TOUTES LES MÊMES
par Bill Pronzini
Jeffords était allongé sur le lit. Il fumait en pensant à Penny.
Au-delà de la fenêtre ouverte, régnait la nuit étouffante et chaude. L’air sentait le réséda et le ciel était obscur. Il écoutait les bruits de la nuit. Un animal cria quelque part dans le désert ; dans la cour du motel, un moteur de voiture tournait au ralenti en pétaradant ; des voix s’élevèrent de la chambre voisine, aiguës, plaintives.
La cigarette était âpre à la gorge de Jeffords. Il l’écrasa dans le cendrier de verre posé sur sa poitrine nue. Il portait un short pour tout vêtement et la sueur lui couvrait la peau comme un manteau brillant dans l’obscurité. Les draps étaient humides sous son corps.
— Espèce d’imbécile ! dit distinctement quelqu’un dans la pièce d’à côté.
Puis ce fut de nouveau le silence.
Jeffords tendit la main vers la table de nuit pour y chercher une autre cigarette ; le paquet était vide. Il tenta de se rappeler s’il y avait un distributeur automatique dans le bureau d’accueil de l’hôtel : des pots avec des plantes, des meubles en fer forgé et un long comptoir plat en formica ; un présentoir pour magazines… Y avait-il un de ces maudits distributeurs à l’accueil ?
Ses tempes s’étaient mises à battre et Jeffords balança ses jambes hors du lit pour s’asseoir, la tête entre les mains. Après un moment, il se mit debout, aperçut une serviette sous ses vêtements posés sur la chaise et se sécha la poitrine. Puis il passa son pantalon et une chemise de soie blanche qu’il ne boutonna pas. Il ouvrit la porte et sortit.
Le motel avait la forme d’un fer à cheval dont l’extrémité où était située l’entrée donnait sur la grand-route. L’accueil se trouvait au premier bureau à droite en entrant. Sa chambre était située à l’autre extrémité du fer à cheval.
Jeffords se tenait immobile, respirant l’air épais. Il y avait un patio de pierre blanche au centre de la cour, avec une piscine de forme ovale. Derrière le bassin se trouvait un projecteur stroboscopique. La lumière passait par éclairs du rouge au bleu et du bleu au vert, et l’éclat blessa les yeux de Jeffords accoutumés à l’obscurité de la pièce.
Le sentier qui faisait le tour du patio était recouvert de gravier et le silex crissait bruyamment sous ses pas dans le calme environnant alors qu’il se dirigeait vers le bureau d’accueil. En approchant, Jeffords put voir une voiture de sport blanche, luisante, garée dans le parking voisin du bureau ; son moteur tournait au ralenti et il pensa qu’il devait s’agir de celle qu’il avait entendue de sa chambre. Une ombre immobile se tenait derrière le volant.
Jeffords passa devant le véhicule et parvint au bureau d’accueil. Au moment même où il y arrivait, la porte s’ouvrit pour livrer le passage à une fille qui sortait. Il s’arrêta. Elle était blonde, ses cheveux retombant sur ses épaules étaient noués en une queue de cheval vaporeuse à l’aide d’un large ruban bleu. Elle portait un short blanc et une chemise jaune du type boléro bordée d’une frange à petits pompons. Elle le regarda, la tête tournée de côté, maintenant d’une main la porte du bureau ouverte. Un sourire railleur joua à la commissure de ses lèvres. Jeffords voulut lui dire quelque chose mais il ne trouva rien. Il s’humidifia les lèvres et hocha la tête en un geste dénué de signification. Elle tenait toujours la porte ; il avança la main et la posa sur le battant. Elle le gratifia d’un large sourire puis se dirigea vers la voiture dont le moteur continuait de tourner au ralenti.
Jeffords l’observa pendant qu’elle pénétrait à l’intérieur du véhicule. L’ombre noire au volant lâcha l’embrayage et les pneus arrière s’emballèrent en projetant du gravier. La voiture se dirigea vers l’autre extrémité du fer à cheval et s’arrêta devant une chambre que deux autres séparaient de celle de Jeffords. Il s’aperçut qu’il tenait toujours la porte ouverte. Il pivota sur lui-même et entra.
