Défense

Le témoignage direct de Yahya Bey, immigré turc récemment installé en Angleterre, décrit l’attaque du village d’Oltu. D’après Bey, une horde de zombies a surgi des collines avoisinantes en plein milieu de la nuit. Ceux qui n’ont pas été dévorés ont tenté de se barricader chez eux, à la mosquée locale ou au poste de police. Plusieurs ont été piétinés à mort en essayant d’entrer au commissariat, pendant qu’un feu d’origine accidentelle carbonisait tout le monde à l’intérieur. Ceux qui n’avaient pas eu le temps de sécuriser leurs fenêtres et leurs portes ont été débordés par les morts-vivants. D’autres, déjà mordus, se sont dirigés vers le domicile du docteur. Alors que ce dernier faisait tout pour les sauver, certains patients ont succombé à leurs blessures, puis se sont réanimés. Âgé à l’époque de six ans, Bey a réussi à grimper sur le toit de sa maison où il est resté dissimulé toute la nuit avant de s’enfuir aux toutes premières lueurs de l’aube, sautant de toit en toit jusqu’à rejoindre la terre ferme. Personne n’a cru un traître mot de son histoire, mais une escouade de policiers y a quand même été envoyée pour débusquer d’éventuels pillards. Ils n’ont trouvé qu’un village en ruine, aux bâtiments brûlés, éventrés ou totalement détruits. Des corps à demi dévorés jonchaient les rues. Les empreintes de pas indiquaient qu’un petit groupe en avait suivi un autre, plus important. Personne n’a jamais été retrouvé.

Existe-t-il une défense idéale contre les morts-vivants ? Très sincèrement, non. La notion de défense dépasse la simple sécurité individuelle. Supposons que vous réussissiez à dénicher/fabriquer/modifier un abri pour vous protéger d’une menace extérieure. Parfait. Et ensuite ?

Les zombies ne vont pas s’en aller comme ça, et personne ne sait quand les secours finiront par arriver. Comment allez-vous survivre ? La faim, la soif, la maladie et beaucoup d’autres facteurs tuent tout aussi sûrement que les morts-vivant s. Si vous faites face à une horde de zombies, dites-vous bien que vous êtes littéralement en état de siège. Vous comprendrez mieux ce que nos ancêtres subissaient, quand l’ennemi encerclait leurs châteaux et leurs villages. Notez bien que votre sécurité temporaire ne constitue qu’un élément de l’équation. Pour être pleinement préparé, il faut savoir survivre par ses propres moyens, un art depuis longtemps oublié à notre époque essentiellement interdépendante. Regardez autour de vous ; comptez les objets manufacturés dans un rayon de 5, 10, 100 mètres… Notre mode de vie, et tout particulièrement celui des nations les plus industrialisées, dépend intimement d’un fragile réseau de transports et de communications. Supprimez ce réseau et nous retournerons au Moyen Âge. Ceux qui comprennent la nature du problème et anticipent cette possibilité ont bien plus de chances de survivre que les autres. Ce chapitre vous apprendra à concevoir une place forte ainsi qu’à vivre en vase clos.

RÉSIDENCE PRIVÉE-DÉFENDRE SA MAISON

En cas d’épidémie de catégorie 1, la plupart des habitations normales suffisent à vous protéger efficacement. Inutile de quitter la ville dès que vous entendez parler des morts-vivants. Au contraire. Pendant les premières heures de l’attaque, la population tentera de fuir par tous les moyens. Des milliers de véhicules et de gens paniqués satureront toutes les routes, une situation particulièrement dangereuse qui risque de tourner à l’émeute à chaque instant. Tant que les vivants n’auront pas éliminé les morts, ou que les morts n’en auront pas terminé avec les vivants, tenter de fuir ne fera qu’ajouter des cadavres au chaos général. Chargez vos armes, préparez-vous au combat, mais ne bougez pas. Restez en sécurité. Soyez vigilants. Quoi de plus adapté que votre propre domicile pour cela ?

1. Préparation (première partie) : chez vous

Avant que les morts envahissent les rues, avant que le carnage commence, certains d’entre vous peuvent d’ores et déjà constater que leur domicile offre de meilleures garanties de sécurité que ceux de leurs voisins. Même si aucune maison n’a jamais été spécifiquement conçue pour résister à une attaque zombie, beaucoup d’entre elles peuvent remarquablement bien faire l’affaire. Si votre résidence n’est pas adaptée en elle-même, quelques modifications contribueront efficacement à son amélioration.

A. Exceptions

Les maisons sur pilotis, comme on peut en voir sur les plages, au bord des rivières ou dans les zones marécageuses, sont conçues pour éviter les inondations. Leur hauteur empêche les attaques conventionnelles. Il est même possible de laisser les portes et les fenêtres ouvertes sans protection particulière. Seule la porte d’entrée et les escaliers extérieurs devront impérativement être barricadés ou détruits dès que l’alerte sera donnée. Une fois en sécurité sur cette plate-forme surélevée, votre espérance de vie ne dépendra plus que du stock de provisions à votre disposition.

Il existe un autre type d’habitation sécurisée construit pour résister à un ennemi tout aussi mortel et dangereux qu’un zombie : les maisons « anti-tornades » conçues pour résister à des tornades modérées et qui poussent comme des champignons au centre des États-Unis. Les murs sont en béton, les portes en acier et des rideaux métalliques d’urgence sont habilement dissimulés derrière des volets standards. Ce type d’habitation supportera facilement une épidémie de catégorie 1 ou 2.

B. Améliorations et modifications

Sécuriser une maison pour empêcher toute intrusion de zombies revient à la sécuriser contre les vivants tout court. Seule différence, l’alarme anti-cambriolage. Beaucoup d’entre nous dorment sur leurs deux oreilles grâce à leur alarme dûment branchée. Mais à quoi sert ce dispositif, sinon à envoyer un signal à la police ou à une quelconque société privée ? Et que faire si personne ne vient ? S’ils sont occupés ailleurs ? S’ils ont l’ordre de traiter en priorité des clients plus « importants » ? Ou s’ils ont tout simplement cessé d’exister, réduits à l’état de viande froide dans l’estomac des goules ? Dans ce cas, à vous de vous défendre. Seul.

Les barres de sécurité posées sur les portes et fenêtres arrêteront une horde de zombies pendant un certain temps, certes, mais pas éternellement. Deux ou trois morts-vivants très motivés peuvent les forcer en moins de 24 heures.

Les vitres « trempées » incassables présentent des faiblesses aux encoignures. Il faut impérativement les renforcer en installant un cadre en acier. Notez que l’argent dépensé pour renforcer chacune de vos fenêtres serait mieux employé pour l’achat d’une maison sur pilotis ou d’une résidence anti-tornades, comme celles décrites plus haut.

