Les morts-vivants : mythes et réalités
Le voici qui sort de terre, le corps rongé de vers et souillé d’ordures. Dans ses yeux ne brille aucune vie. De sa peau n’émane aucune chaleur. Dans sa poitrine, aucun battement. Son âme est aussi vide, aussi obscure que le ciel nocturne. Il se rit de l’épée et méprise la flèche, car rien ne peut blesser sa chair. Il errera sur la terre pour l’éternité à la recherche du sang des vivants, et festoiera sur les os des damnés. Gardez-vous ! Voici le mort-vivant.
Texte hindou d’origine
inconnue
(Vers 1000 av. J.-C.)
ZOM-BIE : (Nzùmbe) n. Voir aussi ZOM-BIES pl.
1. Corps réanimé qui se nourrit de chair humaine.
2. Sort vaudou censé ressusciter les morts. 3. Dieu-serpent dans la mythologie vaudou. 4. Personne qui agit ou se déplace d’un air abattu, « comme un zombie ». [Terme d’origine ouest-africaine.]

Qu’est-ce qu’un zombie ? D’où viennent-ils ? Quels sont leurs points faibles, leurs points forts, leurs besoins, leurs désirs ? Pourquoi se montrent-ils si hostiles envers nous ? Avant d’aborder les détails techniques, il vous faut commencer par connaître la nature exacte de l’ennemi auquel vous faites face.
Faisons d’abord la part des choses entre le mythe et la réalité. Les morts-vivants n’ont rien à voir avec la « magie noire » ou quelque autre force surnaturelle. Ils tirent leur existence d’un virus baptisé « solanum », terme latin imposé par Jan Vanderhaven, l’homme qui a « découvert » la maladie.

SOLANUM : LE VIRUS
Le solanum envahit la circulation sanguine à partir de la blessure initiale et atteint rapidement le cerveau. Par un processus encore inexpliqué, le virus utilise les cellules des lobes frontaux pour se multiplier, ce qui les détruit au passage. Pendant cette phase, toutes les fonctions corporelles s’arrêtent. Si le cœur du sujet infecté cesse de battre, on considère ce dernier comme officiellement « mort ». Néanmoins, bien qu’en sommeil, le cerveau fonctionne encore. Et le virus transforme ses cellules les unes après les autres pour construire un organe totalement nouveau, ce qui se caractérise par une totale indépendance vis-à-vis de l’oxygène. En supprimant ce besoin essentiel, le cerveau du mort-vivant peut commander toutes les fonctions normales du corps humain – sans toutefois jamais en dépendre. Une fois sa mutation achevée, le nouvel organe réanime le corps dans son ensemble et le transforme en une chose qui n’a que très peu de ressemblance – d’un point de vue strictement physiologique – avec ce qu’elle était au départ. Certaines fonctions restent les mêmes, d’autres sont modifiées ou bien cessent totalement.
Le nouvel organisme est alors un zombie, un mort-vivant.
1. Origine
Malgré des recherches intensives, nous n’avons pas encore isolé le virus du solanum à l’état naturel. Eau, air, sol, quel que soit l’écosystème ciblé, tous les tests se sont révélés négatifs, faune et flore incluses. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les expériences se poursuivent.
2. Symptômes
La chronologie qui suit montre l’évolution des symptômes chez un sujet contaminé. Elle peut varier de plusieurs heures en fonction des individus.
— H + 1. Douleur et cyanose (bleu-violet) autour de la zone infectée. Cicatrisation immédiate de la blessure (si l’infection provient effectivement d’une blessure).
— H + 5. Fièvre (38-39,5 °C), frissons, délire léger, nausées, douleurs aiguës aux articulations.
— H + 8. Engourdissement des extrémités et des zones infectées. Fièvre accrue (40-42 °C), délire sévère, perte de la coordination musculaire.
— H + 11. Paraplégie, engourdissement général, ralentissement du rythme cardiaque.
— H+ 16. Coma.
— H + 20. Arrêt cardiaque. Cessation de l’activité cérébrale.
— H + 23. Réanimation.
3. Transmission
Le solanum se transmet très facilement et s’avère mortel dans 100 % des cas. Fort heureusement pour nous, le virus ne se propage ni par l’air, ni par l’eau. On n’a jamais relevé le moindre cas d’infection naturelle. La maladie ne se transmet que par échange direct de fluides. Même s’il s’agit du moyen de contamination le plus fréquent, la morsure d’un zombie est loin d’en être la seule cause possible. On a relevé des cas de transmission par simple frottement d’une blessure ouverte contre celle d’un mort-vivant, voire par éclaboussures après une explosion. En revanche, l’ingestion directe de chair contaminée (en supposant que la personne n’ait aucun abcès buccal) entraîne une mort définitive sans réanimation. La haute toxicité de la chair de zombie n’est plus à démontrer aujourd’hui.
Nous ne possédons aucune information – historique, expérimentale ou autre – quant aux effets d’un rapport sexuel avec un mort-vivant. Mais comme on l’a vu plus haut, les propriétés du solanum laissent imaginer des risques d’infection élevés. Faire de la prévention sur ce sujet n’a aucun sens, dans la mesure où les personnes suffisamment dérangées pour tenter pareille expérience n’ont sans doute que faire de leur propre sécurité. Certains diront qu’étant donné la nature crayeuse des fluides corporels des morts-vivants, la possibilité d’une contamination après un contact sans morsure reste faible. On se contentera de rappeler qu’il suffit d’un seul organisme pour initier un nouveau cycle.
4. Contamination inter-espèces
Le virus du solanum est mortel pour toute créature vivante, quelle que soit son espèce, sa taille ou son écosystème. La réanimation proprement dite ne concerne toutefois que l’espèce humaine. Des études ont montré que si le solanum contaminait un animal, ce dernier mourrait en quelques heures, ce qui rendrait la carcasse inoffensive. Les animaux infectés succombent avant que le virus ait le temps de se reproduire. La contamination par piqûre d’insecte (les moustiques, par exemple) est également à écarter. La recherche est formelle : insectes et parasites sentent immédiatement un hôte potentiel contaminé et s’en éloignent dans 100 % des cas.
5. Traitement
En cas de contamination, il n’y a plus grand-chose à
faire pour sauver la victime. Le solanum est un virus, pas une
bactérie, et ne se soigne donc pas avec des antibiotiques.