La grosse femme à la robe de mauvais goût qui lui avait donné la chambre cet après-midi se tenait toujours derrière le comptoir, le regard fixé sur Jeffords.
— Ouais ? fit-elle.
— Avez-vous un distributeur automatique de cigarettes ? demanda-t-il.
— Là, contre le mur.
Jeffords se retourna et aperçut le distributeur. Il s’y rendit tout en se regardant dans le miroir que comportait l’appareil. Ses cheveux noirs étaient enchevêtrés et humides et une barbe de plusieurs jours bleuissait ses joues décharnées. Ses yeux sombres, profondément enfoncés dans leurs orbites, étaient cernés de rouge. Il plongea la main dans sa poche à la recherche de monnaie ; tout ce qu’il possédait était une pièce de vingt-cinq cents. Il sortit son portefeuille et retourna au comptoir.
— Vous pouvez me faire la monnaie d’un dollar ?
— Pas de monnaie, dit la femme.
— Qu’est-ce que ça veut dire : pas de monnaie ?
— La caisse est fermée pour la nuit.
— Alors, ouvrez-la, fit Jeffords sur un ton irrité. Je veux prendre des cigarettes.
— Pas possible.
— Hein ? Mais pourquoi, Bon Dieu !
— Surveillez vos paroles, fiston.
— Écoutez, dit Jeffords, comment pouvez-vous vous occuper de ce foutu commerce ? Supposez que quelqu’un arrive ici pour une chambre ?
— Je vous ai dit de surveiller vos paroles, lui dit la femme.
Elle avait de petits yeux porcins qui regardaient fixement comme à travers Jeffords.
— Espèce de vieille bonniche boursouflée, dit-il impulsivement.
Le visage de la femme vira au rouge vif. Elle se leva et pointa un doigt, la graisse de son bras nu tremblotant comme de la gélatine.
— Je vais vous flanquer dehors, espèce de faignant ! hurla-t-elle. Foutez le camp de là ou j’appelle mon mari pour qu’il vous flanque à la porte !
Jeffords la fixa du regard.
— Vous êtes toutes les mêmes, dit-il. Toutes !
— Quoi ? Quoi ?
Il se retourna et sortit en claquant la porte.
De retour dans sa chambre, il se déshabilla et s’allongea une fois de plus sur le lit. Immédiatement, il se mit à songer à Penny – sa femme, Penny. Que le diable l’emporte ! Pourquoi s’était-elle enfuie comme elle l’avait fait ? Qu’est-ce qui l’avait poussée à se coller avec ce voyageur de commerce gras et laid ? Il lui avait tout donné, il lui avait acheté de beaux vêtements et, cependant, elle était partie avec ce voyageur de commerce après trois mois de mariage. Elle avait pris tout l’argent avec elle – près de deux mille dollars qu’elle avait prélevés sur leur compte commun ; tout ce qu’elle lui avait laissé, c’étaient les six cents dollars qui se trouvaient sur son compte personnel, les six cents dollars qui avaient fondu jusqu’à devenir les quatre cent quatre-vingts dollars qu’il avait à présent dans son portefeuille.
Six cents dollars, l’appartement meublé et sa voiture, c’était tout.
Quand il s’était aperçu qu’elle s’était enfuie, il était devenu à moitié fou. Il n’avait plus su que faire. En fin de compte, il avait laissé tomber son boulot, emballé ses maigres affaires dans sa voiture et il était parti à sa recherche. Cela se passait dix jours auparavant et, maintenant, il était là, au milieu du désert, sans la moindre idée quant à l’endroit où il irait ensuite. Où aller ? Des centaines d’endroits, des milliers d’endroits, et chacun aussi vide que le précédent…
Jeffords était allongé et contemplait le plafond. Il avait très peu dormi la semaine précédente et cela commençait à se faire sentir. Il somnolait, étendu sur son lit. Lorsqu’on frappa avec force à la porte, le bruit le propulsa hors du lit, le cœur battant à toute vitesse, la tête lui tournant, encore tout embrumée de sommeil.
On frappa avec plus d’insistance.
