participation
des travailleurs la gestion des entreprises soit acquise. Trop faibles pour
pouvoir limiter effectivement l'autocratie patronale et technocratique,
n'ayant pratiquement pas de pouvoir de dcision en matire conomique,
soumis trop de manoeuvres de la part des conseils d'administration, mal
336 LE TRAVAIL
informs de la marche de l'entreprise, les comits d'entreprise se sont
rvls incapables de modifier la nature de l'entreprise. Elle est demeure
de style et de procd capitalistes. [... 1 Les comits d'entreprise ne
pouvaient pas devenir les organes d'une vraie dmocratie industrielle.
290. Voir le rapport Bruhnes, Choisir l'emploi, Commissariat gnral
du Plan, La Documentation franaise, 1993.
291. H. Barioli, Science conomique et travail, op. cit, p. 54. Il ajoute :
Maintes fois il a t dit que l'appropriation prive des moyens de
production constitue l'un des moyens indispensables la dfense des
valeurs de la proprit personnelle. Longtemps on a jug prfrable
l'appropriation prive, parce que, disait-on, elle stimule l'ardeur au
travail, garantit l'ordre social, pousse l'homme mieux comprendre
l'excellence de l'tat social et s'y dvouer. [... ] Dans le capitalisme, ces
justifications s'estompent. [... 1 Ce n'est pas le corporatisme, simple
masque au rgime de l'argent, qui se trouve appel par l'exigence d'une
gestion commune des moyens de production, mais bien une conomie du
travail. [... ] Le droit la libert du travail est le droit de travailler dans
une conomie dote d'organisations juridiques positives, celles que
requiert le droit naturel du travail humain, non le droit d'oeuvrer dans une
conomie anarchique, sans lois, sans institutions sociales. U
droit du
travail est un droit social. La libert du travail dont parlent les libraux
n'en est que la caricature.
292. P. Durand, cit par G.H. Camerlynck, in Le Contrat de travail,
op. cit., p. 17.
293. A. Supiot, Critique du droit, op. cit., p. 16.
294. Voir chapitre ix.
295. Privatrecht, volume I, 1895, p. 116-117. Sur Gierke, voir L. Dumont, Essais sur l'individualisme, op. cit., et G. Gurvitch, L'Ide du droit
social, notion et systme du droit social, Sirey, 1932.
296. A. Supiot, Critique du droit, op. cit., p. 18.
297. G.H. Camerlynck, Le Contrat de travail, op. cil., p. 17.
298. Le contrat de travail lui-mme, qu'on nous prsente comme le
fait juridique primaire et irrductible, n'est qu'un fait secondaire et
driv. A y regarder de prs en effet, il implique, outre un commencement de division du travail, une organisation sociale relativement
complexe et suffisamment stable pour que des individus puissent envisager en scurit l'avenir dans un acte de prvision. 1... ] A ct des contrats,
o les ouvriers interviennent comme parties, il y a l'institution organique
dont ils deviennent membres : membres solidaires dont la collaboration
active et intelligente une oeuvre commune et la soumission une mme
discipline font de vritables associs , Thse de E. Gounot, Lyon, 1910,
cite par G.H. Camerlynck, in Le Contrat de travail, op. cit., p.
15.
299. G.H. Camerlynck, Rapport de synthse tabli pour le compte de la
CECA, 1964, p. 147.
300. Il est certes normal d'insister sur le caractre personnel du lien
NOTES 337
obligatoire, sur l'intuitus personae qui prside parfois la formation de ce
lien et sur certaines obligations accessoires en dcoulant. Mais le vinculum
juris reste essentiellement un lien d'obligation traditionnel, tel qu'on le
rencontre dans les contrats d'change , ibid.
301. Ibid., p. 148.
302. Voir le chapitre ix.
303. Depuis que l'conomie politique est devenue la simple exposition des lois qui prsident l'conomie des socits, les vritables hommes
d'Etat ont compris que son tude ne pouvait leur tre indiffrente. On a
t oblig de consulter cette science pour prvoir les suites d'une
opration, comme on consulte les lois de la dynamique et de l'hydrauli-que, lorsqu'on veut construire avec succs un pont ou une cluse
, cit
par F. Fourquet, Richesse et puissance, une gnalogie de la valeur, La
Dcouverte, 1989, chapitre xvii, La naissance de la science conomique . Cet ouvrage magistral analyse l'conomie dans sa dimension politique et conceptuelle. Je remercie Christine Afriat d'avoir attir
mon attention sur lui,
304. A. Cournot, Trait de l'enchanement des ides fondamentales,
1911.
305. L. Walras, Principes d'une thorie mathmatique de l'change,
mmoire lu l'Acadmie des sciences morales et politiques les 16
et
23 aot 1873.
306. L. Walras, Elments d'conomie pure, Paris, F.
Pichon, 19M.
307. Ibid., p. 27.
308. Ibid.
309. C. Larrre, L'Invention de l'conomie..., OP. cit.
Voir le chapitre
I, Droit naturel et sociabilit .
