingt-cinq ans plus tôt, un jour, au cœur de l’été, il avait, accompagnant L’AUTRE que sa fantastique obésité et une furieuse hémorragie due au cancer de la vessie rendaient incapable de marcher, franchi en véhicule militaire le col « aux quatre-vingt-dix-neuf tournants », avec une dizaine de déserteurs montés là-haut exprès pour rallier son père à leur cause, et chanté en chœur en allemand avec eux. Depuis que les médecins avaient commencé à mettre en œuvre la phase finale du traitement destiné à calmer ses douleurs d’entrailles et à émousser la conscience qu’il avait de sa détresse, il revenait toujours au galopin de la vallée inondée de lumière en ce dernier été de la guerre, et sans cesse il revoyait cette équipée, aussi nettement que s’il se fût agi de la rêverie d’un homme éveillé. Comment a-t-on pu prétendre que les rêves du sommeil étaient dénués de toute vérité ? Si ceux où il se voyait transcendaient l’être de chair qu’il était et échappaient à toutes les suppositions qu’il pouvait faire une fois éveillé, cela était-il l’indice que déjà le cancer même s’était emparé pendant qu’il rêvait du contrôle de son corps et de sa conscience ? Mais même dans ce cas son ambition était d’évoquer avec exactitude, au cours de rêves contrôlés par lui, la montée vers le col qui constituait la seule porte de sortie pour gagner de la vallée, à travers la forêt, le monde extérieur : ambition non déraisonnable, du fait qu’à présent il était devenu un homme-cancer.
Il n’y a pas à s’étonner cependant si, une fois de plus, lorsqu’il s’éveilla, ne subsistait plus, ni dans son corps ni dans sa conscience, la moindre trace de ce qu’il avait vu en rêve. Devait-il admettre qu’il n’eût rien rêvé ? Le matin, à huit heures, il essaya de se faire dire s’il avait encore poussé des cris ; mais l’infirmière refusa sèchement, disant que si lui-même ne s’en souvenait pas, il valait mieux qu’elle n’en dise rien.
((« Ne disiez-vous pas vous-même que, si vous ne vous souveniez de rien, vous, tout ce que je pourrais rapporter, moi, ne serait d’aucun intérêt ? À moins que nous ne rectifiions cela ? intervient l’“exécutrice testamentaire”, déchaînant sa fureur.
— Tu dis : rectifier ? Pour qui et pour quoi rectifier ? Qu’on le fasse, et ce sera la source à partir de laquelle le poison gagnera de proche en proche ! Et alors, ma Chronique de ce temps, complètement fichue ! Si le démon de la rectification te possède à ce point, que ne fais-tu comme les psycho-chirurgiens des Philippines ? Que ne “rectifies”-tu, grâce à la seule force émanant de l’extrémité de tes doigts et de ta langue, affilée comme une lame de couteau, toutes les parties cancéreuses logées dans mes viscères ? Mais à dire vrai, ce cancer, j’ai tout fait pour l’avoir et je n’ai pas réellement le désir de m’en débarrasser… — Vous avez dit que les médecins avaient commencé à mettre en œuvre la phase finale du traitement destiné à calmer vos douleurs d’entrailles et à émousser la conscience que vous aviez de votre détresse : cela, je ne l’ai pas noté, ne voulant pas répondre de l’exactitude du fait — parce que vous N’AVEZ PAS DE CANCER ! — Je me demande vraiment dans quel but tout le monde ici — les médecins, les infirmières, toi — vous conspirez contre moi et n’arrêtez pas de me tromper ? Car enfin c’est de moi, et pas d’un autre, qu’il s’agit, et je VEUX avoir un cancer ! », dit-« il ».))
