« Solman court un grand danger,
vénérée mère, je le sens… »
Gwenuver noua d’un geste las la ceinture
de sa robe de chambre avant de lever un regard à la fois embarrassé
et irrité sur la visiteuse. Elle partageait avec Irwan une maison
située dans le cœur tortueux des ruelles de la petite ville
fortifiée, une demeure bien trop vaste pour deux personnes, mais
les deux membres du conseil avaient cédé à la tentation mesquine de
s’attribuer la meilleure part dans la répartition des logements. Et
la chaleur matinale diffusée par les deux gros poêles placés aux
extrémités de l’immense pièce proclamait qu’ils n’étaient pas
soumis comme les autres aux restrictions du bois de
chauffage.
Gwenuver feignait d’avoir été réveillée en
sursaut par l’intrusion de la visiteuse, mais elle n’avait pas
dormi de la nuit.
« Pourquoi serait-il en danger ?
dit-elle après avoir réprimé un bâillement. Les ordres donnés aux
assesseurs ne concernent que les deux Albains.
– Vos… assesseurs sont des brutes
avinées et remontées contre le donneur, surtout après ce qui s’est
passé dans l’église. Si Solman avait décidé d’accompagner les deux
Albains dans leur fuite…
– Un bon clairvoyant ne commettrait
pas une erreur aussi grossière, coupa Gwenuver. Ton imagination te
joue des tours, Raïma. »
La guérisseuse abaissa l’ample capuchon de
son manteau et découvrit son visage déformé par la transgénose.
L’expression fugitive de dégoût de la vénérée mère ne lui échappa
pas. Depuis quelque temps, elle ne suscitait chez ses
interlocuteurs qu’une insupportable réaction de
pitié mêlée d’horreur, même chez les malades qui venaient requérir
ses soins. Seul Jean la contemplait sans manifester de rejet, comme
protégé par sa candeur enfantine de la monstruosité de sa mère
adoptive. Il progressait à une vitesse étonnante dans la
connaissance des plantes et des mécanismes des maladies humaines.
Il savait déjà déceler les liens occultes entre le corps et
l’esprit, entre les symptômes et les causes, il comprenait que les
douleurs organiques agissent la plupart du temps comme des signaux
de détresse, traduisent le besoin vital d’être examiné, touché,
rassuré, aimé… Il la surprenait souvent par la pertinence de son
diagnostic.
« Je sais faire la différence entre
l’imagination et le pressentiment, dit Raïma d’un ton sec. Vous
êtes les seuls, Irwan et vous, à pouvoir arrêter les
assesseurs. »
Gwenuver essaya de discipliner ses cheveux
ébouriffés par des heures de vaine agitation dans un lit trop
étroit pour deux. Malgré la chaleur dispensée par les poêles, le
froid du sol de béton transperçait ses chaussons de peau retournée,
grimpait le long de ses jambes, lui engourdissait le bassin.
« Même si je le pouvais, je ne le
ferais pas, finit-elle par répondre d’une voix lointaine,
indifférente.
– La mort de Solman serait une perte
irréparable pour le peuple aquariote ! Ou vous êtes
inconsciente, ou vous êtes incurablement idiote, vénérée
mère ! »
La violence soudaine de Raïma avait blessé
le silence de la maison. Gwenuver, elle, en appela à toute sa
volonté pour ne pas paraître affectée par l’agressivité de la
guérisseuse.
« Une perte irréparable pour le
peuple ou pour toi ? insinua-t-elle avec un sourire
hideux.
– Moi, je l’ai perdu depuis
longtemps. Mais je sais encore faire la différence entre l’intérêt
personnel et l’intérêt collectif. Et il n’a jamais été question,
dans nos accords, de toucher un seul cheveu de sa
tête. »
Gwenuver s’approcha à pas lents de la
grande table de bois sur laquelle elle posa les mains. Elle demeura
pendant quelques instants dans une attitude pensive, les bras
écartés, la tête rentrée dans les épaules, le menton posé sur la
poitrine. La lumière du jour n’avait pas encore
chassé la pénombre, et les fourneaux des poêles jetaient des éclats
rougeoyants sur les murs de béton, sur les ustensiles suspendus aux
crochets du manteau de la cheminée, sur les jerrycans alignés
devant des caisses de bois.
