Épidémies recensées

Cette liste d’attaques zombies à travers l’histoire n’a rien d’exhaustif. Il ne s’agit que d’un simple rappel chronologique des événements pour lesquels des informations fiables ont été enregistrées, conservées et portées à la connaissance de l’auteur. Rassembler les récits des sociétés à tradition orale a réclamé beaucoup plus de travail. La mémoire se perd quand lesdites sociétés se désagrègent au cours des guerres, des rafles d’esclaves ou des catastrophes naturelles, sans parler de a corruption inhérente à l’ère moderne. Qui sait combien de récits, d’informations vitales – et peut-être même de remèdes – ont disparu au cours des siècles ? Même à l’heure de l’information mondialisée, seule une infime partie des épidémies est portée à la connaissance du public. Pourquoi ? Essentiellement à cause des différentes organisations politiques et religieuses qui ont juré le conserver le secret sur tout ce qui touche aux morts-vivants. Mais l’ignorance pure et simple du public sur la véritable nature de ces épidémies entre également en signe de compte. Dans la plupart des cas, ceux qui soupçonnent la vérité gardent le silence pour préserver leur crédibilité. La liste qui suit est certes limitée, mais fiable. Attention, les événements sont listés chronologiquement et non par ordre de découverte.

60 000 ANS AVANT J.-C. –KATANDA, AFRIQUE CENTRALE

Sur les rives supérieures de la rivière Semliko, une récente expédition archéologique a mis au jour une caverne abritant 13 crânes, tous écrasés. On y a également découvert une grande quantité de cendres fossilisées dispersées autour des restes. Des analyses en laboratoire ont montré que ces cendres provenaient de 13 homo sapiens. Sur les murs de la grotte, une peinture rupestre représentait une silhouette humaine, les mains levées dans un geste menaçant et le regard mauvais. Dans sa bouche ouverte, on distinguait la silhouette d’un second être humain. Cette découverte n’a jamais été officiellement authentifiée. Certains pensent que les crânes brisés appartenaient à des goules dont se seraient débarrassés les premiers habitants du lieu, la peinture servant alors d’avertissement. D’autres chercheurs estiment ces preuves insuffisantes et regrettent l’absence de solanum à l’état fossile. À ce jour, l’affaire n’est toujours pas classée. Toutefois, si l’authenticité de la grotte de Katanda est confirmée, la question du très grand laps de temps séparant cette première épidémie de la seconde ne manquera pas d’être soulevée.

3 000 ANS AVANT J.-C. –HIERACONPOLIS, ÉGYPTE

En 1892, des archéologues britanniques ont découvert une tombe totalement inconnue. On n’a jamais trouvé le moindre indice révélant le nom de la personne qui l’occupait, ni sa position officielle dans la société de l’époque. Le corps a été découvert hors d’un sarcophage ouvert, enroulé autour de lui-même et partiellement décomposé. Des milliers de marques d’ongles constellaient l’intérieur du caveau, comme si le mort l’avait gratté sans relâche pour s’en échapper.

D’après les médecins légistes et les experts scientifiques, les traces de marques s’étalent sur une période de plusieurs années. Le corps en lui-même portait plusieurs traces de morsures sur le radius. L’empreinte dentaire correspondait à une mâchoire humaine. Une autopsie complète a montré que les restes desséchés du cerveau partiellement décomposé présentaient des aspects analogues aux dégradations infligées par le solanum (le lobe frontal a totalement fondu), mais qu’ils contenaient aussi quelques traces du virus lui-même. Le débat fait désormais rage au sein des égyptologues pour déterminer si les embaumeurs ont commencé à retirer le cerveau des momies après cette période.

500 ANS AVANT J.-C. – AFRIQUE

Lors de son voyage d’exploration sur les côtes d’Afrique de l’Ouest, Hanno de Carthage, l’un des plus fameux navigateurs occidentaux, a consigné dans son livre de bord les lignes qui suivent :

Aux abords d’une immense jungle, là où les collines masquent leurs sommets dans les nuages, j’ai donné l’ordre qu’une petite expédition débarque à l’intérieur des terres pour nous ravitailler en eau douce… Nos mages nous l’ont déconseillé. Ils y voyaient une terre maudite, peuplée de démons et abandonnée des dieux. J’ai ignoré leurs avertissements et j’en ai payé le prix… Sur les trente-cinq hommes qui ont débarqué, seuls sept sont revenus…

Des sanglots dans la voix, les survivants ont narré une histoire de monstres hantant la jungle. Des hommes aux crocs de serpent, aux griffes de léopard et dont les yeux brûlaient d’une lumière infernale. Les lames de bronze tranchaient leur chair, mais les blessures ne saignaient pas. Ils ont dévoré nos marins et le vent a porté leurs hurlements sur plusieurs lieues… Nos mages nous ont mis en garde contre les survivants, prédisant qu’ils attireraient la mort et l’affliction sur tout ce qu’ils toucheraient… Nous avons quitté les lieux aussi vite que possible, abandonnant ces pauvres hères à la merci des hommes-fauves. Que les dieux me pardonnent.

Nombre de lecteurs le savent, les écrits de Hanno restent controversés et très débattus dans les cercles académiques. Hanno décrit d’ailleurs un peu plus loin une confrontation avec d’énormes créatures semblables aux singes qu’il prend pour des « gorilles » (des animaux n’ayant jamais habité cette partie du continent) ; on peut en conclure que ces deux mésaventures sont le produit de son imagination ou celui des exégètes ayant travaillé sur le texte par la suite. Malgré tout, si l’on met de côté les exagérations évidentes comme les crocs de serpent, les griffes de léopard et les yeux infernaux, la description de Hanno fait immanquablement penser aux morts-vivants.

329 ANS AVANT J.-C. – AFGHANISTAN

Une colonne macédonienne anonyme érigée par le légendaire Alexandre le Grand a reçu plusieurs fois la visite des Forces spéciales soviétiques pendant leur guerre d’occupation. À environ 8 kilomètres du monument, une unité a découvert les restes de ce que l’on pense être une ancienne caserne militaire grecque. Entre autres artefacts, on y a retrouvé un petit vase en bronze. Sa décoration extérieure montre : 1. Un homme qui en mord un autre. 2. La victime gisant sur son lit de mort. 3. La victime qui se relève.

Puis retour au 1, un homme qui en mord un autre, etc. La conception circulaire du vase et les peintures qui le décorent tendent à prouver l’existence d’une attaque zombie. Alexandre lui-même en a-t-il été le témoin direct ou bien l’une des nombreuses tribus rencontrées

au cours de son périple lui a-t-elle raconté cette histoire ? Mystère.

212 ANS AVANT J.-C. – CHINE

Sous la dynastie Qin, les livres qui ne traitaient pas de sujets pratiques comme l’agriculture ou la maçonnerie furent brûlés sur ordre de l’empereur pour combattre la « pensée déviante ». On ne saura jamais si des récits d’attaques zombies ont disparu dans les flammes. Ge paragraphe peu connu d’un manuscrit médical, dissimulé dans un mur par un savant chinois exécuté par la suite, pourrait bien constituer la preuve d’une de ces attaques :

Le seul traitement applicable aux victimes du cauchemar du réveil éternel consiste à les démembrer entièrement, avant de les brûler. Le sujet doit être entravé, la bouche emplie de paille et bâillonné. Ses membres et ses organes doivent ensuite être retirés prestement, en évitant tout contact avec le fluide corporel. Les morceaux doivent être ensuite entièrement brûlés et les cendres dispersées dans douze directions différentes. Aucun remède ne peut guérir le malade, car ce mal n’en connaît aucun… Le désir de chair humaine devient alors inextinguible… Si les victimes sont trop nombreuses et qu’on ne peut toutes les attacher, il faut alors les décapiter au plus vite… Le bâton shaolin paraît particulièrement adapté.

Le texte ne précise pas si les victimes du cauchemar du réveil éternel sont déjà mortes. Seul le passage sur le désir de chair humaine et la vigueur du « traitement » suggèrent la présence de zombies dans la Chine antique.

121 APRÈS J.-C. – FANUM COCIDI, CALÉDONIE (ÉCOSSE)

Bien que l’origine exacte de l’épidémie reste incertaine, son déroulement est parfaitement connu. Un chef barbare local, prenant une horde de morts-vivants pour de simples déments, envoya 3 000 guerriers mater cette « révolte inepte ». Résultat, plus de 600 hommes furent dévorés, les autres blessés et finalement transformés en morts-vivants. Un marchand romain nommé Sextus Sempronios Tubero, qui voyageait dans cette province pendant l’accrochage, a assisté à la bataille. Même s’il n’a pas saisi la véritable nature des morts-vivants, Tubero a remarqué que seuls les zombies décapités cessaient d’attaquer. Après s’être échappé in extremis, Tubero a raconté sa découverte à Marcus Lucius Terentius, le commandant de la garnison militaire la plus proche. À moins d’un jour de marche du camp, on comptait déjà plus de 9 000 zombies. Traquant le flot des réfugiés, les goules ont continué leur route vers le sud, s’enfonçant chaque jour plus profondément en territoire romain. Terentius ne disposait que d’une seule cohorte (480 hommes) et les renforts bivouaquaient à 3 semaines de marche. Aussi commença-t-il par ordonner de creuser 2 tranchées de 2 mètres de profondeur qui se rejoignaient peu à peu jusqu’à former un long couloir d’environ 1 kilomètre. Le résultat ressemblait à un entonnoir ouvert au nord. Le fond des deux tranchées fut ensuite rempli de bitume liquidum (du pétrole brut, utilisé couramment pour alimenter les lampes à cette époque). On enflamma l’huile au moment où les zombies s’approchaient. Toutes les goules piégées dans les tranchées furent rapidement carbonisées. Les autres se précipitèrent dans l’entonnoir, là où seuls quelques morts-vivants pouvaient avancer de front. Terentius ordonna à ses hommes de tirer leur épée, de lever leur bouclier et de marcher sur l’ennemi. Après neuf heures de combat, tous les zombies gisaient décapités. Les têtes aux mâchoires encore « fonctionnelles » furent précipitées dans les flammes. Les pertes romaines s’élevèrent à 150 hommes. Tous morts (les légionnaires ont achevé tous leurs camarades blessés).

Les conséquences de cette épidémie furent immédiates et importantes d’un point de vue historique. L’empereur Hadrien ordonna que tous les témoignages concernant l’incident soient compilés en un seul document. Ce dernier ne se contente pas de décrire le schéma comportemental des zombies, il liste les différentes méthodes pour se débarrasser efficacement des corps et recommande aussi l’envoi de forces très nombreuses pour « faire face à l’inévitable panique de la population ». Une copie de ce document, connu simplement comme « Ordre militaire XXXVII », fut distribuée à tous les légionnaires stationnés à travers l’Empire. C’est pour cette raison que les épidémies apparues sous le joug romain n’ont jamais dépassé le stade critique et n’ont jamais été décrites en détail. Il est également admis que cette première épidémie a accéléré la construction du mur d’Hadrien, une enceinte isolant avec efficacité le Nord de la Calédonie du reste de l’île. Cet exemple illustre parfaitement l’épidémie de catégorie 3 ; sans doute la plus importante de toutes celles jamais enregistrées par la suite.

140-141 – THAMUGADI, NUMIDIE (ALGÉRIE)

Six petites épidémies survenues chez les nomades ont été recensées par Lucius Valerius Strabo, le gouverneur romain de la province. Toutes furent écrasées par 2 cohortes du troisième camp légionnaire d’Augusta. Zombies éliminés : 134. Légionnaires tués : 5. En marge du rapport officiel, une note privée due à la plume d’un ingénieur des armées pointe une découverte significative :

Une famille d’autochtones est restée prisonnière dans sa maison pendant au moins douze jours, alors que les créatures grattaient en vain aux portes et aux fenêtres. Après que nos troupes eurent éliminé cette racaille et sauvé la famille, ces gens présentèrent tous les signes de la folie. D’après ce que nous avons pu comprendre, les gémissements de ces bêtes féroces, jour après jour, nuit après nuit, ont eu raison de leurs nerfs.

Ce texte constitue la première trace connue des dommages psychologiques causés par une attaque zombie. Compte tenu de leur proximité chronologique, il est probable que ces 6 épidémies soient dues à une ou à plusieurs goules épargnées pendant les premières, et qui auraient « survécu » suffisamment longtemps pour réinfecter la population.

156 – CASTRA REGINA, GERMANIE (SUD DE L’ALLEMAGNE)

Une attaque perpétrée par 17 zombies contamina un éminent dévot. Reconnaissant là tous les signes d’une réanimation zombie, le commandant romain ordonna à ses troupes d’en finir avec le saint homme, mais les habitants devinrent fous furieux et une émeute éclata. Zombies éliminés : 10, en comptant le saint homme. Victimes romaines : 17, toutes à cause de l’émeute. Civils tués par la répression romaine : 198.

177 – LIEU-DIT NON IDENTIFIÉ PRÈS DE TOLOSA, AQUITANIA (SUD-OUEST DE LA FRANCE)

Un courrier privé, écrit par un marchand itinérant à son frère de Capua, décrit l’assaillant :

Un homme puant la charogne est sorti du bois. Sa peau grise semblait striée de nombreuses blessures, mais aucune ne saignait. Dès qu’il a vu la fillette qui hurlait, son corps s’est mis à trembler d’excitation. Sa tête s’est tournée vers elle et sa bouche s’est ouverte sur un long gémissement… Darius, le légendaire vétéran romain, s’est approché… Poussant la mère terrifiée de côté, il s’est emparé de l’enfant et a levé son glaive. La tête de la créature est tombée à ses pieds et a roulé sur quelques mètres avant que le corps décapité ne s’affaisse… Darius a insisté pour que ceux qui brûlaient le corps portent des protections de cuir… Alors qu’elle gigotait encore de manière écœurante, la tête a été précipitée dans les flammes.

Ce texte nous montre l’attitude romaine typique envers les morts-vivants. Aucune peur, aucune superstition, un simple problème qui requiert une solution pratique. Il s’agit de la dernière attaque enregistrée sous l’Empire romain. Les épidémies suivantes ne furent ni combattues avec la même efficacité, ni retranscrites avec autant de précision.

700 – FRISE (NORD DE LA HOLLANDE)

Ces événements semblent avoir eu lieu aux alentours de l’an 700, une peinture récemment découverte dans les réserves du Rijksmuseum d’Amsterdam en apporte la preuve. L’analyse des matériaux utilisés confirme la date. La peinture montre un groupe de chevaliers en armures attaquant une bande d’hommes à la chair grise, vêtus de haillons, le corps perclus de blessures, hérissés de flèches et la bouche ensanglantée. Les deux groupes se rencontrent au centre du tableau et les chevaliers abaissent leurs épées pour décapiter leurs ennemis. Trois « zombies » sont représentés dans le coin inférieur droit, penchés sur le corps d’un chevalier tombé à terre. Certaines pièces de son armure manquent et l’un de ses membres a été arraché. Les zombies se repaissent de sa chair. Comme cette peinture est anonyme, personne ne sait d’où elle provient ni comment elle a fini au célèbre musée.

850 – PROVINCE INCONNUE EN SAXONIE (NORD DE L’ALLEMAGNE)

C’est un pèlerin en route vers Rome, Bearnt Kuntzel, qui a noté cet incident dans son journal personnel. Un zombie est sorti de la Forêt-Noire avant de mordre et de contaminer un fermier du cru. La victime s’est réanimée quelques heures après son décès et a immédiatement attaqué sa propre famille. De là, l’épidémie s’est étendue au village entier. Les survivants ont cherché refuge au château du seigneur local sans se rendre compte que certains d’entre eux étaient déjà porteurs du virus. Alors que l’épidémie continuait de s’étendre, les habitants d’un village voisin ont décidé de nettoyer eux-mêmes la zone infectée. Le clergé local estimait que les morts-vivants étaient possédés par un esprit malin et que l’eau bénite et les incantations suffiraient à exorciser le démon. Cette « quête sacrée » s’est terminée en massacre, la congrégation entière finissant dévorée ou transformée en morts-vivants.

De désespoir, les seigneurs voisins et leurs chevaliers s’unirent pour « purifier les fils de Satan par le feu ». Cette armée hétéroclite brûla tous les villages et tous les zombies dans un rayon de 8 kilomètres. Même les humains en parfaite santé ne purent échapper au carnage. Quant au premier château, il se transforma vite en prison envahie par quelque 200 goules. Comme ses occupants avaient hissé le pont-levis et barricadé les portes avant de succomber à leur tour, les chevaliers ne purent pénétrer à l’intérieur des murs pour y continuer leur œuvre purificatrice. Au final, la forteresse fut officiellement déclarée « hantée ». Pendant plusieurs années, les paysans qui s’aventuraient aux alentours purent entendre les gémissements des zombies enfermés à l’intérieur. D’après ce qu’en raconte Kuntzel, on dénombra 573 zombies et plus de 900 morts. Dans ses écrits, Kuntzel raconte également la violente répression contre un village juif de la région, considéré comme responsable de l’épidémie pour son « manque de foi ». Le récit de Kuntzel fut conservé dans les archives du Vatican jusqu’à sa découverte accidentelle en 1973.