L’immunisation – seule méthode pour combattre un virus –
est sans objet, un dosage même minimal conduisant systématiquement
à une contamination générale. Des recherches génétiques sont en
cours. On évoque des anticorps humains plus puissants, des cellules
plus résistantes et même un antivirus capable d’identifier et de
détruire le solanum. D’autres traitements encore plus radicaux sont
également à l’étude, mais on ne saurait présager de leurs succès
futurs. Lors d’affrontements en situation réelle, on a parfois
amputé le membre infecté immédiatement après morsure, mais de
telles méthodes restent douteuses et n’offrent pas un taux de
réussite supérieur à 10 %. Il y a de fortes chances pour qu’un
être humain soit condamné à l’instant même où le solanum envahit
son système vasculaire. Si le malade envisage le suicide, il faut
lui rappeler que c’est avant tout son cerveau qu’il doit détruire.
On a rapporté des cas de sujets porteurs du virus, décédés pour
d’autres raisons, mais quand même réanimés par la suite. Cette
situation se produit généralement si le sujet meurt plus de cinq
heures après infection. Quoi qu’il en soit, toute personne tuée
après avoir été mordue doit être immédiatement mise hors d’état de
nuire (voir
« Destruction des corps »,).
6. Réanimation de sujets préalablement décédés
On a évoqué l’idée de réanimer des cadavres frais par injection de solanum. C’est absolument impossible. Les zombies ignorent les cadavres et ne peuvent donc leur transmettre le virus. Des expériences menées après la Seconde Guerre mondiale (voir le chapitre Épidémies recensées) ont montré qu’une injection de solanum sur un sujet mort est inutile, l’absence de pulsations cardiaques interdisant tout flux sanguin. Une injection cérébrale directe s’avère également inefficace, les cellules mortes ne pouvant réagir au virus. Le solanum ne crée pas la vie, il l’altère.
APTITUDES DES ZOMBIES
1. Aptitudes physiques
On entend trop souvent dire que les morts-vivants possèdent des pouvoirs surhumains : force exceptionnelle, extrême vivacité, télépathie, etc. Certaines histoires parlent de zombies capables de voler ou de se déplacer sur des parois verticales comme des araignées. Si ces allégations font leur petit effet au cinéma, la véritable goule n’a pas grand-chose à voir avec le démon surnaturel et omnipotent qu’on veut bien nous décrire. Gardez à l’esprit qu’un mort-vivant – d’un point de vue pratique – est tout simplement humain. Ce qui change, c’est la façon dont le nouveau corps fraîchement réanimé est utilisé par le cerveau infecté. Un zombie ne peut en aucun cas voler, sauf si l’humain dont il est issu (en quelque sorte) en était capable. Même constat pour les champs de force, la téléportation, la capacité à traverser des surfaces solides, la lycanthropie, les crachats de flammes et autres talents mystiques qu’on attribue parfois aux morts-vivants. Considérez le corps humain comme une boîte à outils. La cervelle du zombie n’a que ces outils à disposition. Rien d’autre. Impossible d’en créer à partir de rien. Cela étant, il lui arrive de les utiliser de façon peu orthodoxe, ou de pousser leur durabilité au-delà des limites humaines généralement admises.

A. Vue
Les yeux d’un zombie sont identiques à ceux des humains normaux. Mais s’ils restent capables de transmettre un signal lumineux au cerveau (en fonction de leur état de décomposition), la façon dont ce dernier les interprète est une autre histoire. Les recherches n’ont rien donné quant aux capacités visuelles des morts-vivants. Ils peuvent repérer une proie à une distance comparable aux standards humains, mais la question de savoir s’ils font la différence entre un mort-vivant et une personne saine fait encore débat. Une des théories en vigueur stipule que les mouvements produits par les humains, beaucoup plus rapides et coordonnés que ceux des morts-vivants, attirent immédiatement leur attention. On a conduit des expériences dans lesquelles des humains ont tenté de jeter la confusion parmi les zombies en imitant leur démarche caractéristique. Jusqu’ici, aucune de ces tentatives n’a abouti. On a également suggéré que les zombies étaient dotés d’une vision nocturne, détail qui expliquerait leur habileté à chasser de nuit. Cette théorie a fait long feu depuis qu’on a constaté que tous les zombies font d’excellents chasseurs nocturnes, y compris ceux dont les yeux ont disparu.

B. Ouïe
Il ne fait aucun doute que les zombies possèdent une excellente oreille. Non seulement ils entendent les sons, mais ils peuvent aussi en déterminer la provenance. Leur portée utile moyenne correspond globalement à celle de l’oreille humaine. Des tests sonores à très hautes et très basses fréquences ont produit des résultats négatifs. Ils ont également montré que les zombies étaient attirés par tous les bruits, et pas seulement ceux produits par les créatures vivantes. On a aussi confirmé que les zombies pouvaient entendre des sons inaudibles pour un humain moyen. Le plus probable, sauf découverte récente et/ou tenue secrète, c’est que les zombies dépendent de tous leurs sens. En effet, les humains privilégient la vue depuis la naissance et ne développent les autres sens que si celle-ci disparaît. Ce handicap ne s’applique peut-être pas aux morts-vivants. Si tel est le cas, cela expliquerait leur capacité à chasser, à se battre et à se nourrir dans l’obscurité la plus totale.

C. Odorat
Contrairement à l’ouïe, les morts-vivants paraissent avoir un odorat plus sensible que celui des humains. Les tests de laboratoire et les observations in situ montrent qu’ils parviennent à distinguer l’odeur d’une proie vivante dans 100 % des cas. À de nombreuses reprises, dans des conditions de vent idéales, les zombies ont réussi à sentir des corps frais à plus d’un kilomètre de distance. Encore une fois, cela n’implique pas que les zombies aient un odorat physiologiquement plus développé que celui des humains. Ils s’en servent tout simplement mieux. On ne sait pas quelle sécrétion en particulier signale la présence d’une proie : sueur, phéromones, sang, etc. Par le passé, des personnes ont tenté de traverser des zones contaminées en essayant de « masquer » leur odeur corporelle avec du parfum, du déodorant ou d’autres substances chimiques aromatiques. Aucune de ces tentatives n’a jamais réussi. On mène désormais des expériences pour tenter d’isoler et de synthétiser l’odeur des créatures vivantes, afin de s’en servir comme leurre contre les morts-vivants. Un produit vraiment opérationnel n’est toutefois pas encore à l’ordre du jour.

D. Goût
On sait peu de chose sur le goût des morts-vivants. Les zombies distinguent la chair humaine de la chair animale, et c’est assurément la première qu’ils apprécient le plus. Les goules possèdent également la remarquable aptitude à préférer la chair fraîche aux charognes. Un corps humain mort depuis douze à dix-huit heures ne constitue déjà plus une nourriture acceptable. Idem pour les cadavres embaumés ou conservés par un moyen quelconque. Que cette question relève du « goût » ou non reste à prouver. L’odorat joue peut-être un rôle, mais il s’agit sans doute d’un instinct différent, qui reste encore à découvrir. Pourquoi préfèrent-ils la chair humaine ? Les scientifiques travaillent nuit et jour sur cette question à la fois déconcertante, frustrante et terrifiante.