Quand le docteur vint faire sa visite de la matinée, il lui demanda : « Pourquoi me cachez-vous tous que c’est un cancer ? » Le docteur l’envoya promener, comme à l’ordinaire : « Vous vous trompez ; je ne vous cache rien du tout ! Mais dites-moi plutôt : vous avez, sur tout le corps, un nombre inimaginable de cicatrices et j’ajoute que toutes, ou presque toutes, donnent l’impression d’avoir pour origine des blessures que vous vous êtes faites vous-même ; non ? » Il ne répondit pas clairement ; mais ces propos l’y incitant, après le départ du docteur il se fit mettre complètement nu par l’« exécutrice testamentaire ». Avec un miroir de poche, il procéda à une inspection en règle, par tout son corps, de ses vieilles cicatrices, examinant le dos, les fesses, le dessous des cuisses. Faut-il dire qu’à travers l’écran de cellophane sombre collé sur ses lunettes de plongée il ne pouvait guère déceler quantité de cicatrices minuscules ? Ce qu’il détectait plutôt, c’était, sur l’épiderme de sa mémoire, un certain nombre de meurtrissures. Quelques-unes remontaient à la courte période qui allait de sa petite enfance à ses « happy days », lesquels en étaient le couronnement ; mais la plupart étaient la marque de coups qu’il avait dû encaisser après l’anéantissement de ses « happy days », notamment des blessures qui avaient meurtri sa chair vive au cours de l’année où, passé de l’école du village au lycée d’après-guerre, il se rendait au bourg voisin à bicyclette pour suivre les cours. Pour la première fois alors il avait fait irruption tout seul, réduit à ses propres moyens, loin de la haute vallée où il était né et avait grandi, sur un autre « territoire ». Les gens qui l’attendaient là n’avaient au fond d’eux-mêmes nulle trace ni séquelles psychologiques relatives à L’AUTRE — je veux dire que personne ne baissait les yeux ou ne détournait la tête en croisant un être que L’AUTRE avait laissé après lui : c’étaient, au plein sens du terme, des étrangers ; et c’est de tous ces étrangers, la bande la plus décidément sauvage qui, sur le campus du lycée, l’avait jadis assiégé.
Les répercussions du chaos d’après-guerre sur la société des jeunes se faisaient sentir avec d’autant plus de force qu’on vivait dans un coin de province plus reculé ; et c’est dans un tel environnement, où se manifestaient à l’envi toutes les formes de violence, sans redouter le moins du monde d’être blessé dans sa chair, enclin même à s’infliger lui-même à l’occasion de cruelles blessures, que le jeune garçon s’était assuré pour la première fois une certaine forme de liberté individuelle. Cette liberté, il l’avait conquise tout de suite après son entrée au lycée, dans les conditions que voici.
Le meneur de la bande de voyous qui imposait sa loi, flanqué de ses satellites, l’attendait comme pour une bataille dans le hall de gymnastique où ils l’avaient sommé de se rendre seul. Le motif invoqué pour cette convocation était simplement qu’il était à l’évidence plus pauvre et plus crasseux, sans comparaison, que ses nouveaux camarades de classe. Sa mère lui avait bien donné de quoi régler les droits d’inscription et les frais d’assistance aux cours pour le mois ; mais il n’avait pu lui arracher le moindre argent supplémentaire pour s’acheter un uniforme ou participer aux activités du club — ce qu’il avait au demeurant ressenti comme une injustice. Il s’était donc contenté de coudre l’insigne du lycée sur la vareuse d’étudiant autrefois portée par son frère tué en Chine pour s’être écarté des lignes, — vareuse qu’il n’avait cessé de porter lui-même tout le temps qu’il avait été collégien. Mais de peur que sa mère ne se précipitât à cette vue dans l’engrenage des souvenirs ravivés de son frère mort, depuis le temps du collège il laissait cette vareuse, enveloppée dans du papier journal, au fond de la resserre à bois, à l’écart de l’habitation.