310. J. Bentham, An Introduction to the Principles of Morals and
Lgislation, 1789, in The Works ofjeremy Bentham, John Browning ed.,
Edinburgh, W. Tait, 1838, 1, i, 2, p. 1.
311. J. Stuart Mill, A utobiography, 1873, cit in M.
Canto-Sperber, La
Philosophie.... op. cit., p. 19.
312. J. Stuart Mill, L'Utilitarisme, Mammarion, coll.
Champs >,,
1993, p. 54.
313. W. S. Jevons est considr comme l'autre grand thoricien de
l'cole noclassique. Mais alors que L. Walras fait partie de l'cole de
Lausanne (qu'il a fonde), Jevons (1835-1882) appartient l'cole
anglaise.
314. Ce type d'analyse, que l'on a appel la rvolution marginaliste, est
appliqu par les noclassiques de trs nombreux domaines. Voir les
Principes d'conomie politique de A. Marshall pour sa description.
Marshall donne l'exemple des mres : une personne cueille des mres
pour les manger. Cette action lui donne du plaisir pendant un moment.
Mais, aprs en avoir mang une certaine quantit, le dsir diminue et la
fatigue s'accrot. Lorsque le dsir de se rcrer et son loignement pour
338 LE TRAVAIL
le travail de cueillir des mres contrebalancent le dsir de manger,
l'quilibre est atteint.
315. L. Walras, Elments d'conomie pure, op. cit.
316. L'oeuvre de Nietzsche n'est qu'un long dveloppement de cette
ide : les valeurs, crit par exemple Nietzsche, sont le rsultat de
certaines perspectives d'utilit bien dfinies, destines maintenir et
fortifier certaines formes de domination humaine (Volont depuissance,
Gallimard, 1947, tome 1, livre 11, 58, p. 218.). Il n'y a pas une vrit
unique que nous pourrions atteindre, mais un pluralisme des points de vue
qui correspond au pluralisme foncier du monde lui-m??me. On lira sur ce
point J. Granier, Le Problme de la vrit dans la philosophie de Nietzsche, Seuil, 1966.
317. Elle est compose de personnages comme C. Menger (1840-1921),
E. Bhm-Bawerk (1851-1914), F. von Hayek.
318. F. von Hayek, Scientisme et sciences sociales, Presses-Pocket, coll.
Agora , 1986, p. 54.
319. Voir en particulier Droit, lgislation, libert, o cette approche est
particulirement dveloppe, avec la notion des ordres construits ou
fabriqus (taxis) et des ordres spontans ou mris (kosmos), PUF, 1985.
320. Walras est connu pour avoir trouv le thorme de l'quilibre
gnral, c'est--dire dmontr qu'il existait une solution au systme
d'quations reprsentant les relations d'change sur le march ou les
marchs (des produits, des facteurs de production et de la monnaie), ou
encore qu'il existe un systme de prix qui permet d'atteindre un tat
d'quilibre stable, et donc une autorgulation de l'activit conomique.
321. L'cole de Vienne ira encore plus loin dans cette manire de
considrer qu'il existe un ordre naturel : il y a, profondment inscrit dans
la pense librale, l'ide qu'il existe un ordre naturel; y toucher
reviendrait ouvrir la bote de Pandore... Cette ide trouve une expression presque caricaturale chez Hayek, lorsqu'il explique que jamais
aucun ordre construit ne parviendra galer la prcision et la justesse de
l'ordre naturel. Cf. Droit, lgislation, libert, op. cit.
322. Comme l'crit F. Fourquet, in Richesse et puissance, op. cit.,
p. 262. : L'habit d'conomiste revt donc un observateur comme un
autre. Tous les conomistes classiques ont eu une intuition primordiale sur
un ordre de priorit. Les catgories comptables ou conomiques n'ont t
que les moyens intellectuels pour traduire et communiquer cette intuition
dans un langage codifi d'apparence scientifique. Ce qui les conduit, c'est
un critre sur la nature de la bonne utilit. [... 1 L'idal historique opre le
partage entre le bon grain productif et l'ivraie improductive.
323. Ainsi doit-on comprendre le fait que c'est la production d'objets
matriels devant tre vendus qui est valorise.
324. Sur le rapport entre le concept de nation et l'conomie, voir
F. Fourquet, Richesse et puissance, op. cit.
325. Il suffit de relire Malthus : ds le dbut de sa recherche, c'est
NOTES 339
l'change qui est au centre de la question. Il ne s'agit que de savoir si
l'change doit porter sur des objets matriels ou immatriels.
326. Pour cela, il est ncessaire de postuler une harmonie des intrts
telle que, lorsque je poursuis mon intrt, soit je poursuis en mme temps
celui des autres (fusion des intrts, grce la bienveillance, par
exemple), soit le bien des autres en rsulte conformment l'ordre
naturel (identit naturelle des intrts, la main invisible), soit le bien de
tous en rsulte par une construction (identification artificielle des intrts,
cf. J. Bentham). Pour toutes ces questions, voir E. Halvy, La Formation
du radicalisme philosophique, Felix Alcan, 1903, puis, paratre aux
PUF, coll. Philosophie morale , et en particulier le premier