E. Toucher
Les zombies n’éprouvent pas de sensation physique au sens physiologique du terme. Toutes les terminaisons nerveuses du corps restent inactives après la réanimation. C’est là le plus grand et le plus effrayant avantage que les goules possèdent sur les vivants. Nous autres humains avons la capacité d’interpréter la douleur physique comme un signal de dommage corporel. Notre cerveau enregistre l’information, la classe en fonction des expériences passées et l’utilise par la suite comme référence en cas de nouvelle blessure. C’est ce savant mélange entre instinct et physiologie qui nous a permis de survivre en tant qu’espèce. Et c’est pourquoi nous apprécions les vertus comme le courage, qui pousse les gens à agir malgré les signes de danger. C’est donc l’incapacité des zombies à identifier et à redouter la douleur qui les rend si impressionnants. Leurs blessures ne les gênent pas et, en conséquence, ne ralentissent pas leurs attaques. Même avec un corps sérieusement abîmé, le zombie continue à s’approcher de sa victime. Et il le fera tant qu’il en aura encore la capacité.
F. Sixième sens
La recherche fondamentale, les expériences en laboratoire et l’observation in situ ont montré que les morts-vivants pouvaient attaquer une proie même si tous leurs organes sensoriels étaient endommagés ou complètement décomposés. Faut-il en conclure que les zombies possèdent un sixième sens ? Peut-être. L’être humain moyen utilise moins de 5 % de sa capacité cérébrale totale. On peut légitimement envisager que le virus stimule une zone sensorielle oubliée ou ignorée par l’évolution. C’est l’une des théories les plus ardemment débattues dans la lutte contre les morts-vivants.
Jusqu’ici, aucune preuve scientifique n’a permis d’étayer quoi que ce soit.
G. Régénération
Quoi qu’en disent le folklore et les anciennes légendes, la physiologie des morts-vivants ne leur donne absolument aucun pouvoir de régénération. Les cellules endommagées le restent, point final. Toute blessure, quelle que soit sa taille ou sa nature, n’évolue pas pendant ou après le processus de réanimation. Nombre de traitements médicaux ont été expérimentés sur des zombies en captivité pour tenter de simuler le processus de guérison. Aucun n’a fonctionné. L’incapacité des zombies à guérir est un sérieux handicap, alors que pour nous autres vivants, cet aspect va de soi. Ainsi, chaque fois que nous faisons un effort physique, nous « tirons » sur nos muscles. Avec le temps, ces muscles se régénèrent et se renforcent pour augmenter leur capacité. La masse musculaire d’une goule, au contraire, ne fait que stagner et perd de son efficacité chaque fois qu’on la sollicite.
H. Décomposition
La « durée de vie » du zombie – le temps pendant lequel il « fonctionne » avant de pourrir sur pied – est estimée entre trois et cinq ans. Aussi fantastique que cela paraisse – imaginez un corps humain capable de retarder les effets de la décomposition –, ce n’est qu’une simple question de biologie. Quand une personne meurt, des milliards d’organismes microscopiques envahissent immédiatement sa chair. Ils ont toujours été présents, aussi bien dans l’environnement extérieur que dans le corps lui-même. Dans la vie courante, le système immunitaire sert de barrière entre ces micro-organismes et leur cible. À votre mort, cette barrière disparaît. Les micro-organismes continuent à se multiplier de manière exponentielle pendant qu’ils dévorent – et brisent – le corps au niveau cellulaire. L’odeur et la décoloration associées à la viande pourrie forment le résultat visible du travail de ces microbes. Si vous commandez un steak bien tendre au restaurant, vous mangerez en fait un morceau de viande qui commence littéralement à pourrir ; son agréable texture vient des micro-organismes qui se nourrissent des fibres musculaires. Si vous menez le processus à son terme, ce steak connaîtra exactement le même sort qu’un cadavre et finira par disparaître complètement, ne laissant derrière lui que les éléments durs ou sans intérêt nutritionnel pour les microbes : os, dents, ongles et cheveux. C’est le cycle normal de la vie, le processus naturel qui réinjecte les éléments nutritifs dans la chaîne alimentaire. Pour retarder ce mécanisme et préserver les tissus morts, il est nécessaire de les conserver dans un milieu où les bactéries ne peuvent survivre. Température extrême, fluide chimique toxique (le formaldéhyde, par exemple) ou… saturation au solanum.
Presque toutes les espèces de microbes impliquées dans la décomposition ont rejeté de manière répétée les chairs infectées, établissant de facto une sorte d’embaumement naturel. Sans ce processus, combattre les morts-vivants ne poserait aucun problème ; il suffirait de les éviter pendant quelques jours ou quelques semaines jusqu’à ce qu’ils pourrissent définitivement. Il incombe à la recherche scientifique de découvrir la cause exacte de ce phénomène. On a pourtant prouvé qu’au moins plusieurs types de microbes ignoraient les effets répulsifs du solanum – sans quoi les morts-vivants seraient quasi éternels. On sait également que certaines conditions naturelles comme un fort taux d’humidité ou des températures élevées jouent un rôle important. Les morts-vivants qui hantent les bayous de Louisiane, par exemple, ont une moindre durée de « vie » que ceux qui se trouvent dans le désert de Gobi, célèbre pour son froid et sa sécheresse. Des conditions extrêmes comme le froid glacial ou l’immersion dans un fluide préservateur permettent en théorie aux zombies de perdurer indéfiniment. On a déjà vu des zombies « survivre » pendant des décennies, voire des siècles (voir le chapitre Épidémies recensées). La décomposition n’implique pas forcément qu’un mort-vivant s’émiette intégralement. En effet, la putréfaction affecte différemment les cellules en fonction des parties du corps. On a retrouvé certains spécimens avec une cervelle intacte alors que le reste de leur corps avait presque complètement disparu. D’autres encore avaient la cervelle à moitié décomposée, ce qui leur permettait encore de faire fonctionner certains membres. On entend souvent dire que les momies égyptiennes constituaient la première tentative réussie d’embaumer les zombies. Ces techniques antiques de préservation leur auraient permis de persister plusieurs milliers d’années. Quiconque possède quelques rudiments d’égyptologie balaiera bien vite ces arguments ridicules : l’étape la plus importante et la plus délicate, lors de la préparation du corps d’un pharaon, est justement l’ablation du cerveau.
