Note 10: Richelieu doit être jugé relativement aux difficultés infinies de sa position. La dévotion du roi, ses ménagements pour Rome, l'espoir de devenir légat, lièrent le ministre aux Jésuites, et l'empêchèrent d'être ce que la fierté de son génie l'aurait fait être, un gallican, un sorboniste (lui, fondateur de la Sorbonne nouvelle). Ce qui étonne le plus, c'est que dans sa politique et son intérieur même, il les subit par l'ascendant croissant d'un homme affilié à la Société, d'un sot fieffé, dangereux, haineux, venimeux, mais le scribe des scribes et d'un travail énorme: Sublet du Noyer. Richelieu le fit, en 1633, secrétaire d'État de la guerre, le chargea fort imprudemment d'inspecter nos places en 1636, crut aux rapports de l'ignorant, ce qui nous valut l'invasion et les faciles succès de l'ennemi qui vint presque à Paris. Cette bévue, qui devait le faire chasser, fut au contraire récompensée. Il fut chargé de fortifier des places, de diriger des siéges, d'organiser la marine: il eut la surintendance des bâtiments et manufactures, la surveillance de l'imprimerie royale, etc. Richelieu, accablé, malade, ne s'occupait plus que de l'extérieur, et bien plus encore des complots dont il était environné. Sublet régna, à tort et à travers; il a laissé partout des marques de son génie, l'érection des églises jésuites à pots de fleurs, la destruction des œuvres les plus hautes de la Renaissance, spécialement de la sublime Léda de Michel-Ange, l'unique tableau qu'il eût peint à l'huile, qui était à Fontainebleau. Cet animal, chargé de recevoir le Poussin que Richelieu appelait de Rome et logeait aux Tuileries, eut l'impertinence de lui tailler la besogne, exigeant qu'il lui fît tant de chefs-d'œuvre par mois. Le Poussin se sauva à Rome.—L'attraction des sots pour les sots rendait Sublet très-cher au roi. Ils disaient leur rosaire ensemble. Cela enhardit fort le petit homme, si bien qu'en dessous il commençait tout doucement à trahir le roi pour la reine, croyant être par elle archevêque de Paris. Le mourant le mit à la porte. Et la reine, une fois régente, ne se souvint plus de Sublet, qui prit la chose à cœur, et, comme le pauvre père Joseph, creva d'ambition rentrée (1645).[Retour au texte principal.]

Note 11: Ici, et plus haut, je suis la Vie anonyme de madame de Hautefort, publiée par M. Cousin.—On lui a très-amèrement et très-justement reproché son culte pour les Chevreuse, les Longueville, etc. Il est triste, en effet, de voir cet ancien et illustre maître, éloquent initiateur de la jeunesse au stoïcisme de Kant et de Fichte, de le voir, dis-je, aux genoux de ces coureuses dont les intrigues noyèrent la France de sang. Elles avaient de l'esprit, je le veux bien. Qui n'en avait? Elles parlaient à merveille. «Celui qui parlerait mal à la cour, dit La Bruyère, aurait le mérite d'un savant dans les langues étrangères.»—Avec tout cela, M. Cousin a publié des textes inédits dont on doit profiter, révélé des faits curieux. On ne connaissait bien ni madame de Hautefort, ni mademoiselle Lafayette, ni même la reine Anne. La fameuse affaire du Val-de-Grâce n'était pas bien éclaircie. On sait maintenant (Chevreuse, p. 52) que, le jour de l'Assomption, la reine communia et jura par l'Eucharistie qu'elle avait dans l'estomac, qu'elle n'avait pas correspondu avec l'Espagne. Puis elle avoua qu'elle avait menti et qu'elle s'était parjurée, qu'elle avait averti son frère de l'envoi d'un espion français en Espagne, et des traités que l'Angleterre et le duc de Lorraine allaient faire avec la France pour que l'Espagne pût les empêcher.