1073-JÉRUSALEM

L’histoire du docteur Ibrahim Obeidallah, l’un des pionniers de l’étude physiologique des zombies, illustre bien les grandes avancées et les tragiques erreurs de la science dans ses tentatives répétées pour comprendre la nature exacte des morts-vivants. Une épidémie d’origine inconnue se déclara dans la ville de Jaffa, en Palestine. Utilisant une traduction de l’« Ordre militaire XXXVII », la milice locale extermina efficacement les zombies avec un minimum de pertes. Une femme mordue fut néanmoins confiée à Obeidallah, éminent médecin et fin biologiste. L’« Ordre militaire XXXVII » conseillait la décapitation immédiate et l’incinération de toutes les personnes mordues, mais Obeidallah réussit à convaincre (par corruption ?) la milice de lui laisser examiner la mourante. Il fut autorisé à transporter le corps et tout son matériel à la prison municipale. Là, dans une cellule, et sous bonne garde, il observa l’agonie de la victime entravée et poursuivit ses observations jusqu’à ce qu’elle se réanime. Il effectua ensuite de nombreuses expériences sur la goule. Obeidallah mit scientifiquement en évidence que toutes les fonctions vitales de la victime avaient cessé, prouvant par là même que malgré sa mort, elle n’en continuait pas moins de « vivre ». Par la suite, il voyagea à travers tout le Moyen-Orient pour rassembler les informations disponibles sur les autres épidémies. Les recherches d’Obeidallah constituèrent la pierre fondatrice de toute l’étude physiologique des morts-vivants. Ces notes comprennent des rapports sur leur système nerveux, leur appareil digestif et même leur vitesse de décomposition en fonction de l’environnement. Ce travail remarquable inclut également une étude complète du comportement des morts-vivant s. Ironie de l’histoire, lorsque les Croisés mirent Jérusalem à feu et à sang en 1099, cet homme exceptionnel fut accusé de satanisme et décapité ; on brûla la quasi-totalité de ses œuvres. Quelques fragments du texte original furent sauvés et conservés à Bagdad pendant plusieurs siècles. Même si on ne connaît pas tous les détails de ses expériences, l’histoire d’Obeidallah a survécu aux carnages, tout comme son biographe (un historien juif qui travaillait avec lui). Ce dernier réussit à passer en Perse, y recopia les notes, les publia en un volume et gagna même quelque considération auprès des nombreuses cours moyen-orientales. On peut aujourd’hui en consulter un exemplaire aux Archives nationales de Tel-Aviv.

1253 – FISKURHOFN, GROËNLAND

Comme le veut la vieille tradition des expéditions nordiques, le chef islandais Gunnbjorn Lundergaart établit une petite colonie de 153 personnes à l’embouchure d’un fjord isolé. Lundergaart fit ensuite voile vers l’Islande après avoir hiverné sur place, sans doute pour se ravitailler et embarquer d’autres colons. À son retour, cinq ans plus tard, il trouva le campement en ruine. Des colons, il ne restait qu’une trentaine de squelettes, les os nettoyés. Seules 3 personnes avaient survécu, 2 femmes et 1 enfant. Leur visage était grisâtre, et par endroits, leurs os avaient même percé la peau. Ils portaient d’évidentes traces de blessures, mais ne semblaient pas saigner. Dès qu’ils les aperçurent, les survivants s’approchèrent des hommes de Lundergaart, les attaquèrent aussitôt et furent rapidement taillés en pièces. Se croyant victime d’une malédiction, le chef ordonna de brûler tous les corps et toutes les installations. Comme il comptait des membres de sa propre famille parmi les squelettes, Lundergaart ordonna à ses hommes de le tuer lui aussi, de démembrer son corps et de l’offrir aux flammes. La Saga de Fiskurhofn, racontée par certains membres de l’expédition Lundergaart à des moines itinérants irlandais, reste consultable aux Archives nationales de Reykjavik, en Islande. Ce récit d’une attaque zombie est non seulement le plus fidèle de toute l’ancienne civilisation nordique, mais il explique également pourquoi tous les hameaux vikings établis au Groënland ont mystérieusement disparu au début du xive siècle.

1281-CHINE

L’explorateur vénitien Marco Polo écrit dans son journal que, lors d’une de ses visites à Xanadu, le palais d’été de l’empereur, Kublai Khan lui avait présenté une tête de zombie conservée dans une vasque emplie d’un liquide alcoolisé transparent (d’après Polo, le fluide ressemblait à « de l’essence de vin âpre et très claire »). Cette tête avait été ramenée par son grand-père Genghis, à son retour des nombreuses guerres de conquête qu’il avait menées en Occident. Polo assure que la tête était consciente de leur présence, et qu’elle semblait presque les regarder de ses yeux décomposés.

Alors qu’il s’approchait pour la toucher, la tête tenta de lui mordre les, doigts. Le khan le réprimanda pour cet acte imbécile et lui raconta l’histoire d’un officier de cour de second rang qui avait agi de même, mais que la tête tranchée avait mordu pour de bon. Cet homme « mourut le jour suivant, mais se releva ensuite et attaqua ses serviteurs ». Polo affirme que cette tête est restée « vivante » pendant tout son séjour en Chine. Personne ne sait ce qu’elle est devenue. Quand Polo est rentré d’Asie, cette histoire a été censurée par l’Église catholique et n’apparaît donc pas dans la publication officielle de ses voyages. Certains historiens estiment que la tête en question pourrait bien être celle de l’un des cobayes originaux d’Obeidallah, dans la mesure où les Mongols ont atteint Bagdad à plusieurs reprises. Si tel est le cas, cette tête gagnerait le concours du plus vieux reste « encore fonctionnel » d’un spécimen zombie.

1523 – OAXACA, MEXIQUE

Les indigènes évoquent une maladie qui assombrit l’âme et entraîne une envie sanguinaire fratricide. Ils parlent d’hommes, de femmes et même d’enfants dont la chair putrescente devient grise et dont l’odeur est corrompue. Il n’existe aucun moyen de les guérir et seule la mort peut les libérer de leurs tourments. Cette purification doit s’accomplir par le feu, car leur corps devient alors insensible aux armes des hommes. Cette tragédie ne concerne que les païens ; leur ignorance de Notre Seigneur Jésus-Christ les empêche d’être sauvés. A présent que nous avons béni la population en lui insufflant la lumière et la vérité de Son amour, nous devons nous efforcer de retrouver ces âmes enténébrées pour les purifier enfin, grâce à la toute-puissante gloire du Ciel.

Selon toute vraisemblance, ce paragraphe est tiré des récits de frère Esteban Negron, prêtre espagnol et ancien élève de Bartolomé de Las Casas. Manifestement supprimées du texte original, ces lignes ont récemment été retrouvées à Saint-Domingue. Les opinions varient quant à leur authenticité. Certains y voient la preuve qu’à l’époque, le Vatican ordonnait systématiquement la suppression de toute allusion au sujet. D’autres estiment qu’il s’agit d’un canular très élaboré dans la lignée des journaux secrets de Hitler.

1554 – AMÉRIQUE DU SUD

Une expédition espagnole commandée par Don Rafaël Cordoza s’enfonça dans la jungle à la recherche du mythique El dorado. Des guides tupis les mirent en garde contre une vaste zone connue sous le nom de « vallée du Sommeil Éternel ». Là-bas, dirent-ils, vivait une race de créatures gémissantes comme le vent et assoiffées de sang. De tous ceux qui s’y étaient rendus, soufflèrent les Tupis, personne n’en était jamais revenu. Terrifiés par cet avertissement, la plupart des conquistadors supplièrent Cordoza de rebrousser chemin. Croyant que les Tupis avaient inventé cette fable pour lui cacher la cité d’or, le commandant s’y refusa. À la nuit tombée, le camp fut attaqué par une douzaine de morts-vivants. Ce qui s’est passé cette nuit-là reste un mystère. Le registre des passagers du San Veronica, le navire qui ramena Cordoza à Saint-Domingue, stipule que ce dernier fut l’unique survivant à avoir atteint la côte. On ignore s’il s’est battu jusqu’au bout ou s’il a simplement abandonné ses hommes. Un an plus tard, Cordoza atteignit l’Espagne où il fit le récit complet de cette attaque à la cour royale à Madrid puis devant le Saint-Office de Rome. Accusé de blasphème et d’avoir dilapidé les ressources de la couronne, le conquistador fut déchu de tous ses titres et mourut dans le plus grand dénuement. Son histoire compile plusieurs fragments traitant de cette période particulière de l’histoire espagnole. Aucun texte original n’a jamais été retrouvé.

1579 – PACIFIQUE CENTRAL

Lors de son tour du monde, Francis Drake, le célèbre pirate devenu par la suite une icône nationale, fit escale sur une île inconnue pour se ravitailler en eau et en nourriture. Les indigènes lui déconseillèrent fermement de visiter un petit îlot corallien tout proche, habité par « les dieux de la mort ». Selon la tradition, les morts et les agonisants étaient débarqués sur l’île, là où les dieux les emportaient corps et âme vers la vie éternelle. Fasciné par cette histoire, Drake décida de mener sa propre enquête. Depuis son navire, il observa un groupe d’indigènes qui déposaient un homme agonisant sur la plage de l’îlot. Après avoir soufflé à plusieurs reprises dans une conque, ils se retirèrent prestement. Quelques minutes plus tard, plusieurs silhouettes émergèrent de la jungle. Drake les regarda se nourrir du corps avant de disparaître. À sa grande surprise, le cadavre à moitié dévoré se releva et disparut à son tour. Drake ne parla jamais à personne de cette histoire. Après sa mort, les faits furent découverts dans son journal intime. Passant d’un collectionneur à un autre, ce texte a finalement atterri chez l’amiral Jackie Fischer, le fondateur de la Royal Navy moderne. Fischer en fit quelques copies en 1907 et les offrit à ses amis en guise de cadeau de Noël. Drake nota la position géographique exacte de l’île et la baptisa « île des Damnés ».

1583 –SIBÉRIE

Une équipe de reconnaissance envoyée par le Cosaque tristement célèbre Yermak s’égara et manqua mourir de faim avant d’être recueillie in extremis par les indigènes d’une tribu asiatique. Dès qu’ils eurent retrouvé un peu de leur force, les Européens remercièrent la peuplade en s’autoproclamant seigneurs du village et s’installèrent pour l’hiver afin de préparer l’arrivée de Yermak. Après avoir festoyé plusieurs semaines en épuisant les réserves de nourriture des villageois, les Cosaques s’occupèrent de ces derniers comme il convenait. Lors d’un acte innommable de cannibalisme aggravé, 13 personnes furent dévorées et les autres s’enfuirent de justesse dans les collines. Cette nouvelle source de nourriture ne dura qu’une semaine. De désespoir, les Cosaques se tournèrent vers le cimetière local, là où les températures glaciales conservaient les corps très longtemps. Le premier cadavre exhumé était celui d’une femme âgée d’une vingtaine d’années, enterrée les mains liées et la bouche bâillonnée. Une fois décongelée, la morte ressuscita aussitôt. Les Cosaques en furent bien évidemment stupéfaits. Désireux d’apprendre comment elle avait réussi pareil prodige, ils lui ôtèrent son bâillon ; la femme mordit aussitôt l’un d’entre eux à la main. Aussi ignorants que brutaux, les Cosaques la firent rôtir et la dévorèrent. Seuls deux s’en abstinrent : le guerrier blessé (ses camarades estimaient qu’il ne fallait pas gâcher la nourriture en la donnant aux mourants) et un homme profondément superstitieux qui jugeait la viande maudite. D’une certaine manière, il avait raison. Tous ceux qui mangèrent la chair du zombie moururent dans la nuit. Quant au blessé, il expira au matin.

L’unique survivant tenta de brûler les corps. Alors qu’il préparait un bûcher funéraire, le cadavre mordu ressuscita à son tour. Le Cosaque paniqué s’enfuit alors à travers la steppe, traqué de près par ce zombie tout frais. Au bout d’une heure de poursuite, le zombie finit par geler sur place. Le Cosaque erra plusieurs jours avant d’être sauvé par une seconde équipe de reconnaissance envoyée par Yermak. Son récit fut transcrit par un historien russe, le père Pietro Georgiavich Vatutin. Le texte, interdit pendant plusieurs générations, resta conservé dans un monastère isolé sur les îles Valaan au beau milieu du lac Ladoga. Sa traduction en anglais commence à peine. On ignore tout du destin des villageois asiatiques ainsi que leur véritable identité. Le génocide consécutif perpétré par Yermak sur ces gens n’a laissé que peu de survivants. D’un point de vue strictement scientifique, ce récit est le premier du genre à décrire le gel d’un zombie.

1587 – ÎLE DE ROANOKE, CAROLINE DU NORD

Privés de toute aide européenne et livrés à eux-mêmes, les colons anglais installés sur l’île furent contraints d’organiser plusieurs parties de chasse à l’intérieur des terres pour y débusquer de la nourriture. L’un de ces groupes ne donna aucun signe de vie pendant 3 semaines. Un seul survivant finit par rentrer au camp où il raconta qu’ils avaient subi une attaque « de sauvages… la peau putride et rongée de vers, insensibles à la poudre et aux coups ». Parmi les 11 membres du groupe, un seul fut tué pendant l’assaut, et quatre sérieusement blessés. Ces hommes moururent le jour suivant, furent mis en terre, mais sortirent de leur tombe après quelques heures. Le survivant jura tous les saints que le reste de l’équipe avait été dévoré vivant par leurs anciens camarades et que lui seul avait réussi à s’enfuir. Le magistrat de la colonie statua que l’homme mentait et qu’on devait le punir pour ses crimes. Il fut pendu le jour suivant.

On envoya alors une deuxième expédition pour retrouver les corps, pour éviter que les païens souillent leurs restes. Les cinq hommes revinrent au bord de l’évanouissement, le corps lacéré de morsures et de griffures. On les avait attaqués eux aussi. Non seulement les « sauvages » décrits par le dernier survivant, mais aussi les membres de la première expédition. Après une courte période d’observation médicale, ces hommes succombèrent à leur tour. Leurs funérailles furent prévues pour le lendemain. Ils se réanimèrent dans la nuit. Peu de détails nous sont parvenus quant au reste de l’histoire. Une version décrit l’expansion de la maladie et la destruction totale de la ville. Une autre mentionne l’intervention des Indiens crotan, qui paraissent reconnaître la vraie nature du danger et encerclent aussitôt les colons avant d’incendier la quasi-totalité de l’île. Dans une troisième version, ces mêmes Indiens sauvent les survivants, avant d’éliminer les blessés et les morts-vivants. Ces trois histoires ont inspiré de nombreux récits romanesques et des textes historiques pendant les deux siècles qui ont suivi. Aucune n’explique clairement pourquoi la première colonie anglaise en Amérique du Nord a littéralement disparu sans laisser la moindre trace.

1611-EDO, JAPON

Enrique Dasilva, marchand portugais en voyage d’affaires dans l’archipel nippon, écrivit à son frère une lettre dont voici un passage :

Tout requinqué par un petit vin castillan, le père Mendoza m’a parlé d’un homme récemment converti à la vraie foi. Ce sauvage faisait partie de l’un des ordres les plus secrets de cette terre exotique et barbare, la « Confrérie de la vie ». D’après le vieux prêtre, cette société secrète entraîne ses assassins – et je l’écris ici en toute naïveté – à l’extermination des démons… D’après lui, les démons en question avaient autrefois été des êtres humains qu’un sort insidieux avait fait ressusciter après leur trépas… pour mieux se repaître de la chair des vivants. La Confrérie de la vie aurait été formée par le shogun lui-même pour combattre ces horreurs… On en sélectionne les membres très jeunes… On les entraîne à l’art de la destruction… Leurs étranges méthodes de combat insistent sur l’évitement. Pour éviter les griffes du démon, elles développent moult contorsions et mouvements qui rappellent la danse du serpent… Leurs étranges cimeterres orientaux sont conçus pour décapiter promptement leurs victimes… Leur temple, dont l’emplacement reste un secret jalousement gardé, posséderait une pièce où les têtes tranchées encore gémissantes de ces monstres ornent les murs. Avant d’intégrer totalement la fraternité, les jeunes recrues doivent passer une nuit entière avec ces choses maudites pour seule compagnie…

Si le père Mendoza dit vrai, c’est le Diable qui gouverne ce pays, comme nous l’avions toujours soupçonné… N’était le négoce de la soie et des épices, nous ferions mieux d’éviter ces côtes à tout prix… J’ai demandé au vieux père où trouver son nouveau converti, pour entendre ce récit de sa bouche même. Mendoza m’a expliqué qu’il avait été assassiné quelques nuits plus tôt. La Confrérie n’apprécie pas que ses secrets soient révélés à n’importe qui ; elle n’aime pas davantage que ses membres renoncent à leur allégeance.

