Chapitre 5

Le cercle intime

En 2004, lors de l’une de mes visites, Pham Xuân Ân ressort d’une grande chemise un beau portrait de groupe réalisé, une trentaine d’années auparavant, par Richard Avedon. Pham Xuân Ân y figure, la tête légèrement rentrée dans les épaules, à son habitude, et le sourire un peu timide aux lèvres. Robert Shaplen, qui dépasse les Vietnamiens d’une bonne tête, trône au milieu, ce qui lui va très bien. Les trois autres Vietnamiens présents posent volontiers mais sans effet pour le photographe. Ils ont pour noms Nguyên Hung Vuong, Nguyên Dinh Tu et Cao Giao.

Pham Xuân Ân conserve soigneusement ce cliché. Lors d’une visite ultérieure, il m’en montre d’autres pris au début des années 1970, toujours par Richard Avedon, un ami de Robert Shaplen. Ces photos, si vivantes, présentent un échantillon intéressant de ce que Radio-Catinat peut compter, avant la fin de la guerre, de gens fiables à côté de manipulateurs ou d’escrocs. Au-delà des divergences et des différences, des calculs, des tempéraments ou des choix des uns et des autres, les cinq hommes ressemblent à des compères faisant un pied de nez au reste de la planète. Ce qui est sans doute faux, à l’exception de Pham Xuân Ân, et au prix de quels risques.

Radio-Catinat est donc le surnom dont on a affublé Givral, le café-glacier à l’angle de la rue Tu Do et du boulevard Lê Loi. Les deux portes-fenêtres de ma chambre, au troisième étage du Continental, donnent sur la place du théâtre et Givral se trouve dans mon champ d’optique. Le café-glacier est fréquenté par ce que Sài Gòn peut compter de députés, de sénateurs, d’espions, de journalistes et d’indicateurs de police, surtout vietnamiens. Le théâtre municipal voisin, qui accueille alors les débats de l’Assemblée nationale, contribue aussi à sa fortune.

On y croise bon nombre d’officiers amateurs – médecins, économistes, commerçants –, depuis qu’en 1968 a été décrétée la conscription générale des hommes âgés de dix-huit à trente-sept ans. Ceux qui peuvent trouver refuge dans un état-major ou un ministère viennent y tromper leur ennui. Les autres profitent de la moindre permission pour y retrouver leurs amis ou se mettre au courant de la dernière rumeur.

Pham Xuân Ân en est l’un des piliers, au même titre que les trois autres Vietnamiens du cliché. Robert Shaplen apparaît également de temps à autre. Mais ils se retrouvent souvent dans la chambre 47, celle toujours occupée par Robert Shaplen, lors de ses passages, au deuxième étage du Continental. L’endroit est discret et, pour s’y rendre de son bureau, Pham Xuân Ân n’a qu’à monter un étage. Les chambres du Continental étant très spacieuses, Robert Shaplen aime accueillir ses amis chez lui à l’heure de l’apéritif. J’y retrouve non seulement Pham Xuân Ân mais d’autres personnages dont les noms ne parlent qu’à certains initiés de la tragédie vietnamienne mais dont l’expérience et les itinéraires en disent long sur la complexité et les ravages de la guerre.

Fort en gueule, comédien, grand amateur de whisky et de gros cigares, Robert Shaplen apprécie son rôle de ténor de la presse américaine. Ce vétéran des guerres du Pacifique et d’Asie affiche un carnet d’adresses impressionnant et, pendant ses séjours au Sud-Vietnam, d’une durée de cinq à six semaines, la table de l’ambassadeur des États-Unis lui est ouverte. Ses interminables articles publiés par le New Yorker, toujours nuancés et rédigés avec grand soin, font autorité à Washington. Robert Shaplen, qui a ses entrées au département d’État, est parfois appelé à témoigner devant la commission des Affaires étrangères du Sénat.