Partout ailleurs, la partialité de M. Cousin pour la galante reine est bien naïve. Il doute du succès de Buckingham auprès d'elle. Et pourquoi? Parce que Tallemant n'en a rien dit (il a omis bien d'autres choses), parce que la Rochefoucauld n'en a rien dit. Mais la Rochefoucauld, le chevalier personnel de la reine, si dévoué, qu'elle voulait se faire enlever par lui à Bruxelles, n'avait garde de parler d'une telle aventure. Retz, qui la conte, la tenait de la meilleure source, de la Chevreuse, de celle même qui livra la reine à Buckingham dans le jardin du Louvre.—M. Cousin, dans un autre passage (Hautefort, p. 28, etc.), dénature les faits et les obscurcit par une simple intervention chronologique. Il parle de la retraite de Lafayette, de la grossesse de la reine, de la naissance de Louis XIV (1638) avant de parler du danger de la reine, de l'affaire du Val-de-Grâce, de l'expulsion de Caussin, etc. C'est placer les causes après les effets. On n'y comprend plus rien. Dès que l'on rétablit les dates dans leur ordre sévère, la clarté reparaît. C'est parce qu'en 1637 elle se crut perdue par deux fois (en août au Val-de-Grâce, et le 9 décembre par l'échec de Caussin), c'est pour cela qu'on fit le 9 la tentative extrême. Sa grossesse, qui date de cette nuit, fit son salut et lui donna quinze ans de règne.—Une chose singulière, et qu'on peut vérifier à Westminster sur l'effigie de Buckingham, c'est que Louis XIV ressemblait (un peu lourdement, il est vrai) à ce bel Anglais, mort dix ans avant sa naissance. Dira-t-on que la reine, qui toute sa vie garda ce souvenir, l'eut présent à l'esprit au moment de la conception? Du reste, si elle fut enceinte en 1628 du fait de Buckingham, comme elle le craignit (V. Retz), il ne serait pas étonnant que l'enfant de 1638 lui eût ressemblé. Le premier amant (dit M. Lucas, Hérédité) détermine souvent le type des enfants futurs qui naîtront de ses successeurs.[Retour au texte principal.]

Note 12: Louis XIV naîtra le 5 septembre 1638. Anne d'Autriche a-t-elle conçu le 5 décembre 1637? Non. Les mois n'ont pas tous trente jours. Il faut ajouter six jours pour les six mois qui ont trente et un jours; mais, comme le mois de février n'en a que 28, il faut ôter deux de ces six jours, c'est-à-dire n'en ajouter que quatre au calcul total.—Donc, en ajoutant au 5 décembre quatre jours, on obtient le 9 décembre, la veille de l'exil du Jésuite Caussin, le jour même où Richelieu lui fit prononcer son exil, et où la reine, ayant échoué dans cette dernière intrigue, n'eut plus de salut que dans une grossesse.[Retour au texte principal.]

Note 13: Les tableaux de l'administration de Richelieu, que nous trouvons dans les ouvrages généraux de MM. Avenel (Introd.), Chéruel, Bailly, Doniol, Dareste, etc., ne pouvaient être que sommaires. Pour la première fois, les faits, les dates, ont été réunis et donnés au complet avec de nombreuses citations des actes, dans l'ouvrage spécial de M. Caillet. Je l'ai eu constamment sous les yeux, en écrivant ce chapitre. On y suit à merveille les tergiversations et les contradictions de Richelieu, et pour la levée de l'impôt (par élus, par trésoriers, par intendants), et pour ses tentatives de faire aider l'État par le clergé. M. Caillet ne tire aucune conclusion. Celle qui ressort des faits, c'est que, Richelieu étant définitivement repoussé, et le clergé (le grand propriétaire de France) ne donnant rien qu'un don gratuit minime, ni l'État, ni la Charité, ne pourront se constituer. Richelieu mourra à la peine, Vincent de Paul fera très-peu de chose (six cent mille livres en six années pour des millions d'affamés). Puis, va venir Colbert qui mourra à la peine. L'État s'enfonce dans la mendicité. La bureaucratie progresse dans l'extermination du peuple. Mais, ce n'est pas assez. C'est quand la terre elle-même semble exterminée et ne produit plus, qu'arrive par les grandes famines la Révolution de 89.—Sur les révoltes des va-nu-pieds de Normandie, des croquants de Guyenne, voyez les textes intéressants réunis par M. Bonnemère, Histoire des paysans. Gassion, qui extermina les premiers, ne put s'empêcher d'admirer leur valeur héroïque. Voir aussi l'importante Histoire du Parlement de Normandie, par M. Floquet, et spécialement son Diaire du voyage du chancelier Séguier, à Rouen.[Retour au texte principal.]

Note 14: Et cependant il ne suit pas leur plan d'études dans son collége. On disait, et on dit encore, qu'ils enseignaient les sciences aussi bien que les langues. Les langues, c'est-à-dire le latin (peu ou point de grec), s'enseignaient en six classes et au moins en six ans; et, dans une seule, entre la rhétorique et la théologie, ils enseignaient un peu de philosophie, de mathématiques et de physique. Le plan que Richelieu traça pour son collége modèle de Richelieu diffère essentiellement, en ce qu'à chaque classe et chaque année, de la sixième à la philosophie, les sciences sont toujours enseignées et en français. À la classe du matin, quand l'attention des enfants est neuve et fraîche encore, on leur enseigne l'histoire, la géographie, la physique, la géométrie, la musique, la mécanique, l'optique, l'astronomie, la politique et la métaphysique. À la classe du soir, ils se délassent par les poètes et les orateurs, les auteurs épistolaires, les livres de dialogues, la prosodie et la grammaire. Enseignement tout à fait différent de celui des Jésuites; celui de Richelieu y donne la grande part, plus de la moitié, aux sciences, qui, dans les colléges de La Flèche ou de Clermont, n'entraient au total que pour un douzième.