On trouvait beaucoup de sociétés secrètes au Japon féodal. La Confrérie de la vie n’est mentionnée dans aucun texte, passé ou présent. Dasilva commet par ailleurs quelques erreurs dans sa lettre, notamment quand il décrit le sabre japonais comme un « cimeterre » (la plupart des Européens n’avaient que faire de la culture japonaise). Le passage des têtes gémissantes manque d’à-propos, dans la mesure où, sans poumons ni diaphragme ni cordes vocales, des têtes de zombies tranchées ne peuvent produire le moindre son. Si l’histoire est authentique, cela explique pourquoi on a signalé si peu d’épidémies au Japon. Soit la culture japonaise a bâti un véritable mur de silence autour du sujet, soit la Confrérie de la vie a remarquablement bien accompli sa mission. Quoi qu’il en soit, il n’existe aucune trace d’épidémie au Japon avant le milieu du xxc siècle.

1690 – ATLANTIQUE SUD

À la fin de l’été, le négrier portugais Marialva quitte le port de Bissau, en Afrique de l’Ouest, avec une cargaison d’esclaves à destination du Brésil… Et disparaît corps et biens. Trois ans plus tard, au beau milieu de l’Atlantique Sud, le vaisseau danois Zeebrug identifie le Marialva, manifestement abandonné. On y envoie une équipe pour tenter de sauver ce qui peut l’être. À bord, les hommes découvrent des esclaves morts-vivants, encore enchaînés à leur banc et très occupés à gémir en cadence, mais aucune trace de l’équipage. Craignant que le navire ne soit maudit, les Danois retournent en toute hâte à bord de leur propre vaisseau pour faire leur rapport au capitaine. Aussitôt, ce dernier fait envoyer le Marialva par le fond d’une salve de canons. Nous n’avons aucun moyen de savoir comment l’épidémie s’est déclarée à bord du Marialva ; aussi sommes-nous réduits à formuler des hypothèses. On n’a pas trouvé le moindre canot de sauvetage. Seul le corps du capitaine a été découvert enfermé dans sa cabine, la tête trouée d’une balle et la main encore crispée sur le pistolet. Les Africains portaient tous de lourdes chaînes, aussi beaucoup pensent que la personne malade faisait partie de l’équipage portugais. Si tel est le cas, les malheureux esclaves ont dû endurer la vision de leurs ravisseurs succombant au virus les uns après les autres et s’entredévorer. Un des morts-vivants a forcément fini par mordre un esclave attaché, qui a certainement dû mordre à son tour un autre camarade terrorisé, etc., etc. Jusqu’à ce qu’un silence de mort s’abatte sur le navire et que la coque entière regorge de zombies.

Imaginez les esclaves attachés au bout de la chaîne qui assistaient, impuissants, à l’approche inexorable de la mort… Voilà qui devrait suffire à vous faire oublier vos pires cauchemars.

1762 – CASTRIES, SAINTE-LUCIE (CARAÏBES)

L’histoire de cette épidémie est encore narrée de nos jours, aussi bien par les natifs de l’île que par les colons venus du Royaume-Uni. Elle nous rappelle que la puissance des morts-vivants se nourrit de la désespérante incapacité des humains à s’unir pour y faire face. Une épidémie dont l’origine reste indéterminée éclata dans un quartier pauvre de Castries, une ville surpeuplée située sur l’île de Sainte-Lucie. Plusieurs Noirs affranchis, secondés par de nombreux mulâtres, comprirent très vite la nature de la « maladie » et tentèrent d’avertir les autorités. En vain. L’épidémie fut diagnostiquée comme un genre de rage. On enferma les premiers malades dans la prison municipale. Ceux qui subirent des morsures en essayant de les contenir furent renvoyés chez eux sans traitement particulier. Quarante-huit heures plus tard, l’horreur s’abattait sur Castries. Ne sachant comment endiguer pareil carnage, la milice locale fut rapidement débordée et dévorée. Les quelques Blancs survivants s’éparpillèrent dans les plantations qui ceinturaient la ville. Mais comme nombre d’entre eux avaient été mordus, ils répandirent l’infection à travers toute l’île. Au matin du dixième jour, 50 % de la population blanche avait succombé et 40 % (soit plusieurs centaines d’individus) erraient désormais dans l’île sous forme de zombies. Les autres réussirent à s’échapper, soit par la mer en réquisitionnant la première embarcation venue, soit en se barricadant dans les deux fortins militaires situés sur le vieux port et dans la baie de Rodney. Ce qui laissait une appréciable armée d’esclaves noirs désormais « libres », mais à la merci des morts-vivants.

Contrairement aux Blancs, les anciens esclaves avaient une profonde compréhension culturelle de leurs ennemis, un avantage qui transforma leur panique en détermination. Les esclaves de chaque plantation s’organisèrent alors en petits groupes très disciplinés. Armés de torches, de machettes (toutes les armes à feu avaient été emportées par les Blancs pendant leur fuite), alliés aux autres Noirs affranchis et aux mulâtres (Sainte-Lucie abritait de petites, mais nombreuses communautés), ils ratissèrent l’île du nord au sud. Communiquant à l’aide de tambours, les divers groupes échangèrent ainsi leurs informations et coordonnèrent plus efficacement leur chasse. Ils nettoyèrent Sainte-Lucie en une semaine par vagues d’assaut successives. Toujours barricadés dans leurs forteresses, les Blancs refusèrent de les aider, leur bigoterie raciale rejoignant leur lâcheté. Dix jours après l’élimination du dernier zombie, les troupes coloniales françaises et anglaises débarquèrent sur l’île. Tous les anciens esclaves retrouvèrent immédiatement leurs chaînes. Les résistants furent pendus. Cet incident fut officiellement considéré comme une révolte d’esclaves ; tous les Noirs affranchis et tous les mulâtres retournèrent à la captivité. On pendit ceux qui résistèrent. Même si on n’a conservé aucune trace écrite du drame, la tradition orale a fait le reste. On murmure qu’un monument secret y est consacré, quelque part sur l’île. Aucun résident n’en a jamais révélé l’emplacement exact. Si l’on peut tirer au moins une leçon de la tragédie de Castries, c’est qu’un groupe de civils motivés et disciplinés, munis des armes les plus primitives et des moyens de communication les plus frustes, peuvent facilement venir à bout d’une armée de zombies.

1807-PARIS, FRANCE

Un homme fut interné à Château-Robinet, un « hôpital » conçu pour enfermer les fous dangereux. Dans le rapport officiel rédigé par le docteur Reynard Boise, l’administrateur de l’institut, on peut lire :

Le patient semble incohérent, quasi animal et doté d’une insatiable soif de violence… Avec sa mâchoire qui claque aussi violemment que celle d’un chien enragé, il a réussi à mordre un autre patient avant d’être maîtrisé.

Le rapport décrit ensuite le « blessé » recevant un traitement minimaliste (plaies bandées et verre de rhum) avant d’être placé en cellule commune avec 50 autres hommes et femmes. Les jours suivants furent le théâtre d’une véritable orgie de violence. Trop effrayés par les hurlements en provenance de la cellule, les gardes et les docteurs attendirent une semaine avant d’oser y pénétrer. Après quoi, tout ce qui restait, c’était 5 zombies à moitié dévorés et une douzaine de corps éparpillés un peu partout. Boise démissionna immédiatement et retourna à la vie civile. On ignore tout du sort réservé aux morts-vivants et au zombie responsable de la contamination. Napoléon Bonaparte lui-même ordonna la fermeture de l’hôpital et le transforma en maison de repos pour vétérans. On ne sait donc pas d’où venait le premier zombie, ni comment il avait contracté la maladie, ni même s’il avait contaminé qui que ce soit avant son internement.

1824 – AFRIQUE DU SUD

Ce passage est tiré du journal de H. F. Fynn, un membre de l’expédition britannique chargée par Sa Majesté de rencontrer le roi Shaka Zoulou et de négocier avec lui.

Le kraal grouillait de vie… Le jeune noble s’avança au centre de l’enclos… Quatre des plus grands guerriers du roi y amenèrent alors un homme aux pieds et aux mains entravés… Un sac de cuir royal lui enserrait la tête. Des protections identiques couvraient les mains et les avant-bras des gardes, afin que leur chair n’entre jamais en contact avec celle du condamné… Le jeune noble leva son assenai [une lance d’environ 1,20 mètre] et la planta dans le sol… Le roi hurla, ordonnant à ses guerriers de déposer leur fardeau au centre du kraal. Le condamné heurta violemment le sol et se releva comme s’il était saoul. Le sac de cuir glissa de son visage… A ma grande horreur, je constatai que sa face était hideusement défigurée. Un gros morceau de chair avait été arraché de son nez, comme si une bête féroce l’avait emporté d’un coup de griffe. Ses yeux avaient été retirés, et ses orbites vides semblaient nous observer depuis le fin fond des enfers. Aucune goutte de sang ne perlait à ses nombreuses blessures.

Le roi leva une main, réduisant au silence la multitude excitée. Un calme étonnant fondit alors sur le kraal Un calme si complet que les oiseaux eux-mêmes obéirent à l’ordre du roi tout-puissant… Le jeune noble leva son assenai au niveau des épaules et murmura quelques paroles. Sa voix était trop faible, trop douce pour atteindre mes oreilles. L’autre, ce pauvre diable, entendit pourtant cette voix solitaire. Sa tête se tourna lentement et il ouvrit largement la bouche. De ses lèvres déchirées jaillit un gémissement si terrifiant qu’il me secoua jusqu’aux os. Le monstre, car c’en était un, j’en étais persuadé, s’avança lentement vers le noble. Le jeune zoulou brandit son assenai. Il fit un pas en avant et enfonça la lame noire dans la poitrine de son ennemi. Le démon ne tomba point, n’expira pas non plus et ne sembla même pas remarquer que sa poitrine venait d’être transpercée. Imperturbable, il se contenta d’avancer comme si de rien n’était. Le noble battit en retraite, tremblant comme une feuille sous le vent. Il trébucha et tomba à terre, la poussière recouvrant aussitôt ses muscles luisants de transpiration. La foule garda le silence, mille statues d’ébène observaient le déroulement de cette scène tragique… Alors Shaka sauta à même l’enclos en clamant « Sondela ! Sondela ! ». Le monstre se détourna immédiatement du jeune noble pour se diriger vers le roi. Avec la vitesse d’une balle de mousquet, Shaka retira/assenai de la poitrine du monstre et la plongea dans l’une de ses orbites vides. Il vrilla ensuite l’arme comme un escrimeur professionnel, enfonçant profondément la pointe de la lance dans le crâne du monstre. L’abomination tomba à genoux, puis s’écroula, son affreux visage s’écrasant dans le sol rouge de l’Afrique.

Le texte n’en dit pas plus. Fynn ne précise pas ce qu’il est advenu du jeune noble ou du zombie abattu. Naturellement, ce rite de passage soulève quelques questions brûlantes : d’où vient cette pratique ? Les Zoulous gardaient-ils d’autres zombies ? Si oui, comment les approchaient-ils ?

1839 – AFRIQUE DE L’EST

Sir James Ashton-Ayes, l’un des nombreux Européens incompétents à s’être mis en quête de la source du Nil, décrit dans son journal de voyage ce qui ressemble fortement à une attaque zombie. Il y a également noté l’attitude de la population locale face à l’événement.

Un jeune Nègre rentra au village tôt le matin, blessé au bras. A l’évidence, il avait manqué d’adresse en jetant sa lance et son dîner lui avait faussé compagnie. Cette mésaventure prête à rire, mais les événements qui suivirent m’ont profondément choqué par leur barbarie… Le sorcier du village et le chef examinèrent tous les deux la blessure du garçon, écoutèrent sa version des faits et acquiescèrent l’un l’autre, comme s’ils venaient de prendre une décision commune. Après avoir beaucoup pleuré, le jeune homme fit ses adieux à sa femme et à sa famille – leurs coutumes proscrivent tout contact physique, semble-t-il – avant de s’agenouiller devant le chef. Le vieil homme empoigna alors un énorme gourdin à pointes de fer et l’abattit de toutes ses forces sur la tête du condamné, lui fracassant le crâne comme un œuf noir géant. Presque immédiatement, dix guerriers levèrent leur lance et leur grossier couteau, puis entonnèrent un chant bizarre : « Nagamba ekwaga nah eereah enge. » Ensuite, ils s’enfoncèrent dans la savane. A ma grande horreur, le corps de l’infortuné sauvage fut démembré et brûlé tandis que les femmes gémissaient autour de la colonne de fumée. Comme je demandai des explications à mon guide, il se contenta de hausser ses maigres épaules et répondit : « Vous voulez qu’ ’il se relève pendant la nuit ? » Des gens bizarres, ces sauvages.

Ayes ne précise pas le nom de la tribu et des études ultérieures ont établi le caractère fantaisiste de ses indications géographiques (pas étonnant qu’il n’ait jamais trouvé la source du Nil). Par chance, on parvint à identifier le cri de guerre : « Njamba egoaga na era enge », une phrase giyuku signifiant « Ensemble, nous combattrons, et ensemble nous vaincrons ou nous mourrons ». Les historiens en ont déduit que la scène se déroulait probablement dans ce qui n’était pas encore le Kenya.

1848 – CHAÎNE D’OWL CREEK, WYOMING

Même si cette attaque n’est pas la première sur le territoire des États-Unis, l’affaire d’Owl Creek n’en reste pas moins la première répertoriée officiellement. Un groupe de 56 pionniers, connu sous le nom d’« expédition de Knudhansen », disparut corps et âme dans les Rocheuses, sur la route de la Californie. Un an plus tard, une deuxième expédition découvrit les restes d’un campement considéré comme leur dernier bivouac.

Les traces de violence sautaient aux yeux. Du matériel brisé gisait parmi les chariots éventrés. Nous avons également découvert les restes d’au moins quarante-cinq personnes. Outre leurs nombreuses blessures, chacune d’entre elles avait le crâne brisé. Certaines lésions semblent avoir été causées par des balles, d’autres par des instruments plus primitifs comme des marteaux ou même des pierres… Notre guide, un homme très expérimenté ayant passé de nombreuses années dans la région, nous a expliqué que jamais les Indiens n’auraient fait une chose pareille. Après tout, souligna-t-il, pourquoi auraient-ils massacré ces gens sans voler les chevaux et les bœufs ? Nous avons recompté les squelettes de tous les animaux ; le chiffre était exact… Autre bizarrerie : le nombre de morsures qui constellaient tous les cadavres. Pourtant, aucun animal n’avait osé toucher aux carcasses, ni les loups ni les fourmis. La Frontière ne manque pas d’histoires de cannibalisme, mais nous avons constaté avec horreur que ces récits épouvantables contenaient une part de vérité, surtout après la triste affaire de la Donner Party[iv] Par contre, nous ne comprenons toujours pas pourquoi ils ont commencé par se dévorer les uns les autres alors qu’ils ne manquaient pas encore de nourriture.

Ces lignes sont tirées du récit d’Arme Svenson, ancien instituteur devenu fermier et membre de la seconde expédition. L’histoire proprement dite ne prouve pas qu’il s’agit bien d’une épidémie de solanum. À n’en pas douter, des preuves solides finiront par faire surface un jour ou l’autre, mais pas avant quelques années.

1852 – CHIAPAS, MEXIQUE

Un trio de chasseurs de trésors américains originaires de Boston, James Miller, Nuke MacNamara et Willard Douglass, atteignit cette province reculée pour y piller les nombreuses ruines mayas. Alors qu’ils faisaient étape dans la ville de Tzinteel, ils assistèrent à l’enterrement d’un homme décrit comme un « buveur de sang satanique ». Stupéfaits, ils constatèrent que l’homme était encore en vie, mais attaché et bâillonné. Croyant avoir affaire à une forme d’exécution particulièrement barbare, les Américains intervinrent et réussirent à libérer le condamné. Une fois libéré de ses chaînes et de son bâillon, l’homme attaqua immédiatement ses sauveurs. La poudre n’eut aucun effet sur lui. MacNamara fut tué et les 2 autres légèrement blessés. Un mois plus tard, leurs familles reçurent une lettre datée du lendemain de l’attaque. En quelques pages, les 2 hommes racontaient les détails de leur aventure et juraient que leur ami était « revenu à la vie » peu après l’attaque. Ils ajoutaient que leurs blessures superficielles s’étaient infectées et qu’ils commençaient à souffrir d’une forte fièvre. Ils promettaient ensuite de se reposer à Mexico, d’y suivre un traitement médical approprié, et de revenir aux États-Unis aussi vite que possible. On n’entendit plus jamais parler d’eux.

1867-OCÉAN INDIEN

Le RMS Roma, steamer postal anglais transportant 137 prisonniers à destination de l’Australie, jeta l’ancre en rade de l’île des Bijoutiers pour porter secours à un navire non identifié, échoué sur un banc de sable. L’équipe d’abordage découvrit un zombie au dos brisé qui rampait à même le pont du navire. Quand les marins s’approchèrent de lui pour l’aider, le zombie se jeta en avant et arracha le doigt d’un homme d’un coup de dents. Alors qu’un second matelot vengeait son camarade en lacérant le crâne du zombie à grands coups de machette, les autres ramenèrent le blessé à bord de leur navire. On le transféra le soir même à l’infirmerie où on lui administra une dose de rhum avant de lui promettre que le médecin du bord le verrait à l’aube. L’homme mourut dans la nuit, se réanima et attaqua aussitôt les autres membres d’équipage. Paniqué, le capitaine ordonna qu’on cloisonne toutes les issues et qu’on enferme le zombie avec les prisonniers dans la cale. Le navire reprit ensuite sa route vers l’Australie. Pendant le reste du voyage, la cale résonna de hurlements, qui bientôt se transformèrent en gémissements. Plusieurs membres d’équipage jurèrent qu’on pouvait entendre le cri des rats au moment où on les dévorait vivants.