Un grillage haut de gamme dont la hauteur dépasse les 3 mètres retiendra des douzaines de zombies pendant des semaines, voire plusieurs mois, pour peu que l’épidémie se cantonne à la catégorie 1. Un mur en parpaings de 4 mètres, renforcé par des barres d’acier et rempli de béton, constitue la défense la plus sûre en cas d’épidémie de catégorie 1 ou 2. Les arrêtés préfectoraux interdisent parfois la construction d’un mur aussi élevé, mais ne négligez pas cette option (vérifier les textes de lois applicables à votre région). Même si l’on sait aujourd’hui que certains zombies sont capables de franchir un obstacle de plus de 3 mètres de haut, ça ne s’est jamais vraiment généralisé. Quelques personnes bien équipées et bien armées tiendront – difficilement, certes, mais quand même – aussi longtemps qu’ils le pourront derrière ce genre de protection.

La porte doit être en acier ou en fer forgé ; et solide, si possible. Elle doit glisser latéralement et non s’ouvrir comme une porte classique. Pour la barricader, il suffit d’y garer votre voiture au plus près. Enfin, un dispositif électrique pourra en faciliter l’ouverture, mais risque de vous piéger à l’intérieur si l’électricité est coupée.

Comme on l’a vu plus haut, un mur de 4 mètres ne vous protégera que des épidémies de catégorie 1 et 2. Pour une catégorie 3, les zombies risquent d’être suffisamment nombreux – et ils le seront à un moment ou à un autre – pour se marcher les uns sur les autres jusqu’à former une sorte de pont dont la hauteur finira fatalement par dépasser celle du mur.

C. Appartements

Les appartements et les immeubles d’habitation offrent différentes garanties de sécurité en fonction de leur taille et de leur conception. Cela étant, du petit immeuble à deux étages, comme on peut en voir à Los Angeles, aux tours de verre new-yorkaises, ce sont les mêmes règles qui s’appliquent.

 

IMPORTANT : NE TENEZ AUCUN COMPTE DES GUIDES D’AUTODÉFENSE TRADITIONNELS

Bien que la quasi-totalité des chapitres de ce livre vous encouragent à prendre connaissance de manuels additionnels (concernant les armes, le matériel militaire, la stratégie, la survie en milieu hostile, etc.), ceux qui traitent de la défense des domiciles privés ne sont PAS recommandés. Ces guides traitent d’un ennemi humain, avec une intelligence humaine et une sagacité humaine. Nombre des techniques détaillées dans ces livres, comme les pièges à loup ou les clous dans le tapis, s’avèrent totalement inefficaces contre un mort-vivant.

 

Les rez-de-chaussée restent les endroits les plus risqués, à cause de leur accessibilité. Les appartements des étages supérieurs s’avèrent dans presque tous les cas plus sûrs que n’importe quel type de maison. Détruisez l’escalier, et vous voilà isolé du reste de l’immeuble. Avec l’ascenseur éteint et les escaliers de secours suffisamment hauts pour que les zombies ne puissent pas les atteindre (la loi impose une norme stricte), n’importe quel appartement se transformera en véritable havre de paix quand les zombies passeront à l’attaque.

Autre avantage des appartements : le grand nombre de personnes vivant à proximité. Là où un particulier isolé devra sécuriser tout seul sa résidence, tous les habitants d’un immeuble pourront contribuer à sa défense. Par ailleurs, les chances de rassembler différents corps de métier – charpentiers, électriciens, infirmiers et réservistes de l’armée (ce n’est pas toujours le cas, mais cela reste une possibilité) – augmentent très nettement. Bien entendu, « plusieurs personnes » rime avec « conflit ». Mais cet inconvénient est négligeable si vous avez le choix entre une maison et un appartement. Choisissez toujours ce dernier.

2. Préparation (deuxième partie) : équipement

Une fois votre domicile sécurisé, équipez-vous de manière à pouvoir soutenir un siège. Impossible en effet de savoir combien de temps il faudra attendre avant l’arrivée des secours. Si jamais ils arrivent. Préparez-vous toujours à un siège interminable. Ne pariez jamais sur une issue rapide.

A. Armes

Sur le terrain, il vous faut nécessairement limiter l’encombrement de votre paquetage pour faciliter vos déplacements. Ici, par contre, vous aurez toute latitude pour stocker et entretenir quantité d’armes différentes. Ne truffez pas pour autant votre maison de tous les moyens de destruction possibles et imaginables. Chaque arsenal privé devrait comprendre :

• Fusil. 500 balles.

• Fusil à pompe, calibre 12. 250 cartouches.

• Pistolet, calibre 45. 250 balles.

• Silencieux (pour fusil).

• Silencieux (pour pistolet).

• Arbalète (peut remplacer le silencieux). 150 carreaux.

• Lunette télescopique (pour fusil). Lunette à intensification de lumière (pour fusil).

• Visée laser (pour fusil).

• Visée laser (pour pistolet).

• Katana.

• Wakizashi ou tout autre type de lame suffisamment courte.

• Deux couteaux aiguisés (avec lame de 20 à 25 centimètres).

• Hachette.

(Attention, cette liste n’est valable que pour une seule personne. Ajuster la quantité en fonction du nombre de personnes qui composent le groupe.)

B. Équipement

Maintenant que vous avez rassemblé vos armes, réfléchissez à l’équipement nécessaire pour tenir et surtout survivre. Pour des périodes courtes, un kit de survie standard suffira. Si l’épidémie se prolonge, le matériel listé plus bas devient obligatoire. On n’évoquera pas ici les articles courants comme le papier toilette, les vêtements, etc., considérant a priori que vous en avez déjà une quantité raisonnable à disposition.

• Eau. 3 litres par jour, pour la cuisine et la toilette.

• Filtre à eau (pompe manuelle).

• 4 filtres de rechange.

• Citerne pour recueillir l’eau de pluie.

• Pastilles de purification d’eau.

• Nourriture en conserve : 3 boîtes par jour (préférables aux aliments déshydratés, car elles contiennent de l’eau).

• 2 réchauds électriques portables.

• Pharmacie (doit inclure le matériel chirurgical nécessaire à une opération d’urgence et des antibiotiques).

• Générateur électrique à alimentation manuelle (type dynamo).

• Groupe électrogène (à n’utiliser qu’en cas d’urgence).

• 40 litres de carburant.

• Radio à ondes courtes. Batteries rechargeables.

• 2 lampes-torches à piles.

• 2 lampes à batterie rechargeable.

• 2 radios à batterie rechargeable (électrique ou solaire).

• Matériel de construction (briques, ciment, bois, etc.).

• Boîte à outils complète (marteau, hache, scie, etc.).

• Chaux et/ou produit chimique pour traiter et entretenir les latrines.

• Télescope puissant (x 80 ou x 100). Œilletons de rechange et matériel d’entretien.