I. Digestion
Des preuves récentes ont invalidé une bonne fois pour toute l’idée que la chair humaine sert de « carburant » aux morts-vivants. L’appareil digestif du zombie est totalement inerte. Le système complexe qui fait transiter la nourriture à travers l’intestin, en extrait les nutriments avant d’excréter les déchets n’a aucune utilité physiologique chez les zombies. Des autopsies pratiquées sur des sujets abattus ont montré qu’ils ne digéraient en aucun cas leur « nourriture », et ce quelle que soit sa position dans le transit intestinal. Cette matière à demi mâchée et de plus en plus avariée au fil des jours s’accumule à mesure que le zombie dévore ses victimes, jusqu’à se retrouver littéralement poussée vers l’anus ou simplement rejetée après occlusion intestinale. Si cet exemple d’indigestion, certes spectaculaire, reste assez rare, des centaines de rapports oculaires mentionnent des zombies au ventre gonflé. On a par exemple capturé et disséqué un spécimen qui contenait plus de 105 kilos de chair. Quelques rares témoignages mentionnent même des zombies continuant à se nourrir malgré un système digestif totalement déchiré.
J. Respiration
Les poumons des morts-vivants fonctionnent normalement au sens où l’air est aspiré, puis expiré du corps. C’est ce qui permet au zombie de gémir. Par contre, l’extraction de l’oxygène et l’évacuation du dioxyde de carbone cessent de se produire. Le solanum rendant obsolète cette nécessité physiologique, c’est tout le système respiratoire humain qui perd son sens après la réanimation de la goule. Cela explique pourquoi un zombie
K. Circulation sanguine
Affirmer que les zombies n’ont pas de cœur n’a aucun sens. Ils n’en ont simplement pas l’usage. L’appareil circulatoire des morts-vivants se résume peu ou prou à un vaste réseau de tubes remplis de sang coagulé. Même constat pour le système lymphatique et tous les autres fluides corporels. Bien que cette mutation semble au premier abord donner l’avantage aux morts-vivants, elle constitue en fait un vrai don du ciel pour l’humanité. En effet, l’absence de fluides empêche la transmission du virus. L’inverse rendrait le combat rapproché quasi impossible, le risque d’éclaboussures (sang et/ou fluides divers) rendant tout contact éminemment dangereux.
L. Reproduction
Les zombies sont des créatures stériles, aux organes sexuels nécrosés et impotents. Des tentatives ont été faites pour fertiliser des ovules de zombies avec du sperme humain et vice versa. Sans succès. Les morts-vivants n’éprouvent pas non plus le moindre désir sexuel, envers qui que ce soit, vivant ou non. Jusqu’à preuve du contraire, la plus grande angoisse de l’humanité – des morts capables de se reproduire – est d’une rassurante impossibilité.
M. Force
Les goules possèdent la même force brute que les vivants. Celle-ci dépend principalement des individus.
La masse musculaire d’une personne reste la même après réanimation. Par contre, les glandes productrices d’adrénaline ne fonctionnent pas chez les morts-vivants, les privant ainsi de ces grisantes bouffées de puissance qui restent le privilège des personnes saines. Le seul véritable avantage des zombies réside dans leur incroyable endurance. Prenez n’importe quel travail physique épuisant. Il y a de grandes chances que la douleur et la fatigue vous imposent leurs limites. Ces facteurs ne s’appliquent pas aux morts-vivants. Ils agiront sans relâche, avec la même détermination, et ce jusqu’à ce que leurs muscles se délitent complètement. Mais attention : si les goules s’affaiblissent peu à peu, leur première attaque est souvent dévastatrice. De nombreuses barricades n’ont pas résisté à un seul et unique zombie, là où quatre hommes robustes se seraient épuisés à la tâche.
N. Vitesse
Les morts-vivants ont tendance à boiter et à trébucher plutôt qu’à « marcher » au sens normal du terme. Même sans blessure apparente ou décomposition avancée, leur manque de coordination affecte leur stabilité. Leur vitesse dépend principalement de la longueur des jambes. Les grandes goules possèdent une foulée plus importante que les petites. Il semble que les zombies soient incapables de courir. Les plus rapides ont été chronométrés à environ un pas toutes les secondes et demi. Mais là encore, tout comme pour leur force, c’est leur étonnante endurance qui leur donne l’avantage. Ceux qui pensent avoir semé un mort-vivant feraient bien de se souvenir de l’histoire du lièvre et de la tortue, tout en gardant à l’esprit que dans ce cas précis, le lièvre a de bonnes chances de finir dans l’assiette de la tortue.
O. Habileté
L’être humain moyen possède une dextérité à peu près dix fois supérieure à la plus habile des goules. Cela résulte en partie de la raideur générale du tissu musculaire nécrosé et de l’appauvrissement de leurs fonctions cérébrales. Les zombies ont une très mauvaise coordination œil-main, c’est d’ailleurs leur principal point faible. Personne n’a jamais observé un zombie sauter, que ce soit d’un promontoire ou tout bêtement sur place. Garder l’équilibre sur une surface étroite leur est virtuellement impossible. La natation demeure également réservée aux vivants. L’expérience prouve qu’un corps de zombie suffisamment gonflé pour remonter à la surface peut représenter un « danger isolé ». Cela reste néanmoins assez rare, dans la mesure où la lenteur de la décomposition empêche les gaz de s’accumuler. Les zombies qui passent par-dessus bord risquent fort d’errer sous l’eau jusqu’à dissolution totale. Ils réussissent parfois à escalader un escarpement rocheux, mais seulement dans certaines circonstances précises. S’ils sentent la présence d’une proie au premier étage d’une maison, par exemple, ils tenteront systématiquement de grimper aux murs, quelle que soit la nature de la surface ou la faisabilité de la chose. La plupart du temps, leurs tentatives n’aboutissent pas. Même avec une échelle, leur manque de coordination manuelle interdit à trois zombies sur quatre de grimper plus de quelques barreaux.