Il connaît les éminences de la CIA et de l’état-major américain et ne s’en cache qu’à moitié. Lors de ses dépositions à Washington, s’appuyant sur des analyses fort documentées, il s’exprime avec une prudente réserve et j’ai maintes fois l’impression, surtout à compter de 1970, qu’il fait semblant de croire que la cause américaine n’est pas perdue alors qu’il n’en est plus convaincu. Certains de ses collègues le soupçonnent d’intriguer et il est vrai qu’il se montre prodigue en conseils. L’ayant accompagné une fois dans le centre du pays, jusqu’à Huê, j’ai été interloqué par l’ampleur du respect que les officiels américains sur le terrain lui manifestaient. Robert Shaplen connaissait tous les responsables locaux de la CIA, qui semblaient me prendre pour son assistant. Il se comportait comme s’il était chez lui, dans son domaine.

Cao Giao est également proche de Pham Xuân Ân même si les deux hommes sont très différents, le premier beau parleur et le deuxième plus discret. Cao Giao travaille alors pour Newsweek, dont le bureau occupe deux chambres au deuxième étage du Continental. Petit, les yeux rieurs cachés derrière de grosses lunettes, affichant une fine barbichette à la Hô Chí Minh, il a le mot capable d’épingler. Il nous amuse beaucoup avec ses formules à l’emporte-pièce. Il compare les partisans de la « troisième force », qui prônent le compromis entre Sài Gòn et Hà Nôi, à « des taupes qui construisent clandestinement des tunnels qui ne mènent nulle part ». Il parle des « intellectuels-chômeurs » qui, lorsque les esprits sont désorientés, donnent le ton.

Plus tard, au fil de nos conversations, Pham Xuân Ân me racontera le triste itinéraire de Cao Giao, dont beaucoup de détails m’échappent à l’époque. Ce dernier a beau avoir travaillé pour les services français, il a été arrêté et accusé, pendant la première guerre d’Indochine, d’avoir renseigné le Viêt Minh. En 1955, après la signature des Accords de Genève, il a fui le Nord car les communistes cherchaient à le capturer. Puis il est de nouveau jeté en prison dans le Sud, sous la présidence de Ngô Dinh Diêm. Cette fois-là, il est libéré, rapporte Pham Xuân Ân, « grâce à l’intervention de l’un de ses amis qui travaillait pour le Dr Trân Kim Tuyên », dont Pham Xuân Ân est alors le confident.

Une fois libéré, Cao Giao a repris vie grâce au dévouement de son épouse – « ma canne », dit-il, dont il a sept enfants. La famille vit assez chichement dans un compartiment situé au pied d’un pont sur la rivière Thi Nghe, une banlieue de Sài Gòn. En 1975, Cao Giao refuse de quitter le Viêt Nam. La victoire communiste est l’occasion, pour sa famille originaire du Nord, de retrouvailles exemplaires. « Vingt-sept membres de sa famille, dont son père et son frère, étaient membres du PC », selon Pham Xuân Ân.

Mais l’euphorie ne dure guère. Sans ressources, Cao Giao connaît des moments difficiles et, comme la police du nouveau régime s’inquiète de sa réputation d’ancien frondeur et, surtout, d’un passé pro-japonais, il tente de s’exiler. Il est alors arrêté, lui qui n’a plus que des souvenirs, et détenu dans la sinistre prison de Chi Hoa, de 1979 à 1983. Sa santé se dégrade rapidement et il est relâché sur intervention d’Amnesty International, puis autorisé à rejoindre ses enfants en Belgique où il est mort début 1986, après deux années d’exil, d’un cancer. Il avait soixante-cinq ou soixante-six ans. Cao Giao, qui a travaillé directement pour la Kenpeitai japonaise à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, a rendu un service appréciable au Viêt Minh en 1945, en l’avertissant à l’avance du coup de force japonais du 9 mars contre les Français en Indochine.