Quand la saison le forçait à s’en revêtir, il sortait de la maison en chemisette, contournait la resserre, enfilait prestement la vareuse, et si elle était incontestablement sale, elle sentait surtout carrément mauvais. Ajoutez à cela que, de tous les nouveaux élèves, il était le seul à n’avoir pas de casquette d’uniforme. On ne peut pas exclure qu’en montrant qu’il réprimait là une infraction criante au règlement de l’établissement — infraction commise dès le début de l’année scolaire —, le chef de la bande ait voulu créer chez les nouveaux venus l’impression que, loin de constituer seulement une équipe de chenapans détestés au-dedans comme au-dehors du lycée, lui et les siens assumaient, à titre officieux certes, un rôle de police et de justice dans la maison. Pour ce « conseil de discipline » ils avaient interdit l’entrée du gymnase aux nouveaux élèves, mais les avaient obligés à s’agglutiner aux fenêtres. Ceux-ci ne laissaient paraître pour leur condisciple voué au châtiment et réduit à lui-même aucun signe de solidarité ; les efforts qu’ils faisaient pour trouver un juste équilibre entre une couarde curiosité et une peur sourde donnaient à ces grappes de visages une expression de débiles mentaux ; spectateurs, ils attendaient le drame qui allait se jouer dans le gymnase et où toute la violence serait d’un seul côté.
Effectivement les choses, au début, se passèrent conformément à l’attente générale : l’action y était conduite unilatéralement. Juché sur les barres parallèles, le procureur commença par dénoncer comme une infraction aux règles de l’établissement le fait que le prévenu n’avait pas de chaussettes et qu’il était nu-pieds dans des chaussures de tennis déchirées. Ensuite fut mis en pleine lumière le fait que, non seulement il ne portait pas l’uniforme réglementaire, mais encore qu’en violation flagrante des consignes il avait sous sa vareuse un maillot de tissu noir. (Ce maillot, il l’avait confectionné de ses propres mains, avec un grand drapeau noir déniché dans le coffre aux reliques de son frère, et dont il ignorait quel usage ce dernier avait pu au juste en faire.) Après avoir énuméré, de façon concrète et précise, tous les griefs que lui avaient probablement signalés ses indicateurs, le caïd descendit lentement des barres parallèles et, en faisant des bonds quoiqu’il fût le plus grand des deux, il asséna au coupable une série de coups à la tempe. Stimulé par l’absence totale de résistance rencontrée en face et porté à abuser de la situation :
« Tu viens de recevoir une leçon de la part d’un grand et, malgré ça, on ne voit pas à tes yeux que tu en aies été beaucoup impressionné », vitupéra-t-il. Puis poussant un soupir de cabotin : « C’est consternant d’avoir affaire à de pareils bizuths ! Parce que c’est nous, en fin de compte, qui allons nous faire engueuler ! » Sur quoi les coups de poing reprirent.
À ce moment, le « condamné » décida que ses tempes n’encaisseraient pas davantage. Ce jour-là — un samedi — les nouveaux devaient consacrer leur après-midi à l’arrachage des herbes folles sur le terrain de sports ; aussi avait-il avec lui, pour ce faire, une petite faucille dans son paquet de cahiers et de livres de classe. Il se baissa et en tira son outil. Le chef de la bande, remettant à plus tard sa sentence définitive, fixa sur lui un regard chargé d’incertitude. Lui, à son tour, planta droit son regard dans celui de l’autre et, entre le pouce et l’index de sa main gauche, enfonça profondément, d’un seul coup, le tranchant de la lame. Le sang jaillit avec force ; mais il n’eut pas le moindre tressaillement de sourcils. Ce regard fixé droit sur lui à travers, semblait-il, une fine pellicule de mucosité, pouvait certes apparaître à son adversaire comme étant d’une placidité incompréhensible. Mais ce qui se passait au-dedans de lui était tout à fait comparable à l’apparente immobilité qui résulte d’une vitesse de rotation poussée à son maximum : dans une sorte d’état second, il mobilisait à un point extraordinaire toutes ses forces d’attention. Dans ce calme de rêverie qui marquait le comble de sa tension, il criait à L’AUTRE, mais à une telle hauteur de ton que seule une oreille de chien aurait pu le percevoir : « Bois ce sang, je t’en prie ! C’est pour toi ! » Et il revoyait cette journée de plein été où, armé d’une baïonnette, il attendait, en compagnie des déserteurs, devant la banque, dans la rue du chef-lieu qui longe le fossé ; sa sueur n’était due à rien d’autre que la canicule, mais elle perlait légèrement à son front barbouillé de crasse.