Après 6 semaines de mer, le navire jeta l’ancre dans la baie de Perth. Les officiers et l’équipage débarquèrent au plus vite pour informer les autorités de ces événements tragiques. Apparemment, personne ne crut l’histoire des marins. On envoya néanmoins un contingent de soldats escorter les prisonniers jusqu’à terre. Le RMS Roma resta 5 jours au mouillage et on attendit en vain le retour des soldats. Au sixième jour, une tempête se leva brusquement, brisa la chaîne de l’ancre, fit dériver le navire sur plusieurs milles et l’envoya se fracasser contre un récif. Personne ne découvrit le moindre mort-vivant dans l’épave. Seulement quelques ossements humains et des traces de pas s’enfonçant vers l’intérieur des terres. L’histoire du RMS Roma est célèbre chez les marins du xixe et du début du xxe siècle. Les registres de l’Amirauté signalent le navire comme « perdu en mer ».

1882 – PIEDMONT, OREGON

L’histoire nous est parvenue grâce à une équipe de relève venue prendre ses fonctions dans cette petite ville minière qui sortait de 2 mois d’isolation totale. Le groupe découvrit Piedmont en ruine. Bon nombre de maisons avaient brûlé. Celles qui tenaient encore debout étaient constellées d’impacts de balles. Curieusement, les tirs semblaient provenir de l’intérieur, et non de l’extérieur, comme si les combats avaient eu lieu au sein même des habitations. Mais le pire était à venir : 27 squelettes démantibulés et à moitié dévorés. L’hypothèse du cannibalisme fut écartée lorsqu’on découvrit des stocks de nourriture dans les réserves de la ville, largement suffisants pour tenir tout un hiver. Quand ils investirent la mine, ils firent une autre découverte encore plus terrifiante. L’entrée du puits était fermée de l’intérieur. Derrière, on retrouva les corps de 58 personnes, hommes, femmes et enfants, tous morts de faim. Les sauveteurs constatèrent que d’importantes quantités de nourriture avaient été stockées et mangées ; ces gens avaient dû s’emmurer vivants sur une très longue période. On compta les victimes, dévorées ou mortes de faim : plus de 32 habitants manquaient à l’appel.

Selon la théorie la plus couramment admise, une goule (ou un groupe de goules) est sortie des bois et a attaqué Piedmont. Après une bataille aussi brève que violente, les survivants ont transporté autant de nourriture que possible à la mine. Une fois enfermés, ils ont attendu les secours, mais ces derniers ne sont jamais arrivés. On suppose qu’avant que la décision de se réfugier dans la mine ne soit prise, une ou plusieurs personnes sont parties à travers bois pour demander de l’aide au village le plus proche. Comme on n’a jamais retrouvé la moindre trace des corps ou de l’éventuelle expédition de secours, il est probable que le ou les messagers sont morts en cours de route et que les zombies les ont dévorés. Si les morts-vivants sont bel et bien responsables du carnage, on n’en a jamais retrouvé la preuve formelle. Aucune suite officielle ne fut donnée à la tragédie de Piedmont. Les rumeurs évoquent une épidémie soudaine, un glissement de terrain, la démence collective ou même une attaque d’Indiens (aucun Indien n’a jamais vécu à Piedmont ni même dans la région). La mine n’a jamais été rouverte. La Patterson Mining Company (propriétaire de la mine et de la ville) paya 20 dollars de dommages et intérêts aux familles des victimes en échange de leur silence. Les preuves de ces transactions ont été découvertes dans les livres de comptes de l’entreprise après sa faillite (en 1931, pendant la crise économique). Aucune enquête n’a jamais eu lieu.

1888 – HAYWARD, WASHINGTON

Les lignes qui suivent décrivent l’apparition en Amérique du Nord du premier chasseur de zombies professionnel. L’incident a commencé avec l’arrivée en ville d’un trappeur nommé Gabriel Allens. L’homme avait une vilaine blessure au bras.

Allens a parlé d’un type qui marchait comme un possédé, la peau aussi grise qu’un caillou et les yeux morts. Quand Allens s’est approché du pauvre diable, ce dernier a poussé un gémissement affreux et l’a mordu au bras.

Ce passage est tiré du journal de Jonathan Wilkes, le docteur qui a soigné Allens après son agression. On ne sait pas exactement comment l’infection s’est répandue. Des données très parcellaires suggèrent que les victimes suivantes furent le docteur Wilkes lui-même, puis les 3 hommes qui tentèrent de le maîtriser. Six jours après l’attaque initiale, Hayward vivait un véritable siège. Beaucoup d’habitants se terraient chez eux ou à l’église pendant que les zombies les attaquaient sans relâche. Les armes à feu ne manquaient pas, mais personne ne pensait à viser les têtes. L’eau, la nourriture et les munitions commencèrent à s’épuiser. Personne n’espérait pouvoir tenir encore une semaine.

À l’aube du septième jour, un Lakota nommé Elija Black débarqua en ville. À cheval, et muni d’un sabre de cavalerie, il décapita 12 goules en moins de 20 minutes. Black utilisa ensuite un bout de bois pour tracer un cercle autour du château d’eau municipal avant de grimper au sommet. Avec ses cris, son vieux clairon de l’armée et son cheval attaché en guise d’appât, il réussit à attirer tous les zombies qui infestaient la ville. Ceux qui dépassaient la limite du cercle recevaient une balle de Winchester en pleine tête. Grâce à cette méthode, Black élimina toute la horde, soit 59 zombies, en moins de 6 heures. Avant même que les survivants réalisent ce qui s’était passé, leur sauveur avait disparu. De nombreux récits ont raconté l’histoire de Black. Après une partie de chasse, alors qu’il avait à peine quinze ans, lui et son grand-père étaient tombés par hasard sur l’expédition de Knudhansen au plus fort du carnage. L’un de ses membres avait été contaminé et, une fois transformé en zombie, avait attaqué le reste du groupe. Black et son grand-père avaient éliminé les zombies à grands coups de tomahawk, décapitant ceux qui pouvaient l’être et brûlant les autres. L’un des « survivants », une femme de trente ans, leur expliqua comment l’infection s’était répandue et comment plus de la moitié du groupe désormais zombifié était parti dans les bois. Elle leur confia ensuite que ni ses blessures ni celles des autres ne pouvaient être guéries. Tous avaient alors supplié Black et son grand-père de les achever.

Après avoir abrégé les souffrances de ces malheureux, le vieux Lakota révéla à son petit-fils qu’il lui avait caché une morsure reçue pendant la bataille. En ce jour funeste, le dernier coup de tomahawk d’Elija Black s’abattit sur son grand-père. Il voua ensuite sa vie à chasser les zombies issus de l’expédition de Knudhansen. À chaque rencontre, il améliorait ses connaissances et son expérience. Même sans jamais être allé à Piedmont, il avait déjà éliminé 9 zombies errant aux alentours de la ville. Au moment de la tragédie de Hayward, il était sans aucun doute devenu le plus grand spécialiste de terrain et l’exterminateur de morts-vivants le plus efficace. On sait très peu de chose sur sa vie et sur la façon dont il mourut. En 1939, on publia sa biographie ainsi qu’une série d’articles dans les journaux anglais. Aucune version n’est parvenue jusqu’à nous ; on ignore le nombre exact de combats livrés par Black. Des recherches approfondies sont actuellement en cours pour tenter de retrouver les derniers exemplaires du livre.

1893 – FORT LOUIS-PHILIPPE, AFRIQUE DU NORD

Le journal d’un tout jeune officier de la Légion étrangère française relate l’une des plus graves épidémies jamais recensées :

Il est arrivé trois heures après l’aube. Un Arabe solitaire, quasi mort de soif et d’épuisement… Après une journée entière de repos, quantité de soins et beaucoup d’eau, il a raconté l’histoire d’une maladie qui transforme ses victimes en monstres cannibales… Avant que l’on puisse envisager une expédition au village, les sentinelles du mur sud ont repéré du mouvement à l’horizon, quelque chose qui ressemblait à un troupeau d’animaux. Grâce à mes jumelles, je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’animaux, mais bien d’êtres humains à la chair décolorée et aux vêtements lacérés. Le vent forcissait ; nous entendîmes d’abord leurs gémissements, avant qu’une insoutenable odeur de charogne nous submerge… On s’est dit que ces monstruosités devaient poursuivre celui que nous avions sauvé. C’était incroyable qu’ils aient réussi à couvrir pareille distance sans eau… Nos appels et nos avertissements n’ont pas reçu de réponses… Nos coups de canons ne les firent pas non plus ralentir d’un pouce… Même les fusils à longue portée semblaient sans effet ! Le caporal Strom a sellé son cheval et il a pris la direction de Bir-El-Ksaib juste avant que nous fermions les portes pour nous préparer à l’attaque.

Une attaque qui devint le plus long siège zombie jamais enregistré. Les légionnaires n’ont jamais vraiment compris que leurs assaillants étaient déjà morts, aussi gâchèrent-ils quantité de munitions en les visant au torse. Quelques tirs firent mouche, mais pas assez pour que les soldats cherchent systématiquement à atteindre la tête. Le caporal Strom, l’homme qu’on avait envoyé chercher de l’aide, n’est jamais revenu. On suppose qu’il a trouvé la mort dans le désert ou qu’il est tombé sur une tribu arabe hostile. À l’intérieur du fort, ses camarades subirent le siège pendant 3 ans ! Fort heureusement, une caravane de ravitaillement venait tout juste d’arriver, et l’eau ne posait aucun problème grâce au puits autour duquel on avait bâti le fort. Les animaux de trait et les chevaux furent finalement abattus et rationnés de façon draconienne. Pendant tout ce temps, l’armée zombie, grosse de plus de 500 individus, continuait à cerner le mur d’enceinte. Le journal rapporte qu’à la longue, beaucoup de morts-vivants furent tués par des explosifs artisanaux, des cocktails Molotov improvisés ou même de lourdes pierres simplement jetées pardessus le parapet. Ce ne fut hélas pas suffisant pour briser le siège. Les gémissements incessants rendirent fous plusieurs hommes ; 2 se suicidèrent. Certains survivants entreprirent de sauter par-dessus le mur pour s’enfuir au plus vite. Tous ceux qui s’y risquèrent furent promptement encerclés et dévorés. Une mutinerie réduisit encore les rangs des soldats, ne laissant plus que 27 survivants. C’est alors que le commandant du fort décida de tenter un plan désespéré :

Chaque homme a reçu une ration d’eau et de nourriture. Toutes les échelles et les escaliers qui menaient au chemin de ronde ont été détruits… Nous nous sommes rassemblés sur le mur sud et nous avons appelé nos tortionnaires afin de les inciter à se regrouper devant nos portes. Avec le courage d’un homme possédé par le démon, le colonel Drax est descendu à même le sol et a lui-même libéré le battant. Soudain, la multitude puante a envahi notre forteresse. Le colonel a pris soin de jouer le rôle d’appât pour attirer les monstres vers la cour d’appel, parmi les quartiers des officiers, à travers l’infirmerie… Il fut hissé sur le mur au dernier moment, une main arrachée et à moitié pourrie encore accrochée à sa botte. Nous avons continué à appeler les créatures, hurlant et sifflant, sautant comme des singes fous, mais cette fois, nous faisions tout pour les garder à l’intérieur de notre propre fort… Dorset et O’Toole sont ensuite passés vers le mur nord ; ils ont couru vers la porte et l’ont refermée aussi vite que possible… Aveuglées par leur propre rage, les créatures piégées à l’intérieur n’ont même pas eu l’idée de l’ouvrir par leurs propres moyens. Au fur et à mesure qu’elles enfonçaient toutes les portes qu’elles trouvaient, le piège se refermait autour d’elles.

Les légionnaires sautèrent ensuite au sol, éliminèrent les quelques zombies demeurant en dehors des murs lors de brefs mais féroces corps à corps et marchèrent ensuite plus de 400 kilomètres jusqu’à l’oasis la plus proche, à Bir Ounane. Les registres de l’armée ne signalent pas le siège. On n’explique toujours pas pourquoi, alors que les rapports routiniers émanant de Fort Louis-Philippe avaient cessé d’arriver régulièrement, aucune expédition de secours n’a jamais été envoyée. La seule réponse officielle des autorités fut de traduire le colonel Drax en cour martiale. La retranscription de son procès et les charges retenues contre lui restent classées confidentielles. Des rumeurs d’épidémie ont alimenté les rangs de l’armée, de la Légion et de la société civile française pendant plusieurs décennies. Plusieurs récits de fiction évoquent « le Siège du Diable ». Malgré son déni officiel, la Légion étrangère n’a jamais envoyé d’autres contingents à Fort Louis-Philippe.

1901 – LU SHAN, FORMOSE

D’après Bill Wakowski, un marin américain qui servait dans le corps expéditionnaire oriental, plusieurs paysans de Lu Shan sortirent de leur lit de mort et se mirent à attaquer leur village. À cause de son isolement géographique et de l’absence de moyens de communication (téléphone ou télégraphe), Taipei n’eut vent de l’affaire que 7 jours plus tard.

Ces missionnaires américains, les ouailles du pasteur Alfred, ils ont cru que c’était une punition divine contre les Jaunes qui refusaient la vraie foi. Le saint homme était bien décidé à les exorciser jusqu’au dernier. Notre commandant de bord leur a ordonné de ne pas y aller tant qu’il n’aurait pas réussi à lever une escorte armée. Le pasteur Alfred n’a rien voulu entendre. Et pendant que le pacha envoyait un câble pour demander de l’aide, les missionnaires ont franchi la rivière. Plus tard, un contingent de militaires nationalistes a rejoint notre bateau et nous nous sommes mis en route à notre tour vers le village pour l’atteindre aux alentours de midi… Des corps. En morceaux. Partout. Le sol était gluant de sang. Et cette odeur, Dieu Tout-Puissant, cette odeur !… L’odeur de ces choses quand elles sont sorties du brouillard, des créatures écœurantes, des diables humains. Nous avons fait feu à moins de 30 mètres, en vain. Ni nos Krags ni nos mitrailleuses Gattling n’avaient le moindre effet… Je crois bien que Riley en a perdu la boule. Il a monté sa baïonnette et a chargé tout seul pour en embrocher un. Les autres l’ont submergé et l’ont démembré en un éclair. Ensuite ils l’ont dévoré jusqu’à l’os. C’était une vision cauchemardesque !… Et voilà que débarque ce petit chauve accompagné d’un docteur ou d’un moine, appelez ça comme vous voulez… Il faisait tournoyer une sorte de bâton avec une lame en forme de quartier de lune au bout… Il devait y avoir dix ou vingt corps à ses pieds. Il s’est mis à courir comme un dératé en montrant sa tête et celle des créatures. Dieu sait comment le pacha a réussi à comprendre ce que ce fou voulait dire, mais il nous a ordonné de viser leurs têtes… Et c’est ce qu’on a fait… Quand on a examiné les corps, on a constaté qu’il y avait quelques Blancs parmi les Chinois… Nos propres missionnaires. Un de nos gars a trouvé un monstre avec la colonne vertébrale brisée par une balle. Il était encore en vie et faisait claquer ses dents, tout en gémissant comme un démon. Le pacha a reconnu le pasteur Alfred. Il a récité une courte prière avant de lui tirer une balle dans la tête.

Wakowski vendit son histoire au pulp Taies of the Macabre, ce qui lui valut d’être immédiatement emprisonné par sa hiérarchie. À sa libération, Wakowski refusa toutes les interviews. Encore aujourd’hui, la Navy persiste à nier les faits.

1905 – TABORA, TANGANYIKA (AFRIQUE DE L’EST ALLEMANDE)

D’après la retranscription écrite d’un procès public, un guide indigène connu sous le nom de « Simon » a été arrêté et condamné pour avoir décapité Karl Seekt, un célèbre chasseur blanc. L’avocat de Simon, un fermier hollandais nommé Guy Voorster, explique que son client prétend au contraire avoir commis un acte héroïque. D’après Voorster :

La tribu de Simon croit fermement qu’il existe une maladie capable de tarir la force vitale de l’homme. Elle ne laisse qu’un corps sans vie, mais encore « actif », sans aucune conscience de son environnement et obsédé par le cannibalisme… Par ailleurs, les victimes de ce monstre mort-vivant finissent à leur tour par sortir de leur tombe pour dévorer d’autres victimes. Et le cycle se répète, encore et encore, jusqu’à ce que ces monstruosités mangeuses d’hommes envahissent la terre… Mon client déclare que sa victime est retournée au campement deux jours avant la date prévue, en proie au délire et blessée au bras. Elle est morte quelques heures plus tard… Mon client m’a assuré que Herr Seekt s’était levé de son lit de mort et avait mordu les autres membres de l’expédition. Mon client s’est servi de sa machette indigène pour décapiter Herr Seekt avant de brûler son corps.