« Si ce petit serpent a choisi le
parti des Albains, murmura-t-elle, alors tant pis pour
lui. »
Raïma contourna la table et se rua sur
elle comme si elle avait l’intention de la renverser, mais elle
s’arrêta avant que leurs corps ne s’entrechoquent, comme figée par
le mouvement de recul de son interlocutrice. Elle n’avait pas eu le
temps de s’asperger de parfum et son odeur, l’odeur de charogne des
transgénosés en phase terminale, semblait emplir toute la
pièce.
« Ni toi ni cette loque d’Irwan
n’avez eu l’intention d’épargner Solman. Sa mort entre dans vos
projets, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ? »
Elle avait saisi l’avant-bras de Gwenuver,
qui, effrayée par sa colère et plus encore par le contact avec sa
main déformée, tirait de toutes ses forces pour essayer d’échapper
à sa prise.
« Tu dis n’importe quoi, ma pauvre
fille. Lâche-moi, ou je crie. »
Raïma eut l’impression d’enfoncer ses
doigts dans l’os poreux de la vieille femme.
« Et moi, je suis encore plus
misérable de vous avoir écoutés, vous qui avez déjà assassiné les
parents de Solman, qui avez essayé de me tuer… »
Elle dépensait une énergie folle dans
l’affrontement physique avec Gwenuver. Sa course matinale dans les
ruelles pentues entre sa maison de celle des deux membres du
conseil l’avait déjà exténuée. Les efforts prolongés la vidaient de
ses forces, la laissaient dans un état d’abattement dont elle
mettait plusieurs heures à se relever. Et le sommeil ne réussissait
plus à la régénérer, il lui permettait seulement d’occulter pendant
quelques heures la souffrance qui la consumait à petit feu, et qui,
parfois, se faisait tellement pressante, tellement intolérable
qu’elle se jetait la tête la première contre un mur pour essayer de
l’étourdir.
Gwenuver s’était presque dégagée en
sacrifiant sa robe de chambre sous laquelle elle était nue. Elle ne
dort donc pas seule, cette grosse truie, songea Raïma avant de
perdre l’équilibre et de s’effondrer comme une
masse sur le sol. Gwenuver se rajusta en couvrant d’un regard
mi-compatissant mi-méprisant la… loque échouée à ses pieds qui
n’avait plus d’une femme que la chevelure et les vêtements.
« Par pitié, vé… vénérée mère, eut
encore l’énergie de souffler Raïma, couchée sur le dos comme un
insecte sur sa carapace. Allez tout… de suite arrêter vos…
assesseurs… Il ne faut pas… Solman…
– J’aurais pu, j’aurais dû tout
arrêter avant, bien avant, dit Gwenuver. Il est trop tard,
maintenant. »
Elle pivota sur elle-même, gravit
l’escalier tournant qui donnait sur les chambres, la sienne, celle
d’Irwan et deux autres pièces qui leur servaient de salles de
réunion. Elle réveilla d’une bourrade l’homme qui dormait dans son
lit, un chauffeur célibataire d’une quarantaine d’années dont la
virilité, stimulée par le kaoua, n’était jamais prise en défaut
mais dont la peau glacée ne réussissait pas à la réchauffer. Or
elle l’invitait à se soulager en elle dans l’unique but de
bénéficier, en retour, de la tiédeur dégagée par l’enlacement de
leurs deux corps. Elle ne puisait aucun plaisir dans l’acte
lui-même, trouvait même répugnante la manière qu’il avait de se
secouer en elle comme un pantin mécanique. Elle n’aimait pas non
plus se rouler toute la nuit dans la semence visqueuse qui
dégouttait de son vagin et lui engluait les cuisses. Celui-là,
malheureusement, faisait partie des hommes au sang froid et aux
émissions abondantes. Elle avait beau se plonger chaque matin dans
la baignoire remplie d’eau bouillante, elle ne parvenait pas à
chasser l’impression de souillure qui l’imprégnait jusqu’à la
moelle. Elle devrait rapidement lui trouver un successeur si elle
voulait passer un hiver relativement confortable, elle qui, comme
la plupart des femmes de son âge, souffrait d’une mauvaise
circulation et d’extrémités toujours gelées.