Autre familier de nos réunions chambre 47, Nguyên Dinh Tu est membre d’un ancien parti pro-japonais et reporter au quotidien de langue vietnamienne Chinh Luân. Il écrit également de temps à autre pour le New Yorker. Homme de terrain, ses reportages sur l’exode qui a accompagné la débâcle de l’armée de Sài Gòn en avril 1975 nourrissent l’amertume à l’égard des dirigeants de Sài Gòn. Il se trouve à Pleiku, sur les Hauts-Plateaux du Sud, quand les communistes attaquent et que le président Nguyên Van Thiêu ordonne une retraite militaire, provoquant la panique parmi la population. Nguyên Dinh Tu participe à cet exode vers la côte, qu’il qualifie de « Convoi des larmes », et s’arrange pour confier ses dépêches à des pilotes d’hélicoptère. Il pourrait quitter le Viêt Nam avant la victoire communiste mais il ne le fait pas et sa mort est même rapportée : il serait décédé, fin 1975, dans la prison de Chi Hoa à Sài Gòn.

On le retrouve, toutefois, quatorze ans plus tard, dans un camp de boat people à Hong Kong. Il a alors soixante-six ans. Il déclare avoir été effectivement arrêté une semaine après la prise de Sài Gòn et accusé d’être « un espion de la CIA ». Il dit avoir été torturé, puis jeté en prison. Il ne sort de « rééducation » que treize ans plus tard, en 1988, pour se retrouver seul. « J’avais tout perdu – mes amis, ma maison, ma voiture et mon argent », déclare-t-il au quotidien londonien The Independent en décembre 1989. Et comme la police continue de le surveiller de près, « il n’y avait qu’une solution, Hong Kong », ajoute-t-il. Il se rend alors discrètement à Hai Phòng, le grand port du Nord, pour monter à bord de l’une de ces fragiles embarcations qui transportent les boat people vers l’ancienne colonie britannique. Alertée, la presse internationale fait campagne, avec succès, pour qu’il bénéficie du statut de réfugié et soit admis aux États-Unis.

Mais le personnage le plus proche de Pham Xuân Ân, avant la fin de la guerre, est, à n’en pas douter, Nguyên Hung Vuong. Dans la masse des journalistes que la seconde guerre d’Indochine, l’américaine, a attirés, Nguyên Hung Vuong fait figure à part. On l’aperçoit de temps à autre dans le hall d’entrée de l’hôtel Continental, comme perdu dans ses songes en attendant le vieil et lent ascenseur qu’il emprunte pour gagner la chambre de Robert Shaplen. Alors que Robert Shaplen parle haut et fort, Nguyên Hung Vuong, qui est son assistant, donne l’impression de vouloir passer inaperçu, de s’excuser de sa présence. Entre le discret et la vedette a dû se tisser une complicité fondée davantage sur l’amitié et l’estime que sur des convictions ou des appétits communs. Nguyên Hung Vuong est la bonne conscience ou le mauvais génie de Robert Shaplen. Difficile d’imaginer couple si disparate.

Nguyên Hung Vuong se montre d’une grande affabilité. Quand la conversation présente peu d’intérêt, il se contente d’inhaler longuement, comme tous les opiomanes, la fumée des cigarettes à bon marché qu’il allume les unes après les autres. Frisant la cinquantaine, d’apparence frêle, un peu voûté, les cheveux abondants, raides et grisonnants, la peau transparente, il a suffisamment vécu et souffert pour économiser son temps. « Il n’y a pas de vie sans rêve », me dit-il, et il semble payé pour le savoir. Cette phrase me hante encore aujourd’hui, chaque fois que je pense à mes amis vietnamiens de l’époque. Quelle place restait-il – et reste-t-il – chez ceux qui sont encore en vie, pour cette part de rêve, si menue soit-elle, qui nourrit la vie ?