M. Voorster s’empresse d’ajouter qu’il ne souscrit aucunement à cette version des faits, mais qu’il est de son devoir de la soumettre aux autorités afin de leur faire comprendre que Simon souffre de démence précoce, et qu’il est de fait impossible de le condamner à mort. À l’époque, l’alibi de la folie valait uniquement pour les Blancs. Simon fut condamné à mort par pendaison. La transcription intégrale du procès est en très mauvais état, mais reste consultable à Dar es Salam, en Tanzanie.

1911 – VITRE, LOUISIANE

Cette célèbre légende américaine se transmet de bar en bar et de casier d’étudiant en casier d’étudiant dans tout le Sud profond. Elle tire son origine de faits historiques dûment authentifiés : la nuit d’Halloween, plusieurs jeunes Cajuns se défièrent pour savoir qui « oserait » passer une nuit entière dans le bayou. Les racontars du coin évoquaient des zombies issus d’une famille de planteurs hantant les marais et dévorant tous les humains qui passaient à portée de dents. Le jour suivant, à midi, aucun des adolescents n’était revenu. On envoya une expédition à leur recherche passer les marais au peigne fin. Elle fut attaquée par plus de 30 goules, parmi lesquelles on comptait les jeunes disparus. Les sauveteurs battirent en retraite, attirant involontairement les morts-vivants à Vitre. Alors que les habitants se barricadaient chez eux, un citoyen, Henri de la Croix, eut l’idée saugrenue d’arroser les zombies de mélasse, croyant que cela attirerait des millions d’insectes qui leur dévoreraient aussitôt la chair. Sa tentative échoua et De la Croix s’en tira in extremis. On arrosa encore les goules, avec du kérosène cette fois, avant d’y mettre le feu. Sans avoir pleinement mesuré les conséquences de leur acte, les malheureux citoyens de Vitre constatèrent alors impuissants que les morts-vivants transmettaient aussitôt le feu à tout ce qu’ils touchaient. De nombreuses personnes brûlèrent vives, enfermées dans leur maison. Les autres s’enfuirent dans les marais. Quelques jours plus tard, des sauveteurs volontaires dénombrèrent un total de 58 survivants (la population atteignait auparavant 114 personnes). Vitre était totalement réduit en cendres. Les estimations varient quant au nombre exact de zombies et de victimes. En ajoutant les morts de Vitre aux corps des zombies retrouvés dans les décombres, on compta au moins 15 personnes en trop. Les registres officiels du gouvernement à Bâton Rouge expliquent l’attaque par le « comportement volontiers enclin à l’émeute des Nègres », une théorie curieuse quand on sait que la population de Vitre se composait exclusivement de Blancs. Les preuves de l’attaque zombie proviennent des lettres et des journaux intimes conservés aujourd’hui encore par les descendants des victimes.

1913 – PARAMARIBO, SURINAME

Si le docteur Ibrahim Obeidallah fut le premier à compiler de manière systématique toutes les informations existantes sur les morts-vivants, d’autres suivirent son exemple. Le docteur Jan Vanderhaven, déjà respecté en Europe pour ses travaux sur la lèpre, débarqua en 1913 dans la colonie hollandaise du Suriname, en Amérique du Sud, pour y étudier une variante inconnue de cette maladie atroce.

Les malades présentent des symptômes comparables à ceux qu’on rencontre partout dans le monde. Éruptions purulentes, peau marbrée, chairs décomposées. Là s’arrêtent cependant les similarités avec la tristement célèbre affliction. Ces pauvres diables souffrent également de démence. Ils ne montrent aucun signe de pensée rationnelle et s’avèrent incapables de reconnaître leurs proches… Ils ne dorment jamais et ne boivent pas non plus. Ils n’acceptent aucune nourriture, sauf vivante… Hier, par jeu et contre mon gré, un infirmier a lancé un rat blessé dans la cellule des patients. L’un d’eux a prestement attrapé le rongeur et l’a gobé tout cru… Les infectés font également preuve d’une hostilité presque enragée… Ils essaient toujours de mordre ceux qui les approchent. Une visiteuse, une femme influente, n’a pas respecté le protocole hospitalier ; elle a été mordue par son mari malade. Malgré toutes les méthodes de soin connues, elle en est morte le jour même. Le corps a été rendu à sa famille… Contre ma volonté. On m’a même refusé l’autopsie, pour des raisons de décorum… Cette nuit-là, le corps a été volé… Des tests à l’alcool, à l’éther et à la chaleur (90 °C) effectués sur les tissus éliminent les possibilités d’une bactérie… J’en déduis que l’agent ne peut être qu’un fluide vivant et contagieux… que j’ai baptisé « solanum ».

(« Fluide vivant contagieux » était d’usage courant avant l’adoption du mot latin virus par le corps médical.) Ces passages proviennent d’une étude de 200 pages menée à bien par le docteur Vanderhaven sur cette nouvelle découverte. Dans cet ouvrage, il note une forte tolérance des zombies à la douleur, l’absence de respiration, un taux très réduit de décomposition, un manque de réflexes, une agilité limitée, et bien sûr l’impossibilité de trouver un quelconque remède. À cause de la nature violente des patients et de la terreur des infirmiers, Vanderhaven ne put jamais s’approcher suffisamment des goules pour pratiquer une autopsie complète. Aussi n’a-t-il pu se rendre compte que les morts-vivants étaient bel et bien morts. Il retourna en Hollande en 1914 et y publia ses travaux. Ironie de l’histoire, la communauté scientifique les accueillit avec indifférence. Son histoire, comme beaucoup d’autres à l’époque, fut éclipsée par la Première Guerre mondiale. On trouve encore quelques exemplaires du livre à Amsterdam. Vanderhaven continua à pratiquer la médecine aux Indes hollandaises (l’actuelle Indonésie), où il mourut de malaria. La découverte majeure de Vanderhaven reste celle du virus responsable de la « zombification ». Il fut en outre le premier à l’appeler « solanum ». On ignore pourquoi il a choisi ce terme plutôt qu’un autre. Même si son œuvre n’a pas été reconnue par ses contemporains, elle est aujourd’hui très appréciée. Un pays, hélas, a fait un très mauvais usage des découvertes du bon docteur (voir « 1942-1945 – Harbin », page 321).

1923 – COLOMBO, CEYLAN

Les lignes qui suivent sont tirées de L’Oriental, un journal destiné aux expatriés britanniques résidant aux Indes. Christopher Wells, copilote pour la compagnie aérienne British Impérial Airways, fut secouru sur son radeau de survie après 14 jours passés en mer. Avant de succomber à une sévère hypothermie, Wells expliqua qu’il transportait un corps découvert par une expédition britannique sur le mont Everest. Il s’agissait d’un Européen, vêtu comme au siècle dernier, sans aucun papier d’identité. Comme il était totalement gelé, le chef de l’expédition avait décidé de l’envoyer à Colombo par avion pour le faire autopsier. Le corps dégela pendant le vol, se réanima et attaqua l’équipage. Les 3 hommes réussirent à le tuer en lui fracassant le crâne avec un extincteur (ils ne semblent pas avoir réalisé à quoi ils avaient affaire ; peut-être ont-ils simplement essayé de se défendre contre le zombie). Ce danger écarté, ils durent ensuite se débrouiller avec un avion endommagé. Le pilote envoya un signal de détresse, mais n’eut pas le temps de signaler leur position exacte. Les 3 hommes sautèrent en parachute en plein océan, le commandant de bord ne sachant pas encore que sa morsure aurait des conséquences dramatiques par la suite. Le jour suivant, il expira, se réanima et attaqua immédiatement les 2 autres. Alors que le pilote luttait contre son assaillant, Wells, paniqué, les flanqua tous les deux par-dessus bord. Après avoir raconté – certains diront « confessé » – son aventure aux autorités, Wells perdit conscience et mourut le jour suivant. On expliqua toute l’histoire en évoquant vaguement l’acte d’un maniaque rendu fou par le soleil. On n’a jamais retrouvé la moindre trace de l’avion, de l’équipage ou du soi-disant zombie.

1942 – PACIFIQUE CENTRAL

Pendant l’assaut initial des troupes japonaises, l’état-major nippon envoya un régiment de commandos impériaux à Atuk, une île de l’archipel des Carolines. Quelques jours après leur atterrissage, les militaires furent attaqués par une horde de zombies sortis de la jungle. On déplora de lourdes pertes. N’ayant pas la moindre information sur la nature exacte de leurs ennemis, ni les moyens efficaces de s’en débarrasser, les soldats se retrouvèrent refoulés au sommet d’une colline fortifiée à la pointe nord de l’île. Par chance, le fait qu’ils aient abandonné leurs blessés derrière eux les préserva d’une situation encore plus grave. Le régiment resta coincé dans la forteresse plusieurs jours, coupé du monde presque sans eau ni nourriture. Pendant tout ce temps, les goules assiégèrent sans relâche leur position, incapables d’escalader le raidillon, mais réduisant à néant tout espoir de fuite. Après 2 semaines d’enfer, Ashi Nakamura, le sniper du régiment, découvrit qu’un tir direct à la tête s’avérait fatal aux zombies. Cette constatation permit aux Japonais d’affronter enfin leurs assaillants. Après avoir abattu les goules à coups de fusil, ils ratissèrent la jungle pour finir le travail. Des témoins oculaires rapportent que l’officier responsable, le lieutenant Hiroshi Tomonaga, a personnellement décapité 11 zombies avec son seul katana (un argument de plus en faveur de cette arme). Des recherches ultérieures ont montré qu’Atuk était probablement l’île que Sir Francis Drake avait baptisée « l’île des Damnés ». Le témoignage de Tomonaga, récupéré par l’armée américaine après la guerre, stipule qu’une fois les communications radio rétablies avec Tokyo, le haut commandement japonais ordonna la capture (et non l’élimination) de tous les zombies encore « vivants ». Cela fait (4 goules furent capturées avec succès, attachées et bâillonnées), le sous-marin impérial 1-58 fit surface pour récupérer les prisonniers morts-vivants. Tomonaga précise qu’il ignore le sort réservé aux 4 zombies. Lui et ses hommes reçurent pour ordre de ne jamais divulguer cette histoire à qui que ce soit, sous peine de mort.

1942-1945 – HARBIN, PROTECTORAT JAPONAIS DE MANCHUKO (ACTUELLE MANDCHOURIE – CHINE)

Dans un livre publié en 1951, Aube en enfer, l’ancien officier des services de renseignements américains David Shore liste une série d’expériences scientifiques conduites par une unité japonaise connue sous le nom de « Dragon Noir ». L’une d’elles, baptisée « Cerisier en fleur », concernait directement « l’élevage » et l’entraînement de zombies dans un cadre militaire. D’après Shore, quand les troupes japonaises ont envahi les Indes hollandaises en 1941-1942, elles y ont découvert un exemplaire du livre de Jan Vanderhaven conservé dans la bibliothèque médicale de Surabaya. L’ouvrage fut envoyé au quartier général du Dragon Noir, à Harbin, pour examen. Malgré les recherches entreprises à cette occasion, aucun scientifique ne réussit à identifier la moindre trace de solanum (preuve que l’ancienne Confrérie de la vie faisait décidément de l’excellent travail). Mais tout changea 6 mois plus tard après les événements d’Atuk. On envoya les 4 zombies capturés à Harbin. Plusieurs expériences furent conduites sur 3 d’entre eux ; on conserva le quatrième à des fins de reproduction. Shore précise que des « dissidents » japonais (quiconque émettait des réserves quant à la validité du régime militaire) servaient de cobayes. Dès qu’un « régiment » de 40 zombies fat constitué, les agents du Dragon Noir entreprirent de les entraîner et de leur inculquer la notion d’obéissance aveugle. Avec des résultats désastreux : des morsures transformèrent 10 des 16 instructeurs en zombies. Après 2 années d’essais infructueux, on prit la décision de relâcher les 50 zombies en territoire ennemi sans plus se soucier de leur entraînement. Ainsi, 10 goules devaient être parachutées sur des positions britanniques en Birmanie. L’avion fat abattu par la DCA anglaise avant d’atteindre son objectif et son explosion anéantit complètement la précieuse cargaison. On essaya ensuite de lâcher 10 zombies via un sous-marin dans la zone du canal du Panama, alors tenu par les Américains (dans l’espoir que le chaos qui ne manquerait pas de s’ensuivre interromprait la construction des vaisseaux de guerre destinés à renforcer les troupes américaines dans toute la zone pacifique). Le sous-marin fat coulé avant d’atteindre sa destination. Une troisième tentative eut lieu (toujours avec un sous-marin) pour relâcher 20 zombies sur la côte ouest des États-Unis. À mi-chemin, en plein Pacifique Nord, le capitaine envoya un message de détresse signalant que les zombies s’étaient libérés, qu’ils attaquaient l’équipage et qu’il fallait absolument abandonner le navire. Alors que la guerre touchait à sa fin, les Japonais firent un quatrième et dernier essai pour parachuter le reste des zombies sur un foyer de guérilla chinoise dans la province du Yunnan. Neuf d’entre eux furent abattus par les snipers chinois durant leur descente. Les tireurs d’élite n’ont jamais compris l’importance de leur dextérité. Ils avaient ordre de toujours viser la tête, quoi qu’il arrive. Le dernier zombie fut capturé, enchaîné et envoyé au QG de Mao Tsé-Toung pour examen. Quand l’Union soviétique envahit la Mandchourie en 1945, toutes les références et les preuves concernant le projet Cerisier en fleur furent détruites.

Shore précise que son livre repose sur le témoignage oculaire de 2 agents du Dragon Noir, des hommes qu’il a personnellement interrogés après leur reddition en Corée du Sud à la fin de la guerre. Shore dénicha un éditeur pour publier son livre, une petite maison indépendante du nom de Green Brother Press. Hélas, le gouvernement ordonna la saisie de tous les exemplaires avant leur parution en librairie. Green Brother Press fut nommément condamnée par le sénateur Joseph McCarthy pour diffusion de « matériaux obscènes et subversifs ». Sous le coup d’une lourde amende, la maison d’édition fit faillite. Quant à David Shore, il fut accusé de violer la sécurité nationale et condamné à la prison à vie à fort Leavenworth, au Kansas. Il a été gracié en 1961, mais a succombé à une crise cardiaque 2 mois après sa libération. Sarah Shore, sa veuve, avait illégalement conservé un exemplaire du manuscrit jusqu’à sa mort, en 1984. Leur fille, Hannah, vient tout juste de remporter le procès qui lui donne désormais le droit de le publier.

1943 – AFRIQUE DU NORD

Cet extrait provient du débriefing du PFC Anthony Marno, canonnier arrière sur bombardier américain B-24. De retour d’un raid de nuit contre les troupes allemandes rassemblées en Italie, l’appareil se perdit au-dessus du désert algérien. À court de carburant, le pilote distingua ce qui ressemblait à un village ; il ordonna à son équipage de se préparer à sauter. Il s’agissait de Fort Louis-Philippe.

Ça ressemblait à un cauchemar de môme… Comme il n’y avait pas de barre ni quoi que ce soit d’autre, on a juste ouvert les portes, comme ça. On est entrés, et là, partout, des squelettes. Des montagnes de squelettes, sans déconner ! Entassés dans tous les coins, comme dans un film. Notre commandant de bord a secoué la tête avant de dire : « J’ai l’impression qu’on a touché le gros lot, non ? » Heureusement qu’il n y avait aucun cadavre dans le puits. On a pu remplir nos gourdes et récupérer quelques bouteilles de plus. Pas de bouffe, par contre, mais franchement, on n’avait pas faim.

Marno et son équipage furent secourus par une caravane de Bédouins à plus de 70 kilomètres du fort. Lorsqu’ils interrogèrent les Arabes sur cet endroit, aucun de leurs interlocuteurs ne voulut répondre. À l’époque, l’armée américaine n’avait ni le temps ni les ressources nécessaires pour enquêter plus avant sur des ruines abandonnées en plein désert. On n’y envoya jamais la moindre expédition.