• 15 fusées de détresse type « marine ».

• 35 bâtons chimiques luminescents.

• 5 extincteurs.

• 2 boîtes de boules Quies.

• Pièces de rechange pour tous les engins cités et modes d’emploi spécifiques.

• Bibliothèque exhaustive pour tout ce qui concerne l’utilisation du matériel et les différentes techniques de survie en milieu hostile.

(Attention. On suivra ici la règle précédemment appliquée aux armes. Multipliez tous les articles individuels, nourriture, eau et médicaments par le nombre de personnes qui composent le groupe.)

3. Survivre à une attaque

Le siège vient de débuter. Les zombies grouillent autour de votre domicile et tentent d’y pénétrer par tous les moyens. Sans succès. Vos ennuis ne font pourtant que commencer. Tenir un siège ne signifie pas vous asseoir et attendre. Quantité de tâches vous attendent et il faut vous y atteler au plus vite si vous espérez survivre dans cet espace confiné.

A. Sacrifiez un coin de votre espace vital pour l’utiliser comme latrines. La plupart des guides de survie vous donneront tous les détails concernant leur construction et leur usage.

B. Si possible (sol adapté et pluies régulières), semez un potager. Il faudra consommer en priorité cette source de nourriture, et garder les boîtes de conserve pour les seuls cas d’urgence. Éloignez les plantations au maximum des latrines pour éviter toute pollution du sol et les effets résiduels de la chaux.

C. Ne vous servez que du générateur électrique manuel (type dynamo). Un groupe électrogène n’est pas seulement bruyant ou potentiellement dangereux, sa réserve de carburant n’a vraiment rien d’éternel. Ne l’utilisez qu’en cas d’urgence absolue, comme les attaques de nuit, si le générateur manuel est hors d’usage ou inutilisable pour une quelconque raison.

D. Patrouillez constamment le long des murs. Si vous êtes en groupe, établissez un système de quarts 24 heures sur 24. Soyez toujours vigilant quant à une improbable – mais toujours possible – infiltration. Si vous êtes seul, limitez vos patrouilles à la journée. La nuit, assurez-vous que toutes les portes sont sécurisées (les fenêtres doivent être barricadées). Dormez avec une lampe et une arme à portée de main. Et seulement d’un œil.

E. Soyez discret. Si vous disposez d’une cave, utilisez-la comme cuisine. Stockez-y vos générateurs électriques et le matériel de maintenance. Quand vous écoutez la radio, un rituel à respecter scrupuleusement, utilisez les écouteurs. Posez des rideaux opaques sur vos fenêtres, surtout la nuit.

F. Débarrassez-vous des cadavres. Zombie ou humain, un corps reste un corps. Les bactéries qui en dévorent la chair peuvent s’avérer extrêmement dangereuses. Tout cadavre doit être impérativement enterré ou brûlé. Quant à ceux qui se trouvent de l’autre côté du périmètre de sécurité, contentez-vous d’y mettre le feu. Pour ce faire, posez simplement une échelle contre le mur, montez, arrosez la goule morte d’essence et laissez tomber une allumette. Bien que les flammes risquent d’attirer les zombies, cela reste un moindre mal.

G. Entraînez-vous quotidiennement. Un vélo d’appartement, un peu de gymnastique suédoise et quelques exercices de stretching vous maintiendront suffisamment en forme pour affronter tout type de situation. Là encore, restez silencieux. Si vous n’avez pas de cave, utilisez la pièce centrale du domicile. Une isolation sonore de fortune (matelas aux murs, couvertures, etc.) suffit pour étouffer les sons.

H. Distrayez-vous. Malgré la nécessité de vous montrer vigilant, vous devez également penser à vos loisirs. Arrangez-vous pour disposer de toutes sortes de jeux, de livres ou de tout ce qui pourrait servir à vous détendre (les jeux vidéo sont trop bruyants et consomment trop d’énergie). En cas de siège long et interminable, l’ennui mène à la paranoïa, aux hallucinations et au désespoir. Un esprit sain dans un corps sain, voilà l’important.

I. Gardez vos boules Quies à portée de main et utilisez-les aussi souvent que possible. Le gémissement des morts-vivants vous accompagnera durant tout le siège et constituera une forme à la fois mortelle et insidieuse de guerre psychologique. Des gens bien à l’abri dans une maison correctement équipée se sont parfois entre-tués ou ont fini par devenir fous furieux à cause de cette plainte sourde et permanente.

J. Assurez-vous de disposer d’un plan de secours pour vous échapper et conservez un paquetage complet à portée de main. L’issue étant incertaine, il peut s’avérer nécessaire d’abandonner votre maison.

Si un mur s’écroule, si un incendie se déclare, si les secours sont encore trop loin… Peu importe la raison, il est temps de partir. Gardez votre paquetage et votre arme sous le coude. Chargée.

4. En cas d’urgence

Les morts approchent. Vous sentez déjà la fumée et les sirènes n’en finissent pas de hurler. L’air est saturé de cris et de coups de feu. Vous n’avez pas voulu ou pas pu sécuriser votre domicile à temps. Que faire ? Même si vous n’avez pas beaucoup de chances de vous en sortir, ça ne signifie pas pour autant que vous devez abandonner la partie. Si vous prenez les bonnes décisions au bon moment, vous éviterez – vous et votre famille – de rejoindre les rangs des morts-vivants.

A. Stratégie à appliquer pour les maisons à étage

1. Fermez portes et fenêtres. Un simple carreau n’arrêtera évidemment pas un zombie, mais le bruit du verre brisé vous avertira de toute tentative d’intrusion.

2. Grimpez à l’étage et ouvrez les robinets de la baignoire. Ça peut vous sembler idiot, mais il n’existe aucun moyen de savoir quand les premières coupures d’eau auront lieu. Après quelques jours de siège, la soif s’avère bien plus dangereuse que les morts-vivants.

3. Trouvez les meilleures armes possibles (voir chapitre précédent). Elles doivent être légères et, si possible, pouvoir s’accrocher à votre ceinture pour vous laisser les mains libres.

Vous allez abondamment vous en servir dans les heures qui suivent.

4. Commencez à barricader le premier étage. Servez-vous des listes détaillées aux pages ici et #liste 2. La plupart des maisons renferment environ la moitié des articles cités. Effectuez un inventaire rapide pour voir ce dont vous disposez. N’embarquez pas tout, seulement l’essentiel : une ou deux armes, de la nourriture (la baignoire est déjà pleine d’eau), une lampe-torche et une radio à piles. Et comme la plupart des familles conservent leur pharmacie à l’étage, vous n’aurez besoin de rien d’autre. Souvenez-vous : le temps est compté, ne le gaspillez pas à rassembler des choses inutiles alors que le gros du travail vous attend là-haut.