En apparence, il faisait face au jeune caïd, avançant dans un geste ambigu, d’interprétation malaisée, comme s’il allait rendre coup pour coup ou sollicitait au contraire une poignée de mains, sa paume dégoulinante de sang, tandis que s’abaissait le bras qui tenait la faucille. Mais au-dedans de lui coexistaient deux zones : l’une, toute de limpidité, au ras de l’aire de conscience, l’autre, comme un dépôt de lie tout au fond de lui-même, mais cependant nettement distincte de l’aire du subconscient. Pour dire les choses autrement, lorsque, dans un geste prompt comme l’éclair, issu d’une inexplicable impulsion partie de la zone ténébreuse et brûlante, il avait entaillé ses chairs, il avait ressenti une joie intense que non seulement le cercle des voyous ne pouvait guère déceler, mais dont lui non plus, sur le moment, n’avait pas eu pleinement conscience que ce fût de la joie. En même temps toutefois, comme les saignées pratiquées au Moyen Âge en Europe par les médecins, la perte de sang qu’il avait provoquée lui-même avec son engin avait eu pour effet de lui restituer une parfaite clarté d’esprit ; et avec toute la certitude du gros bon sens, il calculait qu’au point où en étaient les choses, ce serait une erreur que d’en rester là s’il voulait rondement en finir avec un adversaire dont, en dépit de sa position dominante pour une attaque, il avait brisé l’offensive — et que se contenter de laisser traîner les choses sans modifier sa stratégie le précipiterait en définitive dans une situation encore plus périlleuse. Assurément, la blessure volontaire que s’était infligée le répugnant bizuth avait porté à chacun des voyous comme à leur chef un coup bizarre au creux de l’estomac ; mais quant à en saisir durablement la signification, non : elle leur échappait. Aussi, passé le bref instant de malaise physiologique, ces oublieux imbéciles reprendraient-ils aussitôt, sans raison bien précise, leurs esprits, et les hostilités. C’est pourquoi il mettait au point dans sa tête un plan — un plan simple et facile à comprendre même pour un personnage un peu ahuri — qui ferait finalement discerner au principal assaillant, au chef de la bande donc, qu’une voie de retraite lui était laissée ouverte. La solution trouvée, il n’avait plus qu’à faire du théâtre, une fois rompu, et de façon quasi impossible à renouer, tout lien avec la zone ténébreuse et brûlante apparue pour quelques instants en lui-même.
Après avoir considéré un moment la lame de sa faucille, il la colla, encore toute sanglante, sous le nez de son vis-à-vis en hurlant comme un sauvage :
« Tu veux que je t’entame aussi ? Dans le vif de ta main ? Car MÊME SI TU N’AS PAS DE LAME, TOI, moi je me sers de la mienne ! Et — tu m’entends ? — si je vois que j’ai le dessous, je me tranche la gorge ! » Ce disant il éleva délibérément sa lame encore souillée jusqu’à son cou. Son adversaire, avec la prompte sagacité de quelqu’un promu chef, fût-ce par des voyous, saisit fort bien ce qui se dissimulait au fond de la violente apostrophe ; se retournant vers sa troupe, il fit comprendre d’un geste que la séance « disciplinaire » était terminée.