L'originalité réelle de leur collége de Clermont (rue Saint-Jacques) était surtout en ceci, qu'il y avait à peu près autant de maîtres que d'élèves, trois cents Jésuites, profès ou aspirants, pour quatre cents écoliers. Je parle des écoliers internes seulement, des seuls auxquels on fît attention, et qui étaient les enfants des plus grandes familles. La mécanique de leurs colléges était très-forte, en ce sens que le même professeur suivait l'enfant de classe en classe, le prenait en sixième et le menait en rhétorique. L'élève maltraité ne pouvait dire: «Dans un an, je suis quitte de ce professeur.» S'il déplaisait malheureusement, si son maître le prenait en grippe, on le fouettait six ans de suite. Cela rendait peureux, flatteur; on craignait extrêmement un maître à perpétuité. Les enfants pauvres, les boursiers, sous cette perspective, et suivis ainsi de la verge, devaient travailler ou périr. La vieille Université de Paris, qui fouettait tant, reproche cependant aux Jésuites de ne fouetter que les pauvres, ces malheureux boursiers, tenus au collége par leur subsistance.

«Voilà qui est bien dur, diront les mères. Et comment tant de grandes dames confiaient-elles à ces terribles Pères leur douce progéniture?» Rassurez-vous. Autant leur mécanique, vue par là, était dure, autant, d'un autre côté, elle était douce. Tous les Jésuites n'étaient pas professeurs, beaucoup étaient amis. L'amitié était une position, un métier, une profession spéciale. Parmi ces Jésuites non enseignants, mais amateurs, qui causaient, conseillaient, observaient, se promenaient, faisaient de la littérature, l'enfant pouvait se choisir un ami. Quoi de plus rassurant pour la pauvre mère qui amenait son nourrisson et s'en allait en larmes, que de le confier à ce bon Père qui en faisait son pupille, se chargeait de le recommander, d'intervenir pour lui, d'adoucir le pédant, de sauver un enfant si tendre! «N'ayez pas peur, madame. Tout cela est pour nos boursiers, des enfants rudes qui ne vont que par là... Mais ce beau cher petit seigneur! j'en réponds, et rassurez-vous,» disait le Père.—Un père? bien mieux, une mère tendre qui partageait ses jeux mieux que n'eût fait sa mère, l'aidait dans son devoir, le menait au jardin, et cueillait avec lui des fleurs. Inutile de dire que cet homme charmant devenait pour l'enfant un confident aimé, indispensable; l'écolier le cherchait, dès qu'il était libre, lui disait toutes ses pensées. L'ami savait le fond du fond, dix fois plus que le confesseur. Il renseignait parfaitement la Compagnie, et sur l'enfant, ses qualités, ses vices, ses tendances, son caractère, et sur tout ce que l'enfant pouvait savoir ou entrevoir des secrets de sa famille. Le connaissant à ce point-là, il avait sur lui les plus fortes prises, s'en emparait de plus en plus. Tellement, qu'au grand étonnement de la mère, quand elle venait voir son enfant, il était froid, rêveur, distrait, visiblement ennuyé d'elle, et fort impatient d'aller jouer avec son ami. Mais on jouait bien moins qu'on ne causait. Les Jésuites étaient fort caillettes, commères intarissables, aussi bavards que curieux.—Il y avait, en cette institution, du bien, du mal. Sans nul doute, la société douce et bonne d'un homme d'esprit peut affiner bien vite; c'est ce qu'il y a de plus fort pour mûrir en serre chaude et donner de prompts résultats. La concurrence était extrême et poussée par tous les moyens. On faisait de petits parleurs, des académiciens de douze ans, et des acteurs de treize pour les comédies de collége.

Voilà le bien, si c'en est un. Le mal était ceci: Dans l'éducation ordinaire, un même homme étant obligé d'alterner la rigueur et l'indulgence, cumulant les deux rôles de Grâce et de Justice, neutralise par l'une les effets de l'autre; il influe moins comme homme que comme doctrine et ne prend d'autorité que celle de la raison. Mais ici, l'homme de la Grâce n'ayant point à sévir jamais, étant toujours un camarade aimable, un aide utile, un protecteur surtout, défendant l'enfant de la peur, infailliblement gagnait tout le cœur de la petite créature. Ce qui en advenait, on le sait trop.