5. Démolissez l’escalier ! Les zombies sont incapables d’escalader quoi que ce soit ; cette méthode garantit donc votre sécurité. On entend souvent dire qu’il suffit de barricader portes et fenêtres. N’en croyez pas un mot. Quelques zombies motivés en viendront facilement à bout. Détruire votre escalier requiert certes du temps et de l’énergie, mais il faut s’y résoudre. Question de vie ou de mort. Ne tentez jamais d’y mettre le feu pour accélérer sa destruction en espérant contrôler les flammes. Certains ont essayé de gagner du temps de cette façon ; leurs efforts ont soit débouché sur une mort atroce, soit totalement détruit leur maison.

6. Si vous disposez d’une échelle, utilisez-la pour continuer à stocker du matériel à l’étage. Sinon, faites un inventaire. Remplissez d’eau tous les récipients que vous trouverez et préparez-vous à une longue attente.

7. Restez hors de vue. Si vous écoutez la radio, réglez le son au minimum. Si le ciel s’assombrit, n’allumez pas les lumières et ne vous approchez pas des fenêtres. Essayez de faire croire que la maison est abandonnée. Cela n’empêchera pas les zombies d’entrer, mais vous éviterez de vous faire repérer alors que toute une congrégation de morts s’agite dans le quartier.

8. N’utilisez pas le téléphone. Chaque fois qu’une catastrophe quelconque se produit, les lignes sont rapidement saturées et vous aggraverez le problème en essayant d’appeler à votre tour. Baissez le volume de la sonnerie au minimum. Si quelqu’un vous appelle, répondez aussitôt, mais le plus discrètement possible.

9. Trouvez une issue de secours. Vous êtes peut-être à l’abri des zombies, mais certainement pas d’un incendie. Si une conduite de gaz explose ou si un type s’amuse avec un cocktail Molotov dans la rue, il vous faudra abandonner la maison. Débrouillez-vous comme vous voulez, mais tâchez de trouver un sac suffisamment solide pour transporter l’essentiel (voir le chapitre Fuite/Déplacements)… Et gardez-le à portée de main.

B. Stratégie à appliquer aux maisons de plain-pied

Si vous ne vivez pas dans une maison à étage, le grenier servira de substitut, certes moins confortable, mais tout aussi efficace. On le sécurisera facilement en relevant l’escalier rétractable ou en retirant l’échelle d’accès. Les zombies n’ont pas la capacité cognitive de construire un escabeau de fortune. Si vous gardez le silence, ils ne se rendront même pas compte qu’il y a un grenier.

Ne vous servez jamais de la cave comme refuge. Les mauvaises séries Z voudraient nous faire croire qu’elle peut nous protéger des morts-vivants. C’est un mensonge éhonté et dangereux. La faim, la suffocation ou les incendies y ont tué un nombre incalculable de gens au fil des années.

Si vous habitez une maison de plain-pied sans grenier, emparez-vous de tout ce que vous pourrez, prenez une arme et grimpez sur le toit. Si vous faites tomber l’échelle et qu’il n’y a aucun accès direct (fenêtre ou trappe), les morts-vivants seront incapables de vous atteindre. Ne bougez pas et gardez le silence pour éviter de les attirer. Les zombies qui traînent aux alentours pénétreront dans votre maison, y chercheront une proie et finiront par partir. Restez sur le toit aussi longtemps que vous le pourrez, jusqu’à ce que vos provisions soient épuisées ou que les secours arrivent. C’est sans doute peu confortable, mais c’est votre meilleure chance de survie. Cela dit, tôt ou tard, il faudra abandonner votre perchoir.

LIEUX PUBLICS

Tout comme les domiciles privés, les lieux publics et les bâtiments non résidentiels peuvent éventuellement vous servir de refuge. Dans certains cas, leur taille et leur agencement offrent même une protection supérieure à celle des domiciles particuliers les plus sécurisés. Dans d’autres, c’est exactement le contraire. Armer et équiper ce genre d’endroit doit répondre aux mêmes critères que pour une résidence privée, mais à plus grande échelle. Aussi ce chapitre se limitera-t-il aux meilleurs et aux pires abris publics.

1. Bureaux

La plupart des règles valables pour les maisons et appartements s’appliquent également aux immeubles de bureaux. Une fois le rez-de-chaussée abandonné, les escaliers détruits et les ascenseurs éteints, un ensemble de bureaux devient un endroit d’une rare tranquillité.

2. Écoles

Étant donné l’absence d’agencement standard, savoir si une école constitue un bon refuge ou pas s’avère parfois compliqué. Appliquez ici les règles habituelles de l’autodéfense (voir « Règles générales », page 135). Malheureusement pour nos sociétés urbanisées – mais tant mieux pour nous en cas d’attaque zombie –, les établissements scolaires ont souvent des airs de forteresses. Non seulement les bâtiments en eux-mêmes sont conçus pour résister à une émeute de basse intensité, mais les grilles qui les ceinturent transforment ces lieux d’apprentissage en véritables camps militaires. Nourriture et pharmacie sont généralement stockées à la cafétéria, à l’infirmerie ou au bureau du professeur d’éducation physique. Bien souvent, l’école représente votre meilleure chance. Non pas d’apprendre quoi que ce soit, bien sûr, mais de survivre à une attaque de morts-vivants.

3. Hôpitaux

On a tendance à considérer l’hôpital comme un endroit idéal où se réfugier en cas d’épidémie ; c’est pourtant l’un des pires. Oui, les hôpitaux disposent d’un personnel compétent, de larges stocks de nourriture et de tous les médicaments nécessaires. Oui, on peut facilement les sécuriser (comme n’importe quel immeuble de bureaux ou d’habitation). Oui, ils jouissent parfois d’une protection policière ou privée régulière. Pour n’importe quel autre type de catastrophe, l’hôpital constituerait sans doute un excellent choix. Mais pas quand les morts envahissent les rues. Même si la méfiance à l’égard des zombies s’accroît peu à peu d’années en années, les infections au solanum restent souvent mal diagnostiquées. Les humains victimes de morsures ou les cadavres encore frais sont systématiquement transportés à l’hôpital. La quasi-totalité de la première vague de zombies (presque 90 %) se compose d’équipes médicales ou du personnel impliqué dans le traitement des cadavres. Reportez-vous aux cartes chronologiques des épidémies : celles-ci irradient littéralement à partir des hôpitaux et des cliniques.

4. Commissariats

À l’inverse des hôpitaux, les raisons d’éviter les commissariats tiennent davantage à leurs occupants humains qu’aux zombies. Selon toute probabilité, les habitants d’une ville contaminée envahiront le poste de police en priorité. La situation risque d’y dégénérer rapidement, avec son lot de bagarres, de bousculades, de cadavres et de sang. Imaginez une foule incontrôlable d’individus paniqués essayant de forcer la porte d’entrée du seul endroit considéré – à tort – comme sûr. Nul besoin de se faire mordre par un zombie quand les coups, les couteaux, les balles perdues ou même l’asphyxie ne sont guère moins probables. Aussi, quand les morts débarquent dans votre ville, localisez le commissariat le plus proche et évitez-le comme la peste.