« Ce salaud-là voudrait en découdre avec moi, mais avec son engin et moi à mains nues ! Et il menace de se couper la gorge si je le flanque par terre ! Restons-en là : inutile de discuter avec une brute crasseuse. C’est un vrai chien fou ! Les règles ? Connais pas ! Ne cognez pas dessus trop fort : il vous filerait la gale ! »
Le blessé venait de recevoir son visa pour la violence ; et afin d’apposer sa signature au bas de son passeport, il se mit brusquement à faire en courant le tour du gymnase, éventrant au passage avec sa faucille les matelas de sautoir empilés sur les côtés. Le professeur de gymnastique, pour ce qui est d’être une brute, en était une, à peu près intégrale. Néanmoins, quoique instantanément informé de l’affaire des matelas crevés et de l’identité du coupable, il n’en souffla mot au conseil des professeurs. Puis, un jour que le garçon faisait encore une chose formellement interdite en se lavant à la fontaine d’eau potable, le petit homme à la face rougeaude, à la tête maigrichonne pareille à une poire d’Europe rabougrie, au ventre plat, sans trace de graisse, dont il était très fier, s’approcha vivement, d’une ample foulée à la manière des coureurs de fond, et l’aborda avec de grands gestes qui, de loin, pouvaient donner à penser à un observateur qu’il était en train de passer un savon au coupable. En réalité il lui faisait d’une voix aimable cette proposition aguichante :
« Écoute : qu’entre toi et moi au moins il n’y ait pas de conflits ! Veux-tu que je t’apprenne des prises de judo interdites ? Ça te permettra de faire l’économie d’une lame contre ces voyous ! »
Si l’on admet que les bêtes sont des brutes, on ne parla plus de lui qu’avec répulsion, au-dedans comme au-dehors de l’école, et comme d’un être bestialement brutal. Seul le jeune chef de bande avait su déceler, derrière ce masque de brutalité, l’existence d’une passion fiévreuse aux déconcertantes accalmies et impétuosités — juste sous la surface de la brutalité qui s’affichait. Tout indiquait qu’un instinct aigu l’avait averti de l’énergie étrange, et dont il sentait l’authentique réalité, engendrée par la différence de niveau, la hauteur de chute séparant les fureurs des moments de calme. Et c’est sans ambages qu’il avait donné pour instructions à ses acolytes : « Faites gaffe : ce gars-là a tout du pilote-suicide ; il est capable d’aller jusqu’au bout des choses ! » Ainsi venait de s’instaurer, entre la bande et lui, un équilibre précaire, qui parvint toutefois à se maintenir. Si l’intérêt qu’on lui portait n’avait été fondé que sur sa seule violence, ses ennemis, qui étaient en nombre, auraient vite senti que, sur le plan de la force brutale, ils avaient nettement l’avantage et dès cet instant sa violence à lui, ramenée à ses justes proportions, à sa stricte valeur absolue, serait devenue un poids écrasant suspendu désormais à son cou, un poids qui l’aurait étranglé et sûrement précipité, suffoquant, à terre. Mais le chef de la bande avait débusqué en lui quelque chose dont ses camarades, malgré toute leur ardeur combative, ne parviendraient jamais à triompher totalement — quelque chose de difficile à démêler. Aussi adoptèrent-ils une attitude de compromis, faisant semblant de ne pas le voir et le considérant comme un être inférieur, répugnant à l’égal de l’Esprit même de la peste.
Le jour où, avec sa faucille, il s’était fait cette profonde entaille à la main, la douleur n’avait pas tardé à devenir difficilement supportable sans crier. Chaque fois qu’il essuyait le sang, il voyait se déverser pêle-mêle par la plaie des parcelles de boue malpropre et de graisse blanchâtre ; et il avait beau éponger sans relâche, le sang n’arrêtait pas de jaillir à flots. Pour se rendre en classe, il utilisait encore — bien qu’il fût maintenant en première année de lycée — le même vieux vélo qu’il n’avait pas cessé d’utiliser depuis son enfance — un modèle numéro huit correspondant à il ne savait quelles normes, que les gens de là-haut appelaient « une huit », toujours trop grand pour lui et avec lequel il avait même failli un jour se tuer, lancé qu’il était à toute allure. Il le rangeait derrière le bâtiment où l’on entreposait le matériel de gymnastique. C’est