« Raïma la guérisseuse est à moitié
inconsciente dans la grande salle du bas. Ramène-la chez
elle.
– Ça porte malheur de toucher une
femme transgénosée », grogna l’homme.
Ses yeux chassieux, ses cheveux graisseux
et son haleine repoussante confortèrent Gwenuver dans sa résolution
de mettre au plus vite un terme à leur pitoyable relation.
« Et rajoute du bois dans les deux
poêles en revenant. »
Il cessa de maugréer, comprenant qu’il ne
gagnerait rien à contester les ordres de sa vénérée mère et
maîtresse. Gwenuver s’assit sur le lit, le regarda se rhabiller,
remonter son pantalon sur les plis adipeux de son ventre, refermer
sa chemise sur la broussaille de son torse. Avec ses ongles noirs
et l’embryon de barbe poivre et sel qui lui mangeait les joues, il
avait l’air particulièrement laid et sale dans la lumière fade du
matin. Elle eut la lucidité d’admettre qu’il était sans doute
éclaboussé par la boue de ses propres pensées. Son cœur et son
corps n’avaient chanté que pour un seul homme durant les soixante
années de sa vie. S’il n’avait pas eu la mauvaise idée de boire de
l’eau infectée alors qu’elle était enceinte de lui (elle s’était
toujours demandé s’il n’avait pas été empoisonné par sa femme, une
virago brune et sèche qui lui avait déjà donné deux garçons), les
choses auraient été différentes. Lui vivant, Gwenuver, alors âgée
de vingt-deux ans, aurait trouvé la force de garder l’enfant, mais,
après sa mort, elle avait tenu secrète sa grossesse jusqu’à ce
qu’elle mette au monde une petite fille qu’elle avait abandonnée
sur le bord d’un cours d’eau. Elle n’avait pas eu le cœur de noyer
la nouveau-née, une faiblesse dont elle s’était d’abord félicitée
lorsqu’un couple âgé avait recueilli la fillette, l’avait ramenée
au campement et l’avait adoptée sous le nom de Mirgwann ;
qu’elle avait ensuite regrettée lorsqu’elle avait débordé d’un
sentiment maternel qu’elle ne pouvait pas épancher. Quelques années
plus tard, une fièvre maligne, colportée par les
moustiquesGM d’un marais insalubre du Nord, avait
emporté le père et la mère adoptifs de Mirgwann, et Gwenuver
s’était débrouillée pour être nommée tutrice de sa fille dont, par
chance, personne n’avait réclamé l’adoption. Comme Mirgwann ne lui
ressemblait pas, aucun Aquariote n’avait songé à établir la
filiation entre l’orpheline et sa mère biologique. Ces années, les
plus heureuses de son existence, s’étaient déroulées comme un rêve,
comme une parenthèse de lumière et de chaleur dans l’hiver brumeux
de sa vie. Elle s’était aventurée dans des liaisons sans lendemain,
toujours avec des hommes mariés, mais aucun d’eux n’avait réussi à
combler ses aspirations de femme. Et puis, Katwrinn, l’araignée, la
tisseuse, était entrée dans sa tente un soir d’été…
« Elle habite où, la
guérisseuse ? »
Elle prit conscience que son amant des
jours maigres n’était pas encore sorti de la chambre.