Bien après la fin de la guerre, Pham Xuân Ân, qui connaît Nguyên Hung Vuong depuis les années 1950, me raconte que ce dernier est né en 1923 à Kunming, dans le sud de la Chine, au sein d’une famille vietnamienne qui travaille pour les Français, politiquement engagée et victime des bouleversements dont l’ancien Empire du Milieu est alors le théâtre. L’un de ses frères aînés, un trotskiste, qui a eu une forte influence sur lui, a été assassiné par la IIIe Internationale. Un autre a été un agent de la sécurité française à Kunming. Pour des raisons de sécurité et pour préserver son avenir, la famille de Nguyên Hung Vuong décide de l’envoyer au Viêt Nam. Âgé de quatorze ans, brillant sujet, il y apprend très vite le vietnamien et le français. Il obtient à Hà Nôi son deuxième bac français dès l’âge de dix-neuf ans avant de se frotter, mais sans conviction, à des études de médecine puis de droit.

En août 1945, lors de l’indépendance du Viêt Nam, partisan de la révolution, il se retrouve au bureau de la censure à Hà Nôi. « Hô Chí Minh passait de temps à autre, l’atmosphère était tendue, parfois glaciale », m’a-t-il dit. Nguyên Hung Vuong quitte sans trop tarder Hà Nôi pour Hong Kong, où il rencontre Lê Xuân, un agent qui a travaillé pour Hô Chí Minh à Shànghai. Puis il séjourne en Thaïlande, où il fait la connaissance de Pham Xuân Giai. « À l’époque, Pham Xuân Giai travaillait pour le Deuxième Bureau français alors que Nguyên Hung Vuong et Lê Xuân le faisaient pour la CIA », dit Pham Xuân Ân, dont Pham Xuân Giai était le cousin. On pourrait difficilement résumer une situation plus complexe. Pham Xuân Ân, mais tout le monde l’ignore, est alors proche du Viêt Minh ; son cousin Pham Xuân Giai travaille pour le Deuxième Bureau français ; Lê Xuân, ancien agent de Hô Chí Minh, renseigne la CIA ; et Nguyên Hung Vuong, un ancien de la censure à Hà Nôi, en fait autant…

Puis Nguyên Hung Vuong revient au Viêt Nam et trouve un emploi à Hà Nôi, alors repassée sous contrôle français, au bureau de l’USIS, le service officiel d’information américain. En 1952, il s’installe à Sài Gòn où Pham Xuân Giai le recrute dans les services psychologiques de l’armée du nouvel État mis en place par les Français. Un Bao Dai réticent ne remonte pas sur son trône : il est simplement chef d’État. Pham Xuân Giai, comme d’autres officiers, a été transféré de l’armée française dans les rangs de l’armée de Bao Dai. Pour le compte de Pham Xuân Giai, Nguyên Hung Vuong opère alors en liaison avec l’Américain Edward Lansdale. Ce dernier est, au Sud-Vietnam, le fervent avocat de la tactique des « hameaux stratégiques » qui consiste à regrouper des populations rurales dans des villages protégés pour priver le poisson communiste de son eau. Graham Greene en fait un personnage naïf dans son livre Un Américain bien tranquille. En 1954, alors colonel, Edward Lansdale est chargé avec l’appui de la CIA d’établir une première mission politico-militaire à Sài Gòn.

À cette époque, des liens commencent à se nouer. Après avoir été testé pendant une longue période, Pham Xuân Ân est admis clandestinement au sein du PC en mars 1953. Sa couverture officielle : il s’est débrouillé pour se faire nommer sous-officier assimilé de la jeune armée sud-vietnamienne. Il est affecté au TRIM, organe tripartite de liaison entre cette armée, l’état-major français et la mission militaire américaine, dirigée par Edward Lansdale. Son cousin Pham Xuân Giai lui a-t-il donné un coup de main ? Il n’en dit rien. Mais Pham Xuân Ân en profite pour établir de solides relations avec Edward Lansdale, très influent même après son retour au Pentagone. Il rencontre régulièrement Nguyên Hung Vuong, qu’il dépanne à plusieurs reprises par la suite.