là qu’il se rendit ; mais déjà très affaibli par le sang qu’il avait perdu et presque incapable de se tenir debout, à plus forte raison lui était-il impossible de s’asseoir à califourchon sur une selle trop haute. Déjà il avait saisi le guidon, mais stoïquement il le lâcha pour éviter que la machine ne tombe à terre en même temps que lui ; et sur le sol d’argile détrempé, parsemé de plaques de mousse comme devait un jour être marquée de vergetures sa poitrine d’homme de trente-cinq ans au foie en ruine — des plaques de mousse d’un vert douloureux, trop vif pour ses pupilles dilatées, il s’écroula. Il fit malgré tout des efforts désespérés pour se relever en agrippant de sa main blessée plusieurs pieds de saururus ; mais dans un long et pitoyable gémissement il retomba par terre de tout son long. Sa main saignait toujours. Son œil gauche, qui se trouvait à quelque trois centimètres du sol, voyait le coin des saururus en train de s’imprégner de sang. Une sérénité réelle, fécondante même, se fit jour en lui et il eut honte de ces gestes de violence innée qui s’étaient greffés, peu auparavant, sur sa violence calculée. Recroquevillé de douleur, mais aussi de honte, de nouveau il s’adressa à L’AUTRE : « Bois ce sang, je t’en prie ! C’est pour toi ! »
Un cercle s’était formé autour de lui : celui de ses jeunes condisciples qui venaient aussi aux cours à bicyclette et qui considéraient leur camarade étendu par terre avec une expression de curiosité distante et de dégoût, comme s’ils avaient eu sous les yeux un chien en train de crever de faim. Aucun ne se précipita à l’infirmerie pour lui venir en aide.
« Ces plantes-là, c’est des plantes médicinales : c’est pour ça qu’il fourre dedans sa main blessée. Toutes les bêtes sauvages soignent leurs plaies de cette façon-là. On a bien vu des cerfs guérir une patte cassée en barbotant dans une source chaude ! »
Ces commentaires émanaient du fils d’un médecin de village, un nouveau comme lui et candidat au prix d’excellence. Mais quand un instant plus tard il parvint enfin à se remettre debout, toute la bande se sauva en désordre, à commencer par le fils du médecin.
Voilà comment il s’était créé un mode de vie très personnel au sein de son lycée « nouveau style » d’après-guerre. En fait, ce mode de vie dont il venait de faire la découverte décisive s’accordait aux réalités de l’existence là où les gens ignoraient les gènes dues aux cicatrices psychologiques relatives à L’AUTRE — c’est-à-dire partout ailleurs que dans sa vallée. De ce moment, et jusqu’à ce qu’il devînt, à trente-cinq ans, la proie du mal démoniaque qui lui saccageait le foie, il n’avait pas changé pour un autre mode d’existence celui qu’il avait découvert le jour où, avec sa faucille, il s’était fait une profonde coupure à la main.
Plus il y réfléchissait, moins il faisait pour lui de doute que fût chargée de quelque signification l’analogie qui le frappait entre les vergetures maintenant apparues sur sa poitrine et les motifs dessinés par la mousse sur le sol détrempé où, après sa chute, il était resté étendu tandis que de sa chétive personne s’écoulait une prodigieuse quantité de sang. « Est-ce qu’à ce moment-là je ne suis pas tombé tout sanglant sur la poitrine vergetée du moribond que je suis, en train de mourir bel et bien vidé par le cancer ? »
((« Il me semble que le docteur faisait allusion à autre chose… quelque chose de plus immédiat…, intervient, en se contenant malgré tout, la secrétaire harassée par cet interminable retour en arrière. — Qu’est-ce que tu veux dire par “immédiat” ? — Sans confirmation du docteur, je ne puis m’expliquer plus clairement », dit-elle en se dérobant. « Il » prend une mine attristée, lui lance avec défi : « À ce compte-là, j’ai bien du mal à croire que tu enregistres correctement ne serait-ce que la centième partie de ce que je raconte ! — Ce n’est pas vrai, je ne retranche pas la moindre syllabe, je note scrupuleusement tout. Mais plus vous vous enflammez en parlant, plus j’ai de mal, moi, à saisir d’où vient cette chaleur ! Si je disais le contraire, c’est pour le coup que je vous tromperais. Et c’est ce que je tiens à vous signifier nettement », conclut l’« exécutrice testamentaire ».))