2. Schéma comportemental
A. Intelligence
Notre plus grand atout reste la réflexion, la science l’a maintes fois prouvé. Les capacités mentales du zombie moyen correspondent globalement à celles d’un insecte. Ils n’ont jamais fait preuve du moindre raisonnement ni de la moindre logique. Tenter d’accomplir quelque chose, échouer et en déduire de nouvelles solutions – un talent partagé par les humains et quantité d’espèces animales – demeure un processus mental inconnu des zombies. Les morts-vivants échouent régulièrement aux tests d’intelligence appliqués aux rongeurs. Un homme debout au bord d’un précipice attirera tous les zombies qui se trouvent de l’autre côté et les fera tous bêtement basculer les uns après les autres. Ils ne changeront en aucun cas de tactique, ni ne se rendront compte de quoi que ce soit. Contrairement au mythe et à toutes sortes de spéculations plus ou moins délirantes, jamais personne n’a observé un zombie se servir d’un quelconque outil. Même l’usage d’une simple pierre dépasse leurs capacités mentales. L’inverse prouverait qu’ils disposent du processus intellectuel de base consistant à considérer la pierre comme une arme bien plus efficace qu’une main. Assez ironiquement, le développement moderne de ce que nous appelons « intelligence artificielle » nous rappelle davantage le cerveau zombie que celui de nos ancêtres dits « primitifs ». À de très rares exceptions près, les ordinateurs les plus avancés n’ont pas la capacité de réfléchir par eux-mêmes. Ils font ce pour quoi ils ont été programmés, rien de plus. Imaginez un ordinateur conçu pour exécuter une seule et unique fonction, une fonction impossible à modifier, à stopper ou à effacer. Impossible de stocker la moindre donnée supplémentaire ni de formuler la moindre commande. Cet ordinateur remplira sa fonction encore et encore, jusqu’à ce que sa source d’énergie se tarisse. Le cerveau zombie fonctionne exactement de la même manière. Une machine à objectif unique, guidée par l’instinct et impossible à raisonner. Une machine dont il faut impérativement se débarrasser.
B. Émotions
Les morts-vivants n’éprouvent aucune émotion. Toutes les formes de guerre psychologique, du harcèlement à la compassion, ont connu des résultats désastreux. Joie, tristesse, confiance, anxiété, amour, haine, peur, tous ces sentiments et les milliers d’autres qui construisent la nature même du « cœur » humain s’avèrent aussi inutiles au zombie que l’organe du même nom. S’agit-il du plus grand avantage ou de la plus grande faiblesse de l’humanité ? Le débat fait rage et ne semble pas près d’être tranché.
C. Mémoire
De nombreuses croyances modernes évoquent des zombies capables de se souvenir de leur ancienne vie. Nous avons tous entendu l’histoire du mort qui revient hanter les endroits où il a vécu et travaillé, visitant son ancien atelier ou faisant même preuve de pitié envers ceux qu’il a jadis aimés. La vérité est bien plus prosaïque : aucun début de preuve ne cautionne ce genre d’affabulation. Les zombies n’ont tout simplement pas la possibilité de se rappeler leur ancienne vie, consciemment ou inconsciemment. Une goule ne saurait être distraite par un ex-animal de compagnie, des connaissances encore en vie ou même un environnement familier. Peu importe ce qu’une personne a été dans son ancienne vie, elle a disparu pour toujours, remplacée par un automate décérébré qui ne possède aucun autre instinct que celui de se nourrir. D’où la question : pourquoi les zombies préfèrent-ils les zones urbaines à la campagne ? En fait, les zombies ne préfèrent pas les villes, ils se contentent de rester là où ils se sont réanimés. La raison principale qui les pousse à se cantonner aux villes, et non à se disperser aux alentours, reste l’importante concentration de proies dans les zones à forte densité de population.
D. Besoins physiologiques
À part la faim (évoquée plus bas), les morts n’éprouvent aucun des besoins et désirs physiologiques propres aux vivants. Jamais un seul témoignage n’a fait mention d’un zombie endormi ou se reposant de quelque façon. Ils ne réagissent ni à la chaleur ni au froid. En cas de mauvais temps, ils ne cherchent pas à s’abriter. Même une sensation aussi primitive que la soif n’a aucun sens pour eux. Défiant toutes les lois de la physique, le solanum semble avoir créé ce que l’on pourrait décrire comme le premier organisme auto-suffisant.
E. Communication
Les zombies ne possèdent aucun langage articulé. Bien qu’en théorie, leurs cordes vocales leur permettent de parler, leur cerveau les en empêche. Leur seule capacité vocale semble se limiter à une sorte de râle profond proféré quand le zombie repère une proie. Le son reste grave et stable jusqu’au contact physique. Dès lors, il peut changer de timbre et de volume si le zombie passe à l’attaque. Cette plainte sinistre, si typique des morts-vivants, sert de cri de ralliement aux autres zombies et, comme on l’a récemment prouvé, constitue en soi une arme psychologique très efficace (voir le chapitre Défense).
F. Dynamique sociale
D’une armée commandée par Satan en personne à l’émission de phéromones (comme le font les insectes) en passant par la télépathie, nombreuses sont les théories qui prolifèrent autour de l’idée de zombies fonctionnant comme une entité collective. En fait, ils ne dépendent d’aucune forme d’organisation sociale. Aucune hiérarchie, aucune chaîne de commandement, ni rien qui ressemble à un quelconque type de collectivisation. Quelle que soit sa taille ou son apparence, une horde de zombies constitue avant tout une masse indistincte d’individus. Si plusieurs centaines de goules se dirigent vers une victime, c’est uniquement à cause de l’instinct qui les pousse individuellement à avancer. Les zombies ne semblent pas avoir conscience les uns des autres. On n’a jamais pu observer un spécimen interagir avec un autre, et ce quelle que soit la distance les séparant. Cet aspect nous ramène à la question du sixième sens : comment un zombie peut-il distinguer une proie éloignée d’un autre zombie ? On l’ignore. Les morts s’évitent les uns les autres de la même façon qu’ils évitent les objets inanimés. Quand ils se cognent entre eux, ils n’essaient jamais de communiquer. Ceux qui se repaissent d’un cadavre s’occupent exclusivement de la viande et ne cherchent pas à se concurrencer les uns les autres. Les seuls indices éventuellement en mesure de faire penser à un semblant d’effort collectif nous viennent des témoignages concernant des attaques « en masse » : le gémissement d’une goule attire toutes les autres aux alentours. Dès qu’ils entendent ce bruit, les morts-vivants convergent presque toujours vers sa source. On a d’abord cru qu’il s’agissait d’un acte délibéré, et que les gémissements de « l’éclaireur » servaient à attirer le gros de la troupe. Nous savons maintenant que pareille situation est purement accidentelle. Les goules qui geignent en repérant une proie le font uniquement par instinct, pas pour donner l’alerte.