5. Magasins et commerces

En cas d’épidémie de catégorie 1, la plupart des magasins offrent une protection adéquate. Ceux qui disposent d’un rideau de fer ou d’une grille retiendront une dizaine de zombies pendant plusieurs jours. Si le siège s’éternise, ou si d’autres zombies se joignent aux réjouissances, le rapport de force risque de changer radicalement. Pour peu qu’ils soient suffisamment nombreux, les morts feront pression contre les portes et finiront inévitablement par les enfoncer ou les briser. Ménagez-vous toujours une issue de secours ; si votre barricade donne des signes de faiblesse, vous devrez rapidement quitter les lieux. S’il vous est impossible de concevoir un plan B valable, ne croyez surtout pas que votre abri vous servira ad vitam aeternam. Évitez impérativement les magasins dépourvus de portes. Leurs larges baies vitrées agissent comme des sémaphores pour les zombies avoisinants.

6. Supermarchés

Bien qu’ils renferment suffisamment de nourriture pour qu’un groupe de réfugiés puisse y tenir un siège, les supermarchés restent extrêmement dangereux. Même cadenassées et grillagées, leurs immenses baies vitrées n’offrent qu’une protection toute relative. Renforcer les entrées s’avère assez difficile. Par ailleurs, sachez que la façade extérieure d’un supermarché fonctionne sciemment comme un écran géant pour présenter dans les meilleures conditions possibles quantité de produits alléchants. Placez des humains à l’intérieur, des zombies à l’extérieur, et l’analogie vous coupera l’appétit.

Tous les magasins d’alimentation ne se transforment pas pour autant en pièges mortels. Les supermarchés plus petits et les épiceries familiales font d’excellents refuges temporaires. Tous disposent de solides portes en acier pour se protéger du vol et des émeutes, voire de volets roulants métalliques. Ces supérettes offrent une protection adéquate en cas d’attaque de basse intensité. Si vous vous réfugiez dans l’un de ces endroits, pensez à consommer d’abord la nourriture périssable et tenez-vous prêts à finir le reste si (dès que) l’électricité est coupée.

7. Centres commerciaux

Des bâtiments quasi indéfendables. Les humains et les zombies envahissent toujours les centres commerciaux géants. Surtout en cas de désordre civil : au premier signe d’émeute, ces véritables concentrés de richesses grouillent littéralement de vigiles, de policiers et même de propriétaires de magasins. Si la crise éclate sans prévenir, de nombreux clients se retrouveront piégés à l’intérieur du centre, ce qui entraînera les problèmes habituels de panique, de mouvements de foule et d’asphyxie, en plus d’attirer les morts-vivants. Quelle que soit la catégorie de l’épidémie, courir se réfugier au centre commercial revient à se diriger droit vers le chaos.

8. Églises

On nous pardonnera ce mauvais jeu de mots, mais les lieux consacrés n’ont rien d’une bénédiction. L’avantage principal des églises, des synagogues, des mosquées ou de n’importe quel autre lieu de culte, c’est leur conception architecturale qui empêche toute intrusion. La plupart possèdent de lourdes portes en bois ou en métal. Les fenêtres ont tendance à dominer largement le sol. Beaucoup sont ceinturés par une clôture en fer forgé qui, outre ses indéniables qualités esthétiques, sert de protection supplémentaire. Comparé à beaucoup d’autres endroits vénérables – et de taille égale –, un lieu de culte présente de sérieuses garanties de sécurité. Néanmoins, en cas d’épidémie, ça ne suffira pas à retenir la horde de zombies qui finira fatalement par vous submerger. Quant au caractère inéluctable du carnage à venir, il n’a, bien sûr, rien de surnaturel : les armées de Satan n’envahissent pas sciemment la maison de Dieu. Le Mal absolu n’affronte pas les archanges du Seigneur. Non, les morts-vivants attaquent les églises pour une seule et bonne raison : on y trouve de la nourriture. Malgré leur éducation, leur amour de la technologie et leur désintérêt assumé pour tout ce qui relève du spirituel, les citadins américains iront immédiatement pleurer dans les jupes de Dieu dès les premiers signes d’épidémie. Les lieux de culte bourrés de gens braillant leurs prières ont toujours servi d’appeaux à morts-vivants. Certaines photos aériennes montrent même de véritables rivières de zombies avançant lentement mais sûrement vers l’abattoir le plus proche : une église.

9. Entrepôts

Grâce à leur absence de fenêtres, leurs entrées sécurisées et leur agencement généralement spacieux, les entrepôts font d’excellents refuges sur des périodes parfois très longues. Nombre d’entre eux disposent de bureaux équipés de sanitaires, et donc d’eau.

Si les marchandises y sont stockées dans des containers massifs, estimez-vous heureux : ces derniers peuvent vous servir à barricader les issues, à installer des quartiers privés ou même, comme nous l’avons tous fait enfants, à ériger une deuxième ligne de défense derrière la première. Lesdites marchandises peuvent également s’avérer utiles, même si cela reste peu probable. Pour toutes ces raisons, classez les entrepôts parmi les meilleurs refuges possibles. Attention, toutefois : la moitié du temps, ces bâtiments jouxtent un chantier naval, une usine ou une quelconque zone industrielle potentiellement dangereuse. Si tel est le cas, restez prudents, observez bien les alentours et soyez prêt à vous enfuir à tout moment. Méfiez-vous également des entrepôts réfrigérés remplis de denrées périssables. Une fois l’électricité coupée, la décomposition présente de série


ux risques pour la santé.

 

10. Quais et docks

Avec quelques modifications, des provisions suffisantes et un emplacement adéquat, les quais et les docks deviennent quasi imprenables. On l’a vu, les zombies sont incapables de nager ou d’escalader quoi que ce soit. Leur seule voie d’accès possible reste donc la terre ferme. Détruisez cet accès et vous voilà virtuellement isolé sur une île déserte.

11. Chantiers navals

Bien qu’on s’en serve régulièrement comme zone de stockage temporaire pour les déchets industriels ou les autres matières dangereuses, les chantiers navals présentent de nombreux avantages pour tous ceux qui cherchent un abri raisonnablement sûr. Tout comme les entrepôts, les containers se barricadent facilement et dans certains cas, peuvent même servir d’armes (voir « Mars 1994 – San Pedro, Californie », page 348). Les navires font également d’excellents refuges une fois les échelles de coupée retirées ou balancées par-dessus bord. Avant d’embarquer, assurez-vous toutefois que ces forteresses flottantes ne soient pas déjà infectées, surtout dans les petites marinas de plaisance. Dès les premiers jours d’une épidémie, les gens ont tendance à fuir vers le rivage le plus proche dans l’espoir d’y trouver ou d’y voler une embarcation quelconque.