« La deuxième rue sur ta droite en
descendant, répondit-elle d’une voix morne. La quatrième ou
cinquième maison… »
Elle se laissa tomber de tout son poids
sur le lit quand il eut refermé la porte. Une odeur de sueur et de
sexe froid imprégnait les draps et les couvertures. Les premières
larmes roulèrent sur ses joues, chaudes, presque agréables. Elle
avait consenti à l’assassinat de sa propre fille, elle avait été
happée par la spirale de la destruction, de la malédiction, elle
était, elle aussi, un ange déchu du Livre de Raïma. Dans quelques
instants, si ce n’était déjà fait, les assesseurs auraient tranché
son dernier lien de sang et fait le vide autour d’elle, elle
resterait seule avec ses souvenirs et ses regrets, elle errerait
comme une étoile éteinte dans un espace infini et glacial.
Un coup de feu claqua.
Atteignit Chak entre les omoplates. Le
chauffeur ouvrit de grands yeux étonnés, chancela, essaya de
maintenir son pistolet braqué sur la tête de Solman, de presser la
détente, mais ses jambes se dérobèrent, il bascula à la renverse et
s’étala de tout son long sur le béton du tunnel.
Un deuxième coup de feu empêcha les
assesseurs de reprendre leurs esprits, de s’organiser. L’un d’eux,
un colosse d’une trentaine d’années, s’affaissa comme une feuille
morte, l’arrière du crâne disloqué. La moitié d’entre eux s’égailla
dans le plus grand désordre le long du tunnel. Une salve de fusil
d’assaut continue et précise en faucha cinq. Ils roulèrent les uns
sur les autres comme des quilles renversées par une invisible
boule. Certains ripostèrent au jugé, mais leurs balles s’écrasèrent
contre les parois et effritèrent la roche. Une fumée dense et
chargée d’une odeur de poudre noya le tunnel.
L’autre moitié du groupe se dirigea au pas
de course vers les quatre condamnés. Ceux-là avaient immédiatement
pris conscience que leur seule possibilité de salut reposait
désormais sur ces boucliers humains qu’ils n’avaient pas eu le
temps de fusiller. C’était sans compter avec la présence d’esprit
de Moram, qui avait immédiatement exploité la confusion pour
dégager le deuxième revolver dont il s’était muni avant de se rendre à la maison de Solman et des deux
Albains. Les apprentis tueurs n’avaient pas pris la précaution
pourtant élémentaire de le fouiller. Il avait discrètement dirigé
sa main vers l’arrière de sa veste et s’était placé de manière à
masquer son geste pendant que Chak tenait Solman en joue. La
première détonation avait retenti alors que ses doigts effleuraient
la crosse de l’arme glissée dans la ceinture de son pantalon. Il
déverrouilla le cran de sûreté et tira à la hanche, sans prendre le
temps de viser. Il ne disposait que de six balles pour une dizaine
d’adversaires, mais, s’il n’en toucha aucun, son premier coup de
feu suffit à les ralentir dans leur élan. Par chance, il n’avait
pas affaire à des combattants aguerris, mais à de pauvres bougres
alléchés par l’odeur du sang et la promesse d’un viol collectif.
Leur panique permit à leur allié embusqué d’en coucher trois et à
Moram de rectifier le tir.
« Planquez-vous ! »
Solman saisit Kadija par le bras, la tira
dans une brèche de l’enchevêtrement métallique qui comblait la
bouche d’entrée du tunnel, se tassa contre elle derrière ce qui
semblait être l’aile compressée d’un camion militaire, s’écorcha la
joue sur l’extrémité d’une tige métallique. Il perdit de vue
Ismahil et Moram. Les détonations se succédèrent à une cadence
effrénée, des balles ricochèrent sur la tôle rouillée, des chocs
sourds ébranlèrent le sol, suivis de gémissements déchirants,
l’odeur de poudre se fit âcre, irrespirable.