Si des résultats moraux et de l'éducation nous passons à l'instruction, examinons quelle était la valeur réelle de leur enseignement. On le devine par leurs très-médiocres commentaires sur les auteurs anciens. Grande chute! quand on arrive là en sortant de la vigoureuse et mâle érudition du XVIe siècle, qui retrouva parfois l'âme même de l'Antiquité. À qui fera-t-on croire que de plats écrivains, grotesques et ridicules, comme ils furent généralement, ont pu être de vrais interprètes du noble génie antique? Cent ans avant Pascal, Rabelais note d'un trait vigoureux l'aurore de cette belle littérature (la Savatte de pénitence, la Pantouffle d'humilité, etc.). Elle fleurit de plus en plus. N'inventant plus rien, on édite, on ramasse, on balaye, on compile. Les gros recueils commencent avec je ne sais combien de mauvais livres de classe. Dans ces catacombes de l'ennui, l'on recueille religieusement tout l'inutile, le detritus et le caput mortuum. À côté fourmille, frétille la fausse vie plus morte encore, les épigrammes galantes, la dévotion en madrigal, etc. Pour écarter les sottises honteuses et ne parler que des choses fades, qui peut lire sans nausée une seule page du livre capital et triomphant de la Société, si somptueusement édité, l'Imago primi sæculi Societatis Jesu, 1640?—Mariana confesse que son ordre est très-corrompu. Eh bien, la corruption morale se réfléchit dans celle du goût. Leurs doctrines et leurs mœurs firent leur littérature, et celle-ci qui subsiste, témoigne contre leur enseignement. M. Caillet a tort de suivre ici, les yeux fermés, M. Émond, dans son Histoire du Collége Louis-le-Grand. Il a tort aussi (p. 412) de révoquer en doute l'assertion de l'Université: «que les Jésuites traitaient mal les boursiers, les écoliers pauvres (Mss. de la Bibl. Mazarine). Cela paraît bien vraisemblable quand on lit dans Ranke (Papauté) l'expresse recommandation du légat de mieux traiter les écoliers nobles et riches.[Retour au texte principal.]

Note 15: Campion le dit expressément. Le 15 août 1641, il rassure la Chevreuse en lui disant qu'il a brûlé les lettres de la reine. M. Cousin, le défenseur ordinaire de ces dames, nous apprend pourtant, et dans sa Hautefort, et dans sa Chevreuse, toute la gravité du complot et la part qu'y prenait la reine. La Hautefort, par l'ordre d'Anne, y était entrée. La Chevreuse, à Londres, avait formé l'association des émigrés français et des royalistes d'Angleterre (Holland, général de Charles Ier, Montaigu, conseiller d'Henriette, ardent papiste), et la ligue des uns et des autres avec l'Espagne et le pape. À Bruxelles, elle y associa encore le duc de Lorraine et le comte de Soissons. Complot trop vaste, trop mêlé d'éléments nombreux et complexes, qui devaient marcher mal ensemble. Cette grande politique, la Chevreuse, était un esprit romanesque, nullement positif. Ceci rappelle les complots fous et visionnaires des Jésuites avant l'Armada. On échoua. Puis on reprit la chose plus follement encore par le petit Cinq-Mars. Le sérieux de l'échafaud a trop relevé ce favori ridicule, si outrecuidant, si absurde. Il voulait, lui, ce garçon de vingt ans, que le roi le laissât tuteur du dauphin. Cela fit connaître le personnage comme mannequin de la cabale, et dégoûta entièrement Louis XIII.[Retour au texte principal.]

Note 16: Et on peut dire que, pour son compte, elle en tramait un elle-même. Son plan était d'enlever ses enfants, à la mort de Louis XIII. Elle chargea de Thou de demander au duc de Bouillon de la mener à Sedan (Cousin, Chevreuse, p. 101). Bouillon, comme on le voit dans toute la Fronde, appartenait essentiellement aux Espagnols. La reine ne voulait pas moins que mettre le roi de France entre les mains du roi d'Espagne. Quoi de plus criminel?—De Thou fut très-coupable. Richelieu venait de lui pardonner déjà sa participation à un complot de la Chevreuse.—M. Cousin se trompe (avec bien d'autres, il est vrai), en disant, p. 105 de sa Chevreuse, que Richelieu eut le traité le 11 juin. Les notes écrites à Tarascon par Richelieu même, établissent que, le 7 juillet, il n'avait pas encore cette pièce essentielle.[Retour au texte principal.]

Note 17: Condé n'est pas sans droit à cette gloire; car, sans lui, Gassion et les autres officiers inférieurs eussent été paralysés par L'Hospital. Il y a droit encore par son allégresse héroïque qui anima les troupes et par la part qu'il prit à la vigoureuse exécution. L'excellent historien militaire Montglat, mestre de camp du régiment de Navarre, contemporain (mort en 1675), très-capable et très-informé, explique parfaitement que la bataille fut gagnée par Gassion, qui agit et s'arrêta à point dans l'action, et par Sirot, qui refusa d'agir à contre-temps, et désobéit à un ordre impérieux du prince.—Le récit de Lenet, serviteur des Condés, n'est que ridicule.—La vie de Sirot, fort romanesque en certains points, est fort sérieuse ici où elle s'accorde avec Montglat. Du reste, elle n'est pas, comme on l'a dit, un roman moderne. Elle est citée par l'abbé Arnaud (fils d'Arnaud d'Andilly), qui fut carabinier sous Louis XIII.[Retour au texte principal.]