Jeffords enfila son pantalon et alla vers la porte en secouant la tête pour chasser la sueur et le sommeil de ses yeux. C’était la fille de la voiture de sport, la blonde à la queue de cheval. Elle clignait de ses yeux larges et sombres et le devant de sa chemise-boléro était déchiré.
— Laissez-moi entrer, vous voulez bien ? dit-elle.
Jeffords ne savait que penser.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Laissez-moi donc entrer, fit la fille. Je vous en prie, laissez-moi entrer.
— Allez-y.
Il s’effaça pour la laisser entrer puis il referma la porte derrière elle.
— Il a tenté de m’attaquer, dit-elle en se retournant pour le regarder.
— Qui ça ?
— Van.
— Qui est Van ?
— Le type avec qui j’étais, répondit la fille. Il a fallu que je le frappe. Je l’ai frappé avec une lampe.
Jeffords se sentit soudain en proie à la panique.
— Écoutez, je ne veux pas être compromis dans quoi que ce soit.
— Je l’ai assommé, continua la fille. Il est étendu dans ma chambre. Sans connaissance.
— Pourquoi êtes-vous venue me voir ? Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ?
— Je ne sais pas. Je me suis souvenue vous avoir vu au bureau d’accueil.
— Comment avez-vous su quelle chambre était la mienne ?
— Je vous ai vu par la fenêtre quand vous êtes revenu.
Jeffords s’assit sur le lit.
— Pourquoi êtes-vous venue ici avec ce Van ? Ne saviez-vous pas qu’il tenterait quelque chose ?
— Non, il était gentil et tout à fait correct quand il m’a offert cette promenade, dit la fille. Quand il a suggéré que nous nous arrêtions pour la nuit, il a dit que nous prendrions des chambres à part et il m’a même laissée entrer pour remplir ma fiche. Je lui ai souhaité bonne nuit mais, un petit peu plus tard, il a pénétré de force dans ma chambre et s’est comporté comme un vrai sauvage.
Elle fit une pause pour examiner Jeffords.
— Dites, est-ce que vous attendez ici quelqu’un, ou quelque chose ?
— Non, répondit-il.
— Quand partez-vous ?
— Dans la matinée.
— Vous ne pourriez pas partir maintenant ?
— Pour quoi faire ?
— Je veux m’en aller d’ici. Pouvez-vous me prendre avec vous ?
— Vous êtes timbrée, fit Jeffords. Je ne peux pas vous prendre.
— Vous avez une femme quelque part ?
— Non, fit Jeffords d’un ton amer. Je n’ai pas de femme.
— Où allez-vous ?
— Je ne sais pas. Los Angeles, peut-être.
— Emmenez-moi.
— Je ne peux pas.
— Je ne veux pas être là quand Van va se réveiller, dit la fille. Je ne sais pas ce qu’il pourrait faire.
— Je ne peux pas vous aider.
— Et je n’aime pas la police. Nous ne nous entendons pas très bien, la police et moi.
— J’en suis navré.
— Allez, dit-elle, je vous en prie.
Jeffords la regarda fixement, il regarda ses yeux qui plaidaient et il sentit qu’il s’adoucissait intérieurement. Les filles comme elle – comme Penny – l’avaient toujours touché de cette façon. Il voulait croire en elles, en leur bonté profonde et il finissait toujours par se trouver pris au piège ; d’une manière ou d’une autre.
Il humecta ses lèvres. Tu es cinglé si tu fais ça, se dit-il. Elle va t’attirer des ennuis. Ne t’en rends-tu pas compte ? Elle est exactement comme Penny ; c’est une fille de la même espèce. Ne fais pas ça, ne te compromets pas avec elle.
Alors même qu’il pensait ceci, il s’entendit dire à voix haute : « D’accord, allons-y », comme si ses cordes vocales et son cerveau avaient été des entités distinctes, comme s’il possédait une double personnalité.
— Merci, dit-elle, le souffle coupé. Merci.
Jeffords n’avait qu’une valise dans laquelle il jeta ses vêtements avant de mettre sa chemise. La fille le prit par le bras et ils sortirent.
— Avez-vous des bagages ? demanda-t-il.
— Seulement un petit sac.
— Vous feriez mieux de le prendre.
— Je ne veux pas retourner là-bas.
— Je vais y aller avec vous. Vous ne voulez quand même pas laisser vos affaires ici ?