1947 – JARVIE, COLOMBIE BRITANNIQUE

Plusieurs articles parus dans 5 journaux différents racontent l’affaire et louent l’héroïsme des habitants de ce petit hameau canadien. On ignore tout de l’origine exacte de l’épidémie. Les historiens soupçonnent Mathew Morgan, un chasseur de la région ayant débarqué un soir avec une mystérieuse morsure à l’épaule. Le lendemain, à l’aube, 21 zombies arpentaient les rues du village et avaient dévoré 9 personnes. Les 15 derniers habitants se barricadèrent dans le bureau du shérif. Un coup de feu chanceux leur montra aussitôt les dégâts qu’une balle dans la tête causait aux morts-vivants. Hélas, à cet instant, les fenêtres étaient déjà condamnées et personne ne put viser correctement. Les assiégés élaborèrent alors un plan pour s’échapper par les toits, atteindre le centre téléphonique voisin et alerter les autorités à Victoria. Ils avaient parcouru la moitié du chemin quand les goules les remarquèrent et leur collèrent aux talons. Regina Clark, l’un des membres du groupe, ordonna aux autres de s’enfuir pendant qu’elle retenait les morts-vivants. Armée uniquement d’une carabine Ml, elle attira les zombies dans un cul-de-sac. Les témoins rapportent qu’elle le fit en toute connaissance de cause, et que l’étroitesse du lieu lui permettait d’ajuster 4 cibles de front en même temps. Avec une efficacité et une cadence de tir hallucinantes, Clark abattit toute la horde. Plusieurs témoins jurent l’avoir vue recharger 15 fois en moins de 12 secondes sans rater un seul coup. Le rapport officiel évoque un « cas inexplicable de violence urbaine ». Tous les articles de journaux reposent sur les témoignages des survivants.

Regina Clark a toujours refusé les interviews. Ses Mémoires restent un secret de famille bien gardé.

1954 – THAN HOA, INDOCHINE FRANÇAISE

Ces quelques lignes sont extraites d’une lettre écrite par Jean-Bart Lacouture, un homme d’affaires installé à l’époque dans l’ancienne colonie française.

Le jeu s’appelle « la danse du démon ». On jette un individu en bonne santé dans une cage, avec l’une de ces créatures. Notre homme ne possède en tout et pour tout qu’un petit couteau dont la lame ne dépasse pas huit centimètres… Survivra-t-il à sa « danse » avec le mort-vivant ? Combien de temps durera le combat ? Tout le monde prend ensuite les paris… Et on en a toute une étable, de ces guerriers pourrissants. La plupart sont les victimes d’un match perdu. Les autres, on les récupère dans la rue… Mais leur famille est bien payée… Que Dieu ait pitié de moi et qu’Il me pardonne cet inimaginable péché.

Cette lettre, accompagnée d’une somme d’argent confortable, est arrivée à La Rochelle 3 mois après la capitulation française devant les armées communistes d’Hô Chi Minh. On ignore tout de cette « danse du démon », si chère à Lacouture. Aucune autre information n’a jamais filtré. Un an plus tard, le corps de Lacouture arrivait en France dans un état de décomposition avancé, une balle logée dans la cervelle. « Suicide », précisait la fiche signée par le médecin légiste nord-vietnamien.

1957 – MOMBASA, KENYA

Ce passage est tiré de l’interrogatoire d’un rebelle giyuku par un officier de l’armée britannique pendant la révolte des Mau-Mau (toutes les réponses sont traduites en simultané) :

Q : Vous en avez vu combien ? R : Cinq. Q : Décrivez-les.

R : Des Blancs, la peau grise et craquelée. Certains étaient blessés, avec des marques de morsures sur tout le corps. Et tous avaient reçu au moins plusieurs balles dans la poitrine. Ils avançaient en trébuchant, ils gémissaient. Leurs yeux n’avaient pas l’air de voir. Leur bouche dégoulinait de sang. Une forte odeur de charogne les accompagnait où qu’ils aillent. Même les animaux s’enfuyaient.

Une dispute éclate entre le prisonnier et l’interprète Massaï. Le prisonnier se tait.

Q : Qu’est-ce qui s’est passé ?

R : Ils s’en sont pris à nous. On s’est servi de nos lalems [une arme Massaï qui ressemble à une machette] pour leur couper la tête. Ensuite, on les a enterrés. Q : Vous avez aussi enterré les têtes ? R : Oui. Q : Pourquoi ?

R : Parce qu’un feu aurait trahi notre position.

Q : Vous n’avez pas été blessé ?

R : Je ne serais pas là, sinon.

Q : Vous avez eu peur ?

R : Nous ne craignons que ce qui vit.

Q : Et eux, c’étaient des mauvais esprits ?

Le prisonnier glousse.

Q : Pourquoi riez-vous ?

R : Les mauvais esprits, c’est ce qu’on raconte aux enfants. Ces hommes-là étaient des morts-vivants.

Le reste de l’interrogatoire ne nous apprend pas grand-chose de plus. Quand on lui demande s’il y a d’autres zombies dans le coin, l’homme garde le silence. Toute la transcription est parue l’année suivante dans un tabloïd anglais. Elle est passée totalement inaperçue.

1960 – BYELGORANSK, BIÉLORUSSIE

On suppose qu’après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des scientifiques japonais, leurs données et les cobayes (les zombies) impliqués dans le projet Dragon Noir ont été capturés par l’Armée rouge lors de l’invasion de la Mandchourie. Des révélations récentes ont confirmé la véracité de ces rumeurs. Le but de ce programme soviétique était de créer une armée secrète de morts-vivants utilisable en prévision de l’inévitable Troisième Guerre mondiale. Rebaptisé « Esturgeon », le projet Cerisier en fleur fut développé près d’une petite ville dans l’Est de la Sibérie dont la seule autre construction en dur servait de prison spécialement aménagée pour accueillir les dissidents politiques. Pareil isolement assurait le secret absolu, mais garantissait aussi la présence de cobayes en quantité appréciable. De récentes découvertes nous permettent d’affirmer que pour une raison inconnue, les expériences ne se déroulèrent pas comme prévu et qu’une épidémie de plusieurs centaines de zombies éclata. Les scientifiques survivants réussirent à se réfugier à l’intérieur de la prison. Bien à l’abri derrière les murs, ils se préparèrent à un court siège en attendant les secours. Personne ne vint. Certains historiens estiment que l’isolement de la ville (aucune route ne permettait de s’en approcher et les vivres y étaient régulièrement parachutés) a empêché une réaction immédiate de la part des autorités. D’autres pensent que le projet ayant démarré sous Staline, le KGB renâclait à en révéler l’existence à Khrouchtchev. Une troisième théorie suppose que le leader soviétique connaissait la nature exacte de la catastrophe, que la zone était encerclée par l’armée pour empêcher toute aggravation de l’épidémie et que tout le monde attendait de voir le résultat du siège. À l’intérieur des murs, une coalition de scientifiques, de militaires et de prisonniers survécut assez confortablement. On construisit des serres et on creusa des puits. L’énergie provenait à la fois des éoliennes et des générateurs manuels à dynamo. Même le contact radio était maintenu quotidiennement. Les survivants indiquèrent qu’étant donné les circonstances, ils tiendraient jusqu’à l’hiver et que les zombies finiraient par geler. Trois jours avant les premières neiges d’automne, un appareil soviétique largua une bombe thermonucléaire sur Byelgoransk. L’explosion d’une mégatonne annihila la ville, la prison et les alentours.

Pendant des décennies, le gouvernement expliqua le désastre en invoquant un essai nucléaire de routine. La vérité ne fut révélée qu’en 1992, quand l’Ouest eut vent des premières fuites. Des rumeurs se propagèrent aussi parmi les vieux Sibériens, interviewés pour la première fois par la toute nouvelle presse libre russe. Les

Mémoires d’anciens cadres du Parti levèrent alors le voile sur la vraie nature de la catastrophe. Beaucoup ont admis que la ville de Byelgoransk avait bel et bien existé. D’autres confirmèrent qu’il s’agissait bien d’une prison politique et d’un centre d’expérimentations bactériologiques. Certains déclarèrent même qu’un genre « d’épidémie » s’y était déclaré, sans toutefois décrire quoi que ce soit de précis. La preuve la plus écrasante vint d’Artiom Zenoviev, un truand russe ex-archiviste du KGB, qui remit toutes les copies des rapports officiels à une source anonyme de l’Ouest (acte pour lequel il fut grassement rémunéré). Les rapports comprennent des transcriptions radio, des photographies aériennes (avant et après), la déposition des troupes envoyées au sol et de l’équipage du bombardier, en plus de celle – signée – des responsables du projet Esturgeon. On y trouve également 643 pages de données scientifiques concernant la physiologie et les schémas comportementaux des morts-vivants étudiés. Les Russes classifièrent officiellement l’affaire comme un canular. En ce cas, si Zenoviev n’est rien d’autre qu’un brillant opportuniste à la créativité débridée, pourquoi la liste des responsables impliqués correspond-elle point par point aux listes officielles des scientifiques, des militaires et des membres du Politburo exécutés par le KGB un mois après l’atomisation de Byelgoransk ?

1962 – VILLE NON IDENTIFIÉE, NEVADA

Les détails de cette épidémie restent étonnamment parcellaires, d’autant que l’incident s’est produit dans un endroit assez peuplé, pendant la seconde moitié du XXe siècle. D’après certains témoignages oculaires de seconde main, des coupures de journaux jaunies ainsi qu’un vague et douteux rapport de police, une petite horde de zombies a attaqué et assiégé Hank Davis, un fermier du coin, et 3 de ses employés, dans une grange pendant 5 jours et 5 nuits. Quand la police locale a fini par abattre les goules et pénétrer à l’intérieur de la grange, ils n’y ont trouvé que des cadavres. Une enquête ultérieure a déterminé que les 4 hommes s’étaient entre-tués. Plus précisément, 3 hommes avaient été abattus et le quatrième s’était suicidé. Il n’y a jamais eu la moindre explication officielle. La grange constituait pourtant un abri suffisant pour résister à l’attaque et il restait encore bien assez d’eau et de nourriture. On pense que les gémissements incessants des zombies combinés au sentiment d’abandon et d’isolement total ont entraîné l’effondrement nerveux des assiégés. L’origine de l’épidémie n’a, elle non plus, jamais été officiellement expliquée. Aujourd’hui encore, l’enquête reste « en cours ».

1968-EST-LAOS

Cette histoire nous a été racontée par Peter Stavros, toxicomane notoire et ancien sniper des Forces spéciales. En 1989, alors qu’il suivait un examen psychologique à l’hôpital de Los Angeles, il raconta qu’un jour, pendant la guerre, lui et son équipe poursuivaient une mission de nettoyage de routine le long de la frontière vietnamienne. Leur cible était un village suspecté d’abriter les membres du Pathet Lao (la guérilla communiste). En entrant dans le village, ils découvrirent que les habitants subissaient le siège de plusieurs douzaines de zombies. Pour des raisons inconnues, le commandant de l’expédition ordonna à ses hommes de se retirer et demanda une frappe aérienne par radio. Des chasseurs équipés de bombes au napalm balayèrent la zone et anéantirent aussi bien les morts-vivants que les civils. Aucune preuve officielle n’atteste la théorie de Stavros. Les autres membres de la mission sont morts, portés disparus, injoignables ou n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

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1971 – VALLÉE DU NONG’ONA, RWANDA

Jane Massey, grand reporter pour Living Earth Magazine, fut envoyée par son rédacteur en chef couvrir la vie quotidienne des gorilles à dos argenté, une espèce menacée d’extinction. Son compte-rendu personnel n’est qu’une petite goutte dans l’océan d’histoires curieuses et exotiques concernant la vie quotidienne de ces primates.

Alors que nous traversions une étroite vallée, j’ai remarqué quelque chose qui remuait dans le feuillage, en contrebas. Notre guide aussi. Il nous a forcés à accélérer le pas. Soudain, j’ai « entendu » quelque chose de quasi inimaginable dans cette partie du monde : un silence total. Aucun animal, aucun oiseau, pas le moindre insecte, or là on parle d’insectes habituellement très bruyants. Du fond de la vallée montait un gémissement à vous donner la chair de poule. Kevin [le photographe de l’expédition] est devenu encore plus pâle que d’habitude, répétant ad nauseam qu’il devait s’agir du vent. Le vent… A d’autres… J’en avais entendu à Sarawak, du vent, au Sri Lanka, en Amazonie et même au Népal, et je peux vous assurer que ça, ce n’était PAS le vent ! Kengeri a saisi sa machette et nous a ordonné de nous taire. Je lui ai répondu que je voulais descendre pour en avoir le cœur net. Il a refusé. Comme j’insistais, il a dit dans un souffle : « Il y a un mort, par là-bas », avant de reprendre sa route.

Massey n’explora jamais la vallée et ne sut jamais à quoi elle avait eu affaire. L’histoire du guide pourrait relever de la simple superstition. Après tout, l’explication du « vent » n’est pas si absurde que ça. Cependant, les cartes de la vallée la présentent cernée de falaises de toutes parts, ce qui empêcherait n’importe quelle goule de s’échapper. D’un point de vue strictement historique, cette vallée pouvait très bien servir de réceptacle aux tribus désireuses de piéger, et non de tuer, les morts-vivants.

1975 – AL-MARQ, ÉGYPTE

Les informations concernant cette épidémie proviennent de différentes sources : interviews de témoins oculaires habitant la ville, 9 dépositions de sous-officiers égyptiens, ainsi que le témoignage de Gassim Farouk (un ancien officier des renseignements égyptiens récemment émigré aux États-Unis) et ceux de plusieurs journalistes internationaux qui ont préféré garder l’anonymat. Toutes ces sources confirment qu’une épidémie d’origine inconnue se déclara dans le petit village égyptien d’Al-Marq. Personne n’entendit les appels à l’aide, ni la police stationnée dans les villes voisines, ni le commandement de la base militaire de la 2e division blindée égyptienne de

Gabal Gharib, pourtant située à moins de 50 kilomètres. Par chance, l’opérateur téléphonique de Gabal Gharib travaillait aussi pour le Mossad, aussi relaya-t-il l’information aux QG de Tel-Aviv. L’information, considérée comme un canular par le Mossad et le gouvernement israélien, aurait été aussitôt oubliée sans l’intervention du colonel Jacob Korsunsky, conseiller militaire de Golda Meir. Juif américain et ancien collègue de David Shore, Korsunsky était parfaitement au courant de l’existence des zombies et savait quelle menace ils représenteraient si la question ne se réglait pas au plus vite. Aussi incroyable que cela paraisse, Korsunsky convainquit Meir d’envoyer une équipe de reconnaissance à Al-Marq. L’épidémie entrait alors dans son quatorzième jour. Neuf survivants s’étaient barricadés dans la mosquée locale avec très peu d’eau et presque rien à manger. Un peloton de parachutistes conduits par Korsunsky sauta sur la ville et, après une bataille de 12 heures, élimina tous les zombies. Les rumeurs les plus folles circulent sur la fin de l’histoire. Certains pensent que l’armée égyptienne a encerclé Al-Marq avant de capturer les Israéliens et de préparer leur exécution immédiate. Ce serait seulement après avoir écouté les témoignages des survivants, qui leur montrèrent les corps des zombies, que les militaires égyptiens auraient permis aux Israéliens de rentrer chez eux. Certains y voient d’ailleurs la principale raison de la détente israélo-égyptienne. Aucune preuve tangible n’existe pour corroborer cette version des faits. Korsunsky mourut en 1991. Ses Mémoires, récits personnels, communiqués militaires, articles de journaux ultérieurs, et même le film de la bataille enregistré par un cameraman du Mossad sont conservés sous scellés par le gouvernement israélien. Si cette histoire est vraie, elle pose une question intéressante, voire embarrassante : pourquoi les troupes égyptiennes ont-elles accepté l’existence des morts-vivants uniquement sur la base de témoignages verbaux et de ce qui ressemblait en tout point à des cadavres humains ? Un spécimen intact est préférable pour prouver pareille histoire. Et dans ce cas, où se trouve ce spécimen, aujourd’hui ?