Note 18: Le mariage secret de la reine et de Mazarin n'est affirmé positivement que par la duchesse d'Orléans, mère du Régent. Cependant il me semble à peu près certain. La reine, déjà fort dévote, et de plus en plus, n'eût pas tellement montré sa passion si elle ne l'eût crue légitime. Elle l'affiche pendant la Fronde avec une assurance extraordinaire. Elle l'avoue dans ses lettres à Mazarin, absent, avec l'effusion toute charnelle d'une épouse entièrement asservie par l'exigence du tempérament (Ravenel, Lettres; Walckenaër, Sévigné, deuxième partie, p. 471; Cousin, Hautefort, p. 95, et 471-482. Voir aussi dans les Appendices de Saint-Simon, t. XII, édition de Chéruel).—Les Mémoires témoignent que Mazarin se conduisait avec elle, nullement avec les égards d'un amant, mais avec la rudesse d'un mari indélicat, brutal.—Reste à expliquer comment Mazarin, cardinal, a pu l'épouser. Mais il y a des exemples de princes cardinaux que Rome a décardinalisés, lorsqu'une nécessité politique les obligeait de se marier. Il est très-possible que l'attachement dévoué et fidèle de Mazarin pour les Barberini tînt au secret de cette dispense qu'ils lui avaient sans doute obtenue de leur oncle. Du reste, il n'est pas nécessaire d'être prêtre pour devenir cardinal. Mazarin, d'abord officier dans l'armée du pape, puis négociateur, était alors un abbate. Mais ce titre n'engage à rien en Italie. «Je ne pense pas qu'il y ait preuve que Mazarin ait jamais été prêtre. Je n'en trouve aucune trace.» Cette assertion est grave; elle est du savant et exact M. Chéruel, l'éditeur de Saint-Simon. Combien nous avons à regretter que sa grande publication des Lettres de Mazarin n'ait point paru encore![Retour au texte principal.]

Note 19: Le beau et modeste récit des Mémoires de Turenne indique fort bien cependant qu'avec le corps Hessois qu'il commandait, il sauva tout. Dans sa lettre à sa sœur, il lui annonce avec une satisfaction contenue que Condé, dans l'effusion de sa reconnaissance, le remercia solennellement devant l'armée. Condé n'en reste pas moins dans l'histoire «le vainqueur de Nordlingen.»[Retour au texte principal.]

Note 20: Quand on n'aurait pas là-dessus le témoignage de Brienne et autres contemporains, on jugerait très-bien que les rôles de nos plénipotentiaires avaient été arrangés, que les impertinences du belliqueux Servien, en opposition avec la pacifique d'Avaux, étaient voulues par Mazarin pour gagner du temps et attendre quelque bonne circonstance. Celle qui vint, ce fut la paralysie financière, la ruine, la banqueroute, qui le mit hors d'état de profiter des révolutions de Naples et de Sicile. Puis, par-dessus tomba la Fronde, la révolution de Paris. Mazarin n'avait rien prévu.—La guerre avait duré si longtemps qu'on en avait oublié la cause, la spoliation du Palatin, l'oppression du Rhin (ce paradis devenu un désert. V. Turenne passim), l'exécrable extermination de la Bohême. Tout fut approuvé, sanctionné au profit de l'Autriche et de la Bavière. Victoire réelle des catholiques allemands sur nos alliés protestants. Que signifie donc ce sot enthousiasme de quelques-uns sur l'impartialité du traité de Westphalie, sur cette fondation de l'équilibre de l'Europe, sur la gloire de la France, etc.? Il n'y eut aucun équilibre. Le parti catholique resta le plus fort en Europe, jusqu'à ce que l'Angleterre eût fini sa longue trahison, jusqu'à ce que la France, ruinée par Louis XIV, eût cédé l'ascendant aux puissances protestantes.[Retour au texte principal.]