La plupart des marinas étant construites en eaux peu profondes, l’immersion des zombies ne s’avère donc pas garantie. Des navigateurs peu avisés risquent d’embarquer pour se rendre compte un peu tard que des zombies détrempés les y attendent déjà.

12. Banques

Quoi de plus sûr qu’une place forte conçue dès le départ pour abriter ce qu’il y a de plus précieux sur terre ? Une banque n’est-elle pas l’endroit le plus logique pour organiser la résistance ? Sa conception même et ses dispositifs de sécurité doivent suffire à repousser une vulgaire horde de morts-vivants. Pas le moins du monde. Même l’examen le plus superficiel d’une banque révèle que les fameuses « mesures de sécurité » dépendent avant tout du déploiement immédiat de la police ou d’agents de sécurité. Si l’on part du principe que la police a déjà fort à faire ailleurs en cas d’épidémie, les alarmes silencieuses, les caméras de surveillance et les portes électroniques s’avèrent parfaitement inutiles une fois que les morts-vivants ont brisé les baies vitrées pour satisfaire leur soif de sang. Bien sûr, le coffre en lui-même reste un endroit imprenable. Son blindage titanesque arrêterait même des zombies équipés de lance-roquettes (non, les zombies ne savent pas se servir d’un lance-roquettes). Néanmoins, une fois à l’intérieur, qu’espérez-vous faire ? Vous n’avez ni eau ni nourriture et très peu d’oxygène. Vous réfugier dans un coffre vous donnera juste le temps de recommander votre âme à Dieu avant de vous tirer une balle dans la tête.

13. Cimetières

Assez ironiquement – et malgré la croyance populaire –, un cimetière ne présente aucun danger particulier quand les morts envahissent les rues. Il peut même servir de refuge temporaire. Comme on l’a vu plus haut, les corps infectés finissent en priorité à la morgue ou à l’hôpital et se réaniment bien avant qu’on ait le temps de les enterrer. Et même si par miracle, un corps revenait à la vie dans son cercueil, réussirait-il vraiment à s’extirper de sa tombe ? Pour répondre à cette question, mieux vaut en poser une autre : comment ? Comment un corps humain moyen aurait-il la force de sortir d’un cercueil, souvent en métal et systématiquement placé dans un caveau scellé à six pieds sous terre ? Quand on observe les pompes funèbres américaines, on comprend que personne – mort-vivant ou pas – n’est capable de creuser et de gratter suffisamment longtemps pour se déterrer tout seul. Et si le cercueil n’est pas métallique ? Même un modèle en pin standard constitue un piège suffisamment solide pour empêcher un zombie d’en sortir. Et si le cercueil se détériore avec le temps ? Dans ce cas, le corps s’y trouvera depuis si longtemps que sa cervelle se sera décomposée.

N’oubliez pas : seuls les corps frais, raisonnablement intacts et infectés par le virus, peuvent se réanimer. Une description qui ne s’applique pas vraiment à un cadavre de longue date. Même si cela reste une représentation classique (voire un cliché) du mort-vivant – comparable à celle du vampire buvant du sang ou du loup-garou hurlant à la lune –, les zombies ne sortent pas de terre. Point.

14. Mairies et bâtiments municipaux

On appliquera ici les mêmes principes que pour les commissariats, les hôpitaux et les lieux de culte. Les humains paniqués y déferlent en masse et la situation y tourne inévitablement au chaos le plus indescriptible, avant de finir en joyeuse congrégation zombie. Évitez donc les bâtiments officiels autant que possible.

RÈGLES GÉNÉRALES

Les bâtiments situés en centre-ville des cités pauvres sont généralement plus sûrs que les autres. Leur arsenal sécuritaire, fenêtres surélevées, barbelés, tessons de bouteilles et autres dispositifs anti-intrusion, facilitent considérablement leur défense. Les bâtiments construits dans les zones plus riches privilégient plutôt l’esthétisme. Pourquoi le maire d’une ville prospère voudrait-il d’un immeuble hideux dans son quartier ? Les gens influents n’apprécient pas les constructions laides, trapues et sûres. Ils ont tendance à faire confiance à la police et aux sociétés de gardiennage (deux organismes à l’inefficacité notoire). Pour toutes ces raisons, si la situation vous l’autorise, quittez immédiatement la banlieue et dirigez-vous vers les centres-villes[iii].

Sachez également anticiper les accidents potentiels. La plupart des zones industrielles situées en centre-ville abritent des produits explosifs ou inflammables. Vous y trouverez aussi des machineries complexes, comme des générateurs électriques ou des climatiseurs, qui réclament une surveillance constante. Avec une telle proximité, c’est la catastrophe assurée. L’exemple de la centrale nucléaire de Khotan l’a tristement prouvé (même s’il s’agit d’un cas extrême). Des accidents beaucoup plus nombreux, mais moins dramatiques, se produisent très souvent lors d’épidémies de catégories 2 et 3. N’essayez pas de vous abriter directement ou à proximité d’un site industriel, d’une raffinerie, d’un aéroport ou de n’importe quel autre endroit connu pour sa dangerosité.

Avant de choisir le bon refuge, réfléchissez attentivement aux questions suivantes :

1. Existe-t-il une grille, un mur ou un périmètre défensif quelconque ?

2. Combien y a-t-il d’entrées et de sorties potentielles ?

3. Votre groupe peut-il simultanément défendre les grilles et les sorties ?

4. Existe-t-il une position défensive de repli ? Des étages ? Un grenier ?

5. Peut-on sécuriser facilement le bâtiment ?

6. Y a-t-il un autre moyen de s’enfuir ?

7. Avez-vous prévu un ravitaillement ?

8. Le bras de mer ou d’eau douce qui vous isole de la terre ferme est-il suffisamment large ?

9. Si besoin, de quelles armes et de quels outils disposez-vous ?

10. Y a-t-il du matériel disponible sur place pour barricader les issues ?

11. Quels sont vos moyens de communication ? Téléphone, radio, Internet, etc. ?

12. En tenant compte de tous ces facteurs, combien de temps espérez-vous tenir le siège ?

Assurez-vous d’avoir sérieusement répondu à ces questions avant de choisir votre refuge. Ne vous précipitez pas dans le premier bâtiment venu. Rappelez-vous : même si votre situation semble désespérée, le temps passé à réfléchir n’est jamais perdu.