1979 – SPERRY, ALABAMA

Alors qu’il faisait sa tournée quotidienne, Chuck Bernard, le postier du coin, s’arrêta à la ferme des Henrich et constata que le courrier de la veille n’avait pas encore été relevé. Comme cela ne s’était jamais produit auparavant, Bernard décida d’aller déposer lui-même les lettres à la porte. À quelques mètres du seuil, il entendit des coups de feu, des hurlements de douleur et des appels à l’aide. Bernard quitta les lieux immédiatement, avala les 15 kilomètres le séparant de la cabine téléphonique la plus proche et appela aussitôt la police. Quand les deux adjoints du shérif et une équipe médicale arrivèrent sur place, ils découvrirent la famille Henrich sauvagement massacrée. Seule survivante, Freda Henrich montrait tous les symptômes d’une infection avancée. Elle mordit les deux infirmiers avant que les policiers puissent la maîtriser. Un troisième agent, arrivé quelques secondes plus tard et nouvelle recrue dans l’unité de police, perdit son sang-froid et lui tira une balle dans la tête. Les deux blessés furent conduits à l’hôpital, où ils moururent peu de temps après. Trois heures plus tard, ils se réanimèrent pendant leur autopsie, attaquèrent le médecin légiste ainsi que son assistant et sortirent dans la rue. À minuit, le chaos régnait dans la ville. Au moins 22 zombies hantaient les rues et avaient déjà dévoré 15 personnes. Beaucoup de gens se réfugièrent chez eux. D’autres tentèrent de fuir la ville. Trois écoliers réussirent à grimper en haut du château d’eau. Bien qu’encerclés (plusieurs goules essayèrent d’escalader la tour, mais furent précipitées dans le vide), ces gamins restèrent à l’abri jusqu’à leur sauvetage. Un homme du nom de Harland Lee sortit de sa maison, armé d’un pistolet-mitrailleur Uzi modifié à double canon scié et de deux Magnum 44. Des témoins ont rapporté avoir vu Lee attaquer un groupe de 12 morts-vivants et tirer à tour de rôle avec l’Uzi et le revolver. À chaque fois, Lee visa le torse des zombies, y causant des dégâts certes considérables, mais rien de létal. À court de munitions et acculé contre une carcasse de voiture, Lee décida enfin de viser les têtes, toujours avec ses deux pistolets. Hélas, ses mains tremblaient trop violemment, et il n’en abattit aucun. Le farouche (et autoproclamé) sauveur de la ville fat promptement dévoré. Au matin, des policiers des villes voisines, épaulés par la police d’État et quelques milices de citoyens formées en toute hâte, convergèrent vers Sperry. Équipés de fusils de chasse à lunette et parfaitement au courant des résultats du tir à la tête (un fermier du coin venait de l’apprendre en défendant sa maison), ils éliminèrent rapidement la menace. L’explication officielle (diffusée par le ministère de l’Agriculture) évoque un « phénomène d’hystérie collective provoquée par la pollution agricole (due aux pesticides) des nappes phréatiques ». Tous les corps furent évacués par le Centre de contrôle des épidémies (CCE) avant que les médecins civils puissent pratiquer les autopsies. La majorité des enregistrements vidéo et radiophoniques, ainsi que toutes les photographies privées, furent immédiatement saisis. 175 dépôts de plainte ont été enregistrés, 48 sont toujours en cours. Les autres plaintes ont mystérieusement été abandonnées. Une action en justice a récemment été instruite pour confiscation de matériel de presse. On n’attend pas de décision de justice avant des années.

OCTOBRE 1980 – MARICELA, BRÉSIL

Les premières rumeurs de l’épidémie furent initialement relayées par Green Mother, une ONG écologiste cherchant à attirer l’attention des médias sur le sort des Indiens locaux qui subissent l’expropriation et la destruction de leurs terres.

Plusieurs grands propriétaires terriens, bien décidés à mater les rebelles par la violence, prirent les armes et se dirigèrent vers un village indien rebelle. Alors qu’ils s’enfonçaient profondément dans la jungle, ils tombèrent sur des ennemis beaucoup plus terrifiants : une trentaine de zombies. Tous ces fermiers furent soit dévorés, soit transformés en morts-vivants. Quelques rescapés parvinrent toutefois à atteindre la ville voisine de Santerem. On ignora leurs avertissements et les rapports officiels classèrent l’incident comme « soulèvement indigène ». Trois brigades firent route sur Maricela. N’ayant trouvé aucune trace des morts-vivants, elles se dirigèrent vers le village indien. Les faits qui suivent ont été officiellement récusés par le gouvernement brésilien, une attitude systématique dès qu’on signale une attaque de morts-vivants. Certains témoins oculaires ont décrit le carnage tel qu’ils l’ont vu : les troupes brésiliennes exterminant tout le monde – zombies et humains. Ironie du sort, les membres de Green Mother nient également les faits et clament que le gouvernement brésilien a monté toute cette histoire de zombies pour massacrer les Indiens en toute impunité. Un major à la retraite du Bureau des ordonnances de l’armée brésilienne nous a fourni un élément de preuve : il se souvient qu’avant l’attaque, presque tous les lance-flammes disponibles furent réquisitionnés. On restitua les armes après l’opération. Vides.

DÉCEMBRE 1980 – JURUTI, BRÉSIL

Ce petit village, situé à plus de 450 kilomètres en aval de Maricela, fut le théâtre de plusieurs attaques 5 semaines plus tard. Des zombies émergèrent du fleuve et attaquèrent les pêcheurs à même leur bateau ou débarquèrent sur la rive en différents endroits. Les conséquences de cette attaque – nombre de zombies, réponse des autorités, victimes – sont inconnues.

1984 – CABRIO, ARIZONA

Cette épidémie – très secondaire, si l’on considère la zone et le nombre de gens impliqués – mérite à peine l’étiquette de catégorie 1. Pourtant, ses ramifications sont particulièrement significatives pour l’étude scientifique du solanum. Un incendie survenu dans une école élémentaire entraîna la mort par asphyxie de 47 enfants. La seule survivante, Ellen Aims, 9 ans, s’échappa en sautant par une fenêtre brisée, mais souffrait de nombreuses coupures et perdit beaucoup de sang. Seule une transfusion sanguine d’urgence lui sauva la vie. Une demi-heure plus tard, Ellen présentait tous les symptômes de l’infection au solanum. Le personnel médical, n’identifiant pas la nature du mal, suspecta les poches de sang transfusé d’être contaminées par une autre maladie. L’enfant mourut alors que l’équipe soignante procédait à des examens complémentaires. Quelques heures plus tard, devant sa famille et plusieurs membres du personnel de l’hôpital, la petite fille se réanima et mordit une infirmière. Ellen fut maîtrisée, l’infirmière placée en quarantaine et le docteur de garde confia tous les détails du drame à un collègue de Phoenix. Deux heures plus tard, une armée de médecins du Centre de contrôle des épidémies débarquait sur place, escortée par une patrouille de police et des agents fédéraux « non identifiés ». Ellen et l’infirmière furent emmenées par avion vers une destination inconnue pour recevoir un « traitement adéquat ». Tous les registres de l’hôpital et les échantillons de sang furent également saisis. La famille Aims n’eut même pas le droit d’accompagner son enfant. Après toute une semaine sans nouvelles, on les informa du « décès » de leur fille et de sa rapide crémation pour des « raisons de santé publique ». Ce cas prouve que le virus du solanum peut se transmettre par simple transfusion sanguine. L’affaire soulève inévitablement quantité de questions : qui était le donneur de sang infecté ? Comment a-t-on pu lui faire la prise sans qu’il se sache contaminé ? Pourquoi n’a-t-on jamais plus entendu parler de lui ? De plus, comment le CCE a-t-il eu vent du cas Aims si vite ? (Le docteur de Phoenix n’a pas souhaité répondre à nos questions.) Et pourquoi l’agence a-t-elle débarqué aussi rapidement ? Il va sans dire que la théorie du complot plane très largement autour de toute l’affaire. Les parents d’Ellen ont porté plainte contre le CCE pour connaître enfin la vérité. Leur témoignage a beaucoup aidé l’auteur de ce livre lors de ses recherches sur ce cas.

1987 – KHOTAN, CHINE

En mars 1987, un groupe de dissidents chinois fit passer des informations à l’Occident concernant un incident nucléaire survenu dans une centrale du Xinjiang. Après quelques mois de déni, le gouvernement chinois finit par admettre que les installations avaient subi un « dysfonctionnement » temporaire. Trente jours plus tard, l’explication s’était transformée en « tentative de sabotage ourdie par des terroristes contre-révolutionnaires ». En août, le journal suédois Tycka ! publiait un article selon lequel des photographies prises par un satellite espion américain en orbite géostationnaire au-dessus du Khotan montraient la présence de tanks et d’autres véhicules blindés ouvrant le feu à bout portant sur ce qui ressemblait à une foule de civils tentant de pénétrer à l’intérieur de la centrale. D’autres photographies ont révélé que certains « civils » en entouraient d’autres, les mettaient en pièces et les dévoraient. Le gouvernement américain a démenti catégoriquement l’existence de ces photos et Tycka ! a rapidement récusé l’article. Si le Khotan a vraiment été le théâtre d’une épidémie zombie, les questions restent nombreuses.

Comment l’épidémie s’est-elle déclarée ? Combien de temps a-t-elle duré ? Comment a-t-on réussi à l’éradiquer ? Combien de zombies ? Ont-ils réussi à entrer dans la centrale ? Y a-t-il eu des dégradations, voire une fusion du réacteur comme à Tchernobyl ? Des zombies ont-ils réussi à s’échapper ? Y a-t-il eu d’autres attaques depuis ? L’un des éléments corroborant cette histoire d’épidémie nous vient du professeur Kwang Zhou, un dissident chinois récemment émigré aux États-Unis. Kwang connaissait un soldat impliqué dans l’incident. Avant d’être envoyé en camp de rééducation par le travail en compagnie des autres témoins directs, le jeune homme a déclaré que le nom de code de l’opération était « Cauchemar de l’éveil éternel ». Reste une question importante : comment l’épidémie a-t-elle démarré ? Après avoir lu le livre de David Shore, tout spécialement le chapitre évoquant la capture d’un zombie du Dragon Noir par les troupes communistes chinoises, il est logique de supposer que le gouvernement chinois a mis en œuvre ou continue à développer sa propre version du projet Cerisier en fleur/Esturgeon pour créer lui aussi une armée de morts-vivants.

DÉCEMBRE 1992 –

JOSHUA TREE NATIONAL MONUMENT, CALIFORNIE

Des randonneurs et des touristes en excursion dans le célèbre parc national signalèrent une tente et du matériel abandonné juste à côté de l’itinéraire principal. Les rangers du parc qui recueillirent ces témoignages découvrirent une scène épouvantable à quelque 2 kilomètres du campement abandonné : le cadavre d’une jeune femme d’une vingtaine d’années, la tête écrasée à coups de pierre et le corps recouvert de marques de morsures. Une enquête ultérieure menée par des agents fédéraux et des membres de la police d’État révéla que le corps répondait au signalement de Sharon Parsons, originaire d’Oxnard en Californie. Elle et son petit ami, Patrick MacDonald, avaient campé dans le parc la semaine précédente. On diffusa immédiatement un avis de recherche. L’autopsie complète du corps révéla un détail qui stupéfia le médecin légiste. Son degré de décomposition ne correspondait pas à celui de ses tissus cérébraux. De plus, son œsophage contenait des traces de chair humaine correspondant au groupe sanguin de MacDonald. Des prélèvements de peau sous ses ongles impliquaient également une troisième personne, Devin Martin, un solitaire, photographe animalier à ses heures, parti faire du vélo dans le parc le mois précédent. Comme il avait peu d’amis, aucune famille connue et qu’il travaillait en free-lance, la disparition de Martin ne fat jamais signalée. La fouille complète du parc ne donna rien. Les caméras de vidéosurveillance d’une station-service de Diamond Bar filmèrent MacDonald quelque temps auparavant. Le caissier le décrit comme « un type hagard aux yeux fous et aux vêtements tachés de sang ». La dernière fois qu’on l’aperçut, il se dirigeait vers l’ouest, droit sur Los Angeles.

JANVIER 1993 – CENTRE-VILLE DE LOS ANGELES, CALIFORNIE

L’enquête reste ouverte pour tout ce qui concerne la phase initiale de l’épidémie, y compris la façon dont elle s’est propagée dans les zones voisines. Les premiers témoins en furent une bande de jeunes, tous membres d’un gang connu sous le nom de Venice Boardwalk Reds, alors qu’ils rôdaient dans le quartier pour venger la mort de l’un des leurs, assassiné par un gang rival, Los Perros Negros. Aux alentours de 1 heure du matin, ils pénétrèrent dans une friche industrielle quasi abandonnée où les Perros tenaient conciliabule. La première chose qu’ils remarquèrent fut l’absence de SDF. Ce coin isolé était pourtant connu pour abriter un immense bidonville. Les cartons, les Caddie, et tout l’attirail dont s’entourent habituellement les sans-abri gisaient abandonnés à même le bitume, mais l’endroit restait désert. Distrait, le conducteur des Reds renversa alors accidentellement un piéton trop lent pour éviter la voiture. Le jeune homme perdit ensuite le contrôle de son camino et finit sa course contre un immeuble. Avant que les Reds puissent dégager leur véhicule et admonester leur compagnon pour son manque d’attention, ils constatèrent que le piéton bougeait encore. Malgré son dos brisé, la victime commença même à ramper vers eux. L’un des Reds leva son 9 millimètres et lui tira une balle en pleine poitrine. Non seulement ça ne l’arrêta pas le moins du monde, mais l’écho du coup de feu résonna sur quelques pâtés de maisons. Le Red tira encore plusieurs fois sans résultat apparent. Sa dernière balle finit quand même par pénétrer le crâne de l’homme et lui ôta la vie. Les Reds n’eurent toutefois pas le temps de s’étendre sur la véritable nature de ce qu’ils venaient d’abattre. Soudain, ils entendirent des gémissements semblant provenir de toutes les directions. Une quarantaine de zombies sortirent des ombres sous les réverbères et entreprirent de s’approcher des Reds.

Leur voiture inutilisable, les Reds se mirent à courir le plus vite possible en slalomant à travers les rangs encore clairsemés des morts-vivants. Quelques blocs plus loin, ils tombèrent sur ce qui restait des Perros Negros, eux aussi à pied. Oubliant leur rivalité pour se concentrer sur la survie, les 2 gangs conclurent rapidement une trêve et cherchèrent un moyen de s’échapper ou un endroit où se réfugier. La plupart des bâtiments (des entrepôts bien conçus et sans fenêtres) auraient fait d’excellentes forteresses, mais tous étaient fermés ou condamnés. Comme ils connaissaient mieux le terrain que quiconque, les Perros prirent la direction du groupe et suggérèrent alors la Junior High School De Soto, un petit lycée facilement accessible. Les morts-vivants toujours sur leurs talons, les deux gangs atteignirent l’école et s’y introduisirent par une fenêtre cassée au deuxième étage. Une alarme anti-cambrioleurs se déclencha aussitôt et acheva d’attirer les zombies des alentours, gonflant leurs rangs à plus de 100 individus. L’alarme, toutefois, représentait le seul aspect négatif de ce formidable refuge. De Soto s’avéra être une excellente forteresse : structure robuste en béton, fenêtres à barreaux recouvertes de mailles et portes à armature d’acier rendaient ce bâtiment de 2 étages quasiment imprenable. Une fois à l’intérieur, le groupe agit avec une louable prévoyance, établissant un point de repli au cas où, vérifiant chaque porte et chaque fenêtre, remplissant tous les récipients d’eau et faisant un inventaire complet de leurs propres armes et munitions. Comme la police les effrayait plus que les zombies, les 2 gangs se servirent du téléphone pour prévenir leurs alliés, et non les autorités. Aucun de leurs correspondants ne crut un traître mot de cette histoire, mais tous promirent d’arriver dès que possible.

Assez ironiquement, là encore, l’affaire du lycée De Soto constitue l’un des rares cas de « surarmement » jamais enregistré lors d’une épidémie zombie : bien protégés, bien armés, bien disciplinés, bien organisés et extrêmement motivés, les membres des 2 gangs éliminèrent tous les morts-vivants depuis les fenêtres du premier étage, sans la moindre perte. Les renforts (membres d’autres gangs) finirent par arriver, malheureusement en même temps que les officiers du LAPD. Toutes les personnes impliquées furent rapidement arrêtées.

On expliqua l’incident comme un « règlement de comptes entre bandes rivales ». Les Reds et les Perros clamèrent la vérité à ceux qui voulaient bien les écouter. On mit leur histoire sur le compte d’hallucinations provoquées par le crack, drogue extrêmement puissante et très populaire à l’époque. Comme la police et les gangsters arrivés en renfort n’avaient vu que des cadavres, et non des zombies, aucun témoin oculaire ne put confirmer quoi que ce soit. Les corps des morts-vivants furent évacués et brûlés. La quasi-totalité des victimes étant SDF, aucun ne put être identifié et personne ne fut officiellement porté disparu. Les membres des gangs impliqués furent accusés de meurtre au troisième degré, condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité et enfermés dans plusieurs pénitenciers de Californie. Tous furent assassinés moins d’un an après leur incarcération, sans doute par des membres de gangs rivaux. Cette histoire en serait restée là sans l’intervention d’un officier du LAPD qui a tenu à conserver l’anonymat. Il/elle avait eu accès au cas Parsons/MacDonald plusieurs jours auparavant. Certains détails bizarres l’intriguaient. L’histoire des gangsters lui paraissait crédible. Les rapports des médecins légistes achevèrent de le/la convaincre : ils correspondaient exactement à l’autopsie de Parsons. Dernier élément de preuve, on trouva un portefeuille sur l’un des morts-vivants, un homme d’une trentaine d’années, mieux habillé que les autres clochards et d’une apparence plus soignée. Le portefeuille appartenait à Patrick MacDonald. Comme son propriétaire avait reçu un coup de fusil à pompe en plein visage, son identification posait quelques problèmes. L’agent anonyme n’a jamais osé porter l’affaire devant ses supérieurs, de peur de recevoir une réprimande. Au lieu de quoi il/elle a copié tous les dossiers en question et les a montrés à l’auteur de ce livre.