Le souffle de Kadija lui caressait le cou,
un souffle régulier, lent, paisible, qui contrastait avec son
propre halètement. Il essuya machinalement le sang de sa joue et se
contorsionna pour lui jeter un regard. Elle ne manifestait aucun
signe d’intérêt ou de peur, elle paraissait étrangère à sa propre
vie, comme dépourvue de mémoire individuelle, comme incapable de
prendre possession de l’enveloppe corporelle qui servait à
délimiter son moi.
« Donneur ? »
La voix oppressée de Moram.
« Je suis là…
– Tu peux sortir. Il n’y a plus de
danger. »
Solman prit alors conscience que seuls les
râles des blessés troublaient désormais le silence retombé sur le
tunnel. Il s’aventura hors de son abri,
entrevit, sous la chape de fumée, les corps qui jonchaient le sol,
parfois figés dans d’étranges postures. Le revolver à la main, le
visage perlé de sueur, Moram l’accueillit d’un sourire las.
« C’est pas encore aujourd’hui qu’on
se donnera rendez-vous dans l’autre monde, murmura-t-il.
– Ils sont tous morts ?
– Ou mal en point. J’ai dû en toucher
trois ou quatre. Pas grand monde, par rapport à…
– Et Ismahil ?
– Je n’ai rien de cassé. »
Ils se retournèrent dans le même mouvement
pour voir le vieil homme s’extirper du dessous d’un char dépourvu
de chenilles. Kadija les rejoignit quelques instants plus tard, le
manteau et le pantalon maculés de traces de rouille. Ses yeux noirs
se troublèrent lorsqu’elle aperçut les cadavres. Solman eut
l’impression qu’elle était confrontée à la réalité de la mort pour
la première fois de sa vie. Le vent soufflant en rafales dispersait
les relents de poudre et de sang.
« Savez-vous à qui nous devons ce
sursis ? demanda Ismahil en remettant de l’ordre dans ses
vêtements.
– À un putain de bon tireur en tout
cas ! s’exclama Moram. Il en a couché plus de quinze en moins
de trois minutes. »
Chak, étendu à trois pas de là, émettait
un geignement sourd et remuait faiblement bras et jambes. Solman
s’en approcha et se pencha sur lui. Le chauffeur, encore lucide,
les yeux grands ouverts, agrippa le col de sa veste et s’en servit
de point d’appui pour redresser la tête. Solman dut s’arc-bouter
sur sa jambe valide pour ne pas être déséquilibré par son poids.
Son haleine empestait le vin aigre, le sang et le fiel.
« J’ai… j’ai pas possédé ta mère,
Solman… »
Sa voix n’était plus qu’une plainte à
peine audible où se détachaient des bribes de phrases.
« Je l’ai aimée… Mirgwann… Tu lui
ressembles… Elle était si belle… Selwinn… ne saura jamais… Je t’ai
aimé aussi… comme… comme un fils… C’est mieux… plus juste… que je
parte avant toi… Pardon… Pardon…
– Je n’ai rien à te pardonner, Chak,
murmura Solman. Nous avons vécu de beaux moments tous les deux.
C’est ceux-là, et ceux-là seuls, que je garderai de
toi. »
Chak se raidit dans l’intention d’ajouter
quelques mots mais aucun son ne franchit sa gorge. Ses yeux se
voilèrent, il relâcha le col de la veste de Solman et retomba sur
le sol avec une étrange douceur, comme soutenu par des bras
invisibles.
« C’était un bon chauffeur, mais un
sacré salopard. Et je pisse sur… »
Moram interrompit son oraison funèbre
lorsqu’il croisa le regard sombre et implorant du donneur. Il
baissa la tête, fouilla dans une des multiples poches de sa veste
et en sortit une poignée de balles avec lesquelles il rechargea son
barillet.
Des bruits de pas retentirent dans la
pénombre du tunnel, se répercutèrent sur les parois incurvées. Des
bottes ferrées, une allure posée, sans doute le mystérieux tireur
embusqué. Moram eut le réflexe de glisser l’index dans le pontet et
de lever le canon de son arme. Une silhouette émergea peu à peu de
l’obscurité et des derniers entrelacs de fumée.