G. Chasse
Les zombies sont des organismes nomades et n’ont pas la moindre notion de territorialité ou de foyer. Ils marcheront des kilomètres – et traverseront des continents entiers si nous leur en laissons le temps – à la recherche de nourriture. Leur technique de chasse ne dépend d’aucun schéma comportemental donné. Les goules se nourrissent de nuit comme de jour. Elles débouchent dans un endroit précis plus par hasard que par réelle volonté. Par ailleurs, elles ne font aucune distinction entre les différentes zones susceptibles d’abriter des proies. Par exemple, certaines fouillent les fermes et autres bâtiments agricoles, mais d’autres passent leur chemin sans même leur accorder un regard. Il faut plus de temps pour explorer une ville, les morts-vivants y restent donc plus longtemps, mais aucun immeuble ne les attirera davantage qu’un autre. Les zombies ne semblent pas avoir conscience de leur environnement immédiat. En fait, ils sont dépourvus des mouvements oculaires qui trahissent généralement un intérêt particulier pour un endroit précis. Silencieux, le regard fixé vers un point situé à plusieurs kilomètres, ils errent au hasard, sans se soucier de leur environnement, jusqu’à ce qu’ils aient repéré une proie. Comme on l’a vu plus haut, les morts-vivants possèdent l’étonnante capacité de repérer une victime avec une très grande précision. Dès que le contact visuel est établi, l’automate silencieux et hagard se transforme en véritable missile à tête chercheuse. Son corps s’oriente immédiatement vers sa proie. Sa mâchoire s’ouvre, ses lèvres se retroussent et le fameux gémissement jaillit des profondeurs de son larynx. Une fois le contact établi, plus rien ne peut perturber le zombie. Il continue à s’approcher jusqu’à ce qu’il perde de vue son objectif, qu’il le dévore ou qu’il soit lui-même éliminé.
H. Motivation
Pourquoi les morts chassent-ils les vivants ? On sait désormais que, techniquement parlant, la chair humaine ne leur sert pas de nourriture. Dès lors, pourquoi leur instinct les pousse-t-il au meurtre ? Mystère. En s’appuyant sur les comptes-rendus historiques à sa disposition, la science moderne a établi que les humains ne constituaient pas le seul mets de choix au menu des morts-vivants. Les équipes de secours chargées de sécuriser les zones contaminées ont systématiquement mentionné l’absence totale de vie. Toute créature, quelle que soit sa taille ou son espèce, s’avère « comestible » pour un zombie. Mais la chair humaine reste néanmoins leur préférée. Sur deux morceaux de viande apparemment identiques, l’un d’origine animale et l’autre d’origine humaine, le zombie choisira systématiquement la chair humaine. Pour quelles raisons ? On l’ignore. Par contre, il apparaît certain que le solanum développe chez le mort-vivant l’instinct de tuer et de dévorer n’importe quelle créature qui lui tombe sous la main. Sans exception.
I. Tuer les morts
Éliminer un zombie peut vous sembler aisé, mais c’est
en fait plus difficile qu’il n’y paraît. Comme on l’a vu, les
zombies ne dépendent pas des fonctions physiologiques de base
nécessaires aux humains. Détruire ou endommager sévèrement son
appareil circulatoire, digestif ou respiratoire n’aura aucun effet
sur un mort-vivant, dans la mesure où son cerveau ne dépend plus de
ces organes. Pour parler simplement, il existe mille et une façons
de tuer un être humain, mais une seule de tuer un zombie :
viser le cerveau. À tout prix.
J. Destruction des corps
Des études ont établi que le solanum continuait à infecter le corps d’un zombie neutralisé pendant plus de quarante-huit heures. Aussi, prenez les plus grandes précautions quand vous vous débarrassez des corps. La tête, en particulier, reste la zone la plus dangereuse, car c’est elle qui possède le plus fort taux de concentration du virus. Ne déplacez jamais un zombie sans une tenue adaptée. Considérez-le comme un déchet hautement toxique et particulièrement mortel. La crémation reste la méthode la plus sûre et la plus facile pour se débarrasser des cadavres. Ne prêtez pas attention aux rumeurs qui prétendent que le solanum risque de se répandre dans l’atmosphère et retomber ensuite en pluies infectieuses. L’expérience nous prouve qu’aucun virus ne peut survivre à une chaleur intense, sans parler d’une exposition directe aux flammes.
K. Domestication
Au risque de nous répéter, rappelons que le cerveau zombie est étanche à toute forme d’émotion. Les tests en laboratoires, de la chirurgie cérébrale aux électrochocs, n’ont rien donné. De même, toutes les tentatives d’entraînement comportemental pour dresser les zombies comme des animaux sociaux ont échoué. Une fois de plus, précisons que l’on ne peut plus « rebrancher » la machine. Elle existera telle quelle ou pas du tout.
LE ZOMBIE VAUDOU
Si les zombies sont la conséquence d’un virus et non le fruit d’une quelconque « magie noire », comment expliquer les zombies « vaudous », ces personnes décédées, arrachées à leur tombe et condamnées à devenir les esclaves des vivants pour l’éternité ? Oui, il est exact que le terme « zombie » vient directement du mot kimbundou Nzùmbe, terme qui désigne l’âme du mort, et que les zombies comme la zombification font partie intégrante de la religion afro-caribéenne nommée vaudou. Cela étant, l’origine étymologique de leur nom demeure le seul point commun entre les zombies vaudous et les zombies viraux. Même si l’on considère que les houngans (prêtres) vaudous sont capables de transformer par magie les humains en zombies, cette pratique tire son origine de faits scientifiquement démontrés. « La poudre de zombie », cette matière utilisée par les houngans pour la zombification, contient une neurotoxine très puissante (sa composition exacte reste un secret jalousement gardé) qui paralyse temporairement le système nerveux et crée de fait un état de stase. Le cœur, les poumons et tous les autres organes fonctionnent alors au minimum vital, il arrive alors parfois qu’un médecin légiste inexpérimenté déclare la mort du patient. Bon nombre d’êtres humains ont été enterrés dans ces circonstances et se sont réveillés en hurlant dans les ténèbres de leur cercueil. Mais qu’est-ce qui transforme un être humain bien vivant en zombie ? L’explication tient en quelques mots : les dommages cérébraux. Un homme enterré vivant consomme l’intégralité de l’oxygène contenu dans son cercueil. Ceux qui ont la chance de s’en sortir souffrent quasi systématiquement de lésions cérébrales anoxiques. Les pauvres diables composent ensuite avec une volonté amoindrie et des facultés cognitives réduites ; il arrive alors qu’on les confonde avec des zombies.
Mais comment distinguer un zombie vaudou de l’original ? Les différences sautent aux yeux.
1. Le zombie vaudou éprouve des émotions
Les gens dont le cerveau a été endommagé par la poudre de zombie demeurent capables d’éprouver des émotions humaines. Ils peuvent sourire, pleurer et même geindre si on les blesse ou si on les provoque (une attitude que n’auront jamais les vrais zombies).