FÉVRIER 1993 – LOS ANGELES EST, CALIFORNIE

À 1 h 45 du matin, Octavio et Rosa Melgar, propriétaires d’une carniceria locale, furent réveillés par des hurlements frénétiques sous la fenêtre de leur chambre, au deuxième étage. Craignant que leur magasin ne soit cambriolé, Octavio attrapa son pistolet et se précipita en bas pendant que Rosa téléphonait à la police. Dehors, ramassé près d’une bouche d’égout, un homme frissonnait et sanglotait. Il était couvert de boue, très sale et habillé d’une combinaison déchirée d’égoutier. De plus, il avait un pied arraché. L’homme, dont on ignore l’identité, hurla à Octavio de fermer la bouche d’égout. Pris de court, Octavio s’exécuta. Avant de remettre le couvercle de métal en place, Octavio eut l’impression d’entendre comme un lointain gémissement. Pendant que Rosa garrottait la jambe du blessé, ce dernier expliqua en pleurant et en criant à moitié que lui et cinq autres ouvriers des égouts de la ville inspectaient un conduit d’évacuation des eaux de pluie quand un groupe de « dingues » les avait attaqués. Il décrivit ses assaillants comme des types recouverts de haillons et de blessures, qui grognaient plus qu’ils ne parlaient et qui s’étaient approchés méthodiquement d’eux en boitant. L’homme termina sa phrase dans une diarrhée de sons inintelligibles, de reniflements et de cris, puis sombra dans l’inconscience. La police et une ambulance arrivèrent 19 minutes plus tard. Trop tard. Les secours ne purent que constater le décès de l’individu. Alors qu’on évacuait le corps, les agents du LAPD notèrent le témoignage des Melgar. Octavio précisa qu’il avait lui aussi entendu des gémissements. L’officier prit scrupuleusement sa déposition sans rien ajouter. Six heures plus tard, les Melgar entendirent à la radio que l’ambulance transportant le mort avait eu un accident et avait explosé sur le chemin de l’hôpital du comté. L’appel des ambulanciers (on ignore comment la radio a réussi à récupérer l’enregistrement) consistait essentiellement en hurlements paniqués à propos du cadavre qui déchirait son sac en plastique[v]. Quarante minutes après la diffusion radio, 4 fourgons de police, 1 ambulance et 1 camionnette de la Garde nationale débarquèrent devant la carniceria des Melgar. Octavio et Rosa assistèrent au bouclage intégral de la zone par le LAPD. On érigea une vaste tente vert sale au-dessus de la bouche d’égout, avec un conduit isolé débouchant directement sur l’arrière de la camionnette. Les Melgar, accompagnés d’une petite foule de badauds, entendirent ensuite l’écho de plusieurs coups de feu dans la bouche d’égout. En moins d’une heure, la tente était pliée, les barrières levées et les véhicules disparaissaient dans un nuage de poussière. Il est plus que probable que cet incident soit une conséquence immédiate de l’attaque précédente, dans le centre-ville de Los Angeles. Les détails de cette opération souterraine ne seront probablement jamais portés à la connaissance du public. Les Melgar ont invoqué des « raisons personnelles et légales » et n’ont jamais cherché à en savoir plus. Le LAPD a expliqué le déploiement de force comme une « opération de nettoyage et d’assainissement de routine ». Le Département de la maintenance des égouts de Los Angeles a nié avoir perdu des employés.

MARS 1994 – SAN PEDRO, CALIFORNIE

Sans Allie Goodwin, grutière dans la zone portuaire de San Pedro, et son appareil photo jetable 24 poses, le monde n’aurait peut-être jamais rien su de cette attaque de zombies rocambolesque. Un container non identifié fut débarqué par le SS Mar Caribe, un cargo battant pavillon panaméen en provenance de Davao City, aux Philippines. Il resta plusieurs jours sur le quai sans que personne ne le réclame. Une nuit, un vigile entendit un bruit provenant de l’intérieur. Pensant avoir affaire à des immigrés clandestins, lui et d’autres gardes l’ouvrirent immédiatement. Quarante-six zombies en jaillirent. Ceux qui se trouvaient à portée de dents furent aussitôt dévorés. Les autres se réfugièrent dans les entrepôts, les bureaux et les autres bâtiments. Certaines de ces installations remplirent leur rôle d’abri. D’autres devinrent de véritables pièges à rat. Quatre grutiers intrépides, dont Goodwin, grimpèrent dans leur machine qu’ils utilisèrent pour empiler les containers et ériger ainsi un abri de fortune. Ce refuge improvisé protégea avec succès 13 ouvriers. Les grutiers se servirent ensuite de leur machine comme des armes, laissant tomber les containers sur tous les zombies passant à leur portée. Le temps que la police arrive (l’entrée des installations était protégée par plusieurs portails grillagés et fermés), il ne restait plus que 11 zombies. Un déluge de feu s’abattit alors sur eux (et quelques tirs chanceux à la tête, tout de même). On compta 20 morts parmi les humains, et 39 parmi les zombies. Les 7 disparus sont sans doute tombés à l’eau et les courants marins les ont emportés au loin.

Toutes les sources officielles ont considéré l’incident comme une simple tentative d’effraction. Aucune déclaration gouvernementale, à aucun niveau, n’a jamais été faite. La direction des docks, la police de San Pedro – et même la compagnie de surveillance privée qui avait tout de même perdu 8 de ses gardes – ont toutes gardé le silence. L’équipage du SS Mar Caribe, son capitaine et son armateur nient avoir jamais livré le fameux container, lequel s’est lui aussi mystérieusement volatilisé. Par une étrange coïncidence, un incendie se déclara le lendemain de l’attaque et détruisit la quasi-totalité des installations. Un moyen pour le moins incroyable d’étouffer l’affaire, le port de San Pedro étant immense, très actif et situé dans l’une des zones les plus peuplées des États-Unis. Le fait que le gouvernement ait réussi à supprimer presque toutes les preuves paraît incroyable. Les photos de Goodwin et son témoignage ont été unanimement considérés comme un canular par toutes les personnes concernées. On l’a licenciée pour de vagues motifs d’« incompétence psychologique ».

AVRIL 1994 – BAIE DE SANTA MONICA, CALIFORNIE

Trois habitants de Palos Verdes, Jim Hwang, Anthony Cho et Michael Kim, signalèrent à la police qu’ils avaient été attaqués alors qu’ils péchaient dans la baie. Les 3 hommes expliquèrent que Hwang péchait à la ligne quand son hameçon avait accroché quelque chose de gros et de très lourd. Un homme atrocement brûlé et à moitié décomposé – mais encore en vie – avait alors percé la surface. Il avait immédiatement attaqué les 3 pêcheurs, attrapant Hwang et essayant de le mordre au cou. Cho avait tiré son ami en arrière et Kim avait frappé la créature en plein visage avec une rame. L’assaillant avait aussitôt coulé. Les 3 pêcheurs rejoignirent la côte, où ils firent immédiatement l’objet de tests alcool-drogue par la police de Palos Verdes (des tests qui se révélèrent tous négatifs). On les interrogea toute la nuit et on les relâcha au matin. L’enquête est toujours officiellement « en cours ». Étant donné l’endroit où a eu lieu l’attaque, il y a fort à parier que la créature faisait partie des zombies de l’incident de San Pedro.

1996 – LIGNE DE DÉMARCATION, SRINAGAR (INDE)

Ces lignes sont tirées d’un rapport militaire signé par le lieutenant Tagore, officier des Forces frontalières de sécurité.

Le sujet s’est approché en traînant les pieds, comme s’il était malade ou saoul J’ai constaté [avec les jumelles] qu’il portait l’uniforme des rangers pakistanais, détail curieux puisque aucun rapport ne mentionne leur présence dans les parages. À trois cents mètres, nous avons ordonné au sujet de s’immobiliser et de s’identifier. Il n’a pas répondu. Second avertissement. Toujours pas de réponse, mais son pas s’est sensiblement accéléré. À deux cents mètres, il a sauté sur une mine, une « Bouncing Betty » américaine. Nous l’avons vu encaisser du shrapnel sur tout le torse. Il a trébuché, il est tombé face contre terre, puis s’est relevé et a continué tout droit… J’en ai déduit qu’il devait porter un genre de gilet pare-balles… La même scène s’est répétée à moins de cent cinquante mètres. Cette fois, sa mâchoire a été arrachée… À cette distance, je voyais clairement que la blessure ne saignait pas… Le vent a tourné… et nous a apporté une odeur intenable qui ressemblait à celle de la viande en décomposition. À cent mètres, j’ai donné l’ordre au soldat Tilak [le sniper du peloton] d’abattre le sujet. Tilak lui a envoyé une balle en plein front et le sujet s’est écroulé comme une pierre. Cette fois, il ne s’est pas relevé.

Des rapports ultérieurs décrivent la récupération du corps et son autopsie à l’hôpital militaire de Srinagar. Peu de temps après, le corps a été réclamé par la Garde nationale. Aucune information n’a jamais filtré concernant leurs éventuelles découvertes.

1998 – ZABROVST, SIBÉRIE

Jacob Tailor, documentariste réputé de la Canadian Broadcast Company, débarqua à Zabrovst, une petite ville de Sibérie, pour y filmer une carcasse préhistorique de tigre à dents de sabre conservée dans la glace et potentiellement clonable. Le corps d’un homme d’environ trente ans, dont les vêtements correspondaient à ceux d’un Cosaque du XVIe siècle, accompagnait l’animal. Le tournage devait avoir lieu en juillet, mais Tailor arriva en février avec une équipe préparatoire pour faire du repérage. Tailor n’envisageait pas de faire du corps humain la vedette principale de son film, mais il demanda quand même à ce qu’on le conserve aux côtés du tigre jusqu’à son retour. Le réalisateur et son équipe retournèrent ensuite à Toronto pour un repos bien mérité. Le 14 juin, quelques techniciens débarquèrent à Zabrovst pour filmer les plans préparatoires du sujet congelé et du site archéologique. Ils ne donnèrent plus aucun signe de vie.

Quand Tailor atterrit en hélicoptère avec le reste de son équipe le 1er juillet, les 12 bâtiments du site étaient déserts. Il y avait des traces de violence et d’effraction, des fenêtres brisées, des meubles retournés, du sang et des morceaux de chair au sol et sur les murs. Un hurlement ramena Tailor à son hélicoptère, où il tomba nez à nez avec 36 goules, les villageois locaux et les membres disparus de l’équipe précédente, très occupées à dévorer les pilotes. Tailor ne comprit pas immédiatement ce qu’il voyait, mais il avait assez de jugeote pour déguerpir au plus vite.

La situation semblait désespérée : Tailor, le cadreur, l’ingénieur du son et l’assistant opérateur n’avaient ni arme, ni nourriture, ni nulle part où aller dans l’immensité sibérienne. Les cinéastes cherchèrent alors un abri de fortune dans une fermette à 2 étages au village. Au lieu de barricader les portes et les fenêtres, Tailor décida de détruire l’escalier. Ils stockèrent au premier étage toute la nourriture qu’ils purent trouver et remplirent d’eau tous les récipients disponibles. Ils utilisèrent ensuite une hache de bûcheron, un marteau et quelques autres outils pour démolir le premier escalier. L’arrivée des zombies empêcha la destruction du deuxième. Tailor ne perdit pas de temps : il arracha les portes les plus proches et les cloua à même l’escalier, créant ainsi une sorte de rampe qui empêchait les zombies – incapables de conserver l’équilibre sur une telle surface – de monter à l’étage. L’un après l’autre, ils essayèrent de grimper, mais furent à chaque fois repoussés par l’équipe de Tailor. La lutte dura 2 jours. La moitié du groupe tenait les assaillants à distance pendant que l’autre moitié dormait comme elle pouvait (les oreilles bourrées de coton pour étouffer le bruit des gémissements).

Le troisième jour, un incroyable coup de chance fit entrevoir une porte de sortie à Tailor. Par peur que les goules leur attrapent les jambes quand ils leur donnaient des coups de pied à même la rampe, les cinéastes avaient opté pour un long manche à balai en bois. Ce dernier, déjà fragilisé par un usage intensif, finit par se briser après avoir été violemment agrippé par un zombie particulièrement motivé. Tailor, qui parvint à faire basculer la créature dans le vide, constata avec stupéfaction que le morceau saillant du manche à balai, encore accroché à la main du zombie, s’était planté dans l’œil d’une autre goule. Non seulement Tailor venait de tuer involontairement son premier zombie, mais il comprit aussitôt la bonne méthode pour s’en débarrasser proprement. Dès lors, l’équipe du film n’empêcha pas les assaillants de grimper sur la rampe, mais les y encouragea férocement. Ceux qui s’approchaient recevaient aussitôt un coup de hache dévastateur dans la tête. Une fois cette arme perdue (coincée dans le crâne d’un zombie mort), les cinéastes passèrent au marteau. Quand son manche se brisa, ils sortirent un pied-de-biche. La bataille dura encore 7 heures, au bout desquelles les Canadiens épuisés se débarrassèrent enfin de tous leurs assaillants.

Jusqu’à ce jour, le gouvernement russe n’a fourni aucune explication officielle sur ce qui s’est réellement produit à Zabrovst. Les officiels contactés répondent que l’affaire est « en cours d’investigation ». Cela étant, avec tous les problèmes économiques, sociaux, militaires et environnementaux de la Fédération de Russie, la mort de quelques étrangers et d’indigènes sibériens ne constitue pas vraiment une priorité.

Aussi stupéfiant que cela paraisse, Tailor laissa ses deux caméras tourner pendant toute l’attaque. Au final, nous disposons de 42 heures du film le plus excitant jamais enregistré, une vidéo numérique à côté de laquelle le document de Lawson fait pâle figure. Ces dernières années, Tailor a essayé d’en diffuser au moins une partie au public. Tous les « experts » internationaux ayant examiné le film ont conclu qu’il s’agissait d’un canular extrêmement bien ficelé. Tailor a perdu toute crédibilité au sein d’une industrie qui le considérait jadis comme l’un de ses meilleurs éléments. Il est actuellement en cours de divorce et sous le coup de plusieurs poursuites judiciaires.

2001 – SIDI-MOUSSA, MAROC

La seule référence précise à cette attaque apparaît sur la dernière page d’un quotidien français.

Hystérie collective dans un village de pêcheurs au Maroc. Plusieurs sources confirment qu’un phénomène neurologique inconnu des scientifiques a affecté plusieurs résidents, les poussant à attaquer leur famille et leurs amis pour les dévorer. Selon la tradition locale, les malades ont été attachés et lestés de pierres avant d’être conduits en mer et jetés par-dessus bord. Une enquête gouvernementale est en cours. Les accusations vont du meurtre avec préméditation à l’atteinte à la dignité humaine.

Il n’y a eu aucun procès et on n’a jamais plus entendu parler de l’affaire.

2002 – ÎLE DE SAINT THOMAS, ÎLES VIERGES

Gonflé, imbibé d’eau et la peau complètement dissoute, un zombie s’échoua sur la côte nord-est de l’île. Peu sûrs de l’attitude à adopter, les insulaires gardèrent leurs distances et appelèrent les autorités. Le zombie commença immédiatement à poursuivre les badauds en se traînant sur le sable. Malgré leur curiosité, les gens reculaient peu à peu devant la goule. Deux membres de la police de Saint-Thomas arrivèrent sur place et ordonnèrent au sujet de s’arrêter, sans succès. Les policiers effectuèrent alors un tir de sommation réglementaire. Le zombie n’eut aucune réaction. Excédé, l’un des agents lui tira alors 2 balles en pleine poitrine, sans résultat. Avant qu’une autre volée de balles puisse être tirée, un garçon de 6 ans, surexcité par les événements et inconscient du danger, se précipita vers le zombie pour lui asséner des coups de bâton. Le mort-vivant attrapa immédiatement l’enfant et le hissa vers sa bouche. Les 2 agents se précipitèrent pour tenter d’arracher le gosse à l’étreinte du zombie. À cet instant, Jeremiah Dewitt, récemment émigré de Saint-Domingue, jaillit de la foule, arracha l’arme de l’étui d’un des policiers et tira une balle dans la tête du zombie. Par une chance incroyable, aucun humain ne fut contaminé. Un tribunal pénal lava Dewitt de tout soupçon et invoqua la légitime défense. Des photographies du mort-vivant, horriblement abîmé, montrent un homme de type méditerranéen ou maghrébin. L’état de ses vêtements et la présence de cordes encore attachées à ses membres prouvent sans le moindre doute qu’il s’agit de l’une des goules jetées pardessus bord au large du Maroc. Il est théoriquement possible qu’un spécimen traverse l’Atlantique en se laissant dériver, mais ce cas reste unique. L’affaire a fait école parmi toutes les épidémies maquillées ou « supprimées » par les autorités. À l’instar du Bigfoot canadien ou du Monstre du Loch Ness en Écosse, les touristes peuvent maintenant acheter des cartes postales représentant le Zombie de Saint Thomas, des tee-shirts, des sculptures, des montres, des réveils et même des livres pour enfants dans l’une des nombreuses boutiques de souvenirs du centre-ville de Charlotte Amalie (la capitale de l’île). Des douzaines de chauffeurs de taxis se disputent férocement le droit de conduire les touristes fraîchement débarqués à l’aéroport Cyril E. King jusqu’au site désormais célèbre où le zombie s’est échoué sur la plage. Dewitt a refait sa vie aux États-Unis. Ni ses amis de Saint Thomas ni sa famille à Saint-Domingue n’ont plus jamais entendu parler de lui.