En 1955, après les Accords de Genève et la partition du Viêt Nam en deux zones, Nguyên Hung Vuong est démobilisé. « Il fume alors beaucoup, y compris de l’opium, une habitude prise à l’école », se souvient Pham Xuân Ân. Il lit énormément. On le consulte mais il n’a pas d’emploi. Il est très pauvre.

En 1960, Pham Xuân Ân introduit Nguyên Hung Vuong auprès de Douglas Pike, un influent universitaire américain. Douglas Pike l’engage comme assistant et Nguyên Hung Vuong commence à fréquenter le milieu interlope de la presse américaine. Il devient, dans la foulée, l’assistant d’un autre chercheur américain que Pham Xuân Ân connaît bien, Jerry Rose, diplômé de la Sorbonne. Ngyên Hung Vuong est ensuite recruté comme consultant par Time, puis le Washington Post. Il est présenté par Pham Xuân Ân à Robert Shaplen quand ce dernier se rend pour la première fois au Viêt Nam, en 1964, au lendemain du coup d’État contre le président Ngô Dinh Diêm et son frère Ngô Dinh Nhu, tous deux assassinés.

Une dizaine d’années plus tard, en pleine guerre américaine, Nguyên Hung Vuong occupe, dans le troisième arrondissement de Sài Gòn, un deux-pièces en rez-de-chaussée qui donne sur une ruelle piétonnière grouillante de monde. S’étant mariés sur le tard, son épouse et lui-même ont adopté un garçon, devenu un adolescent et dont Nguyên Hung Vuong paraît être, à l’époque, le grand-père. Cette petite famille vit chichement dans un quartier populaire. En dehors de ses pipes d’opium, le seul luxe que s’offre Nguyên Hung Vuong est, lors des passages de Robert Shaplen, de louer une chambre climatisée dans un hôtel de troisième catégorie situé dans le bas de la rue Hai Ba Trung, à deux pas de l’hôtel Continental.

Cette solution lui permet d’oublier le tintamarre de sa ruelle et de se retirer quand il le souhaite tout en demeurant facilement joignable.

Nguyên Hung Vuong ne se fait aucune illusion sur l’issue du conflit et le dit. Sur ce point, son désaccord avec Robert Shaplen paraît profond. Pham Xuân Ân m’a raconté beaucoup plus tard qu’un beau jour, alors qu’au volant de sa Renault 4 CV, il conduit Nguyên Hung Vuong et Robert Shaplen au domicile de l’ambassadeur américain Ellsworth Bunker, les deux compères se disputent franchement. Le premier lui demande d’arrêter le véhicule et en descend. « Nguyên Hung Vuong était furieux », se rappelle Pham Xuân Ân. Mais cette énième dispute n’a pas fait long feu. Il est vrai, m’a dit Pham Xuân Ân, que Nguyên Hung Vuong a entretenu des relations tout aussi orageuses avec Douglas Pike. Longtemps après la mort de Nguyên Hung Vuong aux États-Unis, où il s’était réfugié, Pham Xuân Ân a résumé ainsi un personnage qu’il a connu mieux que tous : « Il était très intelligent, indépendant d’esprit, dilettante et toujours en retard. »

Pham Xuân Ân n’oublie jamais ses amis de l’époque. À la veille de la victoire communiste, la plupart s’envolent vers d’autres cieux. Dans les semaines qui suivent, il ressent un vide. Au cours d’un dîner à Bangkok en 2005, le benjamin des fils de feu Cao Giao m’a dit qu’après la libération de son père en 1983, Bac Ân, l’oncle Pham Xuân Ân, venait presque tous les jours leur rendre visite, comme s’il voulait protéger un ami. Pham Xuân Ân ne m’en avait jamais parlé. Quand je lui ai rapporté ces propos, lors de l’un de mes passages à Sài Gòn, il a affiché un sourire triste : « Qui aurait osé rendre visite à Cao Giao à sa sortie de prison ? Personne. De toute façon, il avait besoin d’une piqûre quotidienne. Je me suis transformé en infirmière. »