2. Le zombie vaudou est capable de réfléchir
On l’a vu plus haut, un vrai zombie se transforme immédiatement en missile à tête chercheuse dès qu’il croise une créature vivante. Le zombie vaudou, lui, prend le temps de comprendre ce que vous êtes réellement. Soit il se dirige vers vous, soit il opte pour un repli prudent, soit il continue à vous observer jusqu’à ce que son cerveau endommagé analyse correctement les informations reçues. Quoi qu’il en soit, un zombie vaudou ne tend pas les bras, n’ouvre pas la bouche et ne profère aucun son démoniaque en se précipitant maladroitement vers son éventuelle victime.
3. Le zombie vaudou ressent la douleur
Le zombie vaudou qui trébuche et tombe frotte systématiquement ses blessures en gémissant. Dans le même ordre d’idée, un zombie vaudou déjà blessé cherche instinctivement à protéger la zone douloureuse. Dans tous les cas, il a conscience de son état et, à la différence des vrais zombies, ressent toute lésion importante qu’on lui inflige par la suite.
4. Le zombie vaudou se méfie du feu
Attention, il ne faut pas croire que les zombies vaudous aient peur du feu. Les plus atteints risquent même d’en avoir oublié la nature. Ils cessent toute activité pour examiner une flamme de plus près et tentent même de la toucher, avant de reculer précipitamment dès qu’ils saisissent la nature du danger.
5. Le zombie vaudou est conscient de son environnement
À la différence des vrais zombies qui ne reconnaissent rien d’autre que leurs proies, les zombies vaudous réagissent aux variations soudaines de lumière, de son, de goût et d’odeur. On a rapporté des cas de zombies vaudous regardant la télévision, hypnotisés par des gyrophares, écoutant de la musique ou sursautant à cause d’un coup de tonnerre. Certains ont même conscience des autres. Ce dernier point est crucial en cas de doute. Des zombies vaudous ont ainsi échappé à la mort en se rendant ostensiblement compte de la présence d’autrui.
6. Le zombie vaudou ne possède pas de sixième sens
Une personne qui subit les effets débilitants de la poudre de zombie dépend toujours de sa vision. Elle est incapable de se déplacer dans le noir, d’entendre quelqu’un marcher à cinq cents mètres ou de « sentir » une créature vivante. On peut même surprendre un zombie vaudou en s’en approchant par-derrière. Ça n’est toutefois pas recommandé ; les zombies vaudous réagissent parfois violemment si on les effraie.
7. Le zombie vaudou peut communiquer
Ce n’est pas systématique, mais bon nombre de sujets répondent aux signaux visuels. Beaucoup restent sensibles aux mots et certains peuvent même comprendre des phrases simples. Les zombies vaudous ont également la possibilité de parler ; très sommairement, bien sûr, et rarement pour de longues conversations.
8. Il est possible de contrôler un zombie vaudou
Ce n’est pas toujours le cas, mais la plupart des zombies vaudous ayant subi des dommages cérébraux importants perdent conscience d’eux-mêmes, ce qui les rend très sensibles à la persuasion. Le simple fait de hausser la voix, de lui ordonner de s’arrêter ou de partir suffit généralement pour se débarrasser d’un zombie vaudou. Un malentendu dangereux pour ceux qui espèrent contrôler, voire domestiquer un zombie viral. Les plus têtus des sceptiques prétendent qu’il est possible d’empêcher une attaque en ordonnant simplement aux zombies de s’arrêter. Quand des mains froides et sales les saisiront par le cou et que des dents pourries leur déchireront la chair, ceux-là découvriront trop tard qu’il n’en est rien.
Ces quelques lignes devraient vous suffire à faire la différence entre un vrai zombie et un zombie vaudou. Pour finir, sachez que le zombie vaudou se rencontre exclusivement en Afrique subsaharienne, dans les
Caraïbes, en Amérique du Sud, en Amérique centrale et dans le sud des États-Unis. Et même s’il est toujours possible de rencontrer une personne transformée en zombie par un houngan n’importe où dans le monde, les chances que cela arrive restent minimes.
LE ZOMBIE HOLLYWOODIEN
Depuis que les zombies ont fait leur apparition sur grand écran, leur plus grand ennemi n’est plus le chasseur, mais bien le critique cinématographique. Chercheurs, scientifiques, voire certains citoyens inquiets, tous témoignent que ces films donnent une fausse image des morts-vivants, surnaturelle et irréaliste. Armes photogéniques, aptitudes physiques impossibles, statures plus grandes que celles des humains, goules comiques, invincibles ou magiques, autant d’éléments abracadabrantesques qui apportent leur contribution à la – très controversée – galaxie du « film de zombies ». Certains critiques estiment qu’une approche cinématographique privilégiant le « style » contre la « substance » risque de fausser le jugement des spectateurs, voire d’entraîner leur mort en cas de rencontre avec de vrais zombies. Ces accusations sont certes graves, mais recevables. Si certains films de zombies s’inspirent d’événements réels[i], leur but principal – et c’est d’ailleurs valable pour tous les films, quel que soit leur genre – reste avant tout de divertir. Documentaires exceptés (certains sont d’ailleurs « adoucis » pour ne pas heurter les âmes sensibles), les réalisateurs ont l’habitude de prendre certaines libertés artistiques pour améliorer le résultat et plaire au grand public. Mêmes les films fondés sur des événements historiques tordent la réalité au profit du scénario. Certains personnages sont des amalgames de personnes ayant tellement existé. D’autres relèvent de la pure fiction et apparaissent que pour les besoins de l’histoire : simplification du scénario, amélioration des scènes, etc. Même si le rôle de l’artiste consiste justement à défier l’establishment, à éduquer les masses et à éclairer le public, le film perd son sens si tout le monde s’endort après dix minutes de projection. Ce point établi et assimilé, on comprendra mieux pourquoi les zombies hollywoodiens diffèrent autant de la réalité. Pour faire court, considérez es films pour ce qu’ils sont : un bon moyen de se divertir, mais parfaitement inutile d’un point de vue strictement pratique.
Épidémies
Même si les attaques zombies varient énormément en intensité en fonction du nombre d’assaillants, de la nature du terrain et de la réaction de la population, leur niveau de gravité se classe en quatre catégories distinctes.
Catégorie 1
Épidémie de basse intensité, généralement
située dans ; s pays du tiers-monde ou dans les zones rurales
des pays
industrialisés. La population zombie varie entre 1 et 20 individus.