Note 21: Mazarin continuait la guerre, mais la reine eût fort désiré s'arranger avec l'Espagne. Cela ressort des lettres inédites et fort amusantes d'un général des Capucins, Innocent de Calatagiron, qui se charge de rétablir la paix de l'Europe. Il explique lui-même avec beaucoup d'audace et de forfanterie comment il se glisse partout et fait la leçon aux reines et aux rois. Il s'adresse au duc d'Orléans, à sa fille Mademoiselle, aux dames d'honneur, etc. Il croit les avoir toutes remplies du saint désir de la vengeance de la religion en Allemagne et de la nécessité de la paix générale. Les moyens de cette paix sont peu pacifiques. Il en faut d'extraordinaires et de terribles, il faut exterminer ce qui n'est pas catholique. La reine Anne d'Autriche lui dit qu'elle ne demanderait pas mieux que de faire la paix et de se rapprocher des Espagnols. «Alors, mon caractère, mon habit, me firent tout oser;» je lui dis qu'il ne suffisait pas de le désirer, qu'il fallait le faire, l'ordonner à ses ministres,» etc. Ailleurs, la reine lui dit qu'elle a donné ses ordres à ses plénipotentiaires: «Je me mis alors à genoux pour rendre grâce au ciel. Elle s'agenouilla aussi et ne voulut se relever qu'après moi.»—Le Capucin croit alors avoir tout fait. Il finit fièrement en disant: «Ego plantavi.... Illustrissimus dominus Nuntius rigabit.»—Ce Capucin infatigable court et va partout, en Bretagne, à Bordeaux, en Espagne. La foule le suit, l'environne comme un messager de paix, l'étouffe presque: «C'est sans doute en punition de mes péchés, mais ils devinent toujours où je vais passer.» Ce concours de monde est chose incroyable, effrayante: c'est comme une insurrection. «Et il y en aura une, si on fait trop attendre la paix.» (E, 1035.) Extraits des Archives du Vatican, conservés à nos Archives de France, carton L, 386.[Retour au texte principal.]

Note 22: Ce que je dis ici de Venise est un souvenir bien ancien de ma première jeunesse. Grâce à Dieu, ce peuple héroïque s'est bien relevé. La Venise de Manin n'a guère ressemblé à celle-là.[Retour au texte principal.]

Note 23: Par quelle faiblesse d'esprit, par quelle impuissance de critique, nos contemporains ont-ils été admirateurs exagérés de Port-Royal, etc., et dénigreurs méprisants de la Fronde? Et qui ne voit que c'est la même chose? Il y eut des deux côtés de bonnes intentions, de l'honnêteté, des vertus (vertus intrigantes, cabaleuses, disputeuses, si l'on veut). Au total, un médiocre génie. La grande fureur d'Arnauld contre les calvinistes est ridicule, avec tant de côtés communs. Le jansénisme, faible résurrection de saint Paul, de saint Augustin, et, en plusieurs points, de Calvin et Luther, a nui beaucoup, en ce qu'il a donné une petite porte à l'esprit de liberté qui s'est fait tout petit pour passer là. Un seul, bizarre et contrefait, mais grand, Pascal, s'est fait écraser au passage.—Du reste, il faut appliquer à toute l'Église du XVIIe siècle ce que j'ai dit en parlant de la guerre, au sujet des petits grands hommes comparés aux vrais géants. Qu'est-ce que c'est que ses prédicateurs illustres, ses éloquents controversistes, devant Newton et Galilée? Gloire, gloire aux inventeurs! Les autres doivent rester bien loin derrière et en grande modestie.[Retour au texte principal.]

Note 24: Voilà la moralité de la Fronde parlementaire, et la gloire de nos magistrats. MM. les rieurs peuvent rire à leur aise. Cela est très-beau et très-sérieux, et cela est incontestable. Il faut seulement bien remarquer les dates. Nos pauvres magistrats ne montrèrent pas beaucoup de génie, dans toute l'affaire, mais une incontestable honnêteté. Retz ne montre ni l'un ni l'autre, quand il se moque du bon président Blancmesnil, qui, admis au conciliabule et voyant sur la table le traité avec l'Espagne, «crut voir l'holocauste du Sabbat.» Le niais ici, c'est Retz. Comment ne voit-il pas que l'Espagnol se moquait de lui? Si la conscience ne lui dit rien, le bon sens devrait lui dire que le chat emploie sa patte de singe pour tirer les marrons du feu. Il est curieux de voir un homme d'autant d'esprit être le jouet de tous, surtout des femmes. Madame de Bouillon (avec permission de son mari) l'amuse et le captive, lui lie le pouce, lui tire du sang, etc. Madame de Longueville se joue de lui aussi, dans l'intérêt de ses amants. Il n'est pas jusqu'à la grosse Suissesse (Anne d'Autriche) qui ne fasse de la coquetterie avec lui, dans leurs nocturnes rendez-vous, au profit de Mazarin. C'est le plus spirituel de tous dont justement rit tout le monde.[Retour au texte principal.]