FORTERESSE

Lors d’une épidémie de catégorie 3, les domiciles privés et les quelques bâtiments publics adaptés ne suffisent plus à vous protéger convenablement. En toute logique, passé un certain temps, les gens finissent toujours par tomber à court de provisions ; quant aux barricades, elles ne sont pas éternelles. En cas d’épidémie généralisée, il vous faudra un bastion réellement imprenable, dûment équipé, et dans la mesure du possible, doté d’une biosphère autonome. En un mot comme en cent, il vous faut une forteresse. Il n’est pas nécessaire d’y songer séance tenante. Lors d’une épidémie de catégorie 3, les premiers jours, parfois les premières semaines, sont marqués par un invraisemblable chaos, une véritable orgie de violence et de panique générale qui rendent tout déplacement extrêmement risqué. Une fois que les choses auront commencé à se calmer, les gens se seront organisés, auront été évacués ou se seront fait dévorer. Vous pourrez alors vous mettre en quête de votre fameuse forteresse.

1. Zones militaires

Il n’existe a priori pas meilleure forteresse qu’une caserne, une base navale ou aérienne. Ces endroits occupent souvent des zones faiblement peuplées et donc moins infestées. Presque tous disposent d’un périmètre de sécurité élaboré. Certains possèdent même une seconde, voire une troisième position de repli à l’intérieur. La plupart sont équipés d’abris antiaériens parfaitement opérationnels ; certains ont même la capacité d’accueillir la population d’une petite ville. Comme ils bénéficient de multiples moyens de communication, ce sont certainement les derniers endroits au monde qui perdront le contact avec l’extérieur. Le plus important, cependant, ne réside pas dans les fortifications, mais bien dans le cœur des hommes et femmes qui vivent à l’intérieur. Comme on l’a vu, des unités bien entraînées, bien armées et bien disciplinées constituent la meilleure des défenses possibles. Même en comptant les inévitables désertions, une seule escouade de soldats suffira pour tenir le périmètre indéfiniment. Parmi ceux qui trouveront refuge dans une base militaire, on comptera quantité de spécialistes, très probablement venus avec leur famille, tous prêts à défendre leur nouveau foyer. Le meilleur exemple reste celui de Fort Louis-Philippe en Afrique du Nord (voir page 309), où, en 1893, un contingent français de la Légion étrangère a subi un siège zombie pendant plus de trois ans ! On s’en doute, les installations militaires ont un inconvénient assez paradoxal : leurs avantages inhérents les rendent susceptibles d’être rapidement envahies en cas de danger, ce qui engendre des problèmes supplémentaires posés par le manque de ravitaillement et les inévitables dégradations qui s’ensuivent.

2. Prisons

Conçues à l’origine pour maintenir les vivants à l’intérieur, les maisons d’arrêt savent se montrer efficaces quand il s’agit d’empêcher les morts d’y entrer. Derrière leurs murs imposants, chaque cellule, chaque bloc et chaque couloir est une forteresse en puissance.

Bien sûr, s’en servir comme refuge pose de sérieux problèmes. Assez ironiquement, les prisons modernes se révèlent moins sûres que les vieilles, notamment à cause de leur conception. Un haut mur de béton reste la marque de fabrique classique des prisons d’avant 1965. Leur design reflète très exactement l’esprit de l’ère industrielle, durant laquelle seule la taille inspirait encore respect et humilité. Cet aspect psychologique n’a aucun impact sur les morts, mais quiconque cherche un refuge ne trouvera pas mieux que ces vastes enclos, délavés par les années, qui protégeaient nos ancêtres des éléments criminels de l’époque. En ces temps de budgets rabotés et de serrages de ceintures, la technologie a remplacé la bonne vieille construction traditionnelle, lourde et onéreuse. Caméras de surveillance et capteurs de mouvement complètent désormais un double grillage de barbelé-rasoir, seule barrière séparant les détenus de l’extérieur. De quoi stopper une dizaine de zombies, tout au plus. Au-delà, la structure d’ensemble commence à se fragiliser. Imaginez maintenant plusieurs milliers de morts-vivants se piétinant les uns les autres et formant une masse chaque jour plus grouillante… Ils finiront toujours par forcer le premier grillage, puis le second, avant de déferler à l’intérieur. Face à pareil scénario, qui ne troquerait pas le barbelé contre un bon vieux mur en béton de six mètres ?

Et les détenus ? Sachant que les prisons abritent les éléments les plus dangereux de nos sociétés, n’est-il pas préférable de se frotter directement aux zombies ? La plupart du temps, oui. Mieux vaut régler leur compte à dix zombies que d’essayer d’éliminer un seul criminel endurci. Néanmoins, en cas d’épidémie généralisée, les prisonniers seront très certainement relâchés. Certains peuvent choisir de rester et de vendre chèrement leur peau (voir « 1960 – Byelgoransk, Biélorussie », page 328). D’autres tenteront leur chance à l’extérieur et pilleront très probablement les alentours. Quoi qu’il en soit, restez sur vos gardes quand vous approchez d’une prison. Assurez-vous que les prisonniers n’ont pas pris le pouvoir. Méfiez-vous des coalitions prisonniers-gardiens. Pour parler clairement, à moins que le pénitencier ne soit abandonné ou investi par des civils et des gardes, marchez sur des œufs.

Une fois à l’intérieur de l’enceinte, plusieurs étapes pratiques transformeront cette maison d’arrêt en village autosuffisant. Voici une check-list de survie au cas où vous tomberiez sur une prison abandonnée :

A. Localisez et répertoriez toutes les provisions et tout le matériel possible : armes, nourriture, outils, couvertures, médicaments et autres ustensiles utiles. Personne ne pense à piller une prison et vous devriez trouver à peu près tout ce dont vous avez besoin.

B. Débrouillez-vous pour obtenir une source d’eau renouvelable. Creusez un puits, remplissez tous les récipients que vous trouverez, et ce dès les premières coupures d’eau. Avant que celles-ci ne deviennent définitives, assurez-vous que les récipients les plus grands sont bien remplis et correctement fermés. L’eau ne sert pas qu’à la boisson ou à la toilette. Elle est vitale pour l’agriculture.

C. Plantez des légumes et, si possible, des céréales comme du blé ou du seigle. Une situation provisoire s’étire parfois sur plusieurs saisons et peut donner lieu à de nombreuses récoltes. Il est probable que vous ne trouviez pas tout de suite les graines les plus utiles. Aussi, envisagez quelques sorties de temps à autre. C’est dangereux, mais nécessaire. L’agriculture sera votre unique moyen de subsistance.

D. Débrouillez-vous pour obtenir une source d’énergie. Une fois l’électricité coupée, vous devez disposer de suffisamment de fioul pour tenir plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Des dynamos manuelles peuvent facilement se bricoler à partir de générateurs de secours. L’usage de ces machines règle aussi la question de l’exercice physique. Votre générateur de fortune ne produira pas autant d’énergie que l’électricité courante, mais il suffira à subvenir aux besoins d’un petit groupe dans des proportions raisonnables.