Le nombre total de victimes (en incluant les infectés) ne dépasse
pas les 50. La durée de la crise, du premier cas référencé au
dernier connu, s’échelonne entre 24 heures et 14 jours. La zone
contaminée reste assez réduite, en général une trentaine de
kilomètres de diamètre. La plupart du temps, les frontières
naturelles empêchent l’épidémie de s’étendre. Le dispositif
d’éradication est assez léger – soit exclusivement civil, soit
appuyé par la police locale. La couverture médiatique reste
généralement partielle, voire inexistante. Si vous constatez la
présence de médias, montrez-vous attentifs aux faits divers banals
comme les homicides ou les « accidents ». Il s’agit là du
niveau de gravité le plus courant, celui qui passe le plus
facilement inaperçu.
Catégorie 2
Cette catégorie implique le plus souvent des zones urbaines à forte densité de population. On dénombre alors entre 20 et 100 zombies – les victimes humaines, elles, peuvent se compter par centaines. L’épidémie de catégorie 2 ne dure pas forcément plus longtemps qu’une simple crise de catégorie 1. Par contre, la grande quantité de zombies impliquée entraîne une réaction plus immédiate. Une zone rurale à faible densité de population risque de voir la contamination s’étaler sur plusieurs centaines de kilomètres carrés, alors qu’elle se limite parfois à un seul quartier en zone urbaine. Une organisation stricte s’avère alors requise. Les civils seront remplacés par la police locale, voire nationale. Attendez-vous également à une intervention armée – relativement légère – de la Garde nationale, par exemple (ou son équivalent dans d’autres pays). La plupart du temps, et ce pour éviter toute panique, les militaires se limitent à une action non offensive, se contentant de procurer aide et réconfort à la population tout en assurant le support logistique de l’opération. Les épidémies de catégorie 2 attirent systématiquement les journalistes et les faits seront toujours relatés, sauf si l’épidémie se produit dans une zone extrêmement reculée ou dans un pays où la presse est muselée. Attention, l’objectivité n’est pas toujours de mise.
Catégorie 3
Une véritable crise. Les épidémies de catégorie 3 montrent plus que toute autre à quel point l’on doit prendre la menace zombie au sérieux. Les morts-vivants se comptent alors par milliers et se répandent sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. La durée de l’épidémie – en comptant les éventuels nettoyages ultérieurs – atteint parfois plusieurs mois. Il devient alors impossible d’étouffer l’affaire et de maintenir un black-out médiatique. Même sans l’attention des médias, l’ampleur de l’attaque implique trop de témoins. On assiste le plus souvent à de véritables batailles rangées où l’armée régulière remplace la police. Les autorités déclarent systématiquement l’état d’urgence dans la zone contaminée et les régions avoisinantes. On doit alors s’attendre à l’instauration de la loi martiale, au couvre-feu, au rationnement alimentaire, à l’arrivée des services fédéraux et à la surveillance très stricte des communications. Cela étant, toutes ces mesures prennent du temps avant leur mise en place. La phase initiale sera toujours chaotique, le temps que les autorités en présence comprennent la nature de la crise. Émeutes, pillages et panique généralisée compliquent encore la situation et retardent la mise en place d’un dispositif efficace. En attendant, ceux qui vivent dans la zone concernée restent à la merci des zombies. Isolés, abandonnés et cernés par les goules, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.
Catégorie 4
(Voir le chapitre Vivre dans un monde envahi par les zombies)
DÉTECTION
Quelle que soit son intensité ou sa catégorie, toute épidémie a un début. Maintenant que vous connaissez mieux votre ennemi, la prochaine étape consiste à savoir anticiper les signes avant-coureurs.
Comprendre la vraie nature d’un zombie n’a aucun intérêt en soi si vous êtes incapable d’identifier une épidémie avant qu’elle ne dégénère. Rassurez-vous, il ne s’agit pas de construire immédiatement un centre opérationnel anti-zombies dans votre cave, ni de vous apprendre à épingler des étiquettes de couleur sur une carte militaire pendant que vous hurlez vos ordres dans un poste de radio à ondes courtes. Montrez-vous simplement attentifs aux signes qui passent généralement inaperçus aux yeux du citoyen moyen :
1. Les homicides par décapitation et tirs dans la tête. Le cas s’est déjà produit à plusieurs reprises : des personnes bien informées identifient formellement une épidémie zombie et tentent de régler eux-mêmes la question. Ces gens sont alors presque toujours considérés comme des meurtriers et jugés en conséquence.
2. Disparitions inexpliquées, notamment en pleine nature ou dans des zones reculées. Soyez extrêmement vigilants si plusieurs membres des équipes de recherche sont portés disparus à leur tour. Si l’événement est couvert par la télévision ou par des photographes, observez attentivement le matériel des secouristes. Si vous comptez plus d’un fusil par personne, il y a de fortes chances qu’il ne s’agisse pas d’une banale opération de secours.
3. Crises de démence pendant lesquelles des individus pourtant sans histoire attaquent leur famille et/ou leurs amis à mains nues. Essayez de savoir si les assaillants ont mordu ou tenté de mordre leurs victimes. Si oui, les blessés sont-ils encore à l’hôpital ? Tâchez de découvrir si ces personnes sont mystérieusement décédées quelques heures après la morsure.
4. Émeutes ou désordres civils inexplicables. En général, les violences urbaines n’ont pas lieu d’être sans tension raciale, action politique ou décision de justice. Même la soi-disant hystérie collective peut trouver une explication. Si vous n’obtenez absolument aucune réponse convaincante, la vérité est sans doute ailleurs.
5. Maladies mortelles dont la cause reste obscure ou hautement suspecte. Les décès d’origine infectieuse sont rares dans notre monde industrialisé, comparé au siècle précédent. C’est pour cette raison que les nouvelles épidémies font toujours la une des journaux. Soyez également attentifs aux explications douteuses – virus du Nil ou maladie de la vache folle. Elles servent parfois à masquer la vérité.
6. Tout ce qui précède, pour peu que la presse soit interdite d’accès. Un black-out général est rarissime aux États-Unis. Si jamais un tel événement se produit, considérez qu’on vient de hisser le drapeau rouge. Bien sûr, les morts-vivants ne constituent pas forcément la seule explication possible, mais un événement qui force un pays aussi médiatique que le nôtre à interdire toute couverture presse mérite votre attention. Quelle que soit la nature exacte de la « vérité », Ça ne risque pas d’être une bonne nouvelle.
Dès qu’un détail met tous vos sens en alerte, ne perdez pas sa trace. Notez la distance qui vous sépare de la zone concernée. Surveillez les régions voisines et les incidents similaires. Si dans les jours ou semaines qui suivent, lesdits incidents se reproduisent, étudiez-les avec attention. Observez la réaction de la police et celle des différentes agences gouvernementales. Si le déploiement de force s’intensifie, il s’agit probablement d’une épidémie.