Note 25: Cela est sérieux et suppose une redoutable unanimité. Rien d'analogue jusqu'au grand jour de la prise de la Bastille. Que serait-il arrivé si Retz et le Parlement avaient réellement lâché la Révolution, la presse, non contre le faquin étranger, mais contre la reine, de manière à établir ses trahisons, ses avis donnés à l'ennemi, etc. On tenait à Paris deux femmes qui savaient tout et auraient tout dit, madame de Chevreuse et madame de Guéméné. La reine n'avait aucune idée de la prise qu'on avait sur elle. Tandis que la Fronde mettait des gants pour la combattre, elle montra une violence, une férocité que sa vie antérieure n'eût pas fait deviner. Elle insista plusieurs jours pour faire mourir le premier qu'on fit prisonnier. Elle l'eût fait. Mais les siens avertirent ceux de Paris, qui prièrent la reine d'épargner ce malheureux, en faisant entendre pourtant tout doucement qu'eux aussi ils avaient des prisonniers qu'ils pourraient faire mourir. (Retz, p. 100.)—Elle savait à qui elle avait affaire. Ni Retz, ni le Parlement, ni Condé, ne voulaient d'États généraux, ni de révolution sérieuse. Cromwell, qui avait envoyé à Retz un homme sûr, vit bien vite que toute l'affaire était ridicule. Ce Catilina ecclésiastique, mené par les femmes, avait pour agents des curés et des bedeaux, des habitués de paroisse. Il veut relever les libertés de France; avec quoi? avec un clergé et une assemblée du clergé qui, par son obstination à fermer sa bourse, s'est montré et déclaré le véritable ennemi de l'État. Au moment de l'explosion, Retz ne sait ce qu'il fera, il l'avoue. Il allait écrire à l'Espagne, dit-il? mais il attend Condé; puis, sur quelques coquetteries de madame de Longueville, il se jette de ce côté-là, et croit, contre Condé, pouvoir créer l'automate Conti. Et c'est dans cette indécision pitoyable qu'il fait le fier contre Cromwell, le méprise, dit-il. Cromwell avait dit un mot fort et profond, modeste, qui semblait un aveu: «On ne monte jamais si haut que quand on ne sait où l'on va.» Ce mot, dit Retz, à l'horreur que j'avais pour lui ajouta le mépris.—Lui, le petit bonhomme, il sait bien où il monte et ce qu'il veut: il veut monter d'abord à devenir gouverneur de Paris. Première chute; l'Italien rusé, au premier pas, lui fait donner du nez à terre. Puis, ce profond ambitieux veut être cardinal de Rome, et c'est pour cela qu'il fait l'amour à Anne d'Autriche. Seconde chute; ce chapeau, pour lequel il trahit la Fronde, lui tombe sur la tête et l'écrase définitivement. On le fait cardinal, mais c'est pour le mettre à Vincennes.—Tous ces ridicules de conduite et cette petitesse de nature n'empêchent pas que ses confessions (c'est plus que des Mémoires) ne soient le livre capital et primordial de la nouvelle langue française. Ce piètre politique est un admirable écrivain.[Retour au texte principal.]

Note 26: Pourquoi ai-je abrégé la Fronde? Pour l'éclaircir. Jusqu'ici elle reste obscure, parce que l'histoire y est restée l'humble servante des faiseurs de mémoires et des anecdotiers. L'histoire a été éblouie de tant d'esprit, de ce feu d'artifice de bons mots, de saillies; et moi, j'en levais les épaules. Un fléau me poursuit dans cette Fronde, le vrai fléau de la France, dont elle ne peut se défaire, la race des sots spirituels. Dans la très-vieille France, il n'y avait que certains terroirs, surtout nos hâbleurs du Midi, qui nous fournissaient des plaisants; mais, depuis Henri IV et l'invasion gasconne, tout pays en abonde. Tout le royaume, dans la Fronde, se met à hâbler. Le plus triste, c'est que, de nos jours, les historiens de la Fronde, de ses héros et de ses héroïnes, admirant, copiant ce torrent de sottises bien dites et bien tournées, égayant ces gaietés ineptes de leurs légèretés assez lourdes, ont réussi à faire croire à l'Europe que la France, plus vieille de deux siècles, et moins amusante, à coup sûr, n'a pas beaucoup plus de cervelle.[Retour au texte principal.]

Note 27: J'adopte ce mot de Talon. Il est incontestable. Le massacre de la Saint-Barthélemy s'explique (sans se justifier) par un horrible accès de fanatisme, celui de septembre 93 par la panique de l'invasion et la furie de la peur. Mais celui du 4 juillet 1652 n'est évidemment qu'un acte de scélératesse et de calcul.—Peu importe qu'il y ait eu peu ou beaucoup de morts. Il n'y eut que trente morts considérables, et cent en tout, à ce qu'il paraît, du côté des assiégés. Les assaillants perdirent bien plus de monde par la résistance héroïque des archers de la Ville.—Condé négociait, et c'était pour aider aux négociations, et améliorer son traité en se faisant croire maître de Paris, qu'il organisa le massacre.—Mademoiselle elle-même ne dit pas non,—Talon et Conrart affirment positivement. Leur récit est confirmé par celui des Registres de l'Hôtel de Ville, t. III, p. 51-73. Le procureur du roi, Germain Piètre, veut qu'on le rappelle dans Paris. L'assemblée murmure au départ des princes, leurs partisans disent dans la foule qu'il n'y a rien à espérer de l'assemblée, et déchaînent la Grève contre l'Hôtel de Ville, etc.[Retour au texte principal.]