E. Planifiez un éventuel repli. Que faire si les portes finissent par céder ? Si un mur vient à s’écrouler ? Si pour une raison inconnue, les zombies envahissent le terrain ? Peu importe la solidité de votre enceinte de sécurité, gardez toujours une issue de secours quelque part. Définissez clairement où se situe votre point de repli. Barricadez-le et laissez-y des armes en permanence. Attention, l’endroit doit pouvoir abriter votre quartier de vie principal et héberger tout votre groupe jusqu’à ce que le terrain soit repris ou que vous trouviez une autre solution.

F. N’oubliez pas de vous distraire. Comme on l’a vu plus haut en évoquant la question des domiciles privés, gardez une attitude positive. Identifiez « l’animateur-né » dans votre équipe et encouragez-le/la à présenter régulièrement des spectacles. Développez les talents et la compétition chez les autres. Musique, danse, lecture, comédie, peu importe si c’est mauvais. Cela peut sembler idiot, voire ridicule ; qui voudrait d’une soirée sketchs alors que des centaines de zombies grattent à la porte ? Quelqu’un sachant pertinemment à quel point le moral compte en situation de crise. Quelqu’un ayant conscience des dommages psychologiques qu’occasionne un siège. Frustrés, désœuvrés et en colère, les gens sont tout aussi dangereux que les centaines de zombies qui cognent aux carreaux.

G. Étudiez. A peu près toutes les prisons américaines disposent de leur propre bibliothèque. Passez votre temps libre (et vous n’en manquerez pas) à parcourir tous les textes utiles. Des sujets comme la médecine, la mécanique, la maçonnerie, l’horticulture, la psychanalyse ; il y a tellement de choses dont on ignore tout. Faites en sorte que chaque membre de votre groupe devienne un expert en quelque chose. Organisez des cours entre vous. Si jamais l’un de vos experts disparaît, il faudra pouvoir lui désigner rapidement un remplaçant. La bibliothèque de la prison vous apportera les connaissances nécessaires pour accomplir correctement chaque tâche au quotidien.

3. Plates-formes pétrolières

Si vous recherchez une sécurité maximale, ces véritables îles artificielles s’avèrent incomparables. Isolation totale, quartiers de vie et de travail dominant largement la surface des eaux, autant d’avantages qui empêchent tout zombie flottant et boursouflé de jamais espérer y grimper. La notion même de sécurité en perd presque son sens, ce qui vous permet de vous concentrer en priorité sur votre survie.

Les plates-formes pétrolières sont conçues pour fonctionner en autarcie, surtout à court terme. Tout comme les bateaux, elles disposent de leurs propres installations médicales et d’espaces de vie judicieusement organisés. Nombre d’entre elles sont équipées pour subvenir aux besoins de leur équipage sur des périodes allant jusqu’à six mois. Toutes possèdent leur propre distillerie, ce qui règle une bonne fois pour toutes le problème de l’eau douce. Et comme toutes sont conçues pour exploiter pétrole ou gaz, l’énergie sera virtuellement illimitée.

La nourriture ne pose pas non plus de problème, les océans fournissant une nourriture saine (supérieurement saine, même, diront certains) à base de poissons, de kelp et, si possible, de mammifères marins. À moins que la plate-forme ne soit extrêmement proche des côtes, il n’y a aucun risque de pollution. Les gens peuvent vivre indéfiniment en exploitant les richesses de l’océan.

Cette isolation complète, aussi attrayante qu’elle paraisse, présente malheureusement quelques inconvénients.

Quiconque vit près de la mer vous dira à quel point le sel est nocif. La corrosion constitue votre ennemi numéro 1 et finit toujours par gagner la partie, quelles que soient les mesures que vous prendrez pour la retarder. En général, les machines essentielles sont réparables. Les distilleries de fortune bricolées à partir de pots en acier et de tuyaux de cuivre marchent aussi bien que les désalinisateurs les plus perfectionnés. Des générateurs à éolienne ou marée-moteurs délivrent presque autant d’énergie que les générateurs à essence. Mais les équipements électroniques fragiles, comme les ordinateurs, les radios et l’appareillage médical, seront les premiers à cesser de fonctionner et les plus délicats à remplacer. Au final, c’est le complexe entier qui finira par se détériorer, de la merveille technologique dernier cri au bon vieux seau en plastique.

À la différence des prisons et des bases militaires, les plates-formes pétrolières feront partie des premiers endroits à être abandonnés. Dès les premiers jours d’une épidémie, les ouvriers demanderont sans nul doute à être rapatriés auprès de leur famille et abandonneront la plate-forme en l’état. Si personne parmi votre groupe ne sait comment faire fonctionner les machines, n’espérez pas apprendre sur le terrain. Contrairement aux prisons, vous ne trouverez pas de bibliothèque avec tous les modes d’emploi à disposition. Vous aurez sans doute besoin de vous montrer créatif et d’improviser. Concentrez-vous sur ce qui paraît faisable et n’essayez surtout pas de vous servir de tous ces outils sophistiqués que vous rencontrerez çà et là.

Les accidents industriels – explosions de gaz ou incendies des cuves à pétrole – sont déjà dramatiques sur terre. Au beau milieu de l’océan, on peut dire sans hésiter qu’il n’y a rien de pire. Même avec tous les moyens de lutte anti-incendie dont disposent les pouvoirs publics en temps normal, des équipes entières ont péri pendant que leur plate-forme brûlait. Que se passera-t-il en cas d’incendie s’il n’y a plus personne pour sonner l’alarme ? Les plates-formes ne sont pas pour autant des bombes en puissance réservées aux inconscients. On recommandera néanmoins de fermer le puits. Vous n’aurez plus accès au gisement, mais vous augmenterez considérablement votre espérance de vie. Servez-vous plutôt du stock de carburant pour alimenter le générateur. Comme on l’a vu plus haut, vous n’obtiendrez pas le même ampérage qu’avec le générateur principal, mais avec le puits fermé et toutes les installations industrielles abandonnées, à quoi pourrait-il vous servir de toute façon ?

Source de vie par excellence, l’océan est aussi un tueur impitoyable. Les tempêtes atteignent parfois une intensité qu’on a peine à imaginer sur la terre ferme, et peuvent disloquer les plates-formes les plus solides. Les modèles récents installés en mer du Nord ont parfois été littéralement retournés et déchiquetés en mille morceaux avant de couler à pic sous des vagues dont la hauteur suffirait à faire réfléchir par deux fois quiconque envisage un jour de quitter la terre ferme. Malheureusement, ce problème n’est pas humainement solvable. Rien dans ce guide – ni dans n’importe quel autre – ne peut vous sauver d’une nature qui aurait décidé d’en finir avec ce gros truc en acier qui défigure ses océans.