— Et si Van a repris connaissance ? Je ne l’ai pas frappé très fort.
— Si c’est le cas, je me chargerai de lui.
Ils se dirigèrent vers la chambre de la fille et y pénétrèrent. Van était un homme replet approchant de la cinquantaine et il était allongé face contre terre, les bras étendus. Il y avait du sang sur sa tempe droite mais il respirait encore. Les éclats de la lampe de porcelaine avec laquelle la fille l’avait frappé gisaient sur le sol, à côté de lui.
— Il est toujours sans connaissance ? demanda-t-elle.
— Ouais.
Elle rassembla ses affaires dans son sac et ils ressortirent.
— Où se trouve votre voiture ? questionna la fille.
— Par là.
— Allons-y avant qu’il se réveille.
Jeffords sentait sur son visage la chaleur du vent du désert qui lui parvenait à travers la vitre ouverte. Il avait le regard fixé sur le ruban sombre et rectiligne de la grand-route. Le désert, de chaque côté, était comme une moitié d’univers peuplé d’ombres.
La fille – elle s’appelait Marci – était appuyée contre sa portière et l’observait. Après un moment, elle dit :
— Vous avez l’air calme, non ?
— Parfois.
Elle rit.
— Il faut les chercher, les gens calmes.
Jeffords garda le silence pendant un moment.
Puis il dit :
— Qu’est-ce que vous faites comme ça, ici, dehors ? Toute seule ?
— Je me laisse tout simplement entraîner par le vent, répondit Marci. Je fais de l’auto-stop. Pour voir un peu de cet immense pays.
— Vous êtes un peu jeune pour cela.
— Oh ! la barbe !
— Vous pouvez vous attirer pas mal d’ennuis.
— Comme avec Van, vous voulez dire ?
— Comme avec lui.
— Il n’y en a pas beaucoup comme lui.
— Quel âge avez-vous, de toute façon ?
— Vingt-quatre ans.
— Vous devriez être mariée, ou en ménage, dit Jeffords avant de se demander pourquoi il avait dit ça.
Marci eut un rire.
— Bien sûr, un jour. Mais pour l’instant, j’ai trop d’énergie à dépenser. C’est ce qui fait tourner le monde.
Comme Penny, pensa-t-il. Exactement comme Penny. Pourquoi donc l’ai-je prise avec moi, pourquoi a-t-il fallu que je prenne pitié d’elle ?
— Hé ! dit Marci, avez-vous déjà été à Los Angeles ?
— Oui, répondit Jeffords.
— Ça doit être un sacré endroit. Tous les gens que j’ai connus et qui étaient allés à Los Angeles disaient que c’était un sacré endroit.
— C’est un sacré endroit, en effet.
Marci bâilla puis se déplaça sur son siège pour se rapprocher de Jeffords. Elle posa sa tête sur son épaule.
— Je commence à avoir sommeil, soupira-t-elle.
— Alors, dormez.
— D’accord. Ça ne vous fait rien ?
— Non, ça ne me fait rien.
Ils roulaient dans la nuit et, subitement, Jeffords sentit son humeur se modifier. Il pouvait sentir le doux et délicat parfum des cheveux de la fille et son corps chaud reposant contre le sien. Ça n’est qu’une gosse, songea-t-il. Un peu sauvage, mais gentille. Une brave gosse. Peut-être est-elle différente du reste, peut-être est-elle du petit nombre de celles qui sont bonnes, sincères…
L’aube s’était levée quand Marci se réveilla. Ils étaient en train de quitter le désert, à présent, pour entrer dans Barstow. Le soleil matinal brillait dans le ciel de l’est ; son reflet sur le capot était aveuglant, mais cela ne gênait pas Jeffords, pas le moins du monde.
Marci s’étira.
— Où sommes-nous ?
— À Barstow. Comment avez-vous dormi ?
— Comme un loir.
— Avez-vous faim ?
— Si j’ai faim !
— Nous allons nous arrêter pour prendre notre petit déjeuner.
Ils mangèrent des œufs au bacon dans un petit bar et Jeffords se sentit d’une humeur insouciante, resplendissante… C’était la fille qui le rendait comme ça, et il ne pouvait l’expliquer ; c’était presque comme s’il revenait à la vie, comme si les choses avaient de nouveau de l’importance.