Note 28: M. Feillet a donné dans la Revue de Paris (15 août 1856) un très-précieux extrait de l'Histoire du paupérisme qu'il prépare. Cet extrait résume les enquêtes et rapports, manuscrits ou imprimés, que firent sur l'effroyable état de la France, pendant la Fronde, et jusqu'à la mort de Mazarin, les envoyés de Vincent de Paul et autres personnes charitables.—Rien de plus douloureux. On peut juger, par cette lecture, si M. de Saint-Aulaire est excusable d'appeler les plaintes de ce temps de vaines déclamations![Retour au texte principal.]

Note 29: Turenne le dit, dans ses Mémoires, d'une manière indirecte, avec beaucoup de douceur et de finesse. «M. de Turenne pria M. de la Ferté....pria M. Hocquincourt.» etc. Il constate ainsi qu'il ne pouvait leur commander, et par conséquent qu'il n'est pas responsable de leurs lenteurs, de leurs revers.—Nos Archives générales possèdent plusieurs autographes de Turenne (ancienne section M), et plusieurs pièces fort intéressantes pour l'histoire de son frère, le duc de Bouillon, spécialement des lettres éloquentes et touchantes de sa mère, fille de Guillaume le Taciturne. Dans l'une, elle le prie de ne pas se perdre par ses intrigues. Dans plusieurs autres, elle rampe aux pieds de Richelieu pour sauver la tête de son fils.—Archives, K, carton 123, no 29.[Retour au texte principal.]

Note 30: J'ajourne au volume suivant les visites de Christine et plusieurs faits des dernières années de Mazarin. Ils ne peuvent être bien éclairés que par ses lettres mêmes, que l'excellent éditeur de Saint-Simon, M. Chéruel, promet de donner au public. J'ai eu recours plusieurs fois à son obligeance, dans le cours de ce travail, pour l'éclaircissement de quelques points obscurs. Pour d'autres, il vaut mieux attendre son importante publication.[Retour au texte principal.]

Note 31: Un génie pénétrant, le sorcier hollandais Rembrandt, qui sut tout deviner, dans son tableau lugubre, daté de la grande joie du traité de Westphalie (1648), a parlé mieux ici que tous les politiques, tous les historiens (le Christ à Emmaüs, que nous avons au Louvre).—On oublie la peinture. On entend un soupir. Soupir profond, et tiré de si loin! Les pleurs de dix millions de veuves y sont entrés, et cette mélodie funèbre flotte et pleure dans l'œil du pauvre homme, qui rompt le pain du peuple.—Il est bien entendu que la tradition du Moyen âge est finie et oubliée, déjà à cent lieues de ce tableau. Une autre chose déjà est à la place, un océan dans la petite toile. Et quoi?... L'âme moderne.—La merveille, dans cette œuvre profonde, d'attendrissement et de pitié, c'est qu'il n'y a rien pour l'espérance. «Seigneur, dit-il, multipliez ce pain!... Ils sont si affamés!» Mais il ne l'attend guère, et tout indique ici que la faim durera.—Ce misérable poisson sec qu'apporte le fiévreux hôtelier n'y fera pas grand'chose. C'est la maison du jeûne, et la table de la famine. Dessous, rit, grince et gronde un affreux dogue, le Diable, si l'on veut, une bête robuste, aussi forte, aussi grasse que ces pauvres gens-là sont maigres. Il a sujet de rire, car le monde lui appartient.—V. la description de ce tableau dans La Foi nouvelle cherchée dans l'Art, par Alfred Dumesnil.

De cette paix date la guerre qui nous divise et en France et ailleurs. Les deux peuples qui sont en ce peuple conservaient jusque-là un reste d'unité. Mais la dualité éclate. D'une part, un petit peuple français, petit monde de cour, brillant, lettré et parlant à merveille. D'autre part, très-bas, plus bas que jamais, la grande masse gauloise des campagnes, noire, hâve, à quatre pattes, conservant les patois. L'écartement augmente, le divorce s'achève, par le progrès même de la haute France. Elle se trouve si loin de la basse, qu'elle ne la voit plus, ne la connaît plus, n'y distingue plus rien de vivant, et pas même des ombres, mais quelque chose de vague, comme un zéro en chiffre. Des mots nouveaux commencent, d'abstraction terrible, meurtrière, où disparaît tout sentiment de la vie.—Plus d'hommes, mais des particuliers,—tout à l'heure des individus.[Retour au texte principal.]







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