Marci, songea-t-il, savourant le nom. Marci.
Ils s’attardèrent sur le café et achetèrent des sandwiches pour le reste du voyage. Puis ils partirent et roulèrent en direction de la côte, s’arrêtant une fois pour pique-niquer. Ils rirent et parlèrent beaucoup et la bonne humeur de Jeffords s’amplifia. Quand ils atteignirent Los Angeles, peu après la tombée de la nuit, il se sentait comme lors de sa lune de miel avec Penny ; tout allait bien, tout lui paraissait heureux.
— Eh bien, dit-il, on y est.
— Eh oui, on y est.
— Voulez-vous vous arrêter quelque part ?
— D’accord. Vous devez vous sentir fatigué.
— En effet.
Ils choisirent un motel à la sortie de la route – deux chambres avec une porte intérieure commune. Marci lui souhaita bonne nuit avec un baiser chaleureux, prometteur, et il gagna son lit en souriant pour s’endormir profondément.
Il se réveilla le matin à dix heures, reposé, toujours souriant. Il se leva, s’habilla et ouvrit la porte commune pour jeter un coup d’œil dans la chambre voisine.
Marci n’y était pas.
Jeffords sortit et jeta un regard alentour mais il ne la vit pas. Il marcha jusqu’au bureau d’accueil du motel. Le même homme qui leur avait donné les chambres la nuit précédente était encore là.
— Avez-vous vu la fille avec laquelle je suis arrivé ? demanda Jeffords.
— Oh ! bien sûr que je l’ai vue.
— Où est-elle ?
— Partie.
— Partie ? Où ça, partie ?
L’homme haussa les épaules.
— Elle a pris le bus de San Diego.
— Quoi ? Elle a pris quoi ?
— Le bus pour San Diego. Il s’arrête sur la grand-route, là. Elle l’a pris il y a une heure environ. Je pensais que tous les deux…
Jeffords n’entendit pas la suite. Il bondit à sa chambre. Ses tempes battaient la chamade quand il ouvrit sa valise ; il avait posé son portefeuille ici la nuit précédente, quand il était allé se coucher. Le portefeuille était toujours là, grand ouvert au-dessus de ses chemises. Il s’en empara.
Il était vide.
Jeffords demeura d’un calme absolu. Il se rappelait l’homme grassouillet, Van, gisant sur le sol de la chambre du motel, dans le désert. Marci avait déclaré qu’il avait essayé de l’attaquer, mais peut-être la vérité était-elle différente. Peut-être l’avait-il surprise pendant qu’elle fouillait dans ses affaires à la recherche d’argent ou d’objets de valeur. Peut-être avait-elle voulu attendre qu’il aille se coucher et l’avait-elle frappé avec la lampe une fois qu’il avait eu le dos tourné. Bon, ça n’avait pas d’importance. Plus rien n’avait d’importance, à présent.
Avec mille précautions, Jeffords replaça son portefeuille dans sa valise. Il prit les clefs de sa voiture dans sa poche, sortit pour se rendre à l’endroit où était garé le véhicule et en ouvrit le coffre. À l’intérieur, derrière la roue de secours, se trouvait une petite boîte brune. Il la prit et regagna sa chambre.
Il posa la boîte sur le bureau, fit sauter la fermeture et sortit le revolver.
Il resta à le regarder pendant un moment. Puis il le passa dans sa ceinture, sous la chemise, s’empara de la valise et de la petite boîte qu’il rapporta à sa voiture. Enfin il quitta le motel et roula en direction du sud, vers San Diego.
Elles sont toutes les mêmes, pensa-t-il. il n’y a pas la moindre différence entre elles. Elles sont toutes les mêmes…
Il savait ce qu’il lui restait à faire, ce qu’il lui resterait encore à faire, et encore, et encore…
Quand il trouverait Marci, il pointerait le canon de son revolver contre son cœur et appuierait sur la détente – exactement comme il avait fait lorsqu’il avait trouvé Penny, seule, dans le motel de Las Vegas, trois jours auparavant…
All the Same.
Traduction